Vers une fin de la culture du livre ?





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29 janvier 2015

Paroles de chercheurs



Vers une fin de la culture du livre ?

Avec la participation de :

Ghislaine AZEMARD, titulaire de la Chaire UNESCO ITEN Innovation, Transmission, Edition Numérique, professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris VIII

Nicolas ESPOSITO, enseignant-chercheur, responsable de la recherche à GOBELINS, l’école de l’image

Paul MATHIAS, inspecteur général de l’éducation nationale, doyen du groupe Philosophie

Animation par :

Michel ALBERGANTI, journaliste à France Culture



Marie-Françoise CHEVALLIER-LE GUYADER : Bonjour à tous. L’Ecole des Gobelins et Nicolas Esposito, son Directeur de la Recherche, nous accueillent aujourd’hui.

La question des liens entre sciences, numérique et société, ainsi qu’avec la créativité, les politiques qui y sont associées et les industries créatives, a été abordée à de très nombreuses reprises par l’IHEST de façon transversale, notamment au cours de nos activités avec les auditeurs du cursus national.

Nous avons également évoqué cette thématique plus spécifiquement à deux reprises.

  • Une première fois en 2010-2011, lors d’un cycle annuel intitulé : « Une société créative : les sciences, l’innovation et l’éducation en questions », lequel nous avait amenés à visiter des industries créatives à Montréal et Chicago.

  • Une seconde fois en 2013-2014, où nous avons proposé un cycle dédié au numérique et à la remise en cause de nos sociétés, avec Etienne Armand Amato.

Dans ces cycles nationaux, nous abordons, à travers des ateliers et des travaux d’auditeurs, des questions relatives au design industriel, au design social, aux serious games, aux identités numériques, aux MOOCs, à la neutralité d’internet et aux univers persistants en ligne.

Je voulais également vous signaler que nous avons conduit en 2013, avec l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines, une étude baptisée « Les hauts responsables face à la révolution numérique : représentations et discours ». Elle sera prochainement publiée dans une revue de la Fonction Publique.

La médiation d’Etienne Armand Amato, maître de conférences en sciences de la communication et du numérique, nous a rapprochés des Gobelins. En effet, ce dernier me conseille à l’IHEST et travaille avec l’Ecole des Gobelins dans le cadre de nos rencontres. C’est en anticipation de ces rencontres pragmatiques, organisées avec des professionnels, que nous avons souhaité inscrire la présente manifestation. Nous en avons organisé une sur l’infovisualisation à la Caisse des Dépôts. Celle que nous présentons aujourd’hui préfigure d’autres événements qui associeront chercheurs, professionnels et étudiants au sein de l’Ecole des Gobelins. A travers nos Paroles de Chercheurs, nous maintenons ainsi un fil conducteur autour de la créativité et du numérique, et un autre autour de l’espace public.

Nicolas ESPOSITO : Je souligne notre profond intérêt pour le partenariat qui a été noué entre l’IHEST et Gobelins. Il nous permettra d’accueillir un certain nombre de Paroles de Chercheurs sur des thèmes qui nous concernent particulièrement.

Nous allons aujourd’hui parler d’édition numérique et de culture du livre en général. Nous le faisons en coordination avec une journée d’études pratiques organisée ici le 12 février. Le programme détaillé de cette journée peut être consulté à l’adresse http://recherche.gobelins.fr.

Michel ALBERGANTI : Bonsoir à tous. Nos trois intervenants vont certainement nous apporter beaucoup de grain à moudre sur le thème passionnant que nous allons aborder : « Vers la fin de la culture du livre ? ». Le titre est lui-même très riche, au point que même son sens peut être discuté. Qu’est-ce que la culture du livre ? Le livre représente-t-il une culture en lui-même ou la véhicule-t-il seulement ? Dans ce cas, le mot « fin » est très bien choisi car il suggérerait que la fin du livre engendrerait la fin de la culture. Or, de mon point de vue, une telle évolution demeure relativement improbable. La civilisation du livre reste cependant au cœur du débat. C’est ce dont va nous parler Ghislaine Azemard, titulaire de la chaire UNESCO ITEN Innovation, Transmission, Edition Numérique, et professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris VIII.

Chacun de nos trois participants nous exposera son point de vue pendant environ 10 minutes. Nous débattrons ensuite rapidement entre nous. Enfin, nous vous donnerons la parole pour que vous puissiez poser vos questions.

Ghislaine AZEMARD : Je vous remercie de m’avoir invitée. Je suis ravie de participer à l’inauguration de ces sessions de Paroles de Chercheurs. Je suis également une praticienne puisque je travaille de manière pragmatique dans le cadre du Master Création et Edition Numérique de l’Université Paris VIII, au sein duquel nous réalisons entre autres des livres enrichis.

Adoptant la posture du chercheur, j’ai pris le parti de réagir sur le titre de notre rencontre et sur la notion de civilisation du livre. Ce raccourci est séduisant, mais il m’a toutefois posé un certain nombre de problèmes.

En premier lieu, le livre est un medium. En tant que tel, il semble abusif de lui donner le pouvoir de surdéterminer ou de qualifier une civilisation. Cette démarche engendre ainsi des ambiguïtés qui ne sont pas sans conséquence.

Je rappellerai également que les livres remplissent des fonctions qui peuvent être diamétralement, voire dramatiquement opposées. D’une part, les premiers livres servaient à l’édification, en particulier les livres religieux ou les imagiers, d’autant que l’image émerge immédiatement dans la notion de livre. D’autre part, les livres peuvent servir à l’émancipation, notamment les ouvrages scientifiques, mais aussi les livres et bandes dessinées d’opinion, entre autres. Ces media sont des outils de symbolisation. A ce titre, ils interviennent dans les processus de création de consensus ou dans des logiques d’appartenance, ils font des sociétés, ils créent des groupes. Ils jouent donc un rôle en tant que fait civilisationnel. Ce sont néanmoins les contenus différentiels, et non le support d’inscription ou les modèles de distribution, qui contiennent cette valeur civilisationnelle.

Par conséquent, je considère plutôt le livre comme un outil trans-civilisationnel au sens où il permet la circulation de différents points de vue. Pour vous donner un exemple lié à la question du féminisme, j’ai constaté, en me rendant en Chine voici une trentaine d’années, l’existence d’une problématique relative au statut de la femme. Mes contacts sur place étant surtout des hommes, je voyais, quand je travaillais avec des femmes, que si nous avions pu traduire et faire circuler les livres dont nous disposions sur le féminisme, nous aurions pu faire évoluer la représentation de l’image de la femme. Cette démarche aurait pu être entreprise avec de véritables acteurs, en premier lieu les auteurs, mais également les éditeurs à l’origine de leur diffusion et de leur traduction, ainsi que les traducteurs eux-mêmes puisque leur activité nécessite une certaine vision interculturelle ou civilisationnelle et que traduire en chinois nécessite de réinterpréter le texte et de s’ajuster au mieux à la culture de l’autre. Le distributeur aurait également apporté sa contribution. Tous ces acteurs auraient alors joué un rôle civilisationnel, au même titre que les médias.

L’association du livre au numérique induit en revanche des postures plus complexes. Pour ma part, je n’adhère pas à la notion de cybercivilisation. Le posthumanisme et le transhumanisme représentent encore des postures différentes par rapport à l’utilisation des media, mais elles laissent à penser que ce medium transformerait radicalement le sens qui circule et qui est mis en œuvre par les différents acteurs qui en sont responsables. Je suis consciente des mutations induites par la généralisation du numérique, autant dans notre façon de produire et de nous exprimer que d’entrer en relation, voire dans notre manière de penser notre identité. Pour autant, je considère que nous restons dans un continuum : nous connaissons des mutations de modalités de représentation, de mode de symbolisation, mais la rupture civilisationnelle, si elle devait avoir lieu, mettrait en mouvement des acteurs et des valeurs, et non des médias. Ces derniers resteraient des vecteurs de circulation, ils n’occuperaient pas une position centrale. Nous avons d’autant plus intérêt à considérer que les médias ne sont pas centraux que, s’ils l’étaient, le citoyen et le chercheur éprouveraient des difficultés à se positionner. Nous connaîtrions alors un abandon au support qui s’avérerait réellement problématique. Pour autant, je reste relativement optimiste car nous sommes dans des logiques de régulation, d’opposition, voire d’interprétation du monde dans lequel nous nous trouvons, qui est multipolaire et multicivilisationnel.

Pour entrer dans le questionnement plus spécifique sur les mutations du support et du medium du livre face au numérique, j’ai tenté de dresser la liste de quelques points de basculement correspondant à des modalités d’éditorialisation et de circulation du livre davantage qu’à des basculements de civilisation du livre. Ces évolutions restent sectorielles.

D’une part, je me suis intéressée à la dématérialisation des contenus et à leur indexation, qui permet de gérer et de distribuer les archives. Compte tenu de mon passé dans le secteur et au vu de mes contacts avec ses différents acteurs, j’ai constaté que cette transformation était majeure dans le processus d’éditorialisation.

D’autre part, l’élargissement de l’accès aux contenus, y compris au moyen de systèmes de traduction, permet à tous d’obtenir un éventail élargi de documents. L’utilisation de Google Traduction se systématise, donnant accès aux travaux et aux discours de chercheurs ou de professionnels d’autres pays. Nous observons ainsi une mutation liée à l’élargissement de l’accès aux contenus.

En outre, l’augmentation du nombre de producteurs de contenus représente une autre évolution majeure, notamment du point de vue du récit – nous parlons ici de « storytelling ». La somme des différents discours individuels constitue notre grand récit. Les livres d’édification représentaient la matérialisation de discours oraux dans d’autres supports de circulation, alors que l’élargissement de la base des producteurs permet de donner naissance à un nouveau grand récit autour d’un mouvement social. Les langues de chacun s’articulent certes autour de noms et de valeurs très différentes pour les uns et pour les autres, mais elles prennent des fonctions fédératives. Cette évolution, qui relève de mutations des modalités de symbolisation, présente un intérêt notable.

Par ailleurs, les changements de posture des différents acteurs du livre, y compris des pure players, amène également à une réarticulation. La chaîne de valeur du livre étant complètement modifiée par l’accès immédiat aux contenus, nous assistons à des évolutions économiques majeures dans le secteur, ce qui influence notablement la façon dont la filière se réorganise.

Enfin, nous sommes témoins de mutations de l’objet livre. J’aurais pu vous apporter des travaux d’étudiants qui essaient de réfléchir à des livres enrichis, multisupport, en crossmedia ou hybrides. Un travail sur smartphone est également possible, qu’il s’agisse de livres d’artistes ou de co-constructions collectives sur le mode encyclopédique.

Nous avons tous le sentiment d’assister à un changement radical. Certains d’entre nous ont peut-être vécu la période des CD-ROM dans lesquels les éditeurs traditionnels s’étaient fortement investis, apportant à ces nouveaux supports beaucoup d’intelligence, d’interactivité et d’imagination. Avec l’arrivée des tablettes ou des readers, nous constatons des reconfigurations plutôt que des redécouvertes radicales du rapport du livre à sa numérisation et à l’écran. Les CD-ROM révélaient déjà des organisations sémantiques et syntaxiques qui donnaient la part belle à l’interactivité, cherchant à organiser davantage le contenu autour d’interfaces complexes ou encore à attirer l’intérêt des plus jeunes. La question de l’attention était déjà présente. A mon sens, nous restons dans un continuum de questionnements sur la narrativité ou sur les écritures. Ces dernières évoluent, mais elles s’inscrivent dans une histoire du texte puisque les images figuraient déjà dans les livres à l’époque médiévale.

En parlant d’une fin de la civilisation du livre, je craignais d’entrer dans une radicalité dans laquelle je ne me retrouve pas. Je ne sais pas si le mot « rémanence » est opportun, mais lorsque nous utilisons une tablette, nous feuilletons toujours les livres : non seulement le sentiment de profondeur de contenu a été reproduit, mais le feuilletage du livre persiste, il demeure puissant dans notre façon de nous adresser à l’écran, même si celui-ci se rapproche de nous. Nous avons préparé, avec les étudiants, des travaux sur le livre enrichi pour le Salon du Livre. Une de leurs idées était de rematérialiser le parcours de lecture. Nous avons donc évolué vers la dématérialisation, avant de revenir à la matérialisation sous des modalités et sous une forme différente.

Face à ces évolutions, les questions du sens et de la directionnalité restent centrales puisque nous nous adressons à un public dans un but précis. Nous avons appliqué des logiques de co-construction au montage d’un livre scientifique hybride autour de la notion de crossmedia. Nombre de technologies étant en mutation ou en émergence, la production du sens ou d’une posture scientifique autour de cette émergence pourrait être partagée. La reproduction de logiques académiques, dans lesquels les propos trouvent une clôture, pourrait être remplacée par celle de la co-construction, avec du versionning nous amenant à l’apparition d’une science plus ouverte et plus internationale. Dans ce cadre, la réécriture de l’histoire de l’imprimerie à plusieurs voix avec la Chine représente un enjeu pertinent et l’association d’acteurs disposant des savoir-faire sur le sujet paraît également indispensable. Pour les nouveaux étudiants ou pour les apprentissages tout au long de la vie, cela offrirait une vision plus complète de la créativité de tous. La valeur sociale de toutes les pensés s’en trouverait ainsi actée.

Michel ALBERGANTI : Vous avez beaucoup parlé de mutations, notamment autour de la manière de transmettre le contenu des livres et de ce qui n’est plus aujourd’hui tout à fait un livre tout en restant un média, à savoir le média numérique. L’illustration va nous en être apportée par Nicolas Esposito, Directeur de la Recherche à Gobelins, l’Ecole de l’Image. Il va évoquer une expérience qui nous aidera peut-être à matérialiser ce qui a changé entre le livre et ce nouvel objet, que nous appelons encore « livre » mais qui est devenu numérique.

Nicolas ESPOSITO : Nous allons illustrer nombre de notions dont vous avez déjà parlé. Certains ont déjà vu la vidéo que je vais vous présenter. Je vais mettre l’accent sur les résultats et sur les enseignements que nous en avons tirés, ainsi que sur les questions auxquelles elle nous permet de répondre.

Concernant l’intitulé de notre manifestation, « Vers une fin de la culture du livre ? », nous pourrions, d’une certaine manière, considérer qu’il s’agit d’une question provocatrice visant à obtenir des réactions et des arguments. Pour autant, le numérique peut effectivement être considéré comme une évolution vouée à tout englober et, éventuellement, à faire disparaître le livre. D’un point de vue opposé, nous pourrions répondre que la culture du livre est en mutation et que nous avons la chance de pouvoir participer à cette évolution. La révolution numérique poursuit son cours depuis un certain temps, nous travaillons maintenant beaucoup sur le contenu, notamment à destination des tablettes. La rencontre de la culture du livre et de celle des écrans doit être pensée. Nous avons l’occasion de contribuer à cette réflexion.

La vidéo que je vais diffuser décrit une expérimentation réalisée au cours d’un projet dénommé « Locupleto », lancé en 2011 dans le cadre des Investissements d’Avenir, qui se termine en ce moment. Sa vocation est d’illustrer la mutation de la culture du livre. Nous avons réalisé cette expérimentation grâce au Laboratoire Ergodesign LUTIN-Gobelins, fondé voici 18 mois, dont l’objectif principal est de développer une méthodologie d’évaluation de l’expérience utilisateur dans laquelle nous prenons en compte un certain nombre de dimensions au-delà de l’ergonomie. L’expérimentation, qui porte sur un livre papier des Editions des Braques, partenaires du projet, consiste à comparer l’activité de lecture sur ce livre papier avec la consultation de la version tablette. Une vingtaine d’enfants, lecteurs ou non, ont été mis à contribution en utilisant un matériel qui permet de travailler sur l’attention visuelle en mesurant le chemin du regard. Dans la première phase, nous avons rédigé un protocole expérimental visant à garantir la rigueur scientifique de notre approche. Nous avons notamment posé un certain nombre d’hypothèses à valider ou invalider. La vidéo porte sur la seconde phase, celle du déroulé du test avec les enfants. Elle intervient avant l’analyse des résultats que je présenterai ultérieurement.

Un enfant sur deux consultait en premier la version tablette, l’autre la version papier. Entre les deux, nous leur demandions de reformuler l’histoire. Nous avons ainsi travaillé sur la dimension narrative, qui représentait l’un des enjeux de l’étude, en comparant les reformulations suite à la lecture de chacune des versions. Pour la version tablette, nous leur avons dans un premier temps proposé une consultation de l’aide afin qu’ils soient tous au même niveau en termes de manipulation. Après comparaison, nous avons observé des différences significatives vis-à-vis de la lecture de la version papier, notamment en matière de navigation, mais aussi un certain nombre d’enrichissements puisque les enfants ont joué avec les couleurs afin de les faire réapparaître et qu’ils ont utilisé la possibilité de changer de page en appuyant sur un bouton plutôt qu’en la tournant physiquement.

Le processus de l’expérimentation est présenté dans notre vidéo. Il consiste en trois questionnaires : l’un soumis avant l’étude afin de connaître le profil des enfants, un autre dispensé en milieu d’expérience, en particulier pour la reformulation, puis un dernier en fin de session, dans lequel nous avons demandé aux enfants une seconde reformulation et leur ressenti. En conclusion, nous avons approfondi notre démarche par un entretien.

Nous avons obtenu des enregistrements composites, intégrant une vue depuis la webcam située au-dessus de la tablette, une vue des expressions faciales et des gestes captés par une seconde webcam, et une matérialisation du cheminement du regard sur l’interface de la version tablette. Parmi les enjeux figurait un travail sur l’attention visuelle, que l’outil permettait de suivre de manière particulièrement efficace. Pour la version tablette, nous avons prêté une attention soutenue à l’aspect navigation, mais également à l’impact de l’enrichissement à travers les dimensions ludique et interactive. Pour sa part, le volet narratif était analysé à travers les reformulations.

  • Les résultats pour la version papier nous ont permis de distinguer deux groupes. Une partie des enfants s’est principalement intéressée au texte. Nous avons généré une visualisation de type « carte de chaleur », les zones les plus consultées visuellement étant les plus tachetées. Nous constatons que les enfants du premier groupe se sont concentrés sur le texte. Les autres ont regardé les illustrations. Deux grandes stratégies s’opposent donc, mais elles n’ont pas engendré de différence notable en termes de compréhension de l’histoire. Nous avons également remarqué que les enfants les plus joueurs se sont davantage intéressés aux illustrations.

  • Concernant la version tablette, la visualisation sous forme de carte de chaleur fait apparaître les deux mêmes groupes, lesquels correspondent aux mêmes enfants. Cependant, contrairement à la version papier, les enfants principalement intéressés par les illustrations ont moins bien compris l’histoire. En cherchant à expliquer cette différence, nous avons constaté que ces enfants n’étaient pas seulement intéressés par les illustrations mais également par les interactions et les enrichissements qui avaient été ajoutés au contenu, jouant avec le son et avec les couleurs.

Nous suivons donc directement le passage d’un mode plutôt passif à un mode actif, puis l’impact de ce changement sur la compréhension de l’histoire. Une tension est identifiable, que nous avons été en mesure de quantifier en faisant apparaître que la dimension ludique court-circuite le volet narratif. Au-delà de ce résultat principal, nous avons mis à jour que la plupart des enfants d’une fratrie se trouvent tous dans un groupe ou dans l’autre, qu’ils soient lecteurs ou non. Les membres d’une même famille adopteront ainsi une stratégie de lecteur même s’ils sont non-lecteurs. Dans la mesure où nous n’attendions pas ce résultat, nous avons organisé une seconde journée d’étude pour confirmer cette hypothèse.

Ces conclusions nous ont servi pour confirmer notre méthodologie. Notre approche s’est ainsi focalisée sur les dimensions. Comme nous l’avons déjà dit, le numérique englobera beaucoup de dimensions différentes pour un même contenu. Ces dimensions vont cohabiter, c’est-à-dire qu’un livre numérique pourra intégrer la dimension narrative et également l’apprentissage ou la dimension artistique.

En termes d’enseignements, les expérimentations que nous avons menées constituent une base pour la réflexion sur les dimensions à partir desquelles le document doit être conçu. Une hiérarchie entre les dimensions doit être établie, dans le cadre d’un choix stratégique. Dans notre expérimentation, la dimension narrative aurait pu être privilégiée et la dimension ludique aurait dû être mise à son service. Ce choix s’avérera crucial pour l’efficacité de la conception, car les actions de la dimension ludique seront guidées par la dimension narrative. Un lien plus fin pourra être établi entre ces deux dimensions en scénarisant les enrichissements de manière à suivre le déroulement de la narration en les intégrant à des moments particuliers de l’histoire.

Nous continuons notre réflexion sur ce thème au travers du projet Linum, conduit avec l’éditeur Tralalere, le même partenaire que pour la version tablette de Locupleto.
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