RÉsumé Ce travail confronte les résultats d'une comparaison dans le temps et dans l'espace des modèles productifs dans l'automobile par le réseau international du gerpisa avec les théories proposées par les sciences sociales.





titreRÉsumé Ce travail confronte les résultats d'une comparaison dans le temps et dans l'espace des modèles productifs dans l'automobile par le réseau international du gerpisa avec les théories proposées par les sciences sociales.
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époque, dans les activités de services, une taylorisation précoce n'a pas rencontré le succès attendu faute d'une correspondance avec les contraintes véritables pesant sur leur dynamique. Dans les années quatre-vingt-dix, cercles de qualité et méthodes japonaises se sont diffusés bien au-delà des secteurs de la production de masse, dont ils corrigent certains des déséquilibres. Mais l'histoire suggère qu'un tel mimétisme rencontre vite ses limites s'il ne s'intègre pas dans une restructuration de l'ensemble des sous-composantes des modèles industriels.

0 Le rôle d'entraînement d'un nouveau modèle productif ne doit pas être négligé dans la compréhension des relations entre formes institutionnelles et organisation de la production. D'abord, son succès même conduit à accroître la part de la production et de l'emploi qui est organisée sous son égide : qu'on songe à la constitution de l'industrie automobile de masse ou encore à l'essor contemporain des technologies de l'information. En second lieu ce modèle tend à colorer les formes institutionnelles qui changent progressivement et se diffusent ensuite à l'ensemble des autres secteurs. Il en est ainsi du rapport salarial pour celle des sociétés dans lesquelles il est organisé sur une base nationale. Par exemple, les gains de productivité obtenus dans ces secteurs servent de référence aux revendications salariales, ce qui assure un lien entre secteur moteur et dynamique macroéconomique. C'est à ce stade que l'on peut ajouter la diffusion de mêmes principes de gestion des firmes, qui sont alors adaptés au contact des spécificités sectorielles. Enfin, le mode de vie ne manque pas d'être affecté par l'essor de la production du nouveau modèle productif, ce qui introduit une nouvelle vague de diffusion d'innovations induites. La production de masse n'a-t-elle pas engendré la tertiarisation de l'emploi par son succès même ?

0 Au fur et à mesure que l'on progresse vers les déterminants macroéconomiques, apparaissent de nouvelles relations entre les trois termes, marché – travail - contexte qui en fait sont interdépendants au sein d'un régime de croissance viable (figure 2.C). Deux exemples. Il est assez évident que le compromis capital/travail qui codifie un partage des gains de productivité associés à la production de masse porte en lui-même un essor de la consommation de masse, ce qui rend viable et consolide le régime de croissance correspondant. Réciproquement, depuis la fin des années 70, la déstabilisation des perspectives de demande a impliqué une redéfinition du rapport salarial, qui est contraint d'absorber une partie des risques dont il était auparavant exempt (plus grande flexibilité de l'emploi, variabilité des salaires, ralentissement de la progression du niveau de vie). Ainsi se trouve consolidée la permanence d'un régime de croissance extraverti, bâti sur le maintien de la compétitivité. Le basculement d'un modèle productif à un autre ne peut se comprendre sans la prise en compte de cette évolution du régime de croissance et du mode de régulation, ensemble qui évolue donc de concert.

Ainsi, la prégnance d'un mode de régulation diffuse à l'ensemble des champs de l'organisation productive des contraintes et des opportunités communes, qu'il s'agisse des salaires, des taux d'intérêt, du taux de change, de la fiscalité, du régime des subventions, ou encore de la tonalité des relations professionnelles. Voilà qui réduit, et dans certains cas surdétermine la viabilité des choix organisationnels. Arrivé à ce stade on pourrait restreindre la définition d'un modèle productif à l'analyse de ses complémentarités ou au contraire dysfonctions par rapport au mode de régulation en vigueur. Pour autant, l'histoire comme les comparaisons internationales suggèrent que cette correspondance n'est pas biunivoque. D'un côté, un même principe industriel (par exemple les hauts volumes et les salaries élevés, ou encore une diversification de la gamme et un compromis salarial) peut être atteint dans un contexte aussi différent que celui des États-Unis avec Ford puis GM, de l'Allemagne avec
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Volkswagen, ou encore la France avec Renault. Le compromis salarial est tantôt impulsé par des syndicats jouant sur la concurrence sur le marché, tantôt par le subtil mécanisme de la cogestion et de l'économie sociale de marché, sans oublier le rôle déterminant de l'État dans la constitution puis la gestion de la variante française de ce modèle. D'un autre côté, d'autres principes industriels peuvent se déployer dans les interstices et les faiblesses du modèle dominant, dès lors que l'on reconnaît par exemple que ces mêmes pays ont enregistré la persistance de stratégies d'« innovation et de flexibilité » (Chrysler), de « haut de gamme et de différenciation des produits » (Mercedes et BMW), de « réduction permanente des coûts » (Peugeot devenu PSA).

Cette mise en perspective permet de revisiter quelques unes des grandes constructions de la littérature et d'en examiner les relations avec les hypothèses adoptées et les résultats obtenus.

5. Charmes et limites des théories de la rationalisation.

La mise en perspective historique incite à rechercher un principe d'explication unifié et l'un des plus courant est sans doute dérivé de la thèse de la rationalisation conjointe des modèles productifs et de l'organisation sociale, au premier rang de laquelle on trouve l'État.

5.1 De Max Weber aux théoriciens contemporains de la « One best way ».

C'est sans doute Max Weber qui a exprimé avec le plus de force cette idée d'une rationalité croissante des sociétés capitalistes : «Aucune démonstration particulière n'est nécessaire pour montrer que la discipline militaire est le modèle idéal de l'usine capitaliste moderne, comme c'était le cas pour la plantation des temps ancien. Cependant, la discipline organisationnelle de l'usine a une base totalement rationnelle. A l'aide de méthodes adéquates de mesure, le profit optimum tiré de chaque salarié individuel est calculé comme on le ferait de n'importe quel moyen matériel de production. Sur cette base, le système américain «d'organisation scientifique» avance triomphalement avec sa détermination scientifique des performances du travail, tirant ainsi les conclusions ultimes des principes de mécanisation et de discipline (...) Ce processus d'ensemble de rationalisation, dans l'usine comme ailleurs et tout particulièrement la machine d'État bureaucratique, est parallèle à la centralisation de l'organisation dans les mains du maître. (...) Ce phénomène universel réduit de plus en plus l'importance du charisme et des conduites individuelles différenciées22. »

22 Max Weber (1978): 1156.






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Mais le plus surprenant est sans doute le parallèle qu'établit Max Weber entre les exigences de la production et l'évolution des interventions de l'État qui sont tout à la fois nécessaires à l'épanouissement de la rationalisation et qui lui empruntent certaines de ses méthodes. Pour le citer à nouveau : « La raison décisive de l'avancée de l'organisation bureaucratique a toujours été la supériorité purement technique sur n'importe quelle autre forme d'organisation. L'appareil bureaucratique pleinement développé se compare avec les autres organisations, exactement comme la machine avec les façons de produire non mécaniques. Précision, vitesse, absence d'ambiguïté, connaissance des dossiers, continuité, discrétion, unité, subordination stricte, réduction des frictions et des coûts matériel et personnel, tous ces facteurs atteignent leur optimum dans l'administration strictement bureaucratique, tout particulièrement dans sa forme monocratique » (p. 973). N'est-il pas frappant que l'on retrouve sensiblement la même liste de facteurs qu'Henry Ford mettait en avant pour justifier son système lorsqu'il écrivait : « la production de masse se concentre sur un projet manufacturier basé sur les principes de puissance, de précision, d'économie, de système, de continuité et de vitesse »23.

Clairement, l'organisation productive et même sociale est assimilée à une machine, sur le modèle purement mécanique qui est censé régler parfaitement les interdépendances, image que l'on retrouve aujourd'hui encore dans un grand nombre d'analyses des gestionnaires (tableau 2, colonne 1). Le titre même « La machine qui a changé le monde » illustre la permanence de ce thème et des mêmes propriétés attribuées à l'organisation productive rationnelle : la vitesse, la précision, l'absence d'ambiguïté, la réduction des aléas...alors même qu'il serait plus respectueux de la réalité des pratiques de considérer que le «modèle japonais» dérive plutôt d'une vision de la production comme résultat d'une conception organique de la firme (Tableau 2 , colonne 2). Le modèle productif conçu comme une machine développe une image tellement puissante qu'elle est appliquée même aux configurations qui marquent une atténuation, si ce n'est une rupture, par rapport aux tendances de l'organisation scientifique du travail.

Un autre intérêt de cette vision en terme de rationalisation est de fournir une raison à la synchronisation entre modèle productif et mode de régulation, tout au moins la partie de ce dernier qui tient aux interventions de l'État. En effet, pour Max Weber, la rationalisation productive appelle une forme particulière d'État elle-même soumise au principe de rationalité, de sorte qu'institutions publiques et organisations privées sont interdépendantes, nécessaires l'une par rapport à l'autre et finalement régies par un même principe celui de l'efficacité : « De nos jours c'est principalement l'économie capitaliste de marché qui demande que l'administration publique des affaires officielles soit assurée avec précision , sans ambiguïté, continûment et avec la plus grande vitesse possible. Normalement, les très grandes entreprises capitalistes modernes sont elles-mêmes des modèles inégalés d'organisation bureaucratique. La gestion des affaires repose complètement sur un accroissement de la précision, de la stabilité et surtout de la vitesse d'opération » (p. 974). On croirait entendre le chœur des tenants de l'organisation scientifique du travail de Winsley Taylor, Henri Fayole à Henry Ford, Alfred Sloan pour culminer chez les ingénieurs Japonais tels que Shigeo Shingo et Taiichi Ohno.

Cette ligne d'interprétation parcourt l'ensemble du XXème siècle et continue à rassembler une fraction significative des spécialistes de la gestion. Nul doute que les modèles industriels contemporains soient plus efficaces que ceux du passé et que les méthodes et les

23 Henry Ford (1926).
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produits se soient rationalisés depuis l'émergence de la première manufacture, de sorte que le terme « rationalisation » vient résumer de façon suggestive cette tendance de la division du travail et l'augmentation corrélative de la productivité. Plus encore, dans les périodes où prévaut l'incertitude des formes futures d'organisation, il est commode et séduisant de considérer que le processus turbulent et chaotique que le gestionnaire tente de piloter obéit à une logique cachée mais puissante : la recherche d'une « one best way »24. Et pourtant, que de limites et d'impasses à cette approche de la rationalisation !

5.2 Pour une critique rationnelle de la rationalisation : Max Weber contre lui-même.

En premier lieu, on pourrait reprocher à Weber de violer deux des préceptes méthodologiques qu'il s'était lui-même donné à l'ouverture d'Économie et Société . En effet, au fur et à mesure de la progression de ses analyses il semble confondre le principe de rationalité dans l'explication du théoricien et le principe actif à l'œuvre dans les sociétés. Or son analyse s'ouvrait par la prise de position suivante : « C'est seulement par rapport à ces raisons d'opportunité méthodologique que la méthode de la sociologie est « rationaliste ». Il n'est naturellement pas légitime d'interpréter cette procédure comme impliquant un biais rationaliste de la sociologie, car ce n'est qu'un outil méthodologique. Certainement, cela n'implique pas une croyance en la prédominance effective d'éléments rationnels dans la vie humaine, car la question du degré de cette prédominance reste ouverte. Cependant, on ne saurait nier un danger des interprétations rationalistes lorsqu'elles sont hors de propos » (p. 7). On peut dès lors imaginer que le succès des théories de la « one best way » tient à leur capacité à apporter un ordre et une raison universelle à des processus que les acteurs reconnaissent comme beaucoup plus complexes et incertains.

Mais il est une seconde surprise à propos de la position de Max Weber sur la rationalisation des sociétés, puisqu'il fait de cette dernière un absolu alors même qu'il a été l'un des premiers à souligner que la rationalité était multiforme. La rationalité de l'usage des moyens par rapport à des fins données ne doit pas être confondue avec celle des objectifs et des valeurs, qui sont a priori incommensurables. De même, à la rationalité formelle s'oppose la rationalité substantive de l'action économique : « Le terme de rationalité formelle de l'action économique sera utilisé pour désigner l'étendue du calcul quantitatif ou de la comptabilité qui est techniquement possible et qui est effectivement mise en œuvre. La rationalité substantive de son côté se définit par rapport au degré avec lequel l'approvisionnement en biens d'un groupe donné d'individus est façonné par une action sociale gouvernée par l'économie en vertu de quelques critères (passé, présent ou potentiel) concernant les valeurs ultimes, indépendamment de la nature de ces fins. Elles peuvent présenter une grande variété » (p. 85). Or précisément, Max Weber ne donne pas d'analyse vraiment convaincante de la raison pour laquelle le principe d'efficacité productive se serait imposé non seulement aux façons de produire mais à l'organisation de la société sous l'égide d'un État incarnant précisément cet impératif catégorique que représenterait l'efficacité productive du secteur privé. Ce rabattement de l'État sur l'économique puis de l'économique sur le technique est finalement assez insatisfaisant.

24 Henry Mintzberg (1979):293 cite ainsi Whistler (1975) : « Il y a toujours de l'argent à gagner et de la notoriété à obtenir en colportant des prescriptions universelles. En termes économiques, il y a là une demande de la part de décideurs qui cherchent un Evangile, une vérité simple, en l'occurrence la « one best way » ».
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5.3 Les trois failles de la théorie de la rationalisation.

De façon plus analytique, on peut porter trois séries de critiques à cette vision de la rationalité productive, d'autant plus que les transformations intervenues au XXe siècle sont riches d'enseignements.

° Tout d'abord, la rationalité des intentions et des plans des acteurs ou des organisations n'implique pas nécessairement l'obtention d'une configuration pleinement rationnelle au niveau de la société considérée dans son ensemble. Depuis les analyses de Marx on sait effectivement que la réduction de la valeur des marchandises est le résultat de la lutte concurrentielle que se livrent des entreprises en compétition pour des marchés limités, souvent par le processus même du rapport d'exploitation des salariés par les capitalistes. Ainsi la conjonction de stratégies totalement logiques dans ce mode de production peut conduire à l'alternance de phases de prospérité et de crise, à une tendance aux surcapacités de production, à la possibilité d'un chômage induit par la progression de la productivité, à la substitution du capital au travail inductrice d'une baisse du taux de profit, bref à un résultat qui est loin d'être celui qui prévaudrait si une planification rationnelle allouait les moyens à la satisfaction des besoins. Pour sa part Joseph Schumpeter, tout en développant comme Max Weber un cadre analytique destiné à contrecarrer le système d'interprétation marxiste, aboutissait aussi à la conclusion que l'évolution des méthodes productives comporte un processus de destruction créatrice, des nouvelles compétences détruisant et remplaçant les anciennes. La phase d'essor s'accompagne nécessairement d'une période de crise, marquée par des faillites, l'abandon des méthodes de production dépassées, le redéploiement géographique et sectoriel des activités... autant d'ajustements qui ont un coût qui vient se soustraire des bénéfices de long terme obtenus grâce à la rationalisation de la production. C'est dire que pour partie, l'amélioration des méthodes de production tient du processus de concurrence et pour une autre partie des efforts explicites de rationalisation de la part des firmes. Ainsi les tenants de l'organisation scientifique tendent à surestimer les composantes planifiées et rationnelles de l'amélioration des techniques de production et sous-estimer le rôle du marché et des ajustements souvent douloureux qu'il impose.

° En termes plus historiques, les auteurs néo-schumpétériens insistent sur la succession d'innovations radicales qui lancent la dynamique d'un système productif dans des directions bien précises, soit la mécanisation, soit la réduction des coûts de transport, ou encore l'électrification ou aujourd'hui l'informatisation. Or il n'est pas sûr que ces diverses configurations s'inscrivent dans un processus universel de rationalisation, tant il est inégal et partiellement conditionné par les contingences de chaque grande période historique, qui de ce fait induisent la recherche d'économie selon des directions bien précises25. En d'autres termes, l'hypothèse d'un principe universel de rationalisation surestime la continuité des forces qui sont à l'œuvre et néglige le fait d'évidence : selon le niveau et la structure du salaire, le prix relatif des matières premières et de l'énergie, le niveau du taux d'intérêt réel, les coûts de transport, les recherches d'économie de coût s'orienteront dans les directions différentes. Dans la mesure où s'initie alors un sentier tout à fait particulier d'exploration de la division du travail, qui peut durablement persister aux conditions qui en ont suscité l'émergence, il est sans doute abusif de parler de rationalisation comme d'un phénomène universel. Si nécessaire, l'exemple des pays du

25 Giovanni Dosi (1982) a développé cette idée et proposé la notion de paradigme productif, qui suggère précisément leur clôture à partir de principes fondateurs : il s'agit toujours d'économiser, donc de rationaliser mais selon des objectifs et des contraintes propres.
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tiers-monde dont les structures sociales et politiques s'avèrent souvent incompatibles avec cette mise en œuvre du principe de rationalité, vient utilement rappeler le caractère toujours contextuellement déterminé du processus de rationalisation productive. Symétriquement, il est des périodes parfois longues de plusieurs décennies dans lesquelles les performances technologiques stagnent, voire régressent...alors même que l'effort de tous les acteurs est précisément de développer l'efficacité technique. Ainsi, dans la Russie contemporaine, compte tenu du niveau des salaires, du taux de change, des taux d'intérêt et l'incertitude économique et politique, il n'est pas rare que les succursales de multinationales choisissent rationnellement de maintenir des formes de production apparemment dépassées aux États-Unis, mais qu'il est logique de maintenir dans le contexte russe26. Le principe de rationalité située et contextuelle rend possible la coexistence de modèles productifs contrastés, alors que l'hypothèse de rationalisation conduirait à interpréter une telle permanence comme l'expression d'une pure irrationalité...ce qui serait clairement erroné et pas très respectueux des données de l'observation.

° Enfin, il est des épisodes historiques au cours desquels le plein développement du principe de rationalité au niveau des acteurs conduit ex-post à des résultats fort peu satisfaisants, voire contre-productifs au niveau du système dans son ensemble. Pour quiconque est habitué aux débats contemporains, l'hymne de Max Weber à la bureaucratisation pourra sembler étrange : n'est-elle pas responsable de l'inefficacité de l'action publique comme privée ? En effet, par rapport au début de ce siècle, les chercheurs en sciences sociales ont plutôt tendance à diagnostiquer les dysfonctionnements plus que les performances des hiérarchies privées comme publiques. D'un côté, il est de plus en plus reconnu que le modèle de la machine bureaucratique ne convient qu'au contexte bien particulier de produits standardisés, de marchés évoluant de façon régulière ou tout au moins prévisible, et que dans la plupart des autres cas, d'autres modèles doivent prendre le relais car ils sont plus décentralisés, mobilisent mieux les compétences et les capacités de réaction des opérateurs, et reposent moins sur des routines codifiées par la hiérarchie27. D'un autre côté, les interventions publiques sont difficiles à redéployer dans un contexte où la segmentation et autonomisation des diverses organisations rend difficile la réponse aux exigences nouvelles des firmes, qui ont maintenant accès à une grande variété de systèmes administratifs nationaux.

Il est assez ironique à cet égard de noter que la sociologie contemporaine des organisations tend à voir systématiquement en négatif ce que Max Weber considérait comme le gage de l'efficacité bureaucratique. Il écrivait ainsi que « En général la domination bureaucratique a les conséquences sociales suivantes : (1) La tendance à l'érosion de l'intérêt au plus large de recrutement en fonction de la compétence technique. (2) La tendance à la ploutocratie à partir de l'intérêt à la formation la plus longue possible. Elle dure aujourd'hui jusqu'à 30 ans. (3) La domination d'un esprit impersonnel et formaliste(...) » (p. 225). De nos jours, ces mêmes caractéristiques sont supposées être à l'origine du mal bureaucratique,

26 Ainsi une entreprise du secteur des biens d'équipement préférait-elle en 1996 maintenir un atelier
complet avec une dizaine d'ouvriers hautement qualifiés opérant sur des machines universelles obsolètes plutôt
que de les remplacer par une machine programmable conduite par un seul opérateur, comme c'est le cas aux
Etats-Unis et dans les autres pays développés. En effet, aux conditions locales, il était plus rentable et moins
risqué d'adopter la première de ces deux solutions. Optimisation du politique ne signifie donc pas progression
de productivité.

27 Telle est la conclusion convergente de nombreux ouvrages, tels ceux déjà cités d'Henry Mintzberg
(1979), Jay M. Sharfritz and J. Steven Ott (1992), Arthur L. Stinchcombe (1990), Gareth Morgan (1986),
Masahiko Aoki (1988).
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