«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1





télécharger 293.49 Kb.
titre«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1
page2/7
date de publication05.10.2017
taille293.49 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > comptabilité > Documentos
1   2   3   4   5   6   7
Jean-Marie Carré, dans les Ecrivains français et le mirage allemand. 1800-1940 (1947), prétend explicitement se distancier de Reynaud, mais en reprend en vérité les thèses en en adoucissant l’anti-germanisme. « Cette Allemagne de Villers, de Mme de Staël, de Benjamin Constant, nos romantiques allaient-ils la confronter avec la réalité? Après les guerres de l’Empire, le voyage outre-Rhin était tentant et l’Allemagne gardait un double attrait: Mme de Staël la désignait tout naturellement aux sympathies politiques des libéraux et aux sympathies littéraires des romantiques.

Quelle connaissance ont-ils de la langue, du pays, de sa littérature? Elle est inférieure à leur sympathie. Ils aiment l’Allemagne de confiance et font crédit à Mme de Staël.

Ils ne savent pas l’allemand. Ni Lamartine, ni Hugo, ni Musset, ni Vigny, ni Gautier ne le lisent, ne le parlent ou ne le comprennent. S’ils affectent de placer souvent en tête de leurs poèmes des épigraphes en allemand (comme d’ailleurs en anglais, en espagnol ou en italien), il n’est pas sûr qu’ils en pénètrent toujours bien le sens. »20 Carré nous présente ainsi des poètes naïfs, perdus dans leurs rêves, fascinés par des mots impénétrables dont il ne comprennent pas le sens réel: tout son ouvrage repose sur l’idée que le rapport des intellectuels français du XIXe siècle souffrait d’un permanent décalage avec la réalité contemporaine qu’ils n’auraient pas perçue, comme s’ils étaient totalement coupés de la vie politique et de la réalité sociale de leur époque. Après avoir qualifié Gérard de Nerval, Nodier et Emile Deschamps des seuls à posséder la langue allemande, il reprend le refrain sur les émigrés revenus d’Allemagne sans avoir rien vu ni assimilé de la réalité allemande. En résumé, son analyse se résume de la façon suivante: « Nous en savons assez pour nous représenter l’Allemagne des romantiques. Elle est hoffmanesque et nervalienne avant tout. Elle est aussi idéaliste, aussi inoffensive que l’Allemagne staëlienne. Un peu plus colorée, un peu plus pittoresque, certes, rehaussée de tons plus soutenus, mais c’est la même image.

Deux mots résument l’impression que se font nos romantiques de la littérature allemande: fantaisie et liberté. »21 Tout en dénonçant le nationalisme de Louis Reynaud, Carré maintient que les Français n’ont pas compris la réalité de l’Allemagne, hormis Quinet et Nerval, qui n’auraient guère été plus entendus que Heine. Dans cette argumentation, le thème du Rhin occupe une place de choix: « Le paysage rhénan a contribué, pour une bonne part, à l’élaboration poétique du paysage allemand, tel que se l’est représenté la génération romantique. Beaucoup de voyageurs français ne se sont guère aventurés au delà du Rhin, et leur Allemagne n’est autre chose que la Forêt Noire et la Rhénanie. Pays d’épopée et d’Idylle. [...] Le thème du Rhin s’élargit peu à peu. Pittoresque et littéraire avec nos romantiques, il se transforme en un thème politique avec la crise de 1840, et chez quelques esprits exceptionnellement lucides, l’indépendance spirituelle de la Rhénanie devient la condition et la pierre de touche de toute civilisation allemande. »22

Quelques années plus tard, André Monchoux dans L’Allemagne devant les Lettres françaises. De 1814 à 1835 (1953) n’évoque la querelle de 1840 que de façon marginale puisqu’elle déborde le cadre de son enquête, mais l’intention générale reste la même: « En effet, l’état d’esprit qui dominera jusqu’en 1870, malgré tout ce qu’il doit à Mme de Staël, ne s’est pas constitué d’un coup en 1814; il est le fruit de vingt ans de préparations que nous venons d’étudier. Jusqu’alors il y a débats, révélations, surprises, hésitations. En 1835, on peut admettre que les résultantes sont acquises et ne varieront plus guère. Il est remarquable, en effet, que la crise de 1840 n’ait troublé cet état des choses qu’en surface pour peu de temps, sans amener un développement nouveau. »23 Il donne explicitement raison à Louis Reynaud qui prétendait que la France a entretenu un amour exceptionnel pour l’Allemagne qu’elle ne connaissait pas et qui n’aurait en réalité pas exercé véritablement d’influence sur l’évolution profonde de la culture en France: « Ces sentiments et ces espoirs font un contraste si douloureux avec l’excès de déceptions et de malheurs qui nous est venu, pendant près de cent ans, de l’Allemagne que certains Français ne peuvent les évoquer sans un profond ressentiment et sans être tentés de taxer nos ancêtres soit de trahison, soit de sottise et de folie. »24

Après avoir qualifié le Rhin d’ « ouvrage emphatique »25, il conclut en ces termes: « Certes, Hugo sera plus tard un des grands hérauts de l’Allemagne, par ses Burgraves, son Rhin, par son admiration pour la science allemande et le passé allemand, ses croquis de burgs, son mot de 1840: « Si ne n’étais pas Français, je voudrais être Allemand. » Mais sur tout cela on peut remarquer que Hugo a été, une fois de plus, un simple « écho sonore », que ses descriptions de l’Allemagne Rhénane doivent beaucoup à des guides, que ses burgs et ses burgraves ont un caractère moins allemand qui médiéval. [...] Il dut, après la lecture de Mme de Staël, concevoir, de confiance, une certaine admiration pour l’Allemagne, mais il ne se soucie guère d’approfondir. Son voyage aux bords du Rhin est bien tardif (1838). Au fait ce grand visuel, cet ami des splendeurs verbales a-t-il tant d’affinités avec l’Allemagne? Il a suivi la mode en ajoutant à ses Odes, de sujets classiques, des Ballades dont le nom seul sonne germanique et dont quelques-unes peuvent rappeler Bürger ou Schiller... »26

Il faut bien entendu accorder une attention particulière à Charles Dédéyan, qui consacra plusieurs tomes à Victor Hugo et l’Allemagne (1964/65). L’intention générale de son étude vise derechef à montrer que Hugo ne connaissait pas l’Allemagne, ni la culture allemande, mais qu’il s’est laissé emporter par une vision mythique et qu’il a fait feu de tout bois dans l’utilisation de ses sources qu’il exploitait sans vergogne. Le Rhin s’inscrit selon lui dans la deuxième période littéraire de l’écrivain: après s’être inspiré de l’Allemagne entre 1830 et 1838, Hugo recourt particulièrement à l’image de celle-ci dans la phase 1838-1848 - cette évolution étant surtout provoquée par le voyage que fit Hugo en 1839.

L’admiration qu’il éprouvait pour Dürer et le mariage du duc d’Orléans avec Hélène de Mecklembourg-Schwerin à l’heure où Hugo essaie de se rapprocher de la famille royale favoriseraient son attirance pour l’Allemagne. De plus, Hugo serait incité à traiter ce sujet par l’exemple de plusieurs auteurs: les précurseurs anglais et Byron en particulier, ainsi que quelques écrivains français comme Chateaubriand, Quinet, Musset, Gérard de Nerval et Dumas. A propos de Xavier Marmier, de Montalembert ou Michelet par exemple, Dédéyan reprend la thèse usuelle de l’amour sourd aux battements de tambours en Prusse.

Ainsi en vient-on à la présentation de la « Querelle du Rhin ». Celle-ci s’ouvre, selon Dédéyan, dès 1836 à l’instigation de Quinet qui, marié à une Allemande, aurait découvert la réalité et qui a publié une mise au point dans un article intitulé « 1815-1840 »: « C’est à ce moment que la polémique va rebondir avec le Rheinlied de Becker, 1840, la Marseillaise de la Paix, de Lamartine, le Rhin allemand, de Musset, le Rhin de Quinet (1841), le Rhin de Victor Hugo (1842). Un petit greffier de Cologne, Nicolas Becker, que Jules Janin traite « de Tyrtée de rencontre, de Béranger de contrebande » va devenir du jour au lendemain célèbre pour son Rheinlied, que ses compatriotes mettent en musique et chantent selon les rythmes variés de cent cinquante compositeurs.

Nicolas Becker écrivait un chant de guerre, un défi belliqueux dans son Rhin allemand [...]. Trois mois plus tard, Max Schneckenburger, Wurtembourgois, compose à Bugdorf en Suisse, La Garde du Rhin (Die Wacht am Rhein), chant de guerre de 70. »27 Cet épisode n’est donc lu que dans la perspective de 1870, comme si les dès étaient déjà jetés trente ans auparavant. Dans la version de l’affaire selon Dédéyan, on trouve à l’origine une provocation de Quinet qui aurait déclenché les enthousiasmes au Collège de France, mais ce sont deux Allemands qui défient la France par ce qui appelle des chants de guerre. Il poursuit de la façon suivante: « L’affaire aurait pu s’arrêter là si Becker n’avait en 1841 réimprimé son Rheinlied dans l’Annuaire rhénan et ne l’avait envoyé avec une dédicace à Lamartine. Celui-ci ne se fâcha pas; déjà, dans les Recueillement, montrant des sentiments hautement humanitaires, il avait proclamé la nécessité de l’union des peuples pour le progrès social dans le Toast prononcé au banquet national des Gallois et des Bretons. Il va répondre par des vers datant du 17 mai 1841 mais couchés sur le papier du 28. [...] Telle était la parole conciliatrice et apaisante de Lamartine. Mais il n’était pas maître des événements. En effet Buloz dans un souci d’impartialité qui l’honore publia le texte de Becker et celui de Lamartine dans la Revue des Mondes du 1er Juin 1841. On trouva que Lamartine avait été trop conciliant. »28 Dédéyan raconte ensuite comment, lors d’une soirée chez Mme de Girardin où se trouvaient Balzac, Gautier et Musset, la maîtresse de maison aurait poussée les auteurs à une réponse ferme en ces termes: « Pour ma part, je professe un égoïsme national féroce, j’ai le préjugé de la Patrie et j’aurais aimé répondre à cet Allemand en vers cruels. »29 A ces mots, Musset sortit dans le jardin avec deux cigares et en revint une demi-heure après avec « les six strophes ironiques de son Rhin allemand »30. Signalant ensuite une autre version de l’anecdote et les réactions violentes que suscita ce poème en Allemagne, Dédéyan termine sa présentation en parlant à nouveau de voix conciliatrices: « un an après paraîtra en effet Le Rhin de Victor Hugo, que nous allons suivre dans ses deux voyages et qui écrira ce chapitre intitulé ‘Le Rhin fleuve politique’. »31 En regard, Dédéyan nomme quelques auteurs allemands, Ludwig Seeger, Robert Prutz, Gottschall ou Franz Dingelstedt, qui avaient également professé le pacifisme.

En six pages (428 à 435), Dédéyan résume alors la genèse du livre, c’est-à-dire des deux versions de 1842 et de 1845, avant d’entamer une paraphrase rangée par chapitres thématiques: « les lieux, les décors et les paysages », « Le Rhin. Les récits des légendes », « Le Rhin: Hugo créateur de légende », « Le Rhin. L’histoire », puis pour terminer « La politique dans le Rhin », qui nous apprend peu: « Nous avons vu déjà l’écrivain revendiquer pour la France la rive contestée du Rhin, mais cette fois-ci, il lie cette revendication à une collaboration entre la France et l’Allemagne dans un contexte européen. »32 Il est difficile de retracer la démonstration de Dédéyan puisqu’il se contente pratiquement de pure paraphrase pour conclure simplement: « Victor Hugo, homme du XIXe siècle généreux, homme de la civilisation, homme du bien-être matériel et moral, a dans son nationalisme élevé foi dans la pensée française pour promouvoir enfin, au sortir des ténèbres du passé, l’Europe des Lumières préparées par le XVIIIe siècle. Cela ne lui paraît possible que dans une réconciliation et une collaboration étroite, grâce au Rhin, des deux peuples qui ont la liberté morale, la France et l’Allemagne. [...] Hugo obéit à l’appel de la poésie qui donne plus d’attrait et de beauté aux idées généreuses; Le Rhin est un prélude, il est l’origine des Burgraves et de la Légende des Siècles. »33 Le Rhin est pour lui un des textes de la réconciliation entre les deux peuples, répondant à l’agressivité nationaliste par la poésie. Il est tout à fait frappant que Dédéyan recourt par deux fois dans ces quelques lignes de conclusion à l’adjectif « généreux ». Cette interprétation s’intègre parfaitement dans le cadre général tracé depuis le début du siècle par la littérature comparée, selon laquelle les auteurs français, en dépit d’un amour et d’une admiration sans bornes pour l’Allemagne, n’auraient rien su ni compris de la réalité contemporaine et auraient, à quelques exceptions près, répondus aux chants de guerre allemands en termes débonnaires.

N’ayant pu trouver l’ouvrage de Bedner datant de 1965, je me tourne en guise de point d’orgue à ce courant d’interprétation du Rhin vers l’excellente mise au point de Jean Gaudon en introduction à l’édition de l’imprimerie nationale. Gaudon donne tout d’abord les dates des trois voyages dont est né Le Rhin: du 18 au 28 août 1838, Hugo et Juliette partent vers l’est, mais ne visiteront que la Champagne. Fin août 1839, ils repartent pour deux mois en direction de Cologne via Strasbourg, mais mettent brusquement le cap vers Nice, probablement à cause des intempéries. Enfin, le 29 août 1940, ils partent par la vallée de la Meuse et Aix-la-Chapelle en Rhénanie, remontent le fleuve de Cologne à Mayence, se rendent à Francfort et Heidelberg et rentrent par la Forêt-Noire pour arriver à Paris le 1er novembre, après deux mois de vacances. Deux ans plus tard paraît la première édition du Rhin, lettres à un ami, que Gaudon présente de la manière suivante: « Agrémenté d’une préface allègre et alourdi d’une conclusion historico-politique, le récit lui-même, composé de lettres écrites pendant les trois voyages, de la Légende du beau Pécopin et de la belle Bauldour, de trois « lettres » rédigées à Paris et de quelques additions importantes, passe, aux yeux d’un critique austère, pour le « préambule » au travail politique et sérieux que l’auteur a voulu écrire ». »34

Gaudon rappelle que Hugo n’a commencé à voyager timidement qu’avec Juliette dans les années 30 et que ses escapades sont fantaisistes, sans véritable intérêt touristique et toujours sujet à l’improvisation. En outre, il signale que dès 1835, Louis Boulanger avait publié une lettre de voyage de l’écrivain et le projet d’un récit de voyage semble posé en 1839, année où Hugo écrit à Adèle: « Mon voyage est un travail ». Gaudon affirme clairement: « En 1840, en tout cas, une stratégie est adoptée avant même que le voyage ne commence. »35 Hugo tient absolument à ce que ses écrits restent secrets, puisqu’il compte probablement les faire paraître en volumes.

Après une description très intéressante des conditions de transport à cette époque, Gaudon développe l’aspect studieux des vacances avec Juliette: « Car ce qui importe, c’est d’écrire. Ecrire autant et plus qu’à Paris, et cela dans des conditions exécrables. Ecrire comme un forçat de la littérature, comme un gagne-petit du feuilleton. »36 En deux mois, Hugo rédige 160 pages d’une écriture serrée. Rentré à Paris, Hugo se calme au contraire. Je ne développe pas l’analyse qu’a faite Gaudon des manuscrits et des épreuves, mais me limite ici aux remarques en rapport à mon sujet. Sur ce point, il semble qu’il reste relativement fidèle aux précédentes exégèses, ainsi quand il juge que « la figuration, ce sont donc les livres qui la fourniront, et qui nourriront cette description d’une Allemagne sans Allemands. »37 Gaudon suggère en effet que les sources de Hugo sont avant tout écrites, comme lorsqu’il note que la description des chutes du Rhin à Laufen ne tient, bien que Hugo s’en soit imposé le voyage, pas plus de place que celle de l’incendie à Lorch. Tout ce qui est typique du voyage en Allemagne ne tient qu’une place tout à fait restreinte dans l’ensemble du livre, « comme s’il fallait, dit Gaudon, éviter de s’attarder sur ce qui fait d’ordinaire la pâture des reporters, et en minimiser la spécificité. »38 Je ne citerai pas dans son intégralité la liste que constitue Gaudon de tout ce qu’on pourrait attendre d’un récit de voyage en Allemagne et qu’on ne trouve qu’en passant sous la plume de Hugo, pour relever au contraire le jugement porté sur la connaissance qu’avait l’auteur du pays où il voyageait: « Que sait-il d’ailleurs du romantisme allemand, cet ignorant dont le grand Goethe avait suivi les progrès, non sans marquer des réticences? Il a beaucoup fréquenté le baron d’Eckstein qui connaît tout de la vie intellectuelle en Allemagne, et il a des relations plutôt tièdes avec Cousin, qui a bien connu, sans grand profit, Hegel et l’a accueilli à Paris en 1827. Il connaît peu Heine, mieux Alexandre Weill, un Alsacien de Strasbourg à qui il va répéter que s’il n’était pas Français, il aurait aimé être Allemand. Il a vu Nerval peu avant son départ. Mais ni la poésie, ni la philosophie, ni la musique ne font partie du paysage. »39 Ce jugement reste dans la lignée des commentaires qui se sont accumulés depuis le début du siècle: Gaudon reprend la thèse de l’ignorance des romantiques français, se référant aux noms que les comparatistes ont mis en avant, tel Weill, Nerval et Heine. Il reprend également les mêmes surprises que les comparatistes avant lui, doutant que Hugo connût Le cor merveilleux de l’Enfant, recueil de contes germaniques de la première décennie du XIXe, ou Hölderlin, qui, je le dis en passant, était à cette époque le plus parfait inconnu en Allemagne. Ainsi Gaudon prétend que Hugo était incapable « d’appréhender, au cours de ce voyage, le réel. »40

Suit un long développement sur les emprunts - parfois littéraux - que fit Hugo à différents ouvrages sur la vallée du Rhin ou l’histoire de l’Europe, constatation corroborant l’idée d’une connaissance quasi nulle de la réalité et conduisant Gaudon à avancer que « la pseudo-transmission d’un savoir très approximatif relève moins de l’information que de l’intimidation, moins d’un effet de sens que d’un effet d’érudition, sans contenu intellectuel ou historique appréciable. »41 Sans doute, Gaudon donne suffisamment de preuve de l’insouciance avec laquelle Hugo exploite, recopie, transforme ses sources et montre à bon droit comment le récit hugolien tend au conte, qui s’incarne avant tout dans la parenthèse du beau Pécopin. C’est ainsi qu’il voit une rupture dans l’ouvrage de Hugo qui retombe sur terre dans la conclusion, laquelle oppose au monde de rêve des considérations politiques.

Cette rupture, Gaudon l’explique par le fait que ladite conclusion est une pièce rapportée en urgence juste avant la publication de la première édition. C’est trois jours après avoir donné son manuscrit à l’éditeur le 21 septembre 1841 qu’Hugo propose à celui-ci ce qui devient la conclusion, pour lequel il prétendra avoir fait venir des documents d’Allemagne et réclame même un traducteur. Gaudon en déduit que « la conclusion politique n’était donc encore pas prévue au moment où le livre s’imprimait, et n’était pas écrite au moment où il était à peu près terminé. Le quatorze feuilles du travail « curieux et important » (le tiers du volume), fable historique, ou histoire fabuleuse, viennent y ajouter un conte des mille et une nuits politique. »42 Ainsi Gaudon retire-t-il aux considérations politiques de Hugo d’une part toute importance dans l’ensemble de l’ouvrage et toute crédibilité, puisque d’une analyse de la réalité, il fait un simple conte supplémentaire.

Bref, la dimension politique du Rhin est pratiquement niée dans cette présentation de l’oeuvre que Gaudon traite en parodie de récit de voyage et de livre d’érudition, interprétant les considérations politiques de l’auteur comme un pastiche: « Lorsqu’en novembre 1841 Hugo reprend ces thèmes et les amplifie, le feu est éteint et la question n’est vraiment plus à l’ordre du jour. La France est maintenant partie prenante dans la convention des Détroits qui a été signée à Londres en juillet. Certes, le processus qui mène à la constitution, par la force, de la nation allemande est bien engagé, et la Germania pacifique de Philip Veit est déjà une image du passé. Demain on chantera Deutschland über alles et le Wacht am Rhein, tandis que Henri Heine s’efforcera en vain de mettre en garde les Français contre le militarisme et l’expansion prussiens. Le rameau d’olivier tendu par Hugo, avec, en contrepartie, une cession gracieuse de la rive gauche à la France ne peut guère agiter les Français. En Allemagne, la proposition ne peut susciter que dérision. »43 Pour résumer, il faut constater que Gaudon reprend entièrement le schéma dont je me suis efforcé de montrer l’élaboration depuis le début du siècle: non seulement Hugo, parfaitement ignorant et innocent, n’aurait rien compris à la réalité allemande, c’est-à-dire prussienne, mais en plus, il interviendrait trop tard dans le débat sur la question du Rhin. Il est significatif que ce sujet appelle immédiatement l’évocation des deux chants bellicistes de Becker et de Schneckenburger, tandis que Gaudon estime que seule une « tendance inévitable à la simplification nous fait croire que le Rhin est un livre d’actualité. »44 La page qu’il consacre à la querelle du Rhin est l’une des plus précise, sinon la plus rigoureuse, que j’ai pu lire; mais il importe de signaler que l’exactitude chronologique tend toute entière à montrer que la motivation hugolienne ne pouvait pas être d’ordre politique. Vu sous ce jour, la conclusion devient un rajout presque dénué de sens, sauf à lui donner, comme le fait Gaudon, un sens parodique.

A la suite de cette présentation magistrale de l’oeuvre, je signalerai brièvement le commentaire lui-même très court d’
1   2   3   4   5   6   7

similaire:

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconL es f ruits de la passion
«Les fruits de la passion», un de ces sitcoms guimauves que personne ne regarde mais que tout le monde connaît !

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconParle de désenclavement planétaire. Le monde est pensé pour la première...

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconUtopie dans le monde / hors du monde : «la plus belle nuit du monde»
«la plus belle nuit du monde»3, «une clarté plus vive»4, «tout… si plein»13-14 + forme exclamative

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconProgrammes 2008
«Tout élève doit être capable «d’avoir conscience de la dignité de la personne humaine»

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconRaphaël parle d'une époque révolue, bien avant la conquête anglaise,...

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconLes enjeux du droit à l’image
«tout, tout de suite» et de «l’ici maintenant partout dans le monde en temps réel» les frontières sont redéfinies voire effacées...

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconCoûts et bénéfices de la téléphonie mobile accessible – Code Factory
«Pourquoi c’est si cher ?», «Pourquoi ça coûte tout de suite 10 fois plus cher si c’est pour une personne aveugle?»

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconRapport au Conseil de l’Ordre des Avocats de Paris sur la communication...
«Tout ce qui est simple est faux, tout ce qui est complexe est inutilisable.» P. Valéry

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 icon1. roussel. Divertissement pour piano et vents
«Chacun doit payer de sa personne pour le salut de tous. C’est un sacrifice à faire bravement !» Mais ce soir du 10 avril 1906, IL...

«Le Rhin est le fleuve dont tout le monde parle et que personne n’étudie, que tout monde visite et que personne ne connaît, qu’on voit en passant et qu’on oublie en courant, que tout regard effleure et qu’aucun esprit n’approfondit.»1 iconProgramme (Bulletin officiel n°4 du 29 avril 2010)
«civiliser» l'enfant. Celui-ci a évolué hors de tout contact avec la société dont IL ne connaît ni le langage, ni les codes sociaux...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com