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Sociétés et cultures urbaines au Moyen Age – Mise au point

Sociétés et cultures urbaines au Moyen Age
Le programme officiel :

Cette question est une des deux questions au choix proposées en 2e partie du chapitre « Sociétés et cultures de l’Europe médiévale du 11e au 13e siècle ». On peut envisager d’y consacrer 4 heures. Elle doit être divisée en deux parties :

- L’essor urbain

- Etudes de deux villes en Europe, choisies dans deux aires culturelles différentes
Bibliographie :
- Simone Roux, Le Monde des villes au Moyen Age, Carré Histoire, Hachette, 2004.

C’est un manuel universitaire récent et très synthétique, qui propose en outre des documents, des plans et des cartes. L’outil de travail le plus commode.
Pour approfondir, on pourra consulter des ouvrages plus anciens :

- Jacques Heers, La Ville au Moyen Age en Occident, Fayard, 1990.

Une somme plus analytique.

- G. Duby (dir.), Histoire de la France Urbaine, tome 2 : La ville médiévale, Seuil, 1980, 1991.

- Thierry Dutour, La Ville médiévale, Odile Jacob, 2003.
La question « Les villes italiennes de 1150 à 1350 » ayant été posée au CAPES et à l’Agrégation en 2005-2006, une bibliographie importante a été publiée à cette occasion. Parmi les manuels édités, on peut citer deux ouvrages très pratiques.
- I. Heulant-Donnat (dir.) Les Villes d’Italie, mi XIIe – mi XIVe siècles, Atlande, Collection Clefs Concours, 2005.

Il propose notamment des fiches sur chaque ville.

- P. Boucheron, Les Villes d’Italie, vers 1150-vers 1340, Belin, 2004.

Il propose notamment des plans de ville et des documents iconographiques.
- Jean-Claude Hocquet, Venise et Bruges au Moyen Age, La Documentation photographique n°8011, 1999.

Une double monographie très synthétique, qui se concentre surtout sur les 14e et 15e siècles, les plus riches en documents.
On peut signaler également quelques articles publiés dans la revue l’Histoire :

- P. Boucheron et D. Menjot, « La Floraison des villes », L’Histoire n°283, pp.58-61.

Sur Paris :

- Jean Favier, « Naissance d’une capitale d’exception », in Paris, la traversée des siècles, Les Collections de l’Histoire n°9, 2000.

- Jean Favier, « Le petit monde de la place de Grève », in Paris, la traversée des siècles, Les Collections de l’Histoire n°9, 2000.

- J. Le Goff, « Ordres mendiants, la reconquête », in Le Moyen Age des hérétiques, Les Collections de l’Histoire n°26, 2005.
Sitographie

- Le site de la BNF propose un dossier attrayant, et un riche corpus de documents, sur la ville au Moyen Age, avec un approfondissement particulier sur Paris : http://classes.bnf.fr/ema/ville/index.htm

- On peut consulter les vitraux de la Cathédrale de Chartres représentant les corporations à l’adresse : http://www.infovitrail.com/archives/cartes.php

Mise au point scientifique 
Intérêt de la question et problématiques possibles

« Dans l’histoire longue des villes, ces siècles sont aussi importants que ceux de la révolution industrielle des 19e et 20e siècle et son explosion urbaine. » (Simone Roux.)

Spécificité de la période : le temps du renouveau urbain en Occident. Il intervient après une phase de repli au Haut Moyen Age (qui fait suite elle-même à un « âge d’or antique », lié à la romanisation, dont l’urbanisation était le corollaire). Ce repli est manifeste, même s’il doit être nuancé : il a été plus faible dans les espaces fortement romanisés (sud de la France, Italie) et la présence de l’évêque a permis une permanence du fait urbain dans toute l’Europe christianisée. Ce repli a coïncidé avec la mise en place de la société féodo-seigneuriale.
Problématique : Quels ont été les facteurs et les modalités de la croissance urbaine du 11e au 13 siècle ?
Ainsi, ce renouveau urbain a pour cadre une civilisation occidentale fondamentalement rurale et une société féodo-seigneuriale à son apogée. Le monde urbain est donc un monde minoritaire, tout au long de la période. S’il ne constitue pas un monde séparé hermétiquement du reste de l’espace occidental, et possède des liens nombreux avec le monde rural et la civilisation féodale, le monde des villes est néanmoins le lieu du développement d’une société différente, dans laquelle les historiens ont observé dans de nombreux aspects les prémices de la modernité (Simone Roux propose une définition éclairante de la modernité, comme « les bases de la croissance et de la civilisation qui caractérisent les sociétés postérieures »)
Problématique : En quoi les villes sont-elles le creuset d’une société et d’une culture nouvelles qui se distinguent du cadre global de la société et de la culture féodales alors dominantes en Occident ?
Cette problématique englobe de nombreux domaines thématiques, parmi lesquelles :

- sur le plan politique : la question du développement des communes, une forme de gouvernement et de pouvoir novatrice pour le Moyen Age qui s’inscrit dans le cadre féodo-seigneurial puis s’en émancipe plus ou moins selon les régions

- sur le plan économique : la place des métiers dans le fonctionnement (économique, mais aussi social, politique, culturel) des villes ; la question de l’innovation économique, avec le développement de pratiques nouvelles (le terme « précapitaliste » est discuté) dans les grandes villes, et celle, plus générale du rôle de ce dynamisme économique dans l’évolution des sociétés et cultures urbaines (place de l’argent dans la vie quotidienne et les mentalités, …)

- sur le plan culturel : la question de l’existence d’une « culture urbaine » et de ses spécificités ; elles sont en particulier observables au travers de l’aspect religieux, avec la création et le succès des ordres mendiants, une nouvelle forme, fondamentalement urbaine, d’encadrement religieux
La question des sources

Problème fondamental pour la période XIe-XIIe siècle : les sources sont très lacunaires, alors qu’elles sont beaucoup plus abondantes à partir du XIIIe (on parle de « Révolution documentaire » pour désigner cette multiplication des documents écrits, d’abord dans l’Italie urbaine) : mais les sources du XIIIe enregistrent alors souvent des phénomènes qui se sont précisément développés pendant la période étudiée. En outre, la ville reste longtemps absente documents seigneuriaux, qui nient le phénomène. Rappel : il existe en revanche une histoire urbaine de commande dès le Moyen Age, des monographies élogieuses réalisées par des chroniqueurs, qui sont aussi un marqueur de l’émergence d’une identité urbaine
I/L’essor urbain : facteurs et modalités
A/ Qu’est-ce que la ville à l’époque médiévale ?
- Dans une vision médiévale, la ville est d’abord une agglomération d’hommes et d’activités (pertinence de la phrase d’Isidore de Séville VIIe siècle : « Ce ne sont pas les pierres mais les hommes qui font les cités ») qui ne vit pas directement du travail de la terre.
- La ville se caractérise ensuite par un cadre matériel  spécifique : autour d’un réseau de voies étroites et désordonné souvent observable aujourd'hui ; une agglomération de bâtiments privés (maisons en bois et/ou pierre variées) et de grands édifices publics religieux (églises, cathédrales, monastères : image fréquente de la forêt de clocher pour représenter la ville) ou profanes (hôtel de ville, beffroi, halles, place publique) qui jouent un rôle structurant. Parfois entouré d’une enceinte jouant un rôle de défense mais ayant aussi une portée symbolique (présence pas systématique, quasi-absente en Angleterre ; souvent une simple palissade)

Distinguer le territoire intra-muros // la banlieue (une lieue théorique autour de la ville, sous sa juridiction // le plat-pays (les campagnes environnantes, non fortifiées

Quelques spécificités de l’espace urbain au Moyen Age :

- un espace marqué par une absence de ségrégation sociale, parfois structuré en quartiers organisés autour d’une famille dominante (résidant dans un palais, parfois muni d’une tour).

- un chantier permanent : on détruit facilement les bâtiments existants.

- un espace de libre circulation

- un espace public : celui de la rue dont frontière avec espace privé est ténue

- présence d’aires non bâties, donc rurales et le plus souvent agricoles, à l’intérieur des enceintes

- Enfin la ville médiévale est une entité juridique, à laquelle une autorité supérieure (seigneur ou roi) reconnaît des droits spécifiques (« libertés ») ; une communauté (celle des citadins reconnus, des « bourgeois » appelée selon l’époque et le lieu universitas, commune ou consulat) organisée par une forme de gouvernement plus ou moins autonome.
Ainsi, on peut retenir que la distinction entre espace villageois et espace urbain ne réside pas tant dans un changement d’échelle mais plutôt dans la présence de fonctions spécifiquement urbaines (voir plus loin).
B/ Les facteurs de l’essor urbain
Selon la thèse classique proposée par l’historien belge Henri Pirenne en 1927, le principal facteur du renouveau urbain en Occident est la reprise du grand commerce, miné par les conquêtes arabes du 6e et 7e siècle (expliquant ainsi le repli du haut Moyen Age). Ainsi, les principaux acteurs du dynamisme urbain sont les marchands dont l’esprit initiative et la réussite jouent un rôle moteur en particulier dans les deux pôles de Flandre et d’Italie du Nord. L’origine des villes réside, selon cette thèse, dans la constitution d’une agglomération marchande : les marchands mettent en place un portus ou bien installent leurs entrepôts et leurs activités marchandes dans un faubourg auprès d’anciens noyaux pré-urbains (abbaye, castrum, …)

Ce modèle a été remis en cause et enrichi par les recherches ultérieures. En nuançant la coupure du haut Moyen Age, les historiens ont mis en avant le fait que l’essor urbain est d’abord une conséquence de l’essor global de l’Occident et en premier lieu l’essor rural et la croissance démographique exceptionnelle (la population occidentale faisant plus que doubler entre 1050 et 1250, sous l’effet de la hausse de la fécondité et le recul des grandes familles. Par ailleurs si les fonctions économiques sont bien les principaux moteurs du développement urbain, les fonctions politiques et administratives, éducatives ou religieuses (celles-ci ont garanti une permanences des villes pendant le haut MA) sont sans doute plus fréquemment à l’origine du développement des noyeaux urbains : la présence de l’évêque d’une abbaye, d’une université étant en soi un des moyens du développement économique (emploi, revente des surplus agricoles, clientèle d’étudiants…) et un acteur de la mise en valeur des territoires urbains. Certes, la localisation des plus grandes cités sur les grands axes commerciaux témoigne du rôle du grand commerce, mais la situation au cœur des plus riches terroirs agricoles, comme en France du Nord-Est et dans les Flandres constitue un autre atout.
C La croissance urbaine

La mesurer est difficile. Les historiens retiennent plusieurs signes :

- la reconnaissance juridique par les autorités (chartes, édits) témoigne du développement important d’une cité, mais de grandes villes comme Paris n’ont jamais reçu une telle reconnaissance

- les signes matériels : agrandissements d’enceinte, construction d’églises, de ponts ; la présence des couvents des ordres mendiants en particulier (voir carte pour la France in S. Roux, Le Monde des villes au MA)

- l’émergence d’activités urbaines perceptibles dans les documents issus du prélèvement seigneurial

De manière générale, les estimations de population pour la période médiévale restent très incertaines ;

Le peuplement des villes repose d’abord sur le pays alentour : des hommes qui n’ont pas coupé les liens avec village et seigneur. Il peut s’avérer bien plus large dans villes plus importantes : quartiers de marchands étrangers dans les grandes villes cosmopolites (ainsi présence des marchands italiens dans toutes les grandes villes : « rue des Lombards » à Paris, …)
D/ Quelles typologies des villes sont envisageables ?
- Par leur origine, on peut distinguer :

- les anciennes villes antiques revigorées : dans les pays profondément romanisés : sud France, Italie. Remarque : l’enceinte du Bas Empire s’avère alors souvent trop large (ex de Rome). Mais P. Boucheron propose l’idée que même ces villes peuvent être considérées comme des re-créations (les fonctions de la ville antique et de la ville médiévales étant différentes) ; il remarque par ailleurs qu’à l’exception de Milan, aucune des grandes cités médiévales n’a un riche passé antique.

- les villes résultant de la réunion spontanée de noyaux urbains proches : une cité épiscopale, un ensemble urbain autour d’un château, d’une abbaye, un lieu de passage ou carrefour (ex de Toulouse, réunion de la cité de l’évêque et du bourg monastique de Saint-Sernin ; de Limoges)

- des créations médiévales : prévues et réalisées par les pouvoirs, surtout au 13e siècle après vague de renouveau urbain reconnue par les souverain, ce qui montre qu’ils ont compris l’importance du phénomène et tentent de le conduire, d’exploiter son dynamisme. Ex : Aigues-Mortes par Saint-Louis bastides des rois capétiens dans le sud ouest de la France  ; villes de colonisations dans espaces scandinave et germanique (la création ex-nihilo étant quasiment le principal moteur de l’urbanisation pour ces régions).

- Par le nombre d’habitants :

-De rares très grandes villes au dessus de 100 000 habitants : Venise, Florence, Gênes, Milan ; Paris au dessus de 200 000 (chiffre parfois contesté)

- Quelques villes importantes, plus de 10 000 : Gand, Bruges, Bologne, Naples (plus de 50 000) ; Londres, Nuremberg, Toulouse (environ 30 000) ; Amiens, Reims, Bordeaux (environ 20 000). Rôle de capitale régionale, centre industriel et marchand, ou centre universitaire international. Tissus urbain dense en Italie du Nord et du Centre et en Flandre.

- le semis des petites villes : particulièrement en Angleterre ou dans l’Empire, où les villes importantes sont peu nombreuses, faute d’un tissu urbain pré existant.

- Par les fonctions dominantes, on peut aussi distinguer les villes capitales (Paris, Londres, Rome, Avignon ; celles des principautés de Flandre ou d’Allemagne …) dont le dynamisme et autant, sinon plus politique qu’économique (à l’inverse des grandes cités drapières flamandes, par exemple) ; les cités-Etats italiennes constituant l’exemple spécifique de villes indépendantes.

II/ La spécificité des fonctions urbaines au Moyen Age
A/ Le dynamisme économique : un aspect majeur de l’essor urbain
Les villes sont des centres :

1- de consommation, car elles réunissent sur un espace restreint des hommes qui ne produisent pas directement pour leur subsistance. La ville est donc un marché et l’argent y tient une place bien plus grande que dans l’espace rural.

2- de production :

La production artisanale est très majoritaire (même si des activités agricoles sont présentes : vignes, jardins, élevages). Elle emblématique des activités urbaines (exemple de la draperie flamande). Même si le rôle de la clientèle aristocratique est essentiel dans son développement, elle est dynamisée par la croissance urbaine et s’exerce dans le cadre de nombreux petits ateliers, le plus souvent familiaux.

L’organisation du travail est réglée par les statuts des métiers, reconnus au cours du XIIe siècle, qui définissent les règles techniques afin de garantir qualité du produit, organisent le cadre interne des ateliers (relations maîtres/apprentis, salaires, horaires) ; les parcours d’apprentissage (l’apprenti devient compagnon et peu alors devenir salarié ou maître) ; et les relations des ateliers entre eux.

Les métiers ne sont pas égaux entre eux : il y a des degrés d’honorabilité (ex Besançon de bas en haut : meuniers, tisserands, cordonniers et fourniers, charpentiers, forgerons, barbiers, maçons ; bouchers, pelletiers ; et au sommet hommes de loi et marchands)

Leur rôle politique : ils ont souvent joué un rôle dans l’émergence des communes. Ils ne sont pas indépendants, mais subordonnés au pouvoir communal, dans un souci de bien commun. Mais se chargent eux-mêmes de leur police, par leurs gardes et leurs jurés Les métiers les plus honorables sont les mieux représentés dans les institutions communales.

Deux  caractéristiques frappantes de l’artisanat urbain notamment par contraste avec l’organisation du monde marchand.

- l’émiettement : très nombreux métiers, très spécialisés (Exemple draperie flamande : près de trente opérations par métiers différents : (triage, cardage, filage, dévidage des laines ; tissage foulage, puis teinture)

- n’est pas fondé sur la concurrence
3- d’échange : un aspect essentiel car les villes médiévales sont le lieu d’une véritable révolution commerciale

La plupart des ateliers vendent eux-mêmes leur production (boutique attenant à l’atelier). Mais l’essor grand commerce (rappel du lien entre reprise des échanges et essor urbain), au sein duquel les villes jouent le rôle de centre nerveux, .introduit une dissociation entre production et échange. A l’inverse de l’artisanat, le monde du commerce tend à se développer de manière précapitaliste en multipliant ses activités (commerce, change, banque, …) et en utilisant des techniques novatrice comme le contrat d’association écrit, qui prend des formes complexes (compania, colleganza) dans les grandes cités marchandes italiennes.

Le personnage du marchand, par son dynamisme (importance de l’initiative privée, enrichissement et élévation sociale), est le symbole de la ville perçue comme creuset de la modernité. Mais si les marchands atteignent effectivement une place essentielle dans les villes italiennes, où ils conquièrent le pouvoir, leur importance est à nuancer pour les autres espaces.
B/ Fonction politique : Naissance et organisation des institutions communales
Les villes sont le lieux de conflits politiques, la plupart du temps pacifiques entre différents pouvoirs.

Au début de la période l’espace urbain s’inscrit partout dans le cadre féodo-seigneurial. C’est souvent l’évêque qui domine la ville. Mais celle-ci peut être aux mains de seigneuries différentes, ecclésiastiques e plus souvent (ex à Paris : abbaye Sainte-Geneviève ; Saint Germain des prés ; chapitre Notre Dame et Saint Martin des Champs), mais aussi laïques (moins fréquent, notamment en Europe du Nord où seules les précédentes résistent).

La spécificité de la période XIe-XIIIe est qu’elle constitue le temps de l’organisation institutionnelle  des villes. On peut distinguer deux phases aux contours flous : un long XIe siècle au cours duquel les premiers signes d’un gouvernement urbains sont visibles (dans les documents écrits : prud’hommes, boni homines, cives), puis à partir de la 2e moitié du XIIe on constate l’existence croissante de chartes de franchises reconnaissant la commune ou accordant des libertés à la communauté urbaine et entérinant donc son existence. C’est cette communauté organisée de citadins qu’on nomme « commune » (ou « consulat ») et qui constitue l’entité juridique de la ville.

Ces franchises ou libertés sont des droits accordés aux citadins (du moins ceux qui ont une existence juridique, c'est-à-dire essentiellement les propriétaires, ce qui exclue les plus pauvres, les immigrants) : avant tout des libertés économiques (circulations de marchandises, réductions de prélèvement seigneuriaux) qui aide la croissance économiques ; mais aussi une autonomie plus grande laissée à la commune pour l’exercice de certaines fonctions théoriquement dévolues aux seigneurs : fonction de gouvernement, mais aussi de justice (règlement des conflits internes), véritable pouvoir régalien délégué ou cédé aux communes, selon les régions et les cas. La commune exerce parfois aussi une domination sur son arrière pays.
Mais le phénomène communal est très inégalement abouti selon les régions.

- En Italie du Nord et du Centre : le mouvement est de loin le plus intense et il aboutit à une indépendance de fait des villes (qui tirent profit des luttes d’influence entre les deux pouvoirs supérieurs empire et papauté) et à la mise en place d’institutions communales complexes, qui sont celles de véritables cités-Etats aux mains des grandes familles marchandes (Florence, Venise). Ces puissantes cités exerçant à leur tour une domination sur d’autres villes.
- Ailleurs (France, Flandres, Angleterre), l’octroi de franchise par les seigneurs (comte de Flandres) ou les souverains (Angleterre, France à partir du 12e siècle) est aussi une reconnaissance du phénomène urbain par les autorités qui comprennent qu’elle peuvent tirer parti du dynamisme économique des villes (prélèvements, taxes) et cherchent à ne pas l’enrayer. La propriété éminente du sol reste souvent aux mains des seigneuries (ecclésiastiques, surtout) mais leur gestion s’adapte (apparition dans les faits d’un marché immobilier, corvées muées en taxes, …). Ne pas négliger que de nombreuses villes en Angleterre ou dans le monde germanique sont des créations décidées par les princes.
L’octroi des franchises est le résultat d’un compromis réglé le plus souvent par une négociation pacifique (Bourges en 1181), mais parfois avec violence (Laon, 1111 : où l’évêque est tué à la suite d’un refus des habitants de subir un nouveau péage)

C’est donc une autonomie dans le gouvernement de la ville qui est alors accordée aux communes. Elles exercent souvent un gouvernement limité, qui ne représente pas tous les habitants, mais seulement les « bourgeois », propriétaires depuis un certain temps. Ce qui exclut les immigrants, les plus pauvres. Les charges sont en général accaparées par les plus riches et plus puissants (la complexité des institutions est aussi un moyen de favoriser cette domination). Les communes possèdent d’indéniables faiblesses : la communauté urbaine est souvent opposée au reste de la société féodale: perte régulière des libertés octroyées ; en outre la cohésion interne de la ville est fragile : opposition riches et masse. Aussi, s’il est excessif de lire dans le mouvement communal un mouvement démocratique, force est de constater que ces communes constituent néanmoins une forme novatrice de gouvernement : un exercice collectif du gouvernement, un pouvoir toujours révocable, résultant d’une délégation accordée par la communauté à plusieurs magistrats.

En Italie, le mouvement communal aboutit à l’issue de la période à la constitution de véritables Etats d’un type nouveau, tels que la République de Venise ou celle de Florence. (A l’inverse, et pour nuancer, notons que l’instabilité de Gênes ou Milan aboutit au 13e siècle à une forme autoritaire de pouvoir appelée « seigneurie ».

Les institutions communales sont plus ou moins complexes selon la taille de la ville, la région. On parle d’échevinages dans l’Europe du Nord sous l’autorité du bourgmestre en Flandre, du maire en France. Choisis parmi les riches et puissants (probi homines), parfois confirmés symboliquement par une assemblée. Dans le sud, on parle plutôt de consuls pour désigner le pouvoir communal.
Remarque : lorsque leur pouvoir se renforce, les seigneurs sont parfois moins enclins à s’accommoder du développement d’un pouvoir communal (Exemple des rois capétiens brisant tentatives de communes : Orléans en 1137, Poitiers 1138, Sens 1146 ; puis reprise en main plus générale au 13e siècle)

Les conflits politiques à l’intérieur de la ville, entre les différents pouvoirs (comte, évêque, monastères, commune, et parfois même un mouvement populaire) pour le contrôle de l’espace public sont à l’œuvre pendant toute la période.
Il convient donc de souligner l’importance des fonctions liées à l’exercice de la justice et du pouvoir : développement d’un personnel autour du prince ou évêque (juges, prud’hommes, conseillers) ; mais aussi développement des écoles cathédrales (XIIIe), des universités dans les grandes villes (XIIIe) : (avec l’exemple exceptionnel de Paris : une université (association d’élèves et maîtres) puissante, soutenue par la papauté, autonome, qui a obtenu des privilèges) : ville est aussi le lieu des savoirs rassemblés.
C/ L’encadrement religieux en ville
La nécessité de l’encadrement religieux des populations urbaines (agglomérées, nombreuses, cosmopolites ; soumises à de nouvelles influences culturelles) est un défi pour l’Eglise.

Pour répondre à ce défi, l’Eglise doit d’adapter. L’hégémonie de l’Eglise n’est pas contestée en ville, mais elle prend des formes neuves.

Elle reste omniprésente dans l’espace urbain, (construction d’églises, forêt de clochers est une image de la ville dans l’iconographie)

Elle joue également des rôles politique et économique.

Rôle des grands monastères propriétaires terriens dans urbanisation.

Rôle de l’église séculière dans organisation espace urbain en paroisse ; persistance du pouvoir politique de l’évêque

Adaptation des structures religieuses : créations et divisions de paroisses, agrandissement et création d’églises.

Plus globalement, la ville au 13e siècle est le lieu d’un véritable bouillonnement religieux, avec l’apparition de nouvelles pratiques, dont certaines sont qualifiées d’hérétiques.

- L’importances des confréries : associations religieuses volontaires dont les membres (laïcs et religieux), sont liés par un serment. Elles sont souvent liées aux métiers mais avec un recrutement plus larges (femmes, enfants, serviteurs). Leur finalité est religieuse et sociale : fêtes, dévotion commune, entraide et charité. On peut les considérer comme une réaction sociale et spirituelle à l’environnement urbain, qui rompt les solidarités villageoises et accentue (par la multiplication des tentations, la place de l’argent) l’angoisse et la demande religieuse.

- Le développement des ordres mendiants (Franciscains, Dominicains, …), autorisé par l’Eglise au 13e siècle, est mouvement fondamentalement urbain, au point que la création de couvent est retenu comme un signe du développement urbain par les historiens. Il est un moyen de s’adapter aux spécificités de la vie urbaine, aux mentalités urbaines et aux inégalités sociales mises à jour par la promiscuité. Exemple des Frères Mineurs (Franciscains) : ordre fondé par Saint François d’Assise : homme riche qui renonce à ses biens pour prêcher vers 1206, prône modèle pauvreté évangélique, vit de mendicité. Ce mouvement canalise nombreuses contestations, auparavant à limite de l’hérésie. Il est reconnu par Innocent III en 1210 et joue dès lors un rôle d’aide et de complément de l’action du clergé ordinaire, notamment par les sermons prononcés dans l’espace public, même si une situation de concurrence peut être mal ressenti (paroissiens s’adressant aux ordres mendiants pour les sacrements)

L’existence et le succès des ordres mendiants suggèrent le dynamisme et la spécificité de la société urbaine
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