Diapositives montrant les manifestations du 11 j anvier dans plusieurs villes du monde





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date de publication09.10.2017
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Conférence

« Imaginaires politiques et espace : les leçons de Charlie de 2015 »

Bernard Debarbieux, professeur, université de Genève (Suisse)

Notions, mots-clés

Manifestations, imaginaire social, imaginaires politiques, espace, démocratie, Charlie.

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Le sujet de la conférence n’est pas directement intéressant pour les programmes de géographie, mais le sujet peut permettre un travail croisé entre EMC, histoire et géographie sur les imaginaires sociaux liés à l’espace urbain : quel est le rôle des manifestations dans la République, dans l’imaginaire républicain ?

Introduction

Bernard Debarbieux propose de revenir sur les manifestations du 11 janvier 2015 pour en faire une analyse géographique, très spatiale. Il va pour cela mobiliser le concept d’imaginaire, d’où le titre de son intervention.

Les événements, le drame puis la communion de la semaine d’après sont encore en mémoire. Aujourd’hui, on a un peu plus de recul. Beaucoup des analyses à chaud et à tiède sur les manifestations du 11 janvier 2015 ont insisté sur les valeurs de la France, et il y a eu peu de communication sur la dimension spatiale. La seule analyse spatiale est celle d’Emmanuel Todd, parue il y a trois mois, et elle très discutable pour Charlie, selon Bernard Debarbieux (cf. Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, Seuil, mai 2015).

Sa proposition va être très différente de celle de Todd : il va s’intéresser aux manifestations elles-mêmes.

Diapositives montrant les manifestations du 11 Janvier dans plusieurs villes du monde

Il est resté beaucoup de traces dans l’espace public pendant des semaines, comme on a pu le voir à l’hôtel de ville de Paris. D’autres manifestations se sont déroulées partout dans le monde, le même jour. Cette simultanéité de dizaines de rassemblement est un phénomène spatial. Les traces de ces événements ont été innombrables, comme les commentaires dans la presse et sur Internet. Ces traces sont aussi un phénomène spatial. Derrière le 11 Janvier, il y a plusieurs formes d’espaces mobilisés : les lieux de manifestations et l’espace des productions écrites, mais ce ne sont pas les mêmes formes d’espace.

Pourquoi le mot « imaginaire » dans le titre de la conférence ?

C’est un concept qui permet d’analyser ce genre de choses, à condition de comprendre l’imaginaire pas comme le contrepoint du réel, mais pour comprendre comment l’imaginaire institue le réel.

Il s’agit du sens philosophique du mot : l’imaginaire social (voir dans les années 1970, avec des chercheurs comme Cornelius Castoriadis). Pour Charles Taylor, l’imaginaire social est l’arrière-plan des valeurs communes avec nos alter ego. Si l’on fait des choses ensemble et que l’on sait qu’elles sont partagées, que l’on se comprend, c’est de l’imaginaire social. Cela suppose de différencier l’imaginaire social (abstrait) de l’imagination.

On peut utiliser cette grille de lecture pour beaucoup d’autres événements. Mais les philosophes qui ont travaillé sur l’imaginaire social ont peu parlé de l’espace.

Comment l’imaginaire social mobilise systématiquement l’espace ?

Il y a des choses banales sur le 11 Janvier propres à toutes manifestations : on dispose de lieux, de places, de boulevards que l’on a l’habitude d’utiliser pour défiler. Ce type de dispositif est reconnu par tous. Le trajet place de la République-place de la Nation est le trajet habituel de nombreuses manifestations. Une manifestation politique, c’est quand des personnes se rassemblent spontanément en ayant acquis les codes d’une manifestation politique. Ces codes sont acquis et cette pratique commune est connue sans avoir besoin de se dire pourquoi ni comment. Des valeurs sont associées à cela. Ce qui a été dit précédemment forme une définition de ce qu’est une manifestation politique.

Cet imaginaire est né au xviiisiècle, au moment où l’on a commencé à penser ces manifestations comme un droit d’exprimer des opinions dans la rue, de manière spontanée ET organisée. Les gens savent quand ils manifestent aujourd’hui comment on peut se comporter, quels sont les comportements adéquats : si on peut crier ou pas, comment il faut marcher, quels slogans on peut formuler et dire ensemble. Tout cela participe à cette capacité de s’ajuster les uns aux autres, sans qu’il y ait de règle du jeu donnée avant la manifestation, car cela fait trois siècles que l’on fait ce genre de choses.

Au xviiisiècle, on a aussi l’invention de l’espace public. La presse devient une presse d’opinion qui relate les événements politiques. Ces manifestations sont relayées dans la presse, mettant en place un couple « espace physique de la rue » et « espace médiatique ». L’espace public est l’espace matériel, d’échange. C’est une double spatialité à laquelle on ajoute l’espace de la manifestation, qui est différent de l’espace public.

Les manifestations du 11 Janvier sont banales dans leur nature. Pourquoi sont-elles originales voire innovantes ?

  • Elles sont un peu nouvelles, car ces manifestations ont été silencieuses, ce qui se produit rarement.

  • Quelles ont été les principales originalités ?

À Paris, qui est un cas spécifique, la manifestation s’est déroulée de République à Nation, qui est un itinéraire très banal depuis le milieu du xixsiècle. Ce sont plutôt les syndicalistes et les mouvements protestataires qui y défilent pour y envoyer un message politique. L’État, quand il organise des manifestations (commémorations, célébrations), le fait plutôt à l’ouest de Paris : les Champs Élysées (libération de Paris en août 1945, 14 Juillet, 11 Novembre). Or, le 11 Janvier, les politiques sont venus à l’est de Paris : c’est la première fois, selon Bernard Debarbieux !

Si on remonte dans le temps, c’est ironique que l’est soit le lieu des manifestations populaires, car ces boulevards ont été mis en place par le baron Haussmann. Un de ses buts était de rendre possible un contrôle de la population ouvrière, notamment en faisant intervenir l’armée rapidement. Cela fut bien visible lors de la Commune de Paris. On a un rapport politique important entre l’État et la population dès la naissance de ces boulevards.

Paradoxalement, il y a eu une récupération par les formes protestataires de l’intention politique qu’il y avait dans la création de ces boulevards. L’imaginaire social peut évoluer vers une transformation progressive, à partir de quelques personnes. Ce qui se passe à partir de la Commune de Paris prouve la créativité de la société pour changer cet imaginaire.

Le 11 Janvier, les représentants de l’État manifestent avec le peuple. On voit même une fraternisation entre manifestants et policiers : c’est surprenant, car les policiers dans les manifestations ne sont pas là, pour cela d’habitude ! Dans l’est de Paris, c’est une sorte de communion nationale, ce qui ne s’était jamais produit à cet endroit.

Autre originalité, la simultanéité sur tout le territoire français a beaucoup frappé (cf. la carte du Point, diapositive 9). Il y a eu des manifestations même dans des petits villages. Jamais on n’avait eu cette simultanéité dans l’histoire, d’après Bernard Debarbieux. À la Libération, les manifestations s’étaient étalées dans le temps, du fait même que le territoire avait été libéré sur une période de plusieurs mois.

La spatialité de la manifestation, c’est la place, le boulevard, l’écho médiatique, mais c’est aussi la capacité de ces manifestations à dessiner une carte de la France. La France s’est agitée simultanément : pour la première fois, on perçoit l’existence de la France, sur une courte période, au travers de toutes ces manifestations. Les journaux télévisés ont bien montré cela avec des images des manifestations.

Autre chose nouvelle (mais pas autant) : à la tête de la manifestation parisienne, des dizaines de chefs d’État (cf. la photo de la diapositive 8). On a beaucoup insisté là-dessus : le dispositif mis en place est très bien réussi avec des photos spectaculaires, faciles à faire par les photographes de presse. La nouveauté n’est pas là, elle est dans le fait qu’ils viennent manifester avec le chef d’État et le peuple d’un pays touché par des attentats. On a insisté sur le fait qu’ils avaient un intérêt commun par rapport à ces attaques, sur une sorte de protestation mondiale.

Pour Bernard Debarbieux, ce n’est pas si nouveau que cela les manifestations dans le monde, car l’immense majorité qui a manifesté ailleurs dans le monde était en fait des Français expatriés ! C’est intéressant, car cela ramène à une spatialité qui est la référence à la nation, qui a été omniprésente dans cette manifestation. En effet, on a beaucoup insisté sur le fait que ce qui semblait en cause dans la manifestation, c’est qu’on s’en était pris aux valeurs constitutives de la France, qu’on avait touché aux libertés d’expression, d’opinion, de dénonciation de l’antisémitisme : il y a eu une communion autour de ces valeurs. Ces manifestations à New York, Berlin, Londres, doivent moins être comprises comme une universalité de ces valeurs-là, car ce sont surtout des Français qui y ont manifesté. Il faut plutôt y voir une expression de leur caractère spécifiquement français ! L’universalisation fait partie de l’imaginaire français : l’événement a été en fait franco-français. C’est celui qui a le mieux incarné cette capacité à donner des formes spéciales à cette identité que les Français se font d’eux-mêmes.

Bernard Debarbieux souligne l’existence de référents spatiaux quand on manifeste : ils étaient très présents pour beaucoup de manifestants du 11 Janvier. La France fait partie de ces référents, à la fois comme territoire et comme nation, avec l’idée que l’on se fait d’être Français. Cela a marqué cette articulation entre la pratique de cette manifestation et les valeurs qui y étaient associées.

D’autres manifestations pour comparer

Exemples de la manifestation de la place Tian’anmen du 4 mai 1989 (cf. la photo de la diapositive 10) ou de celles du Printemps arabe, en essayant d’utiliser la même grille de lecture. Peut-on parler de mondialisation du modèle ?

Le 11 Janvier, les Français manifestent et ils sont un peu les inventeurs du modèle, donc ils le font bien volontiers. D’autres pays européens ont aussi pris cette habitude.

Ce modèle était absent avant le xxsiècle en Asie ou en Afrique. Quand ces manifestations arrivent, elles prennent la forme européenne de manifester. Il y a eu la mondialisation de ce modèle au xxe siècle : voir la place Tahrir au Caire (22 juillet 2011, cf. la photo de la diapositive 11) et d’autres manifestations depuis plusieurs années.

A-t-on un signe de la mondialisation ici ? Ce détour à Pékin et au Caire est un détour intéressant pour questionner l’imaginaire social : ces manifestations ressemblaient beaucoup aux manifestations européennes. Elles s’emparent du même type d’espace public, c’est-à-dire des grandes places (les villes se ressemblent beaucoup de ce point de vue-là). Il y a eu une diffusion des modèles urbanistiques européens et, donc, des manifestations dans ces espaces. Y a-t-il transposition du modèle dans la façon de manifester ? En partie, mais pas totalement, car la pratique n’est pas entièrement la même, car les raisons invoquées pour manifester ne sont pas les mêmes. À Tian’anmen, les manifestants revendiquent de la démocratie, avec une attente pour que le régime chinois se rapproche du modèle européen : ils ont invoqué la Révolution française. On a ici un effet de la circulation de ce modèle. La France a joué un rôle dans la construction de l’événement de Tian’anmen via les valeurs qu’elle véhicule.

Lors du Printemps arabe, ce qui a déclenché les manifestations à Tunis, puis en Égypte et ailleurs, c’est la lutte politique et les revendications démocratiques, ainsi que des référents géographiques qui étaient invoqués, mais lesquels ? Ces manifestations se sont pensées comme étant l’expression de la capacité d’une société civile émergente qui veut marquer l’espace, en se rapprochant du modèle occidental (les valeurs démocratiques), tout en montrant des différences sensibles dans les objectifs. Ce dialogue entre modèle européen et arabe lui fait penser au dialogue construit au xviiie siècle entre orientalisme et occidentaux (cf. De l’esprit des lois de Montesquieu). Lors du Printemps arabe, il y avait explicitement le souci que le désir de démocratie existe aussi chez eux, au nom d’une façon de concevoir le débat politique qui resterait propre à eux, mais avec des similitudes avec le modèle européen.

Conclusion

Pour des manifestations de ce type, il faut des espaces urbains, un imaginaire social sur comment se comporter dans une manifestation, mais aussi des référents géographiques, c’est-à-dire des cadres qui contribuent à donner du sens à cet imaginaire social.

Compte rendu réalisé par Jérôme Dorilleau, Damien Boulonnais et Alain Schwartz, académie de Reims

FIG 2015 – B. Debarbieux – « Imaginaires politiques et espace : les leçons de Charlie de 2015 »

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