Voir, noter, écrire l’Histoire





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Choses vues :

voir, noter, écrire l’Histoire.

Gabrielle Chamarat

Le projet du Journal de ce que j’apprends chaque jour est énoncé par Hugo lui- même dans une note préliminaire écrite le 20 juillet 1846. Le Journal serait « le registre curieux des accroissements successifs d’un esprit. ». Son objet est de recueillir ce que la journée a appris à l’écrivain. Il s’agit d’une entreprise banale et étrange à la fois qui apparaît comme allant volontairement à l’encontre non seulement de la découverte inspirée, mais plus largement de tout ce que la vie intérieure peut suggérer. Un an plus tard Hugo reconnaît que ce plan « est presque impossible à réaliser » car ce qu’on apprend est inséparable de l’émotion que la chose notée a d’abord suscitée : « D’ailleurs être ému, c’est apprendre ».

Ce sur quoi nous souhaiterions nous arrêter est que ce constat ne marque pas la fin du Journal, ni le désir de mettre par écrit les « choses » qui parmi les faits vécus au jour le jour lui semblent dignes d’être mémorisés. Deux autres séries de notes sont parallèlement rédigées sous les titres de Faits contemporains et Le temps présent. Ces deux autres ensembles diffèrent du Journal, ce sont plutôt des chroniques, écrites moins régulièrement, ne manifestant pas le désir de constitution en texte clôturé. Le dernier n’est pas limité dans le temps puisque Le Temps présent recouvre des notes prises pendant l’exil et ensuite. Formellement, ils se présentent davantage sous forme de rubriques, mais la notation courte n’est jamais abandonnée. Surtout, la volonté de rester dans le registre des faits relevant plus de la vie publique que de la vie privée est évidente. Une preuve en est donnée par le fait suivant, bien relevé par les éditeurs de l’édition de Choses vues dans l’édition Laffont,  « Bouquins » :
 Il existe une feuille, formant sans doute chemise pour un dossier, où Hugo a noté :Faits contemporains et Souvenirs personnels. Il y a lieu de séparer les choses tout à fait rédigées des simples notes et les Faits contemporains des souvenirs trop purement personnels (…) 1.
La distinction qu’établit Hugo entre Faits contemporains et Souvenirs personnels2 marque bien une persistance à maintenir la distinction. À l’époque où se situe cette rédaction concurrente des trois textes, l’œuvre de Hugo se resserre sur trois types d’écrits. À côté de Choses vues, Hugo compose la première version des Misérables qu’il appelle alors Jean Tréjean. Il écrit aussi les discours qu’il doit prononcer à la Chambre, et qui seront publiés dans Actes et paroles. Cela dit, la rédaction de Jean Tréjean est bien inscrite comme parallèle aux notes qui d’ailleurs dans le Journal y font plusieurs fois allusion. Il est donc fort possible que ces observations aient été destinées aussi à un ouvrage de type particulier, tenant du Journal et des Mémoires, sans excès de « personnalité », comme on disait à l’époque. Fondé sur des bases réelles, il aurait gardé ce caractère fragmentaire de l’Histoire vécue au jour le jour où l’intime prend le moins de part possible3. Peut- être de nouvelles Mémoires d’Outre –tombe où le moi tenterait de s’effacer pour proposer un rapport le plus neutre possible de cette période mouvementée, essentielle pour l’avenir. Dans ces conditions, on peut alors poser l’hypothèse que l’entreprise n’est pas indifférente à ce qui se passe dans la littérature dans les années 1845 – 1851 où s’effectue un tournant large du romantisme vers un art en prise directe sur la réalité, que l’on peut appeler, en termes d’esthétique, avec toutes les réserves possibles un nouveau réalisme.
Un travail sur cette écriture ne peut, dans le cadre de cet article, que s’effectuer au travers d’une comparaison des trois textes en cause sur une période limitée. Celle que l’on a choisie est 1847. L’année 1846 est, dans le Journal, celle qui correspond à peu près au projet initial : celui de notes quotidiennes de ces « alluvions », comme dit Hugo, qui viennent du dehors, que l’on ne savait pas, et que l’on note afin de ne pas les oublier. L’année 1847 permet plus facilement de regrouper, soit par le lieu de leur provenance, soit par leur contenu, des faits qui touchent directement à l’expérience de celui qui écrit : « choses » vues, entendues, rapportées, lues. Remarquons bien, toutefois, que ces notes sont prises approximativement au jour le jour et que leur contenu ne cesse de varier de l’une à l’autre.

L’histoire contemporaine telle qu’elle est appréhendée par l’écrivain devient extrêmement présente. Les rubriques en seraient : ce qui se passe à la Chambre, à l’Académie, à la cour, au théâtre. Dans chacun de ces regroupements, encore une fois effets d’une lecture secondarisée, on est frappé de la disparité entre ce dont l’importance saute aux yeux et les notations anecdotiques. On comprend l’intérêt de Hugo pour les élections à l’Académie, lorsque sa stratégie, de concert avec Vigny, est d’éliminer tel ou tel en vue de laisser la place libre à Balzac. Sous la rubrique théâtrale, la mort de Mlle Mars et la description de la foule qui assiste à son enterrement est un bon exemple de réaction simultanée de toutes les classes de la société à une des plus grandes actrices du temps et donc un hommage rendu au théâtre lui-même. Certaines notes renvoient à ce qui se passe à la Chambre, lois diverses, affaire Teste- Cubières. Le récit de l’émeute de Buzançais est fait de façon neutre, au travers d’un simple témoignage : la disette du peuple a entraîné le pillage de charrettes de blé qui traversaient la ville et l’exécution d’un propriétaire qui avait tué un émeutier. On sait pourtant que Hugo reviendra sur l’épisode dans Les Misérables et se resservira textuellement de ce témoignage. Cet usage permet de mieux comprendre l’avertissement social et économique que représente l’événement l’année qui précède la révolution de 48. Parfois le fait s’accompagne, à l’occasion d’une conversation rapportée, d’une réflexion sur la distinction des pouvoirs et désigne sa propre philosophie politique, sur laquelle il reviendra souvent et dont l’exil dira les limites :
 Pair de France, vous êtes au- dessus de tout ce qui s’agite ; vous devez être calme, honnête, loyal, digne, indépendant, sincère, vrai, juste, ami du pouvoir, ami de la liberté ; vous devez être tout à la nation, et il sied qu’on vous voie toujours appuyé sur elle, et qu’on la voie toujours appuyée sur vous.
Tous ces faits remarquables dont je n’ai pu donner que quelques exemples, sont volontairement noyés dans de multiples remarques apparemment plus anodines et qu’il faut lire attentivement pour en comprendre la portée. En mars, la rentrée de Frédéric dans Ruy Blas est évidemment pour Hugo un événement. Importante aussi cette loterie d’autographes pour les crèches, tirée chez lui, en présence des célébrités du temps, écrivains, journalistes, hommes de cour. Parallèlement, les « mots » d’esprit se multiplient comme si le « regard » se faisait à travers l’écrit, immédiatement ironique. Je reviendrai sur ce point, mais un exemple est nécessaire. À la date du 29 mars, une seule note venue en droite ligne de la séance à laquelle il vient d’assister à la Chambre :
 Le baron de Sch. Qui a une barbiche blanche pointue, la tête presque chauve et la mine tout à fait hétéroclite, était à la tribune aujourd’hui. Le duc d’H. qui est une façon de nain, s’approche de moi, me le montre et dit : - Voilà un être qui paraîtrait baroque à des esquimaux. Un moment après, M. de Sch. descend de la tribune et me dit tout bas : -Tout en parlant je regardais le duc d’H. Savez- vous qu’on gagnerait de l’or à le montrer dans les foires.

 

En mai 1847, surgit l’affaire Teste- Cubières, sur laquelle Hugo reviendra en juillet ici et dans les textes dont nous parlerons ensuite. Cette affaire lui tient visiblement à cœur en raison de sa signification symbolique. Pourtant le portrait qu’il fait, le 6 mai, de Cubières est, dans le Journal, aimable et drôle, et il cite de lui des mots d’esprit «  du vrai esprit libre et heureux ». Surtout, le 5, il note un incident à la Chambre des Pairs, où l’on dit que les deux futurs accusés ont voulu se brûler la cervelle. Il rapporte alors son propre mot :« En ce cas, ai-je dit, la Chambre des Pairs n’aura plus ni cu ni tête ». Quel que soit le fait rapporté, tous les personnages en cause sont la plupart du temps, présentés en même temps que le « mot » qu’ils constituent par leur nom, Empis et Ampère évidemment ! ou par ce qu’ils disent. Les énonciateurs appartiennent à toutes les classes, du roi à la servante de la famille Hugo, Mélanie, en passant par les autocitations de l’auteur. Tous les lieux sont touchés, la Chambre, l’Académie, la cour, le théâtre, la rue

Les hommes politiques ne sont pas épargnés, au contraire. À côté des innombrables plaisanteries sur la petite taille de Louis Blanc, voici par exemple le jugement de Hugo sur le duc de Montebello, fils de Lannes, qui a voté contre le retour de Jérôme Napoléon :
 Son père s’appelait Lannes. Je crains qu’il ne faille maintenir la prononciation et changer l’orthographe. 
Plus loin, Guizot :
 Je disais l’autre jour à M.Dupin : - M.Guizot est personnellement incorruptible et il gouverne par la corruption. Il me fait l’effet d’une femme honnête qui tiendrait un bordel. 
Les notes des Faits Contemporains, se présentent de façon différente. Le rapport à l’histoire contemporaine y est plus net. Il s’agit d’un acte d’écriture qui tend à fixer les événements, sans pour cela avoir apparemment, pour objectif un texte littéraire. Le descriptif fonctionne désormais beaucoup plus clairement : l’observation et l’interprétation se mêlent. En opérant le même type de rassemblement que précédemment, on remarque que les objets en cause sont presque tous reliés directement au politique.

Si l’on regroupe tout ce qui a trait à la cour, par exemple, le nombre de rubriques et le jugement explicite ou implicite impliqué sont remarquables. Louis- Philippe et la cour sont considérés avec une grande distance. Le roi n’est pas systématiquement attaqué.  Mais sa maladresse dans l’exercice de la fonction royale est signalée à plusieurs reprises. Un bon exemple est le long récit que fait Hugo de la « Séance royale ». Sous couvert d’objectivité l’ironie pointe partout. Le protocole est longuement détaillé avec ses 25 députés qui vont attendre le roi sur l’escalier du Palais-Bourbon, vieillards qui frissonnent sous une bise capable de tuer ceux d’entre eux qui sont des rescapés de Waterloo ! L’escalier est protégé par des tentures mais « de coutil » : « le coutil est bourgeois, et plaît mieux aux députés. Il les charme et il les gèle. ». Les princesses sont là, dont la duchesse de Montpensier et son nez rouge. L’inanité des conversations dans le salon s’oppose au dialogue entre Hugo et Villemain parlant « de Cracovie, des traités de Vienne et de la frontière du Rhin. ». On sait que Hugo voit dans l’affaire de Cracovie une remise en question du Congrès de Vienne et donc de la main- mise injustifiée de la Prusse sur la rive gauche du Rhin. Le sujet reviendra dans le rapport d’une séance à la Chambre où Hugo seul de son avis, préfère se taire.

Plusieurs passages sont consacrés aux Princes. Ils semblent aller de festivités en festivités. C’est la fête somptueuse donnée par le duc de Montpensier qui encourt la sanction discursive la plus cinglante. Après une longue description de cette fête, au parc des Minimes du bois de Vincennes et qui a coûté 200.000 francs, la réflexion se fait grave. Depuis quinze jours, le peuple de Paris ne parlait que de cette fête et une triple haie de spectateurs encadrait le chemin parcouru par les voitures des invités illustres. Insultes, crachats, boue ont été jetés à leur passage. S’ensuit une longue réflexion politique sur l’incongruité, quel que soit le profit qu’en peut escompter le peuple, d’étaler ce luxe en temps de disette et de détresse :
 Il (le peuple) se dit qu’il souffre, que voilà des gens qui jouissent. Il se demande pourquoi tout cela n’est pas à lui (…) Le jour où la misère de tous saisit la richesse de quelques-uns, la nuit se fait, il n’y a plus rien.

Plus rien pour personne. 
Plus loin  :
 Ce qui irrite surtout le peuple, c’est le luxe des princes et des jeunes gens ; il est en effet trop évident que les uns n’ont pas eu la peine, et que les autres n’ont pas eu le temps de le gagner. Cela lui semble injuste et l’exaspère ; (…) 
De la même façon, les rubriques qui font état de ce qui se passe à la Chambre entretiennent le lecteur dans l’idée d’une inconscience des pairs sur ce qui se passe dans le pays et surtout sur ce que cela peut laisser présager, tout à fait étonnante. À la Chambre, on rit beaucoup des uns et des autres, « diminution du Corps » dénoncée par les plus anciens, les conversations particulières semblent courantes. Surtout, on se tait sur les choses dont on devrait parler, comme la frontière du Rhin. Lorsqu’on parle, cela semble se faire comme à côté. Des bruits de guerre avec l’Angleterre circulent. La conversation a lieu dans le bureau de Hugo, avec Decazes qui explique à l’auteur la faiblesse militaire de la France, responsabilité qui incombe au roi :
J’écoutais cette douleur vraie ou feinte avec quelque surprise, et je me disais que le roi Louis- Philippe avait traité la France comme on traite les enfants tapageurs à qui on ôte les couteaux.

Faire ce tour à un enfant, passe ; mais à un peuple ! 
Un long développement est accordé à l’affaire Teste et Cubières, beaucoup plus long que dans le Journal. Toute l’affaire n’a de sens qu’en raison de la qualité des principaux accusés, dont l’un, Teste a été ministre, puis président de la cour de cassation, l’autre Cubières, est général. Tous deux membres de la chambre des Pairs, c’est sur cette dernière et le régime que retombe l’opprobre. L’autorité judiciaire, politique, militaire sont bafouées.

Cette menace qui pèse sur le régime va être présente jusque dans les morceaux qui n’ont pas de rapport direct avec la politique. La sympathie de Hugo pour Mlle Mars éclate : elle a joué Dona Sol, même si elle avait alors quasiment trois fois l’âge du rôle. Il revient sur sa mort et son enterrement. Après la cérémonie, dix mille personnes suivent le corbillard à pied. Mais, là encore, le peuple fait une haie sur les côtés, avec des gens assis sur les trottoirs ou accoudés aux balcons. Hugo quitte le convoi « pensif », sans qu’on sache si cette pensivité naît de la disparition de l’actrice ou de sa popularité auprès du peuple, attiré aussi par les gens célèbres qui suivent le convoi4. L’art, le théâtre et la littérature en général, rallie le peuple à l’élite intellectuelle bien mieux les Princes et le luxe qu’ils étalent.

Le grand texte sur la Conciergerie est de 1846, mais en 47, Hugo visite la prison actuelle des condamnés à mort, en vue du discours qu’il pense tenir à la Chambre. Le côté « bourgeois » de l’installation masque l’horreur de la situation du condamné. Revêtu de la camisole, surveillé nuit et jour par deux soldats, la figure « bouleversée ». Il s’agit de Marquis qui semble réciter la leçon du bon élève, il approuve la qualité de sa détention, affirme se trouver très bien là et attend sa grâce5. Hugo insiste pour qu’un droit de sortie plus large lui soit accordé, étant donnés l’ampleur des moyens utilisés pour que toute fuite soit impossible. La fin de la visite est marquée par l’intérêt que porte l’auteur à Joseph Henri qui avait été incarcéré à l’infirmerie, et dont le directeur juge qu’il était fou. C’était aussi l’avis de Hugo à son procès et le sens de sa lutte contre la peine prononcée : les travaux forcés à perpétuité. Il trouve donc là un témoin à décharge tardif et inattendu. D’autre part les derniers mots du récit sont pour les deux gardes en faction qui se sont suicidés, sous la fenêtre même des condamnés à mort, « Chose vue » donc, qui, par une succession de détails, en dit plus long sur la peine de mort qu’un discours.

On pourrait multiplier les notes, qui relevant de l’observation précise, et presque d’elle seule, incitent à la réflexion. Elles gardent le ton du rapport, multipliant les détails : description précise des lieux, portrait des personnages, incluant avec soin leurs particularités physiques ou morales, leur passé, bref tout ce qui intéresse le présent de l’événement, le « fait contemporain ». L’objectivité de l’observation semble déboucher comme tout naturellement sur ce qu’on peut en penser.

On retrouve la place faite au rire. À nouveau la citation de mots drôles ou de détails cocasses envahit le discours, orientant sa signification. On en a noté déjà quelques- uns au passage. Les mots des comédiens, ceux des pairs, des académiciens sont là pour caractériser leur humour ou leur médiocrité. Des portraits, on ne retient que la formule finale Ainsi de Guizot :
 M.de Guizot était essentiellement bon (…)

 Du reste, c’était un homme faible et indécis dans le conseil, irrésolu dans le cabinet, vacillant dans le parti à prendre, que la tribune emplissait de décision, de hardiesse, de fermeté et de grandeur.Dès que son pied touchait la tribune, sa tête touchait le ciel. 
Dans la troisième partie de Choses vues, Le Temps présent, l’année 1847 est marquée par la préparation écrite de deux grands discours que Hugo ne prononcera pas, mais dont il garde les éléments préparatoires. Le premier est destiné au débat qui a eu lieu à propos d’une loi sur l’enfermement cellulaire dans les prisons. Cette longue réflexion est en rapport direct avec le texte en cours de rédaction, Les Miséres. Elle pose les points essentiels dont il composera le personnage de Jean Valjean et des autres « misérables ».

Il est clair que la philosophie hugolienne qui se déploie ici, ainsi que la préparation du discours sur le travail des enfants qui s’achève sur l’opposition entre la loi et le droit, est directement en prise sur les « choses vues », en particulier avec les comptes-rendus de ces différentes visites dans les prisons. Il a observé les dangers de la promiscuité carcérale et le travail auquel s’adonnaient les prisonniers isolés. À la Conciergerie, la « souricière des enfants », lui a inspiré l’idée que « seule l’éducation » avait peut- être manqué aux petits condamnés. Il a aussi compris à l’entendre à la Chambre l’irresponsabilité mentale de Joseph Henri, condamné à vie. Il a eu le temps de réfléchir, au cours des notes elles-mêmes à propos des « affaires » sur le problème de la préméditation, celle de Joseph Henri, de Marquis, de Praslin… Il a vécu avec consternation l’injustice qu’il y avait à frapper Teste d’infamie. La mise en discours au sens propre du terme permet de bien comprendre comment opère au fond le travail de la vision-contemplation qui mène de l’observation de la vie à la pensée sur cette même vie. Ce travail du glissement de la réalité à la philosophie se projettera dans les textes philosophiques comme dans le travail de la fiction.

À partir de juillet, les notes reprennent sur le mode que l’on connaît. Les manifestations de la décadence du système instauré par la monarchie de Juillet sont soulignées avec de plus en plus d’accablement, scandant le texte. Les malversations en Algérie compromettent entre autres des Pairs de France. L’assassinat de sa femme par le duc de Praslin, son suicide, ajoutent à la liste des scandales soulevés par les Pairs eux-mêmes :

Le 21 août :
 L’autre mois, l’armée a reçu son coup dans le général Cubières, la magistrature dans le président Teste ; maintenant l’ancienne noblesse reçoit le sien dans le duc de Praslini.

Il faut pourtant que cela s’arrête.
L’exaspération du peuple devant ces scandales est notée à plusieurs reprises. Les notes se font plus générales et prennent un ton de plus en plus acerbe :
 À mon avis le grand tort de notre gouvernement depuis dix- sept ans (…) c’est d’avoir été le gouvernement étroit et mesquin des intérêts, des expédients, et des utilités. La France veut autre chose. Je ne dirai pas à notre gouvernement qu’il est infâme, je lui dirai qu’il est chétif (…)
 Royauté, paierie, clergé, magistrature, académie, université, toutes les anciennes institutions se suicident majestueusement sur le même bûcher. La vieille société finit comme Héliogabale. 
Il y a des heures qui sont comme des abîmes. Les vieilles sociétés y tombent. Je me demandai si nous touchions à l’une de ces heures--là. 
La plupart des notations après le récit détaillé de l’affaire Praslin prennent une signification socio -politique. Elle passe par l’observation de ce qui se passe à l’étranger, en Turquie où le pacha de Salonique « faisait religieusement toutes les vieilles cruautés, comme nos ultras font toutes les vieilles bêtises ». Beaucoup de remarques aussi sur le régime présent, le peu de poids des hommes qui gouvernent la France, ce que sera le régime à venir, les dangers que représente la Révolution, l’utilité de la chose politique en regard de l’art…

On est frappé de voir que cette année 1847 dans Le Temps présent est cette fois, à quelques exceptions près, directement ou indirectement hanté par la réflexion politique. Comme si le regard et la pensée en étaient arrivés à se confondre en le seul travail de l’historien. Celui-ci est d’ailleurs directement revendiqué :
 En ce moment, le ministère français et le ministère anglais offrent dans leur composition un parallélisme singulier et qui vaut la peine d’être noté par l’historien (… )
Ce n’est pas la première fois que ce type de remarque intervient, dans le Journal, par exemple, à la date de décembre 1847, Hugo cite Cicéron qui appelle Thucydide : « un narrateur de l’histoire plein de grandeur et de probité6 ».

Ces remarques sur le rôle et les qualités de l’historien sont en étroite correspondance avec la spécificité de ces notes. L’historien part de la chose vue, ou entendue, pour en arriver à l’observation concrète et abstraite à la fois d’un phénomène politique, La fragilité de la France et celle de l’avenir en sont la cause. Même lorsque, à la fin de l’année 1847, à la réflexion politique succède une longue analyse de l’infiniment petit, puis des notes pour Les Misères. L’infiniment petit dans la nature rejoint une réflexion sur la relativité qu’on trouve plus haut dans les remarques faites sur les hommes qui gouvernent tels que les jugera l’Histoire. Dans cet ensemble où le peuple et ses capacités d’action sont sans cesse rappelés, Enjolras peut dire : « La propriété – de l’oiseau - c’est le vol ». Ainsi la différence entre les dossiers de notes concomitantes, ne relève que d’une différence d’étapes dans le mouvement d’une « énergie » de la pensée, comme le diront Les Misérables, appelée à tendre le plus possible à l’intelligence du monde7.
L’essentiel reste bien l’observation au jour le jour et pour et l’écriture un moyen de fixer cette réalité immédiate qui est au fondement de la chronique vraie et de la philosophie de l’Histoire qui peut en émaner. Dans Le Journal, quelques jours avant qu’il ne déclare son entreprise d’objectivité pure impossible, Hugo notait : « J’enregistre volontiers tous les faits caractéristiques ». L’objectif pur est remplacé par une volonté plus modeste  d’« enregistrement ». C’est bien d’elle qu’il s’agit dans Choses vues : enregistrer, amorcer le départ d’une réflexion qui ira plus loin parfois dans un autre ensemble : Le Temps présent en est un bon exemple où beaucoup de « choses » se retrouvent, se transforment, se déploient, s’affirment, trouvent leur énergie.

Il reste à s’interroger sur deux points. Le premier est contextuel au sens large, le second n’est pas sans rapport et relève d’un mode d’écriture Certes, le projet d’objectivité est inattendu, surtout de la part de Hugo dont l’impersonnalité n’a jamais été ce qui le caractérisait. On peut alléguer le refus qu’il oppose à toute prise de parti politique directe de l’écrivain avant la révolution de 1848. Outre que le problème ne se pose pas dans ces textes qui ne sont pas destinés à une publication en tout cas immédiate, l’important est que son propos est et reste le souci d’observer et de noter pour augmenter la connaissance de la réalité. On remarque que la nouvelle école « réaliste » s’annonce dans ces années 1845 -1850. L’admiration sensible de Courbet pour Delacroix dans ses premières œuvres commence à laisser place à des essais plus simples, portraits ou paysages, avant le tournant que l’on sait après la révolution de 1848. Chien-Caillou de Champfleury qu’admirait Hugo est de 18478. Même Michelet, dont on ne peut dire qu’il ait jamais renié ce que le témoignage doit avoir de personnel, insiste dans la Préface à Quinet du Peuple, en 1846 sur l’importance de l’expérience directement vécue par l’écrivain comme fondement du livre. La querelle que suscitera plus tard ce désir de ne plus « idéaliser » la réalité se résoudra en une juste position du problème : il s’agira, comme ici, moins de la recherche de l’objectif pur, que d’une représentation de la vie, non idéalisée, mais où la subjectivité a forcément une part. C’est ce que veut dire Hugo en 1847, lorsqu’il reconnaît que la « note » est forcément choix et que le choix est toujours dicté par l’émotion éprouvée, au spectacle ou à l’écoute d’une réalité vécue. Il garde du désir qui est au départ du Journal celui de l’enregistrement et il reste sur la lancée de son entreprise première après le 29 août 1847.

Les Faits contemporains et Le Temps présent relèvent, en effet, avec des nuances dans l’exécution, du même principe. Parfois l’observation est expressément originale : ce qu’il rapporte des faits est ce que les journaux de l’époque n’ont pas dit. Mais l’essentiel est ce qui s’est passé et l’opinion qu’il s’en est faite. Cette dernière peut passer par la reconstitution d’une causalité énigmatique, comme celle de la préméditation de Praslin…Il note ses rêves, prouvant par là que l’intime de l’imaginaire a une signification possible, cela dès le Journal, où il rapporte le 24 mai 1847, un rêve où Le Moniteur annonce la mort du roi. Mort réelle qui plane par ailleurs sur le récit des tentatives d’attentat, mort symbolique surtout que signalent les insuffisances du régime et l’inconscience des élites sur l’état de la France9. Inclassable génériquement, Choses vues relèvent d’une objectivité où l’émotion a sa part, « contemplation distraite », dira Nerval. Le texte réclame haut et fort son statut particulier, par la volonté affichée de se séparer de la fiction romanesque et poétique, ainsi que de la chronique officielle. Même dans Le Temps présent où l’on suit les étapes de la rédaction des discours qui n’ont pas été prononcés, nous sommes encore dans l’ordre du document. Il montre comment on passe de la « note » à la philosophie qu’elle peut induire, la façon dont se construit progressivement, à partir de l’observation, une pensée argumentée, une philosophie de l’Histoire. Le texte de Choses vues prouve à l’évidence que Hugo entreprend là quelque chose de nouveau dont l’observation de la réalité contemporaine est le fondement, dans ce qu’elle a de fragmentaire pour celui qui la vit, l’éprouve, la pense et l’écrit au jour le jour.

L’autre élément, essentiel pour l’auteur et son lecteur, est la part accordée au rire. Ce rire prend des formes multiples. Il appartient à l’écrivain autant qu’à de multiples énonciateurs : écrivains, Dumas a son lot de remarques cocasses, acteurs ou actrices dont la jalousie sait trouver la pointe fatale au concurrent, politiques, gens de cour, ou gens du peuple. La voix de chacun se fait entendre, multipliant les points de vue, mais surtout permettant d’avoir sans cesse sous les yeux la chose et son envers. Les « mots » fourmillent dans Le Journal, Hugo en fait à l’évidence une part importante de qu’il veut retenir de l’aventure quotidienne. Ils sont encore très nombreux dans Faits contemporains où on voit se dessiner la distinction qui sera évidente dans Le Temps présent entre les rubriques à portée politique, et les « notes » dispersées. Cette distribution correspond à la distinction faite entre les trois textes contemporains. Aucun,, dans des proportions variables, n’oblitère les « mots ».

On peut repérer leur fonction dès le Journal. Plusieurs procédés se combinent. Le premier est la juxtaposition. En mai 1847, par exemple, on a déjà noté la façon dont le mot d’esprit précède l’exposé de l’affaire Teste- Cubières. Ce dernier est suivi d’un développement qui dit bien le sérieux que Hugo attache à cette affaire, ce qu’il prouvera, on l’a dit. À la suite de ce dernier, avec effet d’enchaînement, les mots d’esprit rapportés se succèdent à un rythme accéléré : sur les noms de famille, les surnoms, les ridicules de l’expression10. Puis les « mots » font place à des informations qui n’ont rien de spécialement drôles : la mort d’O’Connel, le rêve annonçant la mort du roi. Juste avant ce dernier, pourtant le « mot » de Dumas sur la pièce de son pseudonyme11. Il arrive encore que la même note inclue une remarque « sérieuse » et un jeu de mot :
 Cicéron met au premier rang des devoirs du sénateur l’exactitude. Semper adesse.

Mort du marquis d’Aligre. Il a suivi de près le comte Roy. C’étaient les deux richards de France. Ni l’un ni l’autre n’étaient des richards- cœur- de- lion. 
Il est certain qu’il y a dans cette abondance de jeux de mots le goût du langage dont l’écrivain manie les possibilités, travaille la composition syllabique, la matière phonique, les superpositions, la polysémie, au même titre que les étymologies dont on trouve beaucoup d’exemples. C’est pourquoi il les note. Le nom propre, de famille en particulier, permet souvent des jeux infinis avec le physique ou le caractère des personnages nommés. Toutes les nuances sont possibles dans l’effet, de la simple ironie qui fait sourire à la réduction du personnage à sa vérité nue. C’est le cas du dernier exemple. Cette réduction à zéro de l’ironie est pratiquée partout. Les gens de théâtre en sont très friands, mais les politiques aussi. Hugo n’a pas de pitié pour Thiers ou Guizot comme on l’a vu plus haut. Aux plus forts d’être au- dessus du jeu de la langue ou de la formule : c’est le cas de Louis Blanc.

On trouve aussi dans les variations de tons une façon de voir le monde sans cesse sous ses deux faces. Hugo s’émeut sincèrement de la condamnation déshonorante de Teste, mais ne peut manquer de signaler qu’il est incarcéré » dans la prison qu’il a lui- même fait construire, et qu’il est avéré que le premier livre qu’il a commandé est Le Comte de Monte- Christo ! À ce point le problème n’est plus de faire contraster le tragique et le grotesque, mais bien plutôt d’extraire, comme dit Flaubert dans la « Première Éducation sentimentale » qui est de 1845, « le comique des choses sérieuses », de montrer simultanément deux faces du même personnage ou du même événement. Cette fois, encore, on se rapproche de cette vision plurielle, laissant le lecteur seul juge, qui sera le trait marquant de la prose de la seconde partie du siècle. Cette attitude est remarquable dans le rapport fait de l’affaire Praslin. Scandale et horreur se mêlent au ridicule. La fin de la duchesse de Praslin tailladé par son pair de France de mari est un drame qui touche au mélodrame. Le peuple est exaspéré par ce meurtre, mais cela ne l’empêche pas de faire passer dans la langue l’expression « prasliner sa femme ». À plusieurs reprises le texte revient sur le bouquet et le melon rapportés de la campagne par Praslin à sa maîtresse et qui reste sur la fenêtre alors que les deux amants sont arrêtés. Cette Mlle Deluzy se fait appelée de Luzy et à la Conciergerie ses poses dans la cour font à Teste une distraction ! Et tous ces détails se mêlent à une véritable pitié pour le duc et sa femme, à une inquiétude réelle sur la décadence qui s’abat sur le régime. Rien à voir avec le cynisme flaubertien, certes, mais ce mode d’observation qui ne laisse passer aucun détail ne peut manquer de frapper : quelle que soit la grandeur, quelle que soi l’horreur, le ridicule en fait partie.
Ce serait donc la fonction de Choses vues, de montrer toutes les faces de la réalité, de montrer sans démontrer, ce que permet le fragmentaire de la note et de la rubrique, sans rien gommer de la sensation, de l’émotion qui ont été vécues, pour donner libre cours à la pensée. Le roman parviendra à un résultat de même nature, par le biais de la fiction. Encore celle- ci exigera- t- elle une composition qui permette le saut du réalisme apparent, à l’irréalisme 12 pour qu’il se fasse, en 1862, « philosophique ». Le même processus sous- tend les Discours ou les écrits philosophiques où le raisonnement se manifeste ouvertement. Mais Choses vues, sans qu’il y paraisse, à partir de 1846, est de ces trois modèles, si novateurs soient- ils dans le renouvellement du genre dont ils relèvent, le plus inventif : la recherche d’une nouvelle écriture de l’Histoire, par le témoin de ce qu’il en a vécu.

Gabrielle Chamarat. Université de Paris X - Nanterre


1Œuvres Complètes de Victor Hugo, « Histoire », Laffont, Bouquins, 1987, p. 1422. Les références données seront toujours à cette édition. Nous nous appuyons d’autre part à la fois sur la Notice générale de l’équipe qui a établi l’ensemble de Choses vues et sur les notes que chacun a fait sur les différentes parties. Il s’agit de Guy Rosa, Carine Trévisan, Jean-Claude Nabet, Caroline Raineri. Toutes nos citations sont prises dans cette édition.

2 À la différence de Faits contemporains, le titre Souvenirs personnels n’apparaît sur aucun feuillet.

3 C’est ce que pourrait indiquer le titre annoncé en 1881 sur la quatrième de couverture des Quatre vents de l’esprit comme publication prochaine : Prose / PAGES DE MA VIE. Cf. Éd° Bouquins p. 1422.

4 «  Le peuple de Paris est comme le peuple d’Athènes, léger, mais intelligent. Il y avait là des gens en blouse et en manches retroussées qui disaient des choses vraies sur le théâtre, sur l’art, sur les poètes. Ils cherchaient et nommaient dans la foule les noms célèbres. Il faut au peuple de la gloire Quand on n’a pas de Marengo ni d’Austerlitz, il veut et il aime les Dumas et les Lamartine. Cela est lumineux et ses yeux y courent. », p. 702.


5 Le Journal signale son exécution.

6 «  rerum gestarum pronunciator sincerus et grandis ». ( Bouquins p. 656)

7 Les Misérables, II, 7, 6 « Voir et montrer, cela même ne suffit pas. La philosophie doit être une énergie (.. ) ».

8 Hugo note dans le Journal que Champfleury assistait, ainsi que Balzac, à la loterie d’autographes pour les crèches qui a eu lieu chez lui en juillet 1847, (Bouquins, p.629)

9 En septembre 1847, il rapporte cette fois, un autre rêve, fait la nuit qui suit une conversation sur les émeutes à la suite des roubles de la rue St-Honoré. Cette fois c’est d’une vision d’émeute qu’il s’agit, prémonitoire de ce qui va se passer quelques mois plus tard. La place carrée où se trouve Hugo est entourée de murailles écroulées, le Palais royal n’est plus qu’un spectre, des enfants annoncent la mitraille et une femme en haillons, un enfant sur le dos, se plaint en passant auprès de lui du prix exorbitant du pain et du vol des boulangers sur le poids.


10 « Pourquoi manger la moitié de son nom quand on s’appelle Avoine de Chantereyne », dit le président Séguier ? Une dame appelle Louis Blanc « un bonhomminet », les plaisanteries de Dumas se succèdent, l’une prétend appeler Buloz l’un de ses singes qui devient borgne, le théâtre donne lieu à des jeux d’esprit sans fin, les formules incongrues sont relevées avec humour, comme celles de Jean Journet, l’apôtre, saint – simonien.

11 Quand joue-t-on au Théâtre - Historique L’École des familles de vote homonyme ?

  • -Jeudi, dit Alex. Dumas.

  • -Combien de temps pensez-vous qu’on la joue ?

  • -Jeudi.

  • -Mais je ne vous demande pas quand, je vous demande combien de temps on la jouera ?

  • -Eh bien, reprend Dumas, je vous réponds jeudi.




12 Guy Rosa : « Jean Valjean (I,2,6) : réalisme et irréalisme dans Les Misérables », in Lire Les Misérables, textes réunis et présentés par A.Ubersfeld et Guy Rosa, José Corti, 1985


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