RÉsumé Ce travail confronte les résultats d'une comparaison dans le temps et dans l'espace des modèles productifs dans l'automobile par le réseau international du gerpisa avec les théories proposées par les sciences sociales.





titreRÉsumé Ce travail confronte les résultats d'une comparaison dans le temps et dans l'espace des modèles productifs dans l'automobile par le réseau international du gerpisa avec les théories proposées par les sciences sociales.
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4. Stratégies de firme, configurations de branche et dynamique globale.

Les développements précédents ont fait alterner des approches globales (le rôle des modèles productifs dans les régimes de croissance), sectorielles (le mode d'organisation du
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secteur de l'automobile à l'échelle internationale, mais aussi de firmes (lorsque par exemple on a mis en évidence les diverses stratégies de profit et leur distribution selon le constructeur et la période considérés). Il est important d'expliciter les liens qui régissent ces différents niveaux d'analyse, en partant du plus élémentaire vers le plus global (figure 2).

4.1 Un même environnement institutionnel : une ou plusieurs stratégies de profit ?

Les relations d'une firme avec son environnement sont finalement plus complexes que ne le supposent tant les théories de la contingence que celles de la rationalisation. Un environnement institutionnel interdit dans certains cas tel ou tel modèle productif, dès lors que la firme ne peut pas compenser par sa gestion interne les carences des infrastructures générales concernant par exemple les transports, le système de crédit, la formation générale de la main-d'œuvre. On a par exemple souligné combien la régulation pénurique des économies de type soviétique, puis l'incertitude radicale entourant les nouvelles règles du jeu rendaient impossible un modèle de réduction permanente des coûts. A un autre extrême, certaines formes institutionnelles nationales apparaissent nécessaires à la viabilité d'une stratégie de firme. On se souvient du rôle du compromis salarial de partage des gains de productivité sur la possibilité tant du modèle de production à haut volume que celui fondé sur une gamme complète de produits différenciés.

Mais il est toute une gamme de situations intermédiaires au sens où l'architecture institutionnelle peut permettre à plusieurs stratégies de profit de se développer et réciproquement une même stratégie de profit peut s'implanter sur des espaces soumis à des régulations finalement assez différentes. Deux caractéristiques au moins sont susceptibles de conduire à la première configuration.

  • Soit l'édifice institutionnel est bâti sur la permanence de diversités importantes, par exemple en matière de droit du travail, de formation des salaires ou encore de type de syndicalisation. On songe par exemple aux pays régis par des constitutions de type fédéral, tels les États-Unis, dont le rapport salarial varie assez significativement de région à région, ce qui explique que la spécialisation de la Californie ne soit pas celle du Michigan, celle du Texas diffère de celle du New Jersey..., au-delà même des différences en ressources naturelles des différents états.

  • Soit la spécialisation héritée du passée fait coexister une large variété de branches produisant un vaste spectre de produits dont la spécificité appelle des configurations productives, elles-mêmes différentes. On songe par exemple au fait que dans la plupart des pays, le marché de la construction, et plus généralement du BTP, demeure très différent de celui des biens durables et d'équipement. Cela explique sans doute que la polyvalence et la relative autonomie des salariés aient de longue date précédé le mouvement impulsé par le modèle de réduction des coûts concernant la redéfinition du rapport salarial fordiste. Ce dernier exemple montre, au demeurant, que les modes de gestion de ces deux secteurs se rapprochent à certains égards dès lors que leurs conditions d'articulation au marché tendent à se ressembler.

En effet, il ne faut pas oublier le message central des recherches comparatives menées sur le secteur de l'automobile: le contexte institutionnel général, le marché et le travail façonnent le ou les modèle(s) productifs) viable(s) sur l'espace considéré, même s'ils ne le déterminent pas complètement ou de façon univoque (figure 2.A). Si l'on devait résumer les
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développements précédents, deux propositions suffiraient. La compatibilité entre un contexte et un modèle productif de firme peut-être assurée selon deux processus distincts.

o D'un côté, la firme peut chercher à transformer le contexte pour le rendre adéquat à l'innovation privée qui fonde une supériorité potentielle de son mode d'organisation, qu'elle agisse par la pression concurrentielle, le prosélytisme, la tendance au mimétisme, l'accroissement d'influence qui résulte de son succès ou encore l'action politique directe en vue de transformer les institutions pertinentes. Le succès sera d'autant plus probable que ces institutions ont un caractère local sur le mode de la « company town », du district industriel, voire de l'enclave dérogatoire par rapport aux pratiques nationales, car il n'est quasiment pas d'exemple d'une telle transformation, intentionnelle et pleinement réalisée, au niveau d'un pays tout entier.

o D'un autre côté, la firme peut chercher dans les divers espaces nationaux auxquels elle a accès la réalisation des conditions structurelles du succès de sa stratégie de profit, sans prétendre altérer significativement ce contexte. Les libertés accordées à l'investissement direct dans le processus d'internationalisation de l'économie contemporaine fournissent un ample espace au déploiement de cette stratégie...même si pour l'instant la part de l'investissement direct dans l'investissement total demeure relativement modérée dans la plupart des pays.

4.2 Une même dynamique de branche est compatible avec la coexistence de modèles industriels différents mais complémentaires.

Une autre conclusion des développements qui précèdent est de montrer que l'on ne saurait passer directement d'une stratégie de firme à un modèle productif sans examiner les relations de cette firme avec ses concurrents d'une part, la compatibilité de ses conditions institutionnelles avec le mode de régulation en vigueur d'autre part. Le premier thème se trouve au point de convergence d'une sociologie des organisations et d'une approche évolutionniste de l'innovation et des méthodes de production

Par rapport au problème traité, la multiplicité des acteurs dans une même branche ou secteur ouvre des perspectives nouvelles aux firmes qui peuvent non plus seulement s'adapter au contexte et au marché mais tenter d'exploiter les limites des stratégies de leurs concurrents (Figure 2.B). Ainsi on peut imaginer qu'une conjonction de stratégies, par exemple une dominante en terme de fréquence et une autre minoritaire se nourrissant des demandes ou des faiblesses suscitées par cette stratégie dominante. Ce n'est jamais qu'un nouveau développement de la division du travail qui ouvre un espace à de nouveaux types de firme, qui un temps sont adjointes et complémentaires mais qui ultérieurement peuvent exercer un effet d'impulsion, voire de domination dans la constitution des modèles productifs. On se souvient de l'émergence de la différenciation de la gamme du produit final à partir des rendements d'échelle obtenus dans la production de composants entrant dans un modèle unique, c'est-à-dire dans un langage imagé le passage du fordisme typique au sloanisme. De la même façon, la stratégie de réduction permanente des coûts qui n'était initialement qu'un substitut à la production à haut volume en devient le concurrent au bout d'une longue période de montée en régime de ce principe. Troisième exemple déjà cité à plusieurs reprises, la maturation du produit sous l'effet d'une politique de gamme livre un espace pour une stratégie alternative fondée sur l'innovation.












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A travers des hauts et des bas, ces modèles deviennent alors complémentaires les uns des autres et tendent à évoluer de concert, conformément aux intuitions et formalisations proposées par les économistes néo-Schumpétériens14. Décrivons seulement l'un de ces modèles qui traite de l'évolution d'un ensemble de firmes initialement identiques, qui font face à une même demande agrégée, mais qui ont le choix entre diverses procédures de formation des prix, qu'elles copient les unes les autres en fonction des profits qu'elles livrent à leurs concurrents. A travers l'équivalent d'un algorithme génétique, il ressort que l'industrie converge finalement vers une configuration dans laquelle coexiste un petit nombre de firmes oligopolistiques pratiquant une formation des prix à partir d'un taux de marge appliqué aux coûts, et quelques firmes qui au contraire fixent les prix au niveau qu'impose la demande qui s'adresse à elles. Il ressort ainsi que l'équilibre dynamique de l'industrie repose sur la conjonction de ces deux types de firmes, dont aucune ne parvient à supplanter l'autre, tout au moins sous les conditions des simulations présentées. Mutatis mutandis, il n'est pas exclu de penser qu'une stratégie d'innovation ou encore l'approfondissement d'un modèle productif est susceptible du même traitement et donc de résultats analogues. La propriété de l'ensemble est plus que la somme de ses composants : les premières firmes développent l'innovation et la productivité à l'abri de leurs marges stables, les secondes assurent l'ajustement de l'industrie en réaction aux aléas qui l'affectent.

En termes plus conceptuels, on ne peut manquer de songer à l'analyse de Thomas Schelling15 et le paraphrasant avancer qu'un modèle productif répond à un environnement qui consiste en d'autres modèles productifs, qui répondent à leur environnement qui consiste lui-même en des modèles productifs répondant à un environnement constitué...par la réponse de modèles productifs. Pour partie donc, un modèle productif est autopoeïtique au sens où il engendre par sa mise en œuvre un environnement qui lui assure sa propre utilité et introduit une médiation par rapport au contexte extérieur. On serait tenté de transposer à ce problème le concept de champ organisationnel mis en avant par Paul J. Di Maggio et Walter W. Powell16 et mis en œuvre par Neil Fligstein17 sur le cas des grandes firmes américaines. Ces auteurs dénomment ainsi « l'ensemble des organisations qui dans leur conjonction constituent un espace reconnu d'organisation de la vie institutionnelle : les sous-traitants les plus essentiels, les fournisseurs de matières premières, les agents chargés de la réglementation et les autres organisations qui produisent des services ou des produits similaires ». L'approche ne s'intéresse pas seulement à la compétition entre les firmes mais aux réseaux qu'elles constituent et aux façons de faire évoluer le contexte légal et institutionnel de leur activité. Dans la longue période, les acteurs ne font pas que subir un environnement donné, mais ils tentent de le changer, tout au moins dans la limite du domaine où ils sont les principales parties prenantes. C'est d'autant plus difficile que ces institutions sont communes à un grand nombre de secteurs et que ces derniers ont des intérêts partiellement divergents concernant l'évolution souhaitable de ce contexte institutionnel.

On comprend sans peine que les propriétés de ce nouvel ensemble soient bien différentes de celles d'un modèle représentatif qui ferait face aux seules contraintes de l'environnement. Pour ne donner que cet exemple, sur un marché financier, lorsque des agents veulent se couvrir du risque par l'intermédiaire d'arbitragistes, apparaît une troisième catégorie d'acteurs les spéculateurs, dont le comportement peut durablement affecter la

14 Dosi Giovanni, Fabiani S., Freeman Christopher, Aversi R. (1993).

15 Thomas Schelling ( 1978).

16 Paul J. Di Maggio et Walter W. Powell (1991).

17 Neil Fligstein (1990).
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dynamique des cours du marché, pour une même valeur des fondamentaux18. Il en est de même pour les stratégies de profit : le succès de l'une, devenue dominante, ouvre des perspectives à d'autres qui emprunteront des voies différentes, ce point étant reconnu par divers théoriciens de la gestion19. On pourrait avancer l'hypothèse que ce facteur est d'autant plus important que les économies sont développées et ont eu la possibilité, du fil du temps, de construire un environnement institutionnel qui dépasse les seules contraintes véhiculées par la rareté des ressources naturelles.

L'intérêt de cette démarche est d'abord de se passer de la fiction d'agents représentatifs dont les recherches économiques contemporaines soulignent l'inadéquation, ensuite de rendre compte de l'observation fréquente selon laquelle pour un environnement institutionnel donné, peuvent exister divers modèles productifs. Enfin et surtout, de proposer un passage rigoureux entre la stratégie des firmes et la dynamique macroéconomique.

4.3 Un modèle productif se doit d'être cohérent avec le mode de régulation.

La tâche est en effet de passer d'une série d'organisations productives caractéristiques d'un champ organisationnel à un modèle productif d'ensemble. On peut a priori songer à quatre méthodes principales pour opérer un tel passage, leur intérêt étant très inégal.

0 Suivant une tendance récente des recherches en économie, on pourrait songer à appliquer la loi des grands nombres et tenter de définir un modèle productif à partir des caractéristiques obtenues par un calcul de moyenne. Certains travaux portant sur la consommation suggèrent par exemple que si l'hétérogénéité entre les individus est suffisante, une loi moyenne de demande agrégée peut effectivement émerger. Le succès de la méthode pour l'organisation de la production est plus douteux, puisque la moyenne risque de n'avoir aucun sens en terme d'interprétation, car c'est un simple agrégat de caractéristiques de modèles distincts. On a déjà souligné l'erreur qui consisterait à mesurer la distance des modèles productifs nationaux par rapport à l'idéal type des méthodes dites japonaises : de fait, les figures emblématiques de ce modèle (kanban, qualité totale, kaizen,...) ne correspondent qu'à une petite fraction du système industriel, dont la plupart des composantes sont régies par d'autres principes20. Comme on l'a souligné, c'est plus leur complémentarité qu'il importe de comprendre, plus que de procéder à un simple processus d'agrégation.

0 Le mimétisme des modes managériales constitue un vecteur d'interaction entre champs organisationnels distincts qui font pourtant face à des contraintes externes différentes. L'histoire est en effet riche de tentatives d'application d'un modèle canonique valable pour le noyau dur du secteur industriel à des secteurs pour lesquels il n'avait pas d'avantages évidents. Ainsi, a-t-on tenté dans l'entre-deux-guerres de produire les logements sur le même principe que les automobiles et cette idée réapparaît périodiquement sans que jusqu'à présent le modèle se soit imposé au secteur de la construction21. A cette même

18 NicholasKaldor(1940).

19 Ainsi chacun des grands types d'organisation retenus par Henri Mintzberg (1979):468-477 (forme
divisionnelle, bureaucratie fondée sur un principe organique, structure simple, bureaucratie professionnelle,
adhocratie) s'engendre l'un l'autre et tende à coexister bien qu'en des proportions variables selon
l'environnement concurrentiel. De même, Michael Porter (1990) a montré que les nations ou les régions
n'étaient pas en concurrence à travers l'exploitation du même principe de compétitivité mais qu'au contraire
elles jouaient sur une différenciation de leurs avantages dynamiques et construits. Sur ce même thème lire :
Christopher Freeman, Dominique Foray (1993).

20 Natalie Greenan et Dominique Guellec ( 1994).

21 Par exemple The Economist (1996) And now for the homeburger, August l0th, p. 37-38.
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