Essai qui analyse en 9 chapitres l’évolution de la notion de modernité de l’antiquité à nos jours





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Melle Pujol




Fiche de lecture critique




Auteur : Hans Robert Jauss
Titre : « La modernité dans la tradition littéraire et la conscience d’aujourd’hui » in Pour une esthétique de la réception
Edition : Paris, Gallimard, « Tel », 1978 pour la traduction française et la préface
Courant critique : théorie de la réception
Sujet : Analyser l’évolution de la notion de modernité à travers le temps, et notamment la conscience qu’ont pu en avoir les intellectuels à diverses époques :

  • dans l’Antiquité

  • au Moyen-Age

  • lors de la Querelle des Anciens et des Modernes

  • à travers la notion de romantisme

  • chez Baudelaire


Thèse : Le concept de modernité remonte à l’Antiquité mais change vraiment de sens au XIX° siècle avec Baudelaire : il ne se définit plus alors par rapport à des chefs-d’œuvre passés mais par rapport à un idéal présent sans cesse renouvelé.
Structure :

  • de l’ouvrage : un article manifeste et une série de chapitres qui appliquent la méthode définie à des œuvres ou des questions d’histoire littéraire

  • de l’article : essai qui analyse en 9 chapitres l’évolution de la notion de modernité de l’antiquité à nos jours


Synthèse :
I :

La modernité devrait exprimer une différence par rapport à un passé, mais l’histoire littéraire montre que ce n’est pas le cas. Le mot modernité apparaît pour la 1ère fois en 1849 dans les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand et il est érigé en nouvelle esthétique par Baudelaire.

En fait, modernité est tributaire de l’adj. ancien modernus. C’est donc une illusion de croire que nous seuls avons le privilège de la nouveauté et du progrès. Le cycle normal des choses fait qu’à un moment donné, les modernes deviennent anciens et ainsi de suite. Il s’agit d’une « constante littéraire » de la culture occidentale (p.160) d’où une éternelle Querelle des Anciens et des Modernes. Mais le sens de modernus ne peut être réduit à un simple « topos littéraire intemporel ». Il a également une fonction de délimitation historique.

Ainsi ce qui est moderne ou non est au-delà de l’éternel retour du changement : au sens esthétique par exple, moderne ne s’oppose pas à passé mais à classique, càd qqch d’une beauté ou d’une valeur éternelle qui n’échappe pas au temps.
II :

Quelles sont les manifestations d’un passage de l’ancien au nouveau dans l’histoire du mot ?

Modernus est attesté pour la 1ère fois au V° siècle et marque le passage de l’Antiquité romaine au monde chrétien, avec l’idée à la fois de qqch de nouveau mais aussi d’actuel

Cassiodore voit déjà en Rome et la civilisation antique un passé révolu, d’où l’opposition antiqui / moderni. Mais attention, à ce moment là, la notion de progrès n’intervient pas encore.
III :

Un nouveau passé s’insère entre la modernitas (le présent) et l’antiquas (l’antiquité païenne). Ainsi au IX° siècle, modernus désigne le nouvel empire de Charlemagne, et dans la philosophie et l’histoire littéraire, les moderni désignent les auteurs chrétiens par opposition aux auteurs païens de l’Antiquité.

Au XI° siècle chez Reichenau, le terme modernitas marque une double césure par rapport à l’Antiquité proche et par rapport à un passé proche.

Au XII° siècle on a toute une génération d’auteurs qui écrivent en latin et en langue vulgaire (cf. Marie de France, Chrétien de Troyes…) : « c’est l’orgueil d’une époque assurée de sa valeur et qui se considère comme le point culminant d’un progrès parvenu à son terme » (p.168)
IV :

A la Renaissance, on recrée l’opposition antiqui / moderni, mais cette fois pour récuser l’héritage des derniers siècles jugés « ténébreux ». On se tourne vers les auteurs grecs et latins de l’Antiquité. Il y a lors une conception de l’Histoire tripartite :

  • Antiquité

  • Ténèbres du Moyen-Age

  • Modernité

On abandonne une histoire linéaire et ascendante (conception du Moyen-Age) au profit d’une histoire cyclique. La Renaissance ne croit alors pouvoir égaler et surpasser l’Antiquité qu’en l’imitant.
V :

En 1687, Charles Perrault conteste cet idéal humaniste de perfection : on assiste à une nouvelle Querelle des Anciens et des Modernes. Les modernes croient en l’idée de progrès (cf. Copernic, Descartes), ils sont les « précurseurs des lumières » (p.175).

Cependant, ils n’avaient pas conscience d’êtres modernes, ils pensaient que l’Humanité était dans l’âge de la vieillesse et que donc les véritables anciens sont les modernes puisque ce sont eux qui ont le plus de savoir et de recul. (cf. Bacon, « La vérité est fille du temps », et Giordano Bruno pour qui la contestation des progrès se fait à l’échelle de l’homme et de l’Humanité). (p.176)

Aucun progressisme donc chez Perrault, il ne considérait pas les temps modernes comme un commencement. Conscience de la modernité qui est encore divisée à ce moment entre :

  • la vision de son propre temps comme la vieillesse de l’Humanité

  • la conscience que l’histoire continue « sa marche en avant à travers l’âge du progrès » (p.177)

Au XVIII° siècle, les modernes veulent « dépasser (…) la contradiction entre les idées de perfection (dans les beaux-arts) et de perfectibilité (dans les sciences) ». Perrault reconnaît également que la distance entre l’Antiquité et les temps modernes n’est pas un progrès dans tous les domaines de l’art.

Les deux camps constatent finalement qu’il existe à la fois une beauté intemporelle, universelle et un beau relatif. Les temps modernes et l’Antiquité sont donc différents par essence (dans le domaine des beaux arts). Constat essentiel car il montre que chaque époque a son caractère propre. L’apparition des lumières du XVIII° permet de regarder en avant, vers l’avenir et non plus toujours vers le passé : « c’est désormais la perfection toujours croissante de l’avenir, ouverte à l’horizon, et non plus l’image idéale d’un passé parfait mais révolu, qui fournit l’aune à laquelle il convient de juger la valeur historique du présent et de mesurer ses prétentions à la modernité » (p. 180)
VI :

Au XIX°, Schiller et Schlegel reprennent à nouveau le « parallèle comparatif ». En France La Harpe également avec son cours Le Lycée ou cours de littérature ancienne et moderne. Mais ce genre comparatif se termine avec Chateaubriand et sa Poétique du Christianisme. Il avoue également s’être trompé en « croyant pouvoir tirer d’une analyse de la société antique des conclusions applicables à la société moderne » (p.183)

Le changement se fait nettement sentir dans la conception de la modernité : « la modernité se définit encore par opposition à une antiquité, mais dans un sens nouveau, en se référant désormais expressément à l’expérience d’un passé national et chrétien, qu’elle a redécouvert » (p.183)
VII :

On se met donc à définir la modernité « sous le jour nouveau de la relativité historique » (p.184). Au XIX° , la modernité se conçoit comme romantique, par opposition à l’Antiquité dite classique. (NB : jusque là, classique n’était pas opposé à moderne car gardait le sens antique d’exemplaire).

« Chaque époque mais aussi chaque nation a son génie propre, irremplaçable » (p. 186). On assiste alors aux 1ères descriptions du Moyen-Age, « temps de vertus héroïques et chrétiennes », on redécouvre la poésie du temps des chevaliers et des troubadours.
VIII :

Etude du mot romantique :

  • désigne à l’origine « le monde aboli des vieux romans de chevalerie »

  • puis peu à peu la « perception de la nature »

  • vient du bas latin romanice, « poème en langue populaire » qui désigne le roman sous ses 1ères formes.

  • L’adj. romantic apparaît en Angleterre au XVII° siècle et oppose la fiction à la vérité ou à la réalité prosaïque. Adj. qui a 2 sens :

          • Péjoratif : quintessence de l’invraisemblance, de la fiction (reste cpdt attrayant pour les lecteurs de romans qui affectionnaient cet aspect extraordinaire)

          • Laudatif : poétique (événements qui font que la vie ressemble au roman par exple)

On aboutit alors à une image du monde telle que se la représentait la génération romantique de 1800. Romantic en anglais désigne aussi les lieux qui rappellent l’univers romanesque et le romantisme « une attitude qui se plaît à percevoir certains moments de la vie à travers l’image qu’en donnent le sentiment et l’expérience littéraires » (p. 190). L’adj. s’étend à la description « des vieux châteaux et autres décors romanesques ».

D’une manière générale, on s’éloigne du sens premier ; seul romanesque en français garde le sens étroit d’une référence au roman. On calque donc notre adj. romantique sur l’anglais. A ce moment là cpdt, le romantisme ne couvre pas tout le champ littéraire qu’on lui connaît aujourd’hui : il lui manque le sens « d’attrait, découvert dans la poésie médiévale, d’un monde englouti par le temps et qui ne peut être saisi qu’à travers ses reliques » (p.192). Il s’agit en effet parallèlement d’une recherche de vérité dans le passé et du constat présent de « l’enfance perdue de l’humanité » (p. 193).

A partir de là, la modernité se vit « paradoxalement, non plus comme opposition aux temps anciens, mais comme désaccord avec le temps présent » (p. 194). Le sentiment d’insatisfaction par rapport au présent est commun à tous les romantiques.
IX :

Le romantisme remonte donc jusqu’au Moyen-Age pour fixer les origines de sa modernité. Le XIX° siècle voit une nouvelle évolution du mot modernité : c’est la fin de l’identification entre romantisme et modernité. D’autre part, « le concept de modernité cesse de se définir par l’opposition historique du présent à un passé quelconque. Ce qui caractérise cette conscience de la modernité qui se détache au XIX° siècle de la vision romantique du monde, c’est qu’elle a appris que le romantisme d’aujourd’hui devenait très vite le romantisme d’hier et faisait lui–même alors figure de classicisme » (p. 194-195)

1789 a apporté la conscience que l’histoire a pris un cours nouveau. Le romantisme devient alors la beauté d’aujourd’hui, actuelle : « la beauté n’est belle immédiatement que pour son premier public, celui pour lequel elle a été créée, et elle l’est dans la mesure où elle recherche et atteint cette actualité » (p. 196). Romantisme ne désigne donc plus une époque particulière puisque selon Stendhal, toute œuvre classique a été romantique en son temps.

La modernité ne cesse de devenir sa propre antiquité, elle se définit donc désormais par opposition à elle-même. D’où cette question : « comment la beauté peut-elle satisfaire aux exigences d’un idéal de nouveauté sans cesse renouvelé ? » (p. 197). C’est la question que se pose Baudelaire dans « Le peintre de la vie moderne » à propos de Constantin Guys. La nature du beau n’est ni exclusivement dans l’actualité (mode etc.) ni dans le classicisme des chefs-d’œuvre passés. C’est cpdt la mode qui s’en approche le plus ; Baudelaire développe son esthétique moderne à partir de là : « la modernité c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » (p. 198)

Pour Baudelaire donc, l’expérience esthétique et l’expérience historique de la modernité se confondent. Il n’y a pas une antithèse unique à la modernité, ce n’est ni le romantisme ni l’Antiquité, elle se redéfinit toujours par rapport à elle-même. Il ajoute « il y a une modernité pour chaque peintre ancien ». L’opposition à la modernité serait finalement l’éternel…D’autre part, l’éphémère a le mérite de mettre à jour l’élément poétique de ces phénomènes de mode ou d’histoire, traditionnellement négligés.

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