RÉsumé Ce travail confronte les résultats d'une comparaison dans le temps et dans l'espace des modèles productifs dans l'automobile par le réseau international du gerpisa avec les théories proposées par les sciences sociales.





titreRÉsumé Ce travail confronte les résultats d'une comparaison dans le temps et dans l'espace des modèles productifs dans l'automobile par le réseau international du gerpisa avec les théories proposées par les sciences sociales.
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chacun des cas, s'amorce une révision de la stratégie initiale qui doit composer avec ces nouveaux impératifs. Dans de très nombreux cas, c'est le rapport salarial qui fait problème : atténuation de la rigueur des formules salariales tayloriennes, nécessité de hauts salaires pour stabiliser la main-d'œuvre employée à la chaîne. Dans d'autres cas, c'est le marché qui vient bloquer l'essor du modèle productif : pour Toyota par exemple, chaque problème résolu fait ressortir de nouveaux déséquilibres par rapport à la demande du marché. Par ce processus, le principe initial s'enrichit, se complexifie, voire dans certains cas s'hybride avec d'autres logiques, car c'est à cette condition que les routines dont se compose un modèle productif peuvent être mises en cohérence52.

° Mais la mise en œuvre peut aussi se heurter à des obstacles intrinsèques à la stratégie, et qui ne sont pas complètement surmontés par la percée conceptuelle que représente la nouvelle vision. Par exemple, l'assemblage peut buter sur l'insuffisance précision d'usinage de pièces pourtant standardisées en principe, ce qui appelle une percée complémentaire en matière de machine-outil et d'ingénierie. De même la chaîne de montage et la synchronisation parfaite qu'elle suppose appellent soit l'intégration verticale que mettra en œuvre la première usine d'Henry Ford, soit le système du juste-à-temps qui sera inventé beaucoup plus tardivement au Japon. Ou encore, l'originalité du processus d'amélioration permanente des méthodes de production de Toyota appelle une relation salariale fort particulière, garantissant une certaine stabilité de l'emploi grâce à un redéploiement des salariés à d'autres tâches ou activités au fur et à mesure que s'accroît la productivité. Mais à son tour cette caractéristique suppose que les horaires travaillés et la rémunération salariale participent au processus de réaction aux aléas conjoncturels et aux changements des techniques de production. Ainsi, à partir du noyau dur des principes productifs, s'étendent une série d'ondes de choc qui concernent successivement le travail, le marché,...voire certaines composantes essentielles du mode de régulation, dès lors que le modèle émergent tendrait à imposer sa logique à l'accumulation et à l'évolution macroéconomique de courte période. Le processus n'est en rien automatique puisqu'il peut être bloqué à tout instant par une évolution des formes institutionnelles défavorable à l'épanouissement du modèle : protestation violente contre le taylorisme et blocage juridique du modèle « contrôle du travail », absence de la diffusion des 5 $ par jour pour le modèle à « fort volume et haut salaire ». On mesure combien la vision est très largement incapable de faire advenir le Monde qui lui conviendrait. Ce n'est pas un accident puisque la viabilité du modèle productif fait intervenir un ensemble de routines et d'institutions complémentaires entre elles, qui sont le résultat de comportements stratégiques et de conflits entre groupes extrêmement divers, dont rien a priori ne garantit la cohérence.

0 Ces expérimentations et ces tâtonnements prennent du temps, car ils ne peuvent être instantanés compte tenu de la construction de routines, d'indicateurs de gestion, d'institutions, de spécialisations industrielles, bref d'une nouvelle configuration de la division technique et sociale du travail. Il se peut très bien qu'une fois constituée cette architecture, l'environnement ait changé suffisamment pour que la vision initiale ne soit plus complètement adéquate et appelle des ajustements plus ou moins considérables. Par exemple, l'économie peut souffrir d'un ralentissement de la croissance qui rend moins nécessaire et pertinente la poursuite du modèle de « contrôle du travail ». De même, la conjoncture très favorable des années 1920 se retourne brutalement à l'occasion de la crise de 1929 et rend impossible la poursuite du modèle « fort volume et hauts salaires ». Ou encore, le modèle « réduction permanente des coûts » se heurte à la fin des années 80 à une

52 Boyer, Freyssenet (2001).
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surévaluation du Yen par rapport au Dollar, ou encore à un tarissement de la main-d'œuvre acceptant les contraintes de la relation salariale toyotienne. A nouveau, il n'est pas accidentel que beaucoup des modèles industriels se soient heurtés à un moment ou un autre de leur développement à ce contraste entre une cohérence et efficacité internes maintenues, voire renforcées et une pertinence problématique, compte tenu d'un renversement du contexte ou de la conjoncture générale. C'est la rançon du temps long nécessaire à leur constitution.

° Enfin il est une dernière raison pour laquelle toute vision se doit d'être réévaluée à une certaine étape de sa mise en œuvre. En effet, le modèle productif peut se trouver bloqué par le succès même de sa mise en œuvre, qui a déclenché une série de transformations structurelles, dans son environnement et en son sein, qui appellent une révision plus ou moins radicale de la stratégie initiale. Loin de réduire et pacifier le conflit capital/travail, le projet du taylorisme doit composer avec l'émergence de syndicats d'ouvriers non qualifiés. De même, le modèle de relation salariale paternaliste cher à Henry Ford ne peut s'implanter compte tenu de l'évolution générale des relations professionnelles à Détroit, de sorte que c'est plutôt au niveau de la branche ou de l'automobile dans son ensemble que se négocieront les salaires élevés. Le modèle « réduction permanente des coûts » est lui aussi victime de son succès de façon plus éclatante encore : sa contribution à la croissance générale de l'économie japonaise induit une rareté de la main-d'œuvre industrielle, alors que sa contribution décisive au surplus commercial japonais n'est pas totalement étrangère à renchérissement du Yen. Sans oublier que la menace exercée sur les autres constructeurs les conduit à innover selon des directions qui, à partir du milieu des années 90, s'avéreront en meilleur accord avec la conjoncture du moment : internationalisation poussée pour le modèle « haut volume », capture des parts de marchés par le lancement de nouveaux produits pour le modèle « innovation et flexibilité ».

C'est sans doute la prise en compte de ces mécanismes qui fait dire à certains analystes qu'après tout les modèles industriels n'existent qu'a posteriori, voire pas du tout, puisque leur cohérence et pertinence est toujours provisoire, à la merci du moindre événement nouveau en matière technologique, social ou économique53. Il faut répondre à cette objection et rassembler les arguments essentiels.

8.3 Un modèle productif comme cohérence d'un contexte, d'une vision, de stratégies, de dispositifs et de résultats.

On l'a souligné, un modèle n'est pas statique puisqu'il met en jeu des processus dynamiques d'adaptation aux problèmes émergents et changements de la conjoncture. Par

53 William & alii (1994).






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ailleurs, il faut reconnaître que toute configuration industrielle observée n'appartient pas nécessairement à un modèle constitué, puisqu'elle peut évoluer vers le déclin ou la crise ou se transformer en direction d'un autre modèle qui s'avère ex post viable. De même il se peut que personne ne théorise des régularités industrielles pourtant évidentes et qui livrent de bonnes performances : l'organisation de la firme Benetton n'est-elle pas exemplaire à cet égard ? Il est aussi probable que le modèle soit théorisé, mais très tardivement et après coup, comme cela semble avoir été le cas du modèle d'Ohno. Bref, il ne s'agit pas dissimuler la difficulté de la mise en évidence d'un modèle productif.

Pourtant, on peut en donner une définition rigoureuse qui en un sens généralise les trois étapes successives de l'analyse. Un modèle productif se définira comme un point fixe dans les interdépendances qui régissent respectivement les problèmes à résoudre par les entreprises, les visions qui servent de guide à l'action, les stratégies adoptées face à des aléas toujours renouvelés, les dispositifs organisationnels et institutionnels qui en dérivent, les façons d'évaluer la performance de la gestion, enfin et surtout le contexte général du travail et des marchés, qui eux-mêmes évoluent, pour partie sous l'effet du modèle productif, mais pour partie de façon autonome (figure 4).

Cette définition a d'abord pour mérite de fournir un ensemble de critères permettant de diagnostiquer l'existence d'un modèle, sans a priori prendre parti pour aucune des positions extrêmes qui ont été précédemment passées en revue : soit les modèles n'existent pas....soit n'importe quelle configuration peut devenir un modèle. Soit la vision gouverne les pratiques soit a contrario, les problèmes concrets stimulent et déterminent la vision. Un modèle devrait être doté de la capacité de se reproduire de période en période...or les processus dynamiques n'ont pas d'équilibre, etc.... Soit le modèle est universel, soit il n'existe pas. Or, le modèle « gamme et compromis salarial » a été observé aux États-Unis et dans certains pays européens, le modèle « fort volume et haut salaire » l'avait précédé en Europe mais pas aux États-Unis. A contrario, le modèle de « contrôle du travail de type britannique » n'a pas pu s'établir faute d'un contexte institutionnel anglais adéquat. Enfin, contrairement à la critique qui affirme que l'on peut simplement décrire ex post les composantes d'un modèles productif. La problématique peut être utilisée de façon prospective, ce qui a été le cas pour le modèle « intelligence du travail » dont l'usine d'Uddevala ne constitue qu'un embryon extrêmement imparfait et probablement incohérent dans son état actuel54. Mais on peut définir, abstraitement, les stratégies, les dispositifs et les outils de gestion, qui dans le contexte d'une économie sociale démocrate renouvelée dans ses principes, permettraient à un tel modèle d'affirmer sa cohérence et sa pertinence.

Cette problématique rend compte de quelques uns des fait stylisés majeurs concernant le processus d'émergence, d'essor, de maturation puis de crise des modèles industriels. D'abord elle reconnaît le caractère créateur de la vision, mais lui attribue sa juste place dans un processus de réajustement progressif de cette vision en fonction des contraintes externes et internes rencontrées dans sa mise en œuvre. Voilà pourquoi les visions les plus populaires sont rétrospectives et non pas prospectives, Ford et Ohno constituant d'excellents exemples à cet égard. On comprend mieux que la configuration la plus complètement décrite et théorisée soit la version d'Alfred Sloan du modèle « gamme et compromis salarial », puisque son ouvrage55 vient après coup rendre compte d'une expérience pratique dont il entend dégager les principes généraux. Le second mérite de cette définition est de réconcilier les visions opposées de l'organisation et par extension des modèles productifs qui sont tout à la fois un

54 Freyssenet et Charron (2001 ).

55 Alfred Sloan (1963).
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objet de pouvoir et le lieu de traitement de l'information, support de routines tout en jouant sur une définition organique de l'entreprise56, Un modèle productif c'est aussi la projection d'une vision, le déploiement d'une stratégie, mais simultanément il suppose le recueil d'informations nécessaires au pilotage de grandes entreprises dotées de nombreuses entités interdépendantes. Cette définition générale suggère au passage qu'il faut apprécier la cohérence systémique ou structurelle d'un ensemble de dispositifs et pas seulement la présence de tel ou tel outil de gestion. C'est une caractéristique rafraîchissante par rapport à la littérature gestionnaire, tout particulièrement celle des consultants qui se bornent à proposer une unique mesure quels que soient le lieu, le secteur ou la conjoncture, gadget qui est réputé avoir assuré le succès des entreprises leader, mais dont l'imitation est condamné à l'échec, si l'on entend ainsi concurrencer l'entreprise dominante.

8.4 Intentionnalité, effets inattendus et réflexivité plus qu'apprentissage organisationnel

S'explique aussi le paradoxe des modèles productifs : ils sont reconnus comme tels et adoptés par une nouvelle génération de « suiveurs » au moment précis où les observateurs plus attentifs diagnostiquent l'entrée dans une phase de crise structurelle, ou tout au moins de redéfinition de quelques uns des piliers du modèle. En effet, ce n'est qu'après une ou plusieurs décennies que la cohérence entre les diverses composantes du modèle apparaît clairement à un ensemble de plus en plus vaste d'acteurs de la vie économique, aussi bien gestionnaires que responsables politiques. Le sceptique en déduira que les modèles productifs ne sont qu'une simple construction intellectuelle sans existence réelle...en quoi il aura tort puisque c'est précisément au moment où le modèle se délite qu'on en perçoit mieux les composantes qui semblaient aller de soi auparavant57. On peut dès lors reconstruire une histoire raisonnée des décennies précédentes qui fait sens car elle tient compte des spécificités qui sont à l'origine tant de l'essor que du déclin d'un modèle productif. Mais, second paradoxe, lors de cette dernière période, l'analyste devrait étudier surtout les visions alternatives qui profitent des doutes émis sur la légitimité, l'efficacité du modèle en voie de délitement, pour entrer en concurrence afin d'imposer une nouvelle vision hégémonique, éventuellement porteuse d'un modèle alternatif.

Enfin, on pourrait qualifier de réflexive la vision ainsi donnée des modèles productifs. Il y aurait modèle productif lorsqu'à l'issue d'un processus assez incertain et complexe, pratiques et représentations de ces pratiques sont en congruence, y compris pour les acteurs du système et non seulement les analystes extérieurs. Cette conception se distingue des théories de l'apprentissage organisationnel. A la suite de travaux de psychologie expérimentale, surtout menés au niveau des individus58, il est devenu courant d'appliquer aux organisations les théories de l'apprentissage59. Leur intérêt est d'analyser le processus de changement, contrairement à l'optique de la rationalité substantielle qui ne voit que la diffusion d'un modèle supérieur. Pourtant c'est sans doute surestimer beaucoup la

56 La percée du thème de la culture de l'entreprise, en dehors même du Japon, dans les entreprises
réputées pourtant les plus fordistes, témoigne de la permanence de cette composante même dans les sociétés où
les compagnies sont essentiellement la propriété de leurs actionnaires.

57 Ainsi les approches de la régulation ont-elles construit la notion de fordisme comme régime
d'accumulation de l'après guerre au début des années 70, c'est-à-dire à l'occasion des première tensions et
déstabilisations de ce modèle qui interviennent dès 1967 aux Etats-Unis. La crise révèle donc l'architecture du
mode de régulation. De même la déstructuration des modèles productifs permet de mieux en comprendre les
linéaments.

58 Chris Argyris (1993).

59 Nathalie Lazaric et Jean-Marie Monnier ( 1995).
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prévisibilité et la maîtrise de la constitution par les acteurs d'une organisation productive. A la lumière des développements qui précèdent c'est très largement le résultat inintentionnel de tâtonnements décentralisés et partiellement contradictoires qui ne peuvent que très imparfaitement se ramener aux processus de maîtrise d'une tâche bien définie dans un environnement stationnaire. Il ne faut pas oublier en effet que les divers membres d'une organisation ont en général des objectifs différents, de sorte qu'il est douteux d'extrapoler les résultats de l'individu à l'organisation. Dans quelques cas extrêmes, on risque de qualifier d'apprentissage un processus d'imposition de nouvelles règles de gestion ou encore une réinterprétation rétrospective d'un processus qui a surpris la quasi totalité des participants qui ont innové plus qu'ils n'ont appris. Il semble plus fructueux de remplacer le terme apprentissage collectif par la conjonction d'une vision, d'une série de conflits et de tâtonnements, qu'il est possible de réinterpréter ultérieurement par une opération de réflexivité, donc de mise en cohérence. Il n'y a pas apprentissage d'un modèle mais création inintentionnelle à partir de stratégies diverses, voire divergentes.

Armée de ces outils conceptuels, l'analyse peut alors revisiter les résultats des travaux du Gerpisa et de la vaste littérature sur l'évolution des méthodes de production dans un pays donné et leurs comparaisons internationales pour une même période historique. C'est l'occasion de mettre en pratique les principes proposés.
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