Rapport de stage de master II en psychopathologie clinique





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De l’addiction à la création
Rapport de stage de master II en psychopathologie clinique

Sandrine Willems

2006-2007

Garant de stage: Jean-Charles Ouattara

Lecteur du rapport: Thierry Bisson

Directeur du master: Jean-Michel Vivès


Avec toute ma reconnaissance pour Jean-Charles Ouattara,

qui tout au long de ce stage fut à l’écoute de mes interrogations.
Table des matières
Introduction p 4

Remarques sur les différents cadres de ce stage p 5

Axes d’interrogations p 9

Présentation de suivis p 12

Notice sur les cas évoqués p 12

Rémy ou le roman écrit par l’autre p 13

Premières rencontres et émergence d’un axe de travail p 13

Premières manifestations du transfert p 16

Une réappropration manquée du Nom-du–Père p 17

Un dégagement du trauma p 19

Mi-dire, imposture, et castration p 20

De la fusion à la différenciation p 22

Faire sa place au vide – et au psychisme p 25

Médecin, psychiatre, ou psychologue p 27

Un transfert “anaclitique” p 30

Mehdi ou l’élaboration de la métaphore p 33

La rencontre p 33

L’envahissement par l’Autre p 34

De l’incorporation à la métaphore p 37

Une réappropriation du regard et de la voix p 39

Un retour à la langue originelle, à la parole, à la pensée p 42

Trouver son rythme et son lieu propres p 44

Rivalité, érotisation, “privatisation” p 48

Symbolisation de la dette et “pulsion soignante” p 50

Kader ou le travail de réécriture p 53

Du savoir à l’écriture p 53

Vers un renouage du symbolique à l’imaginaire et au réel p 57

Questions rétrospectives p 60

Anti-conclusion p 61

Bibliographie p 62

Introduction

“L’essentiel, c’est que vous trouviez votre style clinique”: ce propos d’un enseignant, l’an dernier, me parut à la fois viser juste, et être d’une exigence extrême; il me semblait un peu présompteux, pour la débutante que j’étais, de prétendre à un “style” clinique particulier. Or, à la fin de de ce stage de master II, dans un réseau de différents lieux de soin ou d’accueil pour toxicomanes, c’est bien cette question du “style” qui ressurgit, avec l’impression que peu à peu, de la rencontre entre mon “désir d’analyste” et la singularité des sujets rencontrés, se dégage quelque chose comme un style. De fait, il s’agit avant tout de rencontre. Comme le disait Lacan, “complétant” Buffon: “Le style c’est l’homme même”, mais aussi “’l’homme à qui l’on s’adresse”. Comme si, de s’adresser à la singularité de tel ou tel “psy”, un sujet parvenait peu à peu à mieux dégager sa propre singularité, autrement dit sa subjectivité. De plus en plus, il me sembla être à l’écoute d’une parole qui cherchait ce qu’elle avait de propre, d’unique, d’inimitable, et dans les notes que je prenais juste après les entretiens – afin d’en conserver la précision et le “ton” – d’en devenir le scribe. Par là je m’aperçus que le lien se faisait avec ma pratique parallèle de l’écriture, et que c’était donc bien au coeur de mon désir singulier, si intimement lié à mon “désir d’analyste”, que je me situais. Du reste, il me fallait reconnaître que c’était également là où j’étais le plus “sujet”, que la rencontre se nouait – les sujets rencontrés durant ce stage se saisissant de l’une ou l’autre bribe de ma singularité, du côté de mon investissement du langage ou de mon intérêt envers les animaux, pour, sur ce grain de sable, déposer “la nacre” du transfert. Ceci posant d’emblée, aussi, la singularité de la clinique à laquelle je fus confrontée, avec des patients “addictifs”: loin de la situation de la “cure-type”, pensée à l’origine pour des patients névrosés, et où le “psy” peut viser à une forme d’effacement et de silence, il s’agissait ici de trouver des “aménagements”, qui permettaient au transfert de s’établir avec des patients qui n’auraient pu tolérer un tel silence sans le fuir – mais ceci en se gardant des écueils de la “suggestion”. Ce qui me ramena souvent aux questionnements de Ferenczi, un auteur capital pour moi, sur l’assouplissement de la technique analytique qui s’impose dans certains cas, et sur les spécificités du transfert qu’il induit.

Mais si un rapprochement put se faire pour moi entre l’écriture et le processus analytique, ce fut aussi de mesurer de mieux en mieux, combien ce dernier pouvait s’apparenter à une dynamique de création. Comme si un sujet, mis en travail psychique, avait moins à se “trouver”, comme une essence préexistante, qu’à s’“inventer”: ce en quoi je rejoins Jean Oury, l’une de mes autres “références” de prédilection. Une cure, dès lors, aurait moins à “réparer”, dans le fantasme d’un retour à une intégrité perdue, qu’à “bricoler quelque chose” qui permette au sujet de vivre le mieux qu’il peut. Ce “quelque chose”, c’est sans doute ce que Lacan conceptualisa sous le nom du “Sinthôme” – ceci, comme par hasard, ramenant à la question du style: ce qui permet avant tout à un sujet de tenir – d’aimer et de travailler, selon les termes par lesquels Freud définissait la santé – c’est probablement de créer son propre style, ainsi que l’illustre Joyce tel que l’analyse Lacan. D’ailleurs, si toute cette année fut pour moi un “affrontement” à la pensée de Lacan, auteur que j’eus d’abord du mal à “m’approprier”, à travers mes lectures et certaines discussions avec des enseignants, ce fut dans ce concept de “Sinthôme” que je perçus le mieux par où, dans la clinique, je pourrais m’appuyer sur sa théorie.

Mais je parle ici de “processus analytique”, alors que comme je l’ai dit, le cadre où se déroula mon stage différait radicalement d’un cabinet d’analyste: ceci découlant du “pari”, voire du “défi”, selon lequel, quel que soit le cadre où l’on travaille en tant que psychologue – fût-ce un café, en ce qui concerne une partie de mon stage – il serait possible de mettre en oeuvre “une inspiration”, ou, une fois encore, “un style”, analytique. Visant dès lors à me situer à une place qui tient à la fois du “psychologue”, par la fonction que j’occupais, en tant que stagiaire, dans l’institution, et du “psychanalyste”, notamment par une attention particulière au transfert et par “l’hypothèse” de l’inconscient, j’emprunte ici à des nombreux patients le signifiant de “psy”, pour désigner ce rôle singulier.
Remarques sur les différents cadres de ce stage

Le style de travail d’un psy, lorsqu’il travaille en institution, dépend aussi de cette dernière. Or, m’étant déjà sentie assez “contrainte”, lors de précédents stages, par la rigidité d’un cadre hospitalier, je trouvai au centre de soin spécialisé en toxicomanie (CSST), où j’effectuai l’essentiel de mon stage, une “liberté” qui me parut, précisément, plus propice à une dynamique “créative”. Mon garant de stage, en particulier, avait envers les patients une “souplesse” particulièrement attentive à leur singularité; ainsi, dès que je le rencontrai, il m’expliqua qu’il faisait varier, en fonction des patients, la durée des séances, la prise ou l’absence de rendez-vous, le choix entre le “vous” et le “tu”, entre la poignée de mains ou la bise… Ce qui témoignait d’un état d’esprit dont je me sentais proche, et qui me permit de chercher, le plus radicalement possible, ce qui me semblerait le mieux “convenir” à chacun des patients que je rencontrai.

Une telle recherche se doubla de celle de la place, et même du cadre institutionnel, où je me sentirais au plus “juste”, compte tenu à la fois de ce que j’étais, et des possibilités de parole offertes par le cadre. En effet, mon garant n’étant au CSST qu’une partie du temps que je pouvais consacrer à mon stage, je partageai le reste entre le centre d’écoute où il était les autres jours (centre aussi orienté vers des problématiques addictives, mais s’adressant plutôt à des adolescents), un “café social”, Couleur Café, (accueillant surtout des personnes toxicomanes ou alcooliques, et souvent en situation de précarité), et même, une fois, le “bus” distribuant du matériel stérile d’injection. Dans un premier temps, une certaine “pénurie” de patients au CSST ou au centre d’écoute pour jeunes, due en partie à des crises institutionnelles, m’orienta certains jours vers Couleur Café, où par contre c’était fréquemment “l’affluence”; et je me proposais de contribuer à créer un “pont” entre ce lieu qui pouvait n’être que de socialisation, et le CSST, davantage destiné, au départ, aux usagers qui avaient entrepris une démarche de soin. Mais au passage, par ce “manque de patients”, je m’étais vue confrontée à cette question du manque, voire du vide, si présente dans l’addiction. Ceci étant d’ailleurs renforcé par les nombreux rendez-vous auxquels ne venaient pas des sujets souvent pris dans un parcours d’abandons, d’abord subis, puis infligés: ainsi ceux-ci me mettaient-ils dans une situation qui reflétait la leur, m’introduisant par là à ce rôle de miroir auquel, durant la cure, ils me requéreraient souvent.

A Couleur Café, cependant, la difficulté des conditions de travail, sur lesquelles je reviendrai, m’incita finalement à retourner, à certains moments où mon garant n’y était pas, à l’accueil du CSST, qui entre-temps s’était ouvert à un plus large public, non plus seulement en demande de soin, mais également de simple “accueil”. De même, les “crises” internes s’étant apaisées au CSST, et les réunions d’équipe s’orientant à nouveau vers les patients, je revins à celles-ci, ce qui facilita alors mon dialogue avec les autres professionnels (éducateurs, assistante sociale, infirmière, etc).

Cela étant, tout en reconnaissant l’intérêt et la nécessité d’un certain travail “d’apprivoisement” envers les patients reçus à l’accueil, ou a fortiori à Couleur Café, qui généralement ne demandent pas à voir “le psy” avant de le “situer” un peu, ne fût-ce que de vue, je dois reconnaître aussi qu’une telle prise de contact, dans un contexte collectif, constitua pour moi la part la plus difficile de ce stage. De fait, j’avais parfois l’impression que la “demande” était, au départ, de mon côté; certes le simple fait de se rendre dans un café “social” ou à l’accueil d’un centre de soin, peut être considéré comme une demande latente, mais je redoutais, en allant vers tel ou tel usager, d’être perçue comme importune, voire intrusive. Afin de faciliter cette première approche, je tentai un moment, à Couleur Café, de susciter des groupes de parole; la seule fois où ce fut possible, autour du thème de “la liberté”, que j’avais proposé, la parole qui circula me parut très riche, et déboucha comme escompté sur un entretien individuel particulièrement fort. Mais l’expérience ne fut pas renouvelable, faute d’un cadre qui le permettait, et du manque d’usagers parlant suffisamment bien le français. Cependant, que ce fût à travers des groupes de parole ou une conversation informelle, il s’agissait toujours de créer peu à peu, dans un espace collectif, une sorte d’espace “privé” où une parole véritablement subjective devenait possible. Au CSST, cette démarche pouvait aboutir à ce que je propose finalement de recevoir la personne dans un bureau. Mais à Couleur Café, cette possibilité n’existait pas, vu que les éducateurs et animateurs ne voulaient pas me laisser quelquefois l’unique bureau, qui devait être résevé selon eux à des tâches plus urgentes ou utiles que des entretiens “psy”.

Et ceci ouvre sur les questions que souleva pour moi cette partie de mon stage menée dans un “café”. Là plus encore qu’ailleurs, je perçu l’“étrangeté”, “inquiétante” pour certains, de cette “fonction” de psy – qui est en quelque sorte le contraire d’une fonction. De fait, par rapport à tous ces travailleurs sociaux “utiles”, je ne servais à rien, sinon à préserver ce “rien” qu’est la subjectivité, selon cette expression de J.-M. Vivès, cette part d’“être” au milieu du faire. Dès lors, il n’était pas très étonnant que ces collègues “ne me fassent pas ma place” – jusqu’au sens le plus concret de l’expression: le lieu étant des plus exigus, je les “encombrais” lorsque je me trouvais derrière le comptoir. Regrettant, néanmoins, qu’ils ne m’aident pas davantage, par leur fréquentation quotidienne des usagers, à m’orienter, avec justesse, vers l’un ou l’autre de ces derniers, je fis part de mes difficultés au cours d’une séance d’analyse de pratiques, menée par C. Miollan. Celui-ci me ramena alors à ce fait qu’“être psy”, n’est pas compatible avec une “place” instituée: que même lorsque celle-ci existe, il s’agit sans cesse de la déjouer, de sortir de ce “rôle” de psy pour redevenir sujet, à l’écoute d’autres sujets. Mais ceci, qui était une “évidence” théorique pour moi, prenait une acuité particulière dans le cadre d’un café: les usagers, lorsqu’ils me voyaient pour la première fois, ne savaient qui j’étais, et certains me prirent pour une autre “usagère”… Cette abolition d’un frontière rigide entre “soignants” et “soignés”, que défend J. Oury, prenait ici une radicalité qui me troublait parfois. Mais je tentai de tirer parti d’une telle situation, choisissant par exemple de me “présenter” ou non en tant que psy, selon qu’il me semblait, selon les cas, qu’une telle présentation faciliterait ou ferait obstacle à la rencontre.

Et cet état de recherche, voire d’“étonnement” permanent, me permit de percevoir, mieux que jamais, combien il s’agit, pour qu’une telle rencontre soit possible, d’“étonner” aussi le sujet qui est en face de nous. Ainsi, face à un jeune homme me disant d’emblée que des psy, il en avait “vu toute sa vie”, et que “ça ne servait à rien”, lui s’intéressant par contre aux chevaux, il suffit que je dise que moi j’étais une psy qui voulais travailler “avec des animaux”, pour que l’accroche se fasse; et celle-ci prit si bien que, laissant là le jeu de séduction auquel il s’en tenait d’habitude, il me révéla de telles failles que finalement, il lui sembla que je l’avais “tout à fait compris”. Et ces petits “décalages” qui surprennent permettent en retour à ceux qui nous parlent de se décaler”: un homme d’une soixantaine d’années, qui épanchait sa colère sur l’équipe de Couleur Café et sur la “société” en général, changea soudain d’attitude lorsque je me mis à vraiment l’écouter; quelques questions de ma part ramenèrent bientôt sa rage vers ses proches, et celle-ci alors se transforma en pleurs, d’autant plus intenses qu’il venait de perdre un ami; cette espèce de “catharsis” lui permit dès lors de me parler de sa passion pour la peinture, que, étant sdf, il pratiquait jusque dans la rue – témoignant de ce lien étroit qui existe entre subjectivation et création.

Il n’en reste pas moins que se pose, dans un tel lieu, la question du caractère “thérapeutique” d’entretiens uniques, ou du moins très épisodiques. De fait, ceux-ci s’apparentent souvent à une “catharsis”, qui me semble représenter moins l’aboutissement que l’amorce d’un véritable processus thérapeutique – mais une telle amorce, lorsqu’elle est possible, ne paraît pas négligeable. Si les entretiens que j’ai eus à Couleur Café ont permis, ne fût-ce qu’un instant, aux personnes que j’ai rencontrées, de se distancer des problèmes matériels où elles étaient prises (logement, santé, poursuites judiciaires, etc), de s’autoriser à rééprouver des affects plus ou moins refoulés, de reprendre un questionnement infini sur soi-même, alors le travail que j’ai tenté d’y faire me semble avoir un sens, fût-il infime. Et si je l’interrompis en pensant pouvoir travailler dans de meilleures conditions au CSST, ce ne fut pas sans un certain regret, de quitter ce qu’un tel “terrain” a de fort et d’interrogeant. Du moins il m’aura obligée à me centrer sur cet “ici et maintenant”, où se joue, dans le transfert ou ses ébauches, l’essentiel du travail de psy.

Parmi les questions que m’ont posées les différents cadres où j’ai effectué ce stage, il y eut aussi celles liées au passage, avec le même patient, de la place d’“écoutante”, lors d’un ou de premier(s) entretien(s) mené(s) par mon garant, à celle où je menais moi-même les entretiens. Plusieurs fois, il me sembla que ce passage, qui interrompait un début de transfert pour en proposer un autre, n’avait pu s’accomplir: soit que le patient ne revenait pas, soit, dans un cas, que le premier entretien que je menai moi-même achoppa dès qu’il s’agit, pour ce patient-là, de parler de sa relation avec une femme, à la femme que j’étais moi-même. Quoi qu’il en soit, je me demandai souvent si, en me positionnant autrement en tant qu’écoutante, j’aurais pu faciliter ce passage; mais il me paraissait assez impossible d’intervenir activement dans les entretiens menés par mon garant, sans perturber la dynamique de ceux-ci.

Ce fut donc, finalement, dans le cadre le plus “classique”, de suivis individuels, dans un bureau du CSST, et permettant un travail dans la durée, ne fût-ce que de trois ou quatre mois, qu’il me sembla être le plus “dans mon élément”, et me rapprocher le plus de ce qui me paraît un processus thérapeutique, ou analytique – la question du rapport complexe entre “analyse” et “thérapie” dépassant le cadre de ces quelques réflexions...

Aussi est-ce essentiellement le travail mené dans un tel cadre, que j’ai choisi de présenter ici.
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