La France et l’Afrique subsaharienne





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date de publication12.05.2017
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Johanna Siméant, fall term, 2014

la France et l’Afrique subsaharienne

Transactions, luttes et rÉmanences impÉriales
Johanna Siméant

Professeure de science politique,

Université Paris I Panthéon Sorbonne (CRPS)

jsimeant@univ-paris1.fr

Présentation du séminaire :

Pays colonisateur devenu pays d’immigration, la France a une histoire liée à celle de l’Afrique. En matière économique, politique, comme dans le domaine artistique ou dans les sciences sociales, ce rapport de la France à l’Afrique n’a jamais cessé d’être un objet de luttes, à la fois sociales, guerrières et symboliques.

C’est à l’histoire et à la sociologie de ces luttes, et à leur interprétation, que ce séminaire est consacré. L’objectif de ce cours est tout d’abord de dresser un aperçu des formes multiples de domination, de transactions, et de conflits, qui ont lié par le passé, et lient aujourd’hui, la France au continent africain. Le cours reviendra aussi bien sur plusieurs séquences de l’hégémonie coloniale française en Afrique, que sur la place de l’Afrique dans la politique étrangère de la France, qu’enfin sur la présence africaine en France, envisagée du côté des militants, des intellectuels, des artistes, des migrants africains, de leur visibilité, et des stratégies et revendications qui s’affirment en leur nom.

Les enjeux interprétatifs relatifs aux liens entre la France et l’Afrique ont été rendus plus saillants encore dans la décennie passée : revendications du mouvement Les indigènes de la République, thématique de la « fracture coloniale », affrontements autour de la loi du 23 février 2005, dont un article entendait à l’origine reconnaître « le rôle positif de la colonisation », dénonciation des réseaux affairistes de la « Françafrique », ou enfin thématique de la lutte contre le racisme puis les discriminations, dont souffrent notamment les citoyens français originaires d’Afrique. La question du rapport à l’Islam, qui est aussi celle du rapport à une population de français et résidents français originaires de pays musulmans, traverse et structure une part de ces controverses.

Loin de se limiter à une perspective « postcoloniale » qui entendrait déduire l’intégralité des jeux de domination contemporains entre la France et l’Afrique du passé colonial, ce séminaire se situe à l’intersection d’une sociologie des politiques étrangères, des flux migratoires, du colonial et des mobilisations.

Évaluation :

Il est demandé aux étudiants de rédiger un term paper (environ 40000 signes, notes et espaces inclus). Le sujet de ce travail sera défini en concertation avec l’enseignante et en lien avec la problématique du cours. Il sera à remettre le 28 novembre 2014. L’évaluation de ce travail constituera l’essentiel de la note, qui pourra être ajustée (à hauteur de 20%) en fonction de la participation et de sa pertinence lors du cours.
Lectures générales relatives à ce cours :
Ageron Charles-Robert, L’Afrique noire française: l’heure des indépendances, Paris, CNRS éd., 2010.

Bayart Jean-François, « Les chemins de traverse de l’hégémonie coloniale en Afrique de l’Ouest francophone. Anciens esclaves, anciens combattants, nouveaux musulmans », Politique africaine, vol. 105, 2007, p. 201 240.

Bayart Jean-François, Les études postcoloniales: un carnaval académique, Paris, Karthala, 2010.

Betts Raymond F., France and decolonisation: 1900-1960, London, Royaume-Uni, Macmillan, 1991.

Chafer Tony, Keese Alexander (eds.), Francophone Africa at fifty, Manchester, Manchester University Press, 2013.

Coquery-Vidrovitch Catherine, Petite histoire de l’Afrique: l’Afrique au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours, Paris, La Découverte, 2010.

Domergue-Cloarec Danielle, La France et l’Afrique après les indépendances, Paris, SEDES, 1994.

Dozon Jean-Pierre, Frères et sujets: la France et l’Afrique en perspective, Paris, Flammarion, 2003.

Goerg Odile, L’Afrique occidentale au temps des Français: colonisateurs et colonisés (c. 1860-1960), Paris, La Découverte, 1992.

Gounin Yves, La France en Afrique: le combat des anciens et des modernes, Bruxelles, De Boeck, 2009.

L’Estoile Benoît de, Le goût des autres: de l’Exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion, 2007.

Manning Patrick, Francophone Sub-Saharan Africa, 1880-1995, Cambridge, Cambridge University Press, 1998.

NDiaye Pap, La condition noire: essai sur une minorité française, Paris, Gallimard, 2009.

Thomas Martin (ed.), The French colonial mind. Vol. 1, Lincoln, University of Nebraska Press, 2011.

Thomas Martin (ed.), The French colonial mind. Vol. 2, Lincoln, University of Nebraska Press, 2012.

Weil Patrick, Dufoix Stéphane (eds.), L’esclavage, la colonisation, et après...: France, États-Unis, Grande-Bretagne, Paris, Presses universitaires de France, 2005.
Une consultation régulière de la revue Politique africaine (dont tous les numéros sont en ligne sur le portail Cairn, http://www.cairn.info/revue-politique-africaine.htm est recommandée, ainsi que des Cahiers d’études africaines (http://etudesafricaines.revues.org/), par l’intermédiaire des portails Cairn et Persée.
Chaque semaine des textes sont à lire et seront discutés en séance. La liste en est fournie ci-dessous. D’autres documents seront photocopiés ou scannés et distribués en séance ou par e-mail.
SEANCE 1. Introduction. Enjeux de méthode et d’analyse, points de repère historiques

La première séance vise à poser les outils conceptuels à partir desquels nous aborderons ce parcours de réflexion. On travaillera en particulier sur les notions d’hégémonie (Gramsci et Bayart), de transactions collusives (Dobry), et sur quelques enjeux scientifiques relatifs à l’analyse des politiques étrangères. La séance sera aussi l’occasion de faire le point sur les connaissances des étudiants quant aux histoires croisées de la France et de l’Afrique, et de mettre en perspective les étapes de la rencontre entre Français et Africains à l’ère moderne et contemporaine.

Les étudiants sont conviés, pour cette séance et la suivante, à consulter des manuels d’histoire du XIXe et du XXe siècle sur la colonisation française en Afrique. On peut notamment signaler ces deux manuels :

Mbokolo Elikia, L'Afrique au XXe siècle. Le continent convoité, coll. Points-Histoire, Seuil, Paris, 1985.

Mbokolo Elikia, Afrique noire, histoire et civilisations, t. II, XIXe et XXe siècles, Hatier, Paris, 1992.

A lire :

Banégas Richard, Marchal Roland et Meimon Julien, « La fin du pacte colonial ? La politique africaine de la France sous J. Chirac et après », Politique africaine, vol. 105, no 1, 2007, p. 7 26.

Bayart Jean-François, « Africa in the world: a history of extraversion », African Affairs, vol. 99, no 395, 2000, p. 217 267.

Cohen William Benjamin, The French encounter with Africans: white response to Blacks, 1530-1880, Bloomington, Indiana University Press, 2003, préface, introduction, chapitre premier et partie consacrée au Sénégal du chapitre IV.

Ndiaye Pap, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, chapitre III « Vers une histoire des populations noires de France ».
SEANCE 2. Le processus de colonisation française en Afrique, XIXe –XXe siècle

Cette séance, consacrée au processus de colonisation française en Afrique, reviendra sur les multiples ambivalences qui ont entouré le projet colonial et qui ont mobilisé le consentement autour de ce dernier. Il reviendra sur la diversité des situations coloniales et l’intérêt, cependant, du concept de situation coloniale. Au-delà, l’on sera invité à s’interroger sur la question de la production des savoirs sur les sociétés colonisées, et sur le statut des sciences sociales en situation coloniale.

A lire :

Agulhon Maurice, La République, Tome 1, 1880-1932, Paris, Hachette Littératures, 1990, p. 78-88.

Conklin Alice L., A mission to civilize: the republican idea of empire in France and West Africa, 1895-1930, Stanford, Stanford University Press, 1997, p. 1-10 et 174-211.

Manceron Gilles, « La gauche et la colonisation », dans Jean Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, Découverte, coll.« Collection “L’espace de l’histoire” », 2004, vol.1, p. 531 544.

Marseille Jacques, « La gauche, la droite et le fait colonial en France. Des années 1880 aux années 1960 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 24, no 1, 1989, p. 17 28.

Notice « colonisation française (bilan économique) », in Sirinelli Jean-François (dir.) Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.

Sibeud Emmanuelle, Une science impériale pour l’Afrique, La construction des savoirs africanistes en France, 1978-1930, Paris, éditions de l’EHESS, 2002, p. 9-17 et 273-276.

Vergès Françoise, « Émergence d’un droit humanitaire », in Abolir l’esclavage : une utopie coloniale. Les ambiguïtés d’une politique humanitaire, Paris, Albin-Michel, 2001, p. 73-84.
SEANCE 3 : Contradictions coloniales : sujets français d’Afrique, présence africaine en métropole, situation coloniale

Cette séance reviendra sur les multiples tensions et contradictions qui ont parcouru l’espace colonial français en Afrique, et qui, singulièrement dans l’immédiat après deuxième guerre mondiale, mais aussi pendant la première guerre mondiale, ont vu les dirigeants français confrontés à une demande croissante d’égalité dirigée vers la métropole par ses sujets colonisés, qui pour certains, comme les tirailleurs sénégalais, participèrent à l’effort de guerre, – au « risque » que la métropole, si elle s’était aventurée à l’égalité des droits, ne devienne minoritaire dans son empire…. Il serait erroné de croire que colonie et métropole furent pendant cette période deux mondes étanches, puisqu’au contraire ce sont aussi les va-et-vient entre colonie et métropole, comme la découverte afro-américaine de la France, qui rendaient de plus en plus problématique la situation coloniale – une notion qui sera elle-aussi examinée.

A lire :

Benot Yves, Massacres coloniaux - 1944-1950 : la IVe République et la mise au pas des colonies françaises, La Découverte 2001, chapitres 1, 2 et 5.

Balandier Georges, « La situation coloniale: approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 11, 1951, pp. 44-79.

Cooper Frederick, “The Senegalese general Strike of 1946 and the Labor Question in Postwar French Africa”, Canadian Journal of African Studies, 24 (2), 1990, p. 165-215.

Mann Gregory, Native sons: West African veterans and France in the twentieth century, Durham (C.), 2006, chapitre 2 (ex-soldiers as unruly clients).

Ndiaye Pap, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, Chapitre IV, « Le tirailleur et le sauvageon ».

Sibeud Emmanuelle, « La gauche et l’Empire colonial avant 1945, in Becker Jean-Jacques, Candar Gilles, Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, 2004, vol. 2, p. 341-356.

Sirinelli Jean-François, « Deux etudiants “coloniaux” à Paris à l’aube des années trente », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 18, no 1, 1988, p. 77 88.
SEANCE 4 : La fin de la colonisation française en Afrique noire

L’objet de la séance est de réfléchir aux outils théoriques permettant d’analyser un processus de décolonisation française qui, en Afrique noire, dut peu à la mobilisation nationaliste sur le terrain, et beaucoup à la mise en cause de la France dans les arènes multilatérales, ainsi qu’à une négociation qui favorisa les élites politiques les plus proches de la France.

A lire :

Chafer Tony, “Introduction”, in The end of empire in French West Africa: France’s successful decolonization ?, Oxford, Berg, 2002, p. 1-26.

Cooper Frederick, « Possibility and Constraint: African Independence in Historical Perspective », The Journal of African History, vol. 49, no 2, 2008, p. 167 196.

M'bokolo Elikia, « French colonial policy in Equatorial Africa in the 1940s and 1950s”, in Prosser Gifford, Louis  William Roger (eds.), The Transfer of power in Africa: decolonization, 1940-1960, New Haven, Yale Univ. Press, 1982, p. 173-210.

Michel Marc, « The Decolonization of French Africa and the United States and Great Britain, 1945-1958 », in John Bridges (ed.), Imperialism, decolonization, and Africa: studies presented to John Hargreaves, New York, St. Martin’s Press, 1999, p. 153 177.

Person Yves, « French West Africa and Decolonization », in Prosser Gifford, Louis  William Roger (eds.), The Transfer of power in Africa: decolonization, 1940-1960, New Haven, Yale Univ. Press, 1982, p. 141 172.
SEANCE 5 : Transactions postcoloniales. Politiques africaines de la France, rapport des dirigeants africains à l’extraversion et politiques publiques transnationales

Cette séance envisagera les divers aspects de la relation entre France et Afrique depuis la fin des indépendances, au travers de la mise en place de liens économiques, politiques et militaires qui ont contribué à la constitution d’un « pré carré français ». Envisager cette politique africaine de la France, les diverses formes de la coopération et des politiques de développement, ne suppose pas cependant de considérer ces dernières comme univoques, ni à l’inverse comme dépendant de seules options idéologiques (droite / gauche). Elles ne supposent pas non plus la passivité des dirigeants africains qui ont eu un rapport actif à l’extérieur.

A lire :

Bat Jean-Pierre, « Le rôle de la France après les indépendances - Jacques Foccart et la pax gallica », Afrique contemporaine, no 235, 2010, p. 43 52.

Bayart Jean-François, La politique africaine de François Mitterrand, Paris, Karthala, 1984, p. 9-18 et p. 105-145.

Chipman John, French Power in Africa, Oxford, Basil Blackwell, 1989, chapter 5.

Dozon Jean-Pierre, « L’État français contemporain et son double, L’État franco-africain », dans Une anthropologie en mouvement. L’Afrique miroir du contemporain, Versailles, Quaue, 2008, p. 258 264.

Meimon Julien, « L’invention de l’aide française au développement. Discours, instruments et pratiques d’une dynamique hégémonique », Questions de recherche (CERI), 21, septembre 2007, http://www.ceri-sciencespo.com/publica/question/qdr21.pdf
SEANCE 6 : Immigrations d’Afrique en France : trajectoires et luttes sociales (années 70-90)

A partir des années 70, la présence d’une importante immigration africaine en France, issue des anciennes colonies, combinée à une politique de restriction des flux migratoires, et à l’investissement des luttes immigrées par l’extrême-gauche, contribue à des mobilisations accrues impliquant des immigrés d’Afrique. On se penchera en particulier sur les mobilisations autour du logement (mouvements de mal logés et de résidents des foyers Sonacotra) et les mobilisations de sans-papiers – et à un moindre degré sur les mobilisations antiracistes. Il est cependant notable que ces mobilisations, qui pour certaines avaient une composante africaine importante (voire majoritaire dans le cas de l’église Saint-Bernard occupée en 1996) ne se sont en rien définies comme des « mobilisations d’Africains » ou d’immigrés « africains ».
A lire :

Dedieu Jean-Philippe, « S’engager dans l’image. Migrants ouest-africains et journalistes français dans les années 1960 », Ethnologie française, vol. 42, no 4, 2012, p. 811 822.

Dewitte Philippe, « Un siècle de présence africaine en France », Historiens et géographes, no 383, 2003, p. 345 358.

Hmed Choukri, « “Sonacotra cédera !” La construction collective d’une identité collective à l’occasion de la grève des loyers dans les foyers de travailleurs migrants (1973-1981) », Agone. Histoire, politique et sociologie, no 40, 2008, p. 81 94.

Ndiaye Pap, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, chapitre VI « La cause noire : des formes de solidarité entre noirs ».

Péchu Cécile, « Black African immigrants in France and claims for housing », Journal of Ethnic and Migration Studies, vol. 25, no 4, 1999, p. 727 744.

Siméant Johanna, La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998, p. 15-28 et 177-221.
SEANCE 7 : Du tiers-mondisme et de ses transformations aux solidarités militantes franco-africaines

Le tiers-mondisme apparaît comme un des principaux registres idéologiques critiques au travers desquels a été pensé en France le lien Nord/sud, et singulièrement le lien de la France à l’Afrique. Il a représenté aussi un point de convergence entre des sensibilités propres aux chrétiens de gauche et des héritages idéologiques plus proches des traditions anti-impérialistes. Fortement remis en cause dans le contexte idéologique des années 80, qui a favorisé des entreprises critiques se décrivant comme antitotalitaires et/ou plus humanitaires que tiers-mondistes, le tiers-mondisme a vu une partie de son répertoire critique réactivé dans les années 90-2000 au travers du registre anti-impérialiste.

A lire :

Agrikoliansky Éric, « Du Tiers-mondisme à l’altermondialisme : genèse(s) d’une nouvelle cause », dans Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule et Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisme en France: la longue histoire d’une nouvelle cause, Paris, Flammarion, 2004, p. 46 73.

Bertrand Romain, « Mai 68 et l’anticolonialisme », dans Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal (dir.), Mai-juin 68, Paris, Atelier, 2008, p. 89 101.

Delanoue Paul, « La CGT et les syndicats d’Afrique noire », Le mouvement social, 122, 1983, p.103-116.

Pelletier Denis, « 1985-1987 : une crise d’identité du tiers-mondisme catholique », Le mouvement social, 1996, 177, p. 89-106.

Pommerolle Marie-Emmanuelle et Siméant Johanna (dir.), Un autre monde à Nairobi: le Forum social mondial 2007, entre extraversions et causes africaines, Paris, Karthala, 2008, chapitre 1, notamment p. 29-34 et 40-43.

Wagner Anne-Catherine, « La coopération syndicale franco-africaine face aux ambiguïtés de “l’internationalisme des travailleurs” », dans Yann Lebeau, Alain Piriou, Monique de Saint-Martin et Boubacar Niane (dir.), État et acteurs émergents en Afrique: démocratie, indocilité, et transnationalisation, Paris, Karthala, 2003, p. 213 228.
SEANCE 8 : Racisme et discriminations à l’égard des Africains en France : que savons-nous ?

Par quels termes désigner les formes de rejet et de ségrégation que subissent des groupes humains ? Le choix des termes suppose aussi une façon spécifique de les analyser et de les dénoncer. Or si l’antiracisme a une histoire longue en France, on ne peut en revanche qu’être frappé de l’émergence récente de la thématique de la discrimination. En même temps qu’elle exprime un changement dans ses modes de perception, cette thématique contribue à faire penser autrement les formes du rejet de l’autre, et notamment des « Africains », ou perçus comme tels, en France. En dehors de l’émergence de la catégorie de discrimination comme outil de la critique, que peut-on dire aujourd’hui de l’ampleur et de la réalité de ses manifestations ? Le rejet se manifeste-t-il à l’égard des « Africains », des « noirs », des « Maghrébins, des « minorités visibles » ?

A lire :

De Rudder Véronique, Vourc’h François, « Les discriminations racistes dans le monde du travail », in Fassin Didier, Fassin Eric, (dirs.), De la question sociale à la question raciale ? Paris, La découverte (poche), 2009 (1ère édition 2006), p. 183-202.

Fassin Didier, « L’invention française de la discrimination », Revue française de science politique, vol. 52, n° 4, août 2002, p. 403-423.

Goris Indira, Jobard Fabien, Lévy René, « Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris », rapport de l’Open Society Institute, http://www.soros.org/initiatives/justice/focus/equality_citizenship/articles_publications/publications/search_20090630/french_20090630.pdf

Jounin Nicolas, Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, Paris, La découverte, 2008, p. 19-46.

Ndiaye Pap, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, chapitre V « Penser les discriminations raciales ».

Noiriel Gérard, « "Color blindness" et construction des identités dans l’espace public français », in Fassin Didier, Fassin Eric, (dirs.), De la question sociale à la question raciale ? Paris, La découverte (Poche), 2009 (1ère édition 2006), p. 166-182.
SEANCE 9 : La France et le génocide au Rwanda

Comment expliquer le soutien du gouvernement français au régime rwandais jusqu’au génocide ? Peut-on en conclure que le régime français fut lui-même complice voire acteur du génocide comme certains le suggèrent ? Cette séance sera consacrée à une analyse de la politique de la France à l’égard du Rwanda, sans oublier de considérer le degré de méconnaissance et d’incompréhension de la situation rwandaise qui était celui d’une majorité des Français au printemps 1994 au moment du génocide.

A lire :

Ambrosetti David, « Une légitimation sous tension. La crainte d’un discrédit de l’ONU et ses effets », dans Normes et rivalités diplomatiques à l’ONU: le Conseil de sécurité en audience, Bruxelles, Peter Lang, 2009, p. 199 256.

Audoin-Rouzeau Stéphane, « La responsabilité de la France vue du Rwanda: Le rapport Mucyo : une lecture historienne », Esprit, no 5, Mai 2010, p. 122-134.

Chrétien Jean-Pierre, « France et Rwanda : le cercle vicieux », Politique africaine, vol. 113, 2009, p. 121 138.

Siméant Johanna, « Qu’a-t-on vu quand « on ne voyait rien » ? Sur quelques aspects de la couverture télévisuelle du génocide au Rwanda par TF1 et France 2, avril-juin 1994 », dans Marc Le Pape, Claudine Vidal et Johanna Siméant (dir.), Crises extrêmes. Face aux massacres, guerres et génocides, Paris, La Découverte, 2006, p. 36 56.

Vidal Claudine, « Du soupçon civique à l’enquête citoyenne : controverses sur la politique de la France au Rwanda de 1990 à 1994 », Critique Internationale, 36, juillet-septembre 2007, p. 71-84.
SEANCE 10 : Transactions collusives et entreprises critiques : la « Françafrique » et ses dénonciateurs

On doit la dénonciation de la « Françafrique » à l’ouvrage du même nom de l’essayiste François-Xavier Verschave, publié en 1998. Ce dernier, avec l’association Survie, mettait en cause l’importance des réseaux d'influence français en Afrique, aussi bien sous leur aspect militaire (accords de coopération militaire) que pour stigmatiser l’ampleur des réseaux politiques et affairistes (réseaux Foccart, intérêts pétroliers de la compagnie Elf en Afrique, financement occulte de partis politiques français…) qui liaient la France à certains Etats africains, majoritairement d’anciennes colonies françaises. Le rôle de ces liens peut effectivement s’avérer aussi important que celui de la diplomatie officielle. Le fait que l’analyse de la « Françafrique » soit avant tout le fait d’essayistes et de journalistes, et non de chercheurs, implique de penser conjointement ces réseaux, qui, pour certains bien réels, ne répondent pas cependant à un projet unifié, et ceux qui les dénoncent, en essayant de comprendre pourquoi ces questions intéressent si peu la recherche.

A lire :

L’intégralité du dossier de Politique africaine, « France-Afrique. Sortir du pacte colonial », 105, mars 2007.
SEANCE 11 : Controverses et luttes de mémoires sur la colonisation française en Afrique et ses effets d’aujourd’hui

Les années 2000 auront vu se combiner voire entrer en collision plusieurs séries temporelles et factuelles relatives à la fois à la colonisation, à sa mémoire (lois mémorielles, mise en place de la Cité de l’histoire de l’immigration….), et à la gestion contemporaine de populations de France considérée pour certains comme des problèmes, pour d’autres comme des victimes. C’est à ces va-et-vient entre passé et présent, à ces enrôlements de l’histoire et des historiens, que sera consacrée cette séance, qui permettra de mieux comprendre le contexte dans lequel a émergé un mouvement comme celui des « Indigènes de la République », ou des controverses comme celles qui se rapportaient au port du voile, à l’enseignement de l’histoire des colonies, ou au projet d’article de loi relatif au rôle « positif » de la colonisation.

A lire :

Bancel Nicolas, Blanchard Pascal, chapitre 1 « Les origines républicaines de la fracture coloniale, in Blanchard Pascal, Bancel Nicolas, Lemaire Sandrine (dir.), La fracture coloniale : la société française au prisme de l'héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005.

Beaud Stéphane, Affreux, riches et méchants ?: un autre regard sur les Bleus, Paris, la Découverte, 2014, troisième partie (« Le football, la banlieue et la nation »).

Bertrand Romain, « La mise en cause(s) du fait colonial. Retour sur une controverse publique », Politique Africaine, 102, 2006, p. 28-49.

Fassin Eric, « Questions sexuelles, questions raciales. Parallèles, tensions et articulations », in Fassin Didier, Fassin Eric, (dirs.), De la question sociale à la question raciale ? Paris, La découverte (Poche), 2009 (1ère édition 2006), p. 238-256.

Mann Gregory, Native sons: West Africans Veterans and France in the twentieth Century, Durham, Durham University Press, 2008, p. 183-209.

Ocqueteau Frédéric, « Les émeutes urbaines de l’automne 2005 : cadres d’analyse et points aveugles de la sociologie française », Sociologie du Travail, 49 (4), 2007, p. 531-543.

Saada Emmanuelle, « Un racisme de l’expansion. Les discriminations raciales au regard des situations coloniales », in Fassin, Didier, Fassin, Eric, (dirs.), De la question sociale à la question raciale ? Paris, La découverte (Poche), 2009 (1ère édition 2006), p. 63-77.

SEANCE 12 : Les politiques migratoires de la France à l’égard des Africains : émotion humanitaire, externalisation de la contrainte et discours du co-développement

La politique migratoire de la France ne se joue pas seulement au Parlement ou dans les ministères mais dans les guichets des préfectures et des consulats. Elle doit être mise en relation avec les mises en équation « limitation de l’immigration  développement de l’Afrique, et elle s’accompagne d’inquiétudes « humanitaires » quant aux morts des migrants qui tentent de quitter l’Afrique en pirogue ou en franchissant les barrières de Ceuta et Mellila.

A lire :

BOUILLY Emmanuelle, « La couverture médiatique du Collectif pour la lutte contre l’immigration clandestine de Thiaroye-sur-Mer (Dakar- Sénégal). Une mise en abîme du discours produit au « Nord » sur le « Sud » », Asylon(s), 3, mars 2008. http://www.reseau-terra.eu/rubrique133.html

COURADE Georges, « Des papiers et des hommes : l‘épreuve des politiques d’endiguement », Politique africaine, dossier « La France et les migrants africains », 67, octobre 1997.

GUBERT Flore, « (In)cohérence des politiques migratoires et de codéveloppement françaises. Illustrations maliennes », Politique Africaine, mars 2008, 109, p. 42-55.

Schmitz Jean, « Migrants ouest-africains vers l’Europe : historicité et espace moraux », Politique Africaine, mars 2008, 109, p. 5-15.

SPIRE Alexis, Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration, Paris, Raisons d’Agir, 2008, chapitre 1.
SEANCE 13: Analyser le « discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy

Le 26 juillet 2007, le président de la République française Nicolas Sarkozy prononce un discours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans lequel il affirme, après avoir reconnu que la colonisation était une « faute », que le problème principal de l'Afrique vient de ce que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. (...) Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (...) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ». Le propos de la séance sera d’examiner et de mettre en perspective le discours de Dakar à la lumière des éléments examinés dans le cours, et de comprendre dans quelle généalogie s’inscrit ce discours.

A lire :






Bayart Jean-François, « Y’a pas rupture Patron ! », in Chrétien Jean-Pierre, L’Afrique de Sarkozy: un déni d’histoire, Paris, Karthala, 2008, p. 31-34.

Chrétien Jean-Pierre, « Le discours de Dakar. Le poids idéologique d’un « africanisme » traditionnel », Esprit, Novembre, n° 11, 2007, p. 163-181.

Gassama Makhily (dir.), L’Afrique répond à Sarkozy: contre le discours de Dakar, Paris, P. Rey, 2008 (chapitres de Souleymane Bachir Diagne, Babacar Diop Buuba et Demba Moussa Dembélé).

Konaré Adame Ba (dir.), Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine, éditions La Découverte (Collection « Poches sciences »), 2009, préface (p. 9-20) et partie II « Un discours d’un autre âge » (p. 113-175).

Mbembe Achille, « Discours de Dakar : le retour des vieux clichés », Hommes & Libertés n° 139, juillet-août-septembre 2007, p. 39.


SEANCE 14: Interventions militaires de la France en Afrique : les cas du Mali et de la Centrafrique

Comment expliquer le fort interventionnisme de la France en Afrique subsaharienne sous la présidence de François Hollande ? Traduisent-ils à nouveau une propension à intervenir dans le pré carré ? Une énième résurgence de la Françafrique, et des intérêts énergétiques sous jacents ? Une expression des ambitions de la France à conserver un rang international ?
A lire :

Bat Jean-Pierre, « Les diamants (de Bokassa) sont éternels: « Pré carré » et guerre fraîche : la fabrique de la Françafrique », Afrique contemporaine, vol. 246, no 2, 2013, p. 127-148.

Bergamaschi Isaline and Diawara Mamadou, « The French military intervention in Mali. Not exactly Françafrique but definitely postcolonial », in Bruno Charbonneau and Tony Chafer (eds.), Peace operations in the francophone world: global governance meets post-colonialism, Abingdon, Routledge, 2014, p. 137 152.

Ceriana Mayneri Andrea, « La Centrafrique, de la rébellion Séléka aux groupes anti-balaka (2012-2014) : Usages de la violence, schème persécutif et traitement médiatique du conflit », Politique Africaine, vol. 134, no 2, 2014, p. 179 193.

Charbonneau Bruno, « Dreams of Empire: France, Europe, and the New Interventionism in Africa », Modern & Contemporary France, vol. 16, no 3, 2008, p. 279 295.

Chauvin Emmanuel et Seignobos Christian, « L’imbroglio centrafricain: État, rebelles et bandits », Afrique contemporaine, vol. 248, no 4, 2013, p. 119.

Galy Michel, « Pourquoi la France est-elle intervenue au Mali? », dans La guerre au Mali: comprendre la crise au Sahel et au Sahara, Paris, La Découverte, 2013, p. 76 90.

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