Par Philippe Peltier





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Nouvelle-Irlande

Arts du Pacifique Sud
Exposition - Galerie jardin

3 avril – 8 juillet 2007



Commissaires de l’exposition : Philippe Peltier et Michael Gunn
SOMMAIRE



  • EDITORIAL par Philippe Peltier p. 3



  • PREFACE AU CATALOGUE par Michael Gunn et Philippe Peltier p. 4



  • LA NOUVELLE-Irlande Et le monde Melanesien par Philippe Peltier p. 6


1 La Découverte de l’île

2 Une Ile de l’arc mélanésien

3 Les Populations de la Nouvelle-Irlande

4 L’Art de la Nouvelle-Irlande



  • L’EXPOSITION : PARCOURS DETAILLE p. 10

1 Sociétés et formes du pouvoir en Nouvelle-Irlande

2 Le sud de la Nouvelle-Irlande : la société secrète Tubuan

3 Le Centre de la Nouvelle-Irlande

4 Nouvelle-Irlande du Nord

5 La Mort



  • BIOGRAPHIES p. 17



  • L’EXPOSITION A L’INTERNATIONALE p. 17



  • CATALOGUE p. 17



  • INFORMATIONS PRATIQUES p. 18



  • PHOTOS DISPONIBLES POUR LA PRESSE p. 19



EDITORIAL
Par Philippe Peltier



L’art de l’île de Nouvelle-Irlande est l’un des plus fascinants du Pacifique.
A juste titre, la Nouvelle-Irlande est surtout connu pour ses sculptures malagan qui comptent parmi les plus virtuoses de l’art océanien. Les sculptures malagan sont constituées d’un lacis de formes colorées, d’une imbrication savante de signes. Elles sont dévoilées lors de cérémonies funéraires au cours desquelles les droits et les possessions des défunts sont transmis à la génération suivante. Objets efficaces, les sculptures sont des présences qui permettent de capter les forces de vie d’un défunt avant que celles-ci ne se dissolvent, ne disparaissent.




Musée du quai Branly © Patrick Gries et Bruno Descoings

Cependant l’art de Nouvelle-Irlande ne saurait se limiter aux seuls objets malagan. Il existe dans toute l’île, et plus particulièrement dans le sud, de multiples traditions artistiques. L’exposition convie à la découverte de ces traditions, souvent moins connues mais tout aussi mystérieuses. La variété des formes et des matériaux utilisés dans la confection des masques ou des sculptures est étourdissante ; les solutions formelles trouvées pour traduire un visage et ses expressions sont déroutantes.
Mais par delà ces variations, des thèmes, des images, rebondissent d’un objet à un autre, se transforment, prennent des aspects inattendus et lient toutes ces traditions artistiques.

Afin de comprendre ces arts, d’en donner une idée la plus précise possible, plus de 130 objets sont présentés. Ils ont été sélectionnés dans les riches collections des musées d’Europe et d’Amérique. Certains de ces objets n’ont jamais été exposés ou publiés. Tous ont été choisis pour leur qualité esthétique et leur force d’expression. Ils témoignent d’un moment étonnant de création artistique lié à une effervescence sociale qui se situe entre 1850 et 1914. Ces œuvres, les enquêtes de terrain effectuées par les deux commissaires de l’exposition, et la collaboration avec les meilleurs spécialistes de la région (qui ont écrits dans le catalogue), permettent d’avoir une idée plus précise et plus claire de cet art, méconnu par de nombreux aspects, mais aussi des processus de création et du sens que ces objets ont la charge de produire lors des rituels.
PREFACE AU CATALOGUE

Par Michael Gunn et Philippe Peltier
Dans les premiers jours d’avril 1643, lors d’un grand voyage d’exploration, le capitaine Abel Janszoon Tasman de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales rencontra par hasard une pirogue de pêcheurs de requins au voisinage d’une île qu’il nomma promptement « Fishers Island » (île des Pêcheurs). Ce qu’il vit le surprit. Par chance, Tasman avait à son bord un certain Isaac Gilsemans, marchand et artiste accompli, qui fit un dessin de la scène. Il releva avec soin la forme des coiffures des trois hommes, celle de la proue et des ornements de la pirogue, des pagaies aux sculptures impressionnantes, ainsi que celle des deux pièges à requins posés en travers de l’embarcation. Son croquis, souvent reproduit sous forme de gravure, est sans nul doute l’une des premières images à témoigner de la principale tradition artistique des peuples du nord de la Nouvelle-Irlande.




Un nombre étonnant d’objets produits dans le Nord apparurent dans les collections européennes et australiennes entre 1880 et 1914. Si les causes exactes de cette effervescence restent incertaines, la représentation très inégale des diverses régions de Nouvelle-Irlande dans les collections tient en grande partie à la sensibilité des Occidentaux et à leur goût pour les objets malagan du Nord. Les sculptures du nord de la Nouvelle-Irlande se trouvèrent par ailleurs mêlées à un débat de fond que les objets exotiques soulevaient alors en Europe. Les sculptures peintes malagan et leur mode de fabrication les fascinaient, car, de tous les arts dits « primitifs », elles seules présentaient une telle complexité technique. Puissamment tridimensionnelles, la sculpture du nord de la Nouvelle-Irlande se caractérise par un lacis de très fins motifs qui, pour un œil occidental, semblent se fondre les uns dans les autres. La fine pellicule de peinture ajoutait encore à leur ambiguïté. Le talent artistique éclatait dans ces œuvres.
À la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle, la collection et l’exposition de telles œuvres intéressaient surtout les musées ethnographiques – en particulier en Allemagne, en Australie et, dans une certaine mesure, en France. Mais les sculptures malagan fascinaient aussi nombre d’artistes, notamment les peintres d’avant-garde. Avant la Première Guerre mondiale, les plus passionnés d’entre eux furent les expressionnistes allemands (le peintre Emil Nolde prit part comme dessinateur à une expédition médicale), et, après la guerre, les surréalistes français. L’enthousiasme que soulevèrent les « arts expressionnistes » puis « surréalistes du Pacifique Sud » aboutit à un changement d’attitude. Les musées et autres institutions culturelles s’intéressèrent davantage au potentiel artistique des œuvres d’art en provenance de Nouvelle-Irlande.
Les réserves des musées que nous avons visitées, en particulier en Allemagne, ont révélé une richesse et une variété insoupçonnées parmi les objets d’art collectés en Nouvelle-Irlande. Cependant, nous y avons également trouvé un nombre significatif de pièces plutôt difficiles à classer d’après les connaissances actuelles. Ces explorations se sont avérées très fructueuses, car elles montrent que l’art de la Nouvelle-Irlande ne saurait se réduire à la tradition malagan. En fait, elles nous ont démontré que les traditions artistiques des « temps anciens » composaient un ensemble infiniment plus complexe que celui d’aujourd’hui.
Nous avons essayé d’identifier, ou au moins de dégager, les différentes formes de ces « traditions artistiques » jusque-là méconnues. Pour certains groupes d’œuvres d’art de Nouvelle-Irlande, nous avons pu distinguer des marqueurs stylistiques qui nous ont permis d’établir un lien entre des objets non documentés et ceux qui le sont, et d’attribuer les pièces avec une relative précision géographique. Mais aller plus loin – essayer de recréer un contexte social et même historique – reviendrait à franchir les limites de la réalité vérifiable et à réinventer le passé. Les premières collections ont souvent été constituées dans l’idée que les objets eux-mêmes pouvaient être des sources d’information sur les peuples et les cultures qui les ont produits. Malheureusement, beaucoup d’entre eux ont été recueillis sans documentation contextuelle.
Une certaine tradition intellectuelle de l’Occident reprend à son compte cette approche, affirmant qu’un objet d’art se suffit à lui-même, qu’il est de peu de valeur de comprendre les conditions locales de sa production. L’un des buts de la présente exposition aura été d’enrichir et de fournir des données sur le contexte des œuvres d’art à partir des travaux effectués par nous-mêmes et par d’autres chercheurs sur le terrain à la fin du xxe siècle et au début du xxie siècle. C’est pourquoi nous avons invité plusieurs ethnologues à rédiger des articles relatifs à leur domaine de recherche. De plus, pour examiner le lien existant entre les objets fabriqués à la fin du xixe siècle et les Néo-Irlandais d’aujourd’hui, nous avons montré des centaines de photographies d’objets collectés au xixe siècle à des personnes faisant autorité et qui, ayant gardé leur mode de vie traditionnel, vivent dans des villages reculés. Cette documentation, jointe aux données ethnographiques recueillies par les chercheurs allemands au début du xxe siècle, constitue le fondement de nos connaissances actuelles.
Notre étude des œuvres d’art de Nouvelle-Irlande dans les collections occidentales et notre examen des registres d’inventaire  des musées ont révélé un accroissement considérable des acquisitions dans les décennies postérieures à 1880, puis une diminution radicale après 1914. Peu de musées possèdent des objets antérieurs à 1880 (nous en présentons cependant quelques-uns ici). Ce phénomène appelle plusieurs explications. La première période de montée en puissance de la présence occidentale en Nouvelle-Irlande s’étend de 1880 à 1914 et correspond à la mise en place du système colonial allemand. Au cours de ces années, des changements sociaux significatifs se produisent dans une grande partie de cette région antérieurement marquée par son isolement insulaire. Dans la période précoloniale, les Néo-Irlandais ne pouvaient s’élever dans la société que par la production et l’usage d’œuvres d’art dans un contexte rituel – dans le Nord pour honorer les défunts, dans le Sud pour exercer un contrôle et une autorité sociales. Lorsque l’influence occidentale fut devenue omniprésente, d’autres voies s’ouvrirent à eux : accès au mode de vie et aux marchandises des colons, conversion au christianisme, et pouvoir que conférait l’appartenance à des organisations religieuses des puissances coloniales. Le système de recrutement de la main-d’œuvre pour les plantations, qui toucha un grand nombre de jeunes gens, arrachés à leurs îles et envoyés travailler au Queensland pour, souvent, ne jamais en revenir, eut également des conséquences désastreuses sur les codes culturels existants.
Une large gamme d’œuvres d’art fut produite au début de la période coloniale, mais avec le temps, la variété diminua nettement. Certains styles disparurent peu après l’installation de l’administration allemande ; d’autres subsistèrent jusque dans les années 1930. Certaines traditions, comme celle qui est associée aux statues en pierre kulap de la région du sud de Namatanai, semblent avoir régressé, pendant une courte période, avant de s’éteindre, vers des productions touristiques. D’autres disparurent très brusquement. L’éventail des traditions artistiques encore vivantes au xxie siècle est d’une ampleur encore plus limitée. Dans le cas des masques tatanua, par exemple, ceux qui furent collectés dans les années 1920 s’avèrent stéréotypés, alors que les sous-types de ce masque abondent dans les collections d’objets plus anciens. La bouche arrondie et en forte saillie doit avoir été en usage dans l’extrême Nord et au Nouveau-Hanovre, mais n’existe plus aujourd’hui. D’un autre côté, la tradition de sous-type à bouche carrée que l’on voit dans les masques plus méridionaux, en particulier dans les aires nalik et notsi, est toujours vivante. Ces exemples laissent à penser qu’une large gamme de sous-types et de traditions ont disparu sous les assauts de la culture et de l’administration occidentale. Le cas des masques amène à mettre en question les cadres stylistiques de plus en plus étroits qu’emploient les musées pour les catégoriser. Comme souvent en Mélanésie, les formes ne se limitent pas à une zone de faible étendue. Ainsi, les masques liés aux danses, que l’on peut qualifier de « théâtraux », à défaut de meilleur terme, sont présents presque partout en Nouvelle-Irlande. Souvent étroitement apparentés par leur structure ou par leur forme, ils sont difficiles à classifier de façon formelle, étant donné leur similitude. Nos recherches nous ont appris à moduler et à mieux faire la distinction entre les styles artistiques et les traditions que ces objets d’art ont servies.
Nous espérons que les découvertes présentées dans l’exposition et dans son catalogue ouvriront la voie à des recherches plus poussées. Notre travail sur le terrain indique que, même dans le cas où les objets ne sont plus fabriqués depuis des décennies, le savoir qui les a fait naître reste vivant parmi les Néo-Irlandais. Cependant, ce savoir ne relève pas d’un tout cohérent, et l’on ne peut parler de la présentation d’une réalité objective, au sens occidental, des traditions culturelles de la Nouvelle-Irlande. Au contraire, l’information est détenue par des individus et par des clans, et survit sous forme de fragments dans l’esprit de milliers de personnes.
LA NOUVELLE-Irlande Et le monde Melanesien

Par Philippe Peltier

Extrait du catalogue
La Découverte de l’île
Le 11 septembre 1767, Philipp Carteret écrit dans son journal de bord « and to the northern island I gave the name of Nova Hibernia or New Ireland ». Quelques cent cinquante ans après sa première découverte par le voyageur hollandais Jacques Le Maire, l’île recevait un nom étrange qui ne l’a pas quitté, si ce n’est au moment de la colonisation allemande, ou elle est connue sous le nom de Neu-Mecklenburg. Il faudra attendre plusieurs décennies après sa découverte, pour qu’un autre voyageur, français celui-là, l’inclue dans un ensemble plus vaste : la Mélanésie. Ce faisant, Dumont D’Urville, en réunissant dans un vaste ensemble géographique une série d’archipels qui forment un arc au grand large de la côte Est de l’Australie, laissait entendre, que ces îles présentaient des traits communs : traits géographiques (des îles montagneuses recouvertes d’une épaisse forêt) mais aussi traits humains (melos en grec signifie noir). Le bien fondé de ce sous-ensemble géographique a été largement débattu. Malgré les nombreuses critiques dont elle a fait l’objet (la principale étant que la Mélanésie ne présente pas toujours des caractères culturels aussi tranchés par rapport aux autres régions du Pacifique), le terme est resté. Et l’on s’accorde à reconnaître entre ces îles des traits communs dont les transformations et les variations ne cessent d’étonner.

UNE ILE DE L’ARC MELANESIEN





L’île de la Nouvelle-Irlande est située au nord de la Nouvelle-Guinée. Elle forme avec la Nouvelle-Bretagne et une myriade d’autres îles plus petites, une entité géographique qui a reçu le nom d’archipel Bismarck. Le nom indique que le destin de la région fut, un temps, lié à celui de l’Allemagne coloniale jusqu’en 1914 avant de devenir un protectorat de la Société des Nations sous l’autorité de l’Australie.

L’île est de taille moyenne. Elle s’étire en une longue bande d’environs 470 kilomètres de long sur une largeur maximale de 10 kilomètres. Son épine dorsale est constituée d’une chaîne de montagnes dont le plus haut sommet culmine, dans la zone sud, à 2399 mètres. Dans le sud, les montagnes tombent abruptes dans la mer. Au nord, elles cèdent parfois la place à des plaines côtières où les Allemands installèrent à la fin du XIXe siècle de grandes cocoteraies. De nos jours, les villages sont implantés sur la côte, mais, il est plus que probable, qu’avant les déplacements de population par le pouvoir colonial allemand, une partie importante de la population vivait sur des plateaux ou dans les vallées dont l’encaissement limitait les rapports entre les groupes. Un chapelet d’îles s’étend le long de la côte nord-est. Elles sont toujours à porté de vue. Les plus importantes se nomment la Nouvelle Hanovre, Tabar, Lihir, Tanga, Anir, Nissan – cette dernière elle même à mi-chemin de l’île de Buka, au nord de l’archipel des Salomon. Sur la côte opposée, l’île du Duke of York est à un saut de puce de la Nouvelle-Bretagne. Toutes ces îles sont habitées et comme toujours en Mélanésie les hommes y ont développé des formes de société qui leur sont propres.

LES POPULATIONS DE LA NOUVELLE-Irlande
De l’origine de ces populations, nous savons peu de choses. Pour des causes qui nous restent largement inconnues, des petits groupes commencèrent à migrer de l’Asie du Sud-Est et vinrent s’installer sur les côtes, gagnant petit à petit tous les archipels de l’arc mélanésien. Ces migrations furent lentes et probablement sporadiques. Elles commencent il y a quelques 35000 ans pour connaître de forts changements il y a environ 3500 ans. Son histoire pour le moins longue et complexe permet d’expliquer que deux familles de langues coexistent en Nouvelle-Guinée et sur l’Archipel Bismarck. D’une part les langues papoues et d’autre part les langues austronésiennes d’introduction plus récente. Au fils des décennies et à partir d’un proto-langage, ces langues se sont diversifiées. Actuellement 18 langues sont parlées en Nouvelle-Irlande. Une seule est classée comme papoue. Hormis sa langue, aucun trait particulier ne distingue aujourd’hui ce groupe de ses voisins. Il fait partie du grand complexe culturel du nord. Les langues ne sont jamais une barrière à la culture. Parler une langue dont la structure est différente de celle de ses voisins n’a jamais empêché de partager des traits culturels communs ou des formes.

Pas plus que les langues, la mer ne fut jamais un obstacle à la communication entre les îles. L’art de la navigation est, en Mélanésie, parfaitement maîtrisé ce qui n’empêche évidemment ni les accidents ni les dérives lors de tempêtes. Les hommes, les productions vivrières tout comme les idées et les objets, circulaient. Cette circulation des biens et des personnes est un caractère fondamental des cultures mélanésiennes. Dans ces conditions, définir, de façon stricte, des ensembles culturels à partir d’un certain nombre de traits ou de signes qui leur seraient propres, et leur assigner une aire géographique délimitée est hautement problématique.




© Linden-Museum Stuttgart

De nos jours, la majeure partie de la population habite dans des villages côtiers, le plus souvent situés à l’abord d’une passe dans le récif corallien. Ces villages sont constitués d’une succession de hameaux. Dans chaque hameau réside les membres d’un même clan. Nous ne savons rien de l’organisation des villages autrefois installés dans les montagnes. Comme partout en Mélanésie, les néo-irlandais sont des horticulteurs. Les produits des jardins forment la base de la subsistance à quoi s’ajoutent les ressources de la chasse et de la pêche. Hormis le cochon, qui fut importé à un temps très ancien du sud-est asiatique, il n’existe pas de grands mammifères. Principal apport en protéine avec le poisson et les poulets, les cochons font l’objet de toutes les attentions et de tous les soins. Ils sont un des éléments indispensables à toutes cérémonies et sont élevés en semi-liberté à cet effet. Les régions les plus fertiles sont les plus peuplées. Dans ces régions, un temps de travail relativement restreint permet de dégager des surplus parfois important de nourriture. En Nouvelle-Irlande, le taro et la noix de coco dominent. Ces deux plantes occupent une place symbolique fondamentale dans les échanges et les rituels. Sur l’île de Tabar, la noix de coco est le premier élément acquis par un jeune garçon lors des cérémonies malagan. C’est sur cette forme symbolique que se développent toutes les autres formes. Quant aux taros, ils sont un des attributs des femmes et de nombreuses danses évoquent sa culture mais aussi son pouvoir à se multiplier à partir d’un seul tubercule.

Le pouvoir politique en Mélanésie n’est ni centralisé ni hérité. On parle souvent de sociétés acéphales. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’homme de pouvoir. N’importe quel homme dans un groupe peut asseoir son pouvoir grâce à l’accumulation des biens et des savoirs. Le processus complexe nécessite d’acquérir et de mémoriser un certain nombre de connaissances souvent secrètes, d’organiser de grandes cérémonies et de maîtriser les flux de biens qui sont souvent distribués en grande quantité. Un prestige considérable, mais toujours fragile, rejaillit sur les rares hommes capables de mener à bien ces échanges. Si les cérémonies malagan de Nouvelle-Irlande sont conçues en premier lieu pour honorer un mort, elles sont aussi l’arène de luttes d’influences et de répartition de droits qui permettent à un homme de contrôler l’accès aux ressources et la circulation d’objets de valeur. Mais dans le cas les choses se complexifient un peu. Les sociétés sont matrilinéaires, ce qui veut dire que l’on hérite de la lignée de sa mère (le responsable du clan étant votre oncle maternelle). Un système très complexe de transfert de droits entre le côté de sa mère et le côté de son père, des règles précises de mariage et d’alliance entre les clans, permettent de récupérer à la génération suivante, le cycle cérémoniel malagan qui aurait échappé au contrôle du clan.

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