Littérature québécoise





titreLittérature québécoise
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Centurion, de soixante canons, monté par l’amiral Saunders, vint ensuite s’embosser vis-à-vis de la chute et le plus près possible, pour protéger, au passage du gué, les troupes qui devaient descendre du camp de l’Ange-Gardien. Ainsi soixante-dix bouches à feu allaient tonner contre l’aile gauche de l’armée de Montcalm.

Vers midi, elles commencèrent à tirer. Dans le même temps, Wolfe préparait ses colonnes d’attaque. Une multitude de berges étaient en mouvement. Treize compagnies de grenadiers, [un détachement du Royal-Américain et les 15e et 18e régiments écossais sous les ordres de] Monckton s’embarquèrent à la Pointe-Lévis pour venir débarquer entre le Centurion et les transports échoués. Une seconde colonne, commandée par Townshend et Murray, descendit des hauteurs de l’Ange-Gardien pour venir, par le gué, se réunir à la première colonne au pied de la route de Courville, afin d’aborder ensemble les retranchements qui l’avoisinaient. Ces deux corps formaient six mille hommes. Un troisième, de deux mille soldats, en suivant sous les bois la rive gauche du Montmorency, devait aller franchir cette rivière dans un endroit guéable situé à une petite lieue au-dessus de la chute et qui était gardé par le chevalier de Repentigny avec un détachement de Canadiens. Ce plan d’attaque eût été trop compliqué pour des troupes moins disciplinées que celles de Wolfe.

Montcalm, d’abord incertain sur le point qui allait être assailli, avait fait porter sur toute la ligne l’ordre de se tenir partout prêt. Lévis envoya M. de la Perrière, avec cinq cents hommes à Repentigny, et demanda quelques bataillons du centre, qui le soutiendraient lui-même au besoin. À deux heures, Montcalm vint examiner la situation de sa gauche ; il en parcourut les lignes, approuva les dispositions de Lévis et donna de nouveaux ordres : trois bataillons de réguliers, avec quelques miliciens des Trois-Rivières, s’avancèrent à l’aile gauche ; le gros de ces troupes se plaça en réserve sur le chemin de Beauport, et le reste se dirigea rapidement vers le gué que défendait Repentigny. Cet officier avait été attaqué, le 25 juillet, par la colonne anglaise et l’avait repoussée après lui avoir tué ou mis hors de combat environ cinquante hommes. La retraite de cette troupe permit aux renforts de revenir sur le lieu de la principale attaque.

Les berges portant la colonne de l’île et de la Pointe-Lévis, commandée par Wolfe en personne, après avoir fait plusieurs évolutions, comme pour tromper les Français sur le point de la descente, se dirigèrent tout à coup vers les transports échoués. Mais la marée s’était retirée ; une chaîne de cailloux et de roches arrêta longtemps la flottille ; enfin l’obstacle fut franchi, et douze cents grenadiers, avec les deux cents hommes du [Royal-Américain,] s’élancèrent à terre sur une grève spacieuse et unie. Ils devaient s’avancer en quatre divisions, soutenus par la demi-brigade Monckton, débarquée derrière eux. Par quelque malentendu, la demi-brigade les suivait de trop loin quand ils entrèrent en action ; et pendant qu’à distance Townshend passait le gué avec sa colonne, ils marchèrent au son d’une musique guerrière, à la redoute qui fermait l’entrée du chemin de Courville. La redoute avait été évacuée. Les grenadiers s’y arrêtèrent un instant pour se disposer à assaillir, sur le coteau, les retranchements de Lévis, lesquels n’étaient qu’à une petite portée de fusil. Il pouvait être alors six heures du soir. Toutes les batteries de Wolfe faisaient pleuvoir sur cette partie du camp une grêle de bombes et de boulets, que les milices canadiennes essuyaient sans rien perdre de leur fermeté. Les assiégeants, s’étant formés, se présentèrent la baïonnette au bout du fusil. Leur uniforme de grenadiers contrastait avec le costume de leurs adversaires, enveloppés d’une légère capote serrée autour des reins. Les Canadiens avaient pour suppléer à la discipline des troupes régulières leur courage et la justesse remarquable de leur tir. [Lévis leur rendait cet hommage dans une lettre du 2 août 1759 qu’il envoyait au ministre de la guerre Belle-Isle : « On ne peut assez faire l’éloge des troupes et des Canadiens, qui ont été inébranlables et qui ont continuellement témoigné la plus grande volonté. »]

Les Canadiens attendirent froidement que les ennemis fussent à quelques verges seulement de leur ligne, pour les coucher en joue. Alors ils firent des décharges si rapides, si meurtrières qu’en peu de temps les colonnes anglaises, malgré tous les efforts de leurs officiers, se rompirent et prirent la fuite ; elles cherchèrent d’abord un abri contre les balles derrière la redoute, puis, n’ayant pu se reformer elles allèrent se réfugier derrière le reste de leur armée, déployé un peu plus loin. Dans ce moment-là même, il survint un violent orage de pluie et de tonnerre, qui déroba les combattants à la vue les uns des autres, et dont le bruit plus imposant fit taire toutes les rumeurs de la bataille. Lorsque le brouillard se dissipa, on aperçut les Anglais qui se rembarquaient, emportant leurs blessés, après avoir mis le feu aux deux transports échoués sur les roches. Ils se retiraient comme ils étaient venus, les uns dans leurs berges et les autres par le gué. Le feu de leur artillerie avait duré jusqu’à sept heures du soir, et elle tira trois mille coups dans cette journée ; on n’avait pour y répondre qu’une dizaine de pièces, qui ne laissèrent pas d’incommoder beaucoup les troupes de débarquement. La perte des Français, causée presque entièrement par cette arme, fut [de soixante-dix hommes tués ou blessés, chiffre] peu considérable si l’on considère qu’ils furent plus de six heures exposés aux projectiles. Les ennemis eurent quatre cent quarante-trois morts, blessés ou pris, parmi lesquels il y avait trente-trois officiers. (Lettre de Lévis déjà citée. Wolfe to Pitt, 2nd September, 1759).

La victoire remportée à Montmorency fut due principalement aux judicieuses dispositions de Lévis, qui, avec moins de troupes immédiatement sous la main que n’en avait Wolfe, sut en réunir un plus grand nombre que lui au point d’attaque. Quand bien même les grenadiers anglais auraient franchi le retranchement, il est fort douteux qu’ils eussent réussi à gagner la bataille, appuyés même du reste de leur armée. Le terrain, depuis la grève jusqu’à la route de Beauport, s’élève, en cet endroit, par petites rampes coupées de ravins, au milieu desquelles serpente la route de Courville. Il offrait donc un théâtre très avantageux à nos tirailleurs. De plus les troupes réglées de réserve en arrière étaient prêtes à marcher au secours de la milice.

Wolfe rentra dans son camp, accablé par cet échec. Son imagination envisageait avec une sorte d’effroi l’impression que la défaite causerait en Angleterre. Il voyait tous ses rêves d’ambition et de gloire s’évanouir et la fortune l’abandonner presque aux premiers pas. Il semble que son esprit n’avait plus sa lucidité ordinaire, quand, après avoir perdu l’espoir de forcer le camp de Montcalm, il détacha Murray, avec douze cents hommes sur trois cents berges, pour aller détruire la petite flotte française, qu’on avait éloignée jusqu’aux Trois-Rivières, et ouvrir une communication avec Amherst par le lac Champlain. Mais Murray s’avança peu dans le pays. Repoussé deux fois à la Pointe-aux-Trembles par Bougainville, qui, avec onze cents hommes, avait suivi ses mouvements, [il avait perdu la seconde fois trois cents hommes tués ou blessés. Les Français combattant étaient au nombre de trois cents.] Murray débarqua ensuite sur la rive sud, à Sainte-Croix, qu’il incendia. Après quoi, il se rejetait à la rive nord, sur Deschambault, où il pillait les bagages des officiers français. Bougainville les obligea encore à se retirer (19 août). [Peu après le 22 et le 29, il réussit à prévenir de nouvelles descentes des Anglais. Il avait, d’ailleurs, dix-huit lieues de terrain à couvrir pour surveiller les mouvements de la flotte ennemie.] Montcalm venait de partir secrètement pour la rivière Jacques-Cartier, il craignait que les Anglais n’eussent l’idée d’en occuper la ligne pour lui couper ses communications avec les Trois-Rivières ; il apprit leur retraite à la Pointe-aux-Trembles, et revint sur ses pas.

Après ce nouvel échec, une maladie dont Wolfe portait le germe depuis longtemps, se développa tout à coup et le mit aux portes de la mort. Sitôt qu’il put s’occuper d’affaires, il adressa à Pitt une longue dépêche (2 septembre), où il exposait tous les obstacles contre lesquels il avait à lutter, et les regrets cuisants qu’il éprouvait du peu de succès de ses efforts. Toute sa lettre exprimait ce noble dévouement qui tenait son âme. On fut plus touché en Angleterre de la douleur du jeune capitaine que de l’échec des armes de la nation.

L’esprit de Wolfe avait fléchi comme son corps devant une situation qui ne lui laissait plus que le choix des difficultés, ainsi qu’il le disait lui-même. Il appela à son aide ses lieutenants, dont nous avons fait connaître les talents et le caractère. Il les invita à lui déclarer quel était, à leur avis, le meilleur moyen de venir à bout de Montcalm, tout en exprimant son sentiment, qui était de renouveler l’attaque contre le camp à Beauport, et de continuer à dévaster le pays autour de Québec.

Les brigadiers Monckton, Townshend et Murray répondirent que, suivant eux, le moyen le plus sûr de frapper un coup décisif était de passer sur la rive nord du fleuve et, après avoir suivi le bord, en remontant, jusqu’à une petite distance, de retraverser à la rive sud, afin de porter les opérations au-dessus de la ville. « Si nous prenons pied sur la rive nord, disaient-ils, le marquis de Montcalm sera obligé de nous combattre sur le terrain que nous aurons choisi ; nous serons entre lui et ses provisions, entre lui et l’armée opposée au général Amherst. S’il nous livre bataille et que nous le battions, Québec et probablement tout le Canada seront à nous, résultat bien supérieur à tout avantage que nous pourrions emporter du côté de Beauport. Par contre, si l’ennemi passe la rivière Saint-Charles et nous oppose des forces suffisantes pour faire échouer notre manœuvre, nous serons en état de nous rabattre sur le troisième projet du général ou d’entreprendre quelque chose d’autre contre les lignes de Beauport... » (30 août). Les forces navales des Anglais, en les rendant maîtres du fleuve, permettaient à Wolfe de porter ses troupes dans tous les endroits accessibles. Le plan audacieux des trois brigadiers fut approuvé par leur chef et les ordres d’exécution distribués sur-le-champ. Wolfe ne parla point de donner l’assaut à Québec par le port ; il était convaincu que le tenter serait plus que téméraire.

[À ce propos, certains ont prétendu que la priorité du plan de descente en amont de Québec revient à Wolfe qui en écrivit à son oncle Walter, dès le 12 mai 1759. Toutefois, dans sa lettre à l’amiral Saunders (30 août), le général anglais allègue l’état de sa santé comme le seul obstacle qui pourrait empêcher l’exécution de son projet d’attaque contre Montmorency et Beauport. Il est vrai qu’ensuite, il alla lui-même reconnaître les lieux et déterminer le point de débarquement à savoir l’Anse-au-Foulon ; et qu’il ne révéla ce dessein à ses lieutenants que la veille au soir de la bataille d’Abraham. (Wolfe à Monckton, 12 septembre 1759). Quant à cette grande victoire même, Wolfe professait assez peu d’optimisme et n’osait en augurer le succès. Si bien qu’on a pu dire qu’elle fut rien de moins qu’un miracle. Ajoutons qu’en remontant le Saint-Laurent, le futur vainqueur de la bataille d’Abraham aurait avoué à ses compagnons que, pour lui, il serait plus glorieux d’avoir composé la célèbre élégie de Gray, « Devant un cimetière de village », que de prendre Québec].

Du 2 au 3 septembre, les Anglais levèrent le camp du sault Montmorency et transportèrent leurs troupes et leur artillerie à la Pointe-Lévis et à l’île d’Orléans. On a reproché à Montcalm de ne les avoir pas inquiétés dans cette retraite, mais [il eût risqué alors de tomber entre les mains de l’ennemi.] Le bombardement de la ville, la dévastation des campagnes étaient jusque-là les seules entreprises dans lesquelles les Anglais eussent réussi ; et ces entreprises mêmes étaient encore une espèce d’hommage rendu à l’opiniâtreté des défenseurs du Canada.

Voyant que l’ennemi menaçait ses magasins, Montcalm s’occupa de la rive sud du fleuve, immédiatement en amont de la ville. [« La droite est renforcée de deux mille hommes, écrivait-il à Lévis, le 3 septembre ; j’y passe demain, et Poulhariès reste général depuis le Sault jusqu’à l’église de Beauport. Nous avons toujours dix-neuf bâtiments au-dessus de Québec, et Bougainville, garde-côte, toujours en l’air. Je m’établis de ma personne à la maison de Salaberry pour être en belle vue et à portée de tout. »]

Montcalm, [comme Vaudreuil, Bougainville et tous les officiers français,] avait cru longtemps la falaise inaccessible, ou suffisamment gardée. [Mais la vue des navires anglais passant et repassant, jour et nuit, devant Québec, le fit changer de sentiment ; cependant que Vaudreuil, en persistant dans son erreur, en contrariant presque chaque fois les décisions que le général avait prises et les ordres qu’il donnait, compromettait gravement l’effort défensif de la colonie, et doit porter ainsi de terribles responsabilités devant l’histoire.]

[Le 5 septembre, Montcalm ordonnait au bataillon de Guyenne d’aller camper sur le plateau d’Abraham ; et il annonçait sa décision à Bougainville en ces termes : « Le mouvement de l’ennemi est si considérable que je crains qu’il ne passe la rivière des Etchemins et qu’il ne cherche à nous dérober une marche pour nous couper la communication, de sorte que je fais marcher le régiment de Guyenne en entier, sauf un capitaine, un lieutenant et cinquante soldats des moins ingambes pour garder leurs drapeaux, tentes et équipages. C’est à vous de les emmener avec vous ou de les laisser dans la communication du Cap-Rouge, à l’Anse-des-Mères, pour relever les postes, ce qui nous conviendrait le mieux, pour être à même de rappeler ce régiment, s’il était besoin dans notre partie. » Le lendemain, 6 septembre, Vaudreuil, allant de nouveau à l’encontre du général, faisait rentrer le bataillon de Guyenne dans son camp, sur la rivière Saint-Charles].

Montcalm avait confié à Bougainville [un corps volant de onze cents] hommes, tant soldats que miliciens, parmi lesquels cinq compagnies de grenadiers ; il renforça aussi les corps de garde posés dans l’espace de trois lieues, entre la ville et le Cap-Rouge. On trouva ces postes trop faibles, et pour la sûreté des subsistances, on envoya de nouveaux renforts à Bougainville. Il fut bientôt à la tête de [deux mille deux cents hommes, outre les sauvages,] distribués depuis Sillery jusqu’à la Pointe-aux-Trembles. C’était l’élite des troupes.

Les choses avaient donc encore assez bonne apparence à Québec ; mais les nouvelles du lac Champlain et du lac Ontario étaient moins rassurantes. Sur la frontière du lac Champlain, Bourlamaque, [qui commandait à trois mille cinq cents Français, Canadiens et sauvages,] avait eu ordre de se retirer si l’ennemi se présentait avec des forces trop supérieures. Le général Amherst agissait de ce côté avec une armée imposante. Le souvenir de la sanglante défaite de Carillon l’excitait à la prudence. Après deux semaines passées sous le fort Edward, il s’était porté à la tête du lac Saint-Sacrement (lac George) ; son ingénieur en chef, le capitaine John Montrésor, y avait tracé le plan du fort George sur une éminence, à quelque distance du lac et de l’emplacement qu’avait occupé le fort William-Henry. Le 21 juillet (1759), Amherst s’embarqua avec [onze mille cent trente-trois hommes, dont cinq mille huit cent cinquante-quatre réguliers,] et cinquante-quatre bouches à feu, et vint descendre à terre au pied du lac sans coup férir. Après quelques escarmouches d’avant-garde, il arriva au bout de deux jours en vue de Carillon, que les Anglais appelaient d’un nom indien Ticonderoga.

Bourlamaque, qui s’était replié en bon ordre sur ce fort, feignit de vouloir s’y défendre, afin de couvrir sa retraite. Le 24 juillet, ses troupes filèrent vers Saint-Frédéric, laissant à Carillon quatre cents hommes [aux ordres du capitaine d’Hébécourt ;] ils en sortirent le 26, après avoir fait sauter une partie des murailles. Les Anglais n’avaient perdu que soixante-cinq tués ou blessés. Bourlamaque, craignant d’être tourné, fit sauter aussi les remparts de Saint-Frédéric (31 juillet) et gagna l’île aux Noix, où il débarqua le 2 août. Aussitôt, Amherst marcha avec le gros de son armée au lieu évacué, et en fit rebâtir le fort sous le nom de Crown Point. En même temps, voulant avoir la supériorité sur le lac Champlain, il construisit des barques et releva plusieurs bateaux que les Français avaient coulés bas avant de s’éloigner. Ces travaux le retinrent jusqu’en octobre. Bourlamaque, qui s’attendait à être attaqué à l’île aux Noix, prit tous les moyens de retarder le progrès d’Amherst, soit par des embarras dans le bas du lac, soit par des ouvrages sur l’île. Mais là comme à Québec on tenait cette barrière perdue, si Amherst montrait de la vigueur.

Les nouvelles du lac Ontario et de Niagara étaient plus mauvaises encore. Le capitaine Pouchot, à son arrivée à Niagara (le 30 avril 1759), avait travaillé en diligence à relever la place, dont les murailles inachevées étaient en ruine par endroits et les fossés presque comblés. On lui avait dit de faire retirer les postes de l’Ohio s’ils étaient attaqués ; mais, n’entendant parler d’aucun mouvement, il envoya un renfort avec des vivres et des marchandises à Machault, où commandait alors Ligneris. Son dessein était de faire détruire les forts anglais de Pittsburg et de Ligonier, si l’occasion s’en présentait. La plus grande agitation régnait parmi les tribus sauvages de l’Ohio et des Lacs, parce qu’il y en avait qui s’obstinaient à tenir pour les Français, malgré les traités d’alliance conclus avec les Anglais. Les succès de ces derniers allaient donner une solution à tous ces débats, dans lesquels perçaient les doutes des aborigènes, leurs inquiétudes, leurs projets pour l’avenir. Pouchot eut plusieurs conférences avec eux sans qu’il en résultât rien d’important. Les Cinq-Nations se rapprochaient de plus en plus des Anglais, de sorte qu’il ne pouvait se procurer aucun renseignement exact sur les intentions de l’ennemi.

Suivant le plan de campagne adopté par l’Angleterre, une armée devait aller mettre le siège devant Niagara. Le brigadier Prideaux fut chargé de cette entreprise. Il partit de Schenectady, le 20 mai (1759), avec cinq bataillons d’infanterie, un détachement d’artillerie, en tout cinq mille hommes, outre neuf cents sauvages sous les ordres de sir William Johnson. Le 1er juillet, il s’embarqua sur le lac Ontario, et prit terre le 6 à une lieue et demie du fort Niagara, sans avoir été aperçu par les Français.

Ce fort, bâti sur une pointe de terre étroite, était facile à investir. Pouchot venait de finir les remparts ; mais les batteries des bastions, qui étaient à barbette, n’étaient pas achevées. Il les forma de tonneaux remplis de terre. Il renforça par des blindages une grande maison destinée à servir d’hôpital, et couvrit par des ouvrages en terre les magasins à poudre. La garnison se composait de cinq cent soixante-quinze hommes. Aussitôt que Pouchot sut la présence des ennemis, il expédia des courriers pour ordonner à Chabert, au fort du Portage, et Aubry, au fort du Détroit, au commandant de la Presqu’île, à ceux des forts Machault et Rivière-aux-Bœufs, vers l’Ohio, de se replier en toute hâte sur Niagara avec ce qu’ils avaient de Français et de sauvages. Ainsi l’on abandonnait encore une autre vaste et belle étendue de territoire. Chabert brûla son fort, et accourut à Niagara (10 juillet). Dans la nuit du 9, les assiégeants commencèrent une parallèle à trois cents toises des murailles. Depuis le 13 jusqu’au 22, ils démasquèrent successivement plusieurs batteries de mortiers et de canons. La mort de Prideaux (20 juillet), tué par un mortier qui éclata, ne ralentit point les travaux du siège. Johnson, qui le remplaça en attendant son successeur, les poussa avec la plus grande énergie. Bientôt les bastions du fort furent en ruine, et les batteries détruites. Les Français étaient réduits à former des parapets avec des paquets de pelleteries pour tirer moins à découvert, et à bourrer leurs derniers canons avec des couvertures et des chemises. Les murailles croulaient de tous côtés, les remparts s’éboulaient ; la brèche était devenue praticable sur un grand espace, et l’on n’avait qu’un homme par dix pieds pour la garnir. Depuis dix-sept jours personne ne s’était couché ; beaucoup d’hommes étaient hors de combat. Pouchot n’avait plus d’espoir que dans les renforts qui venaient des postes supérieurs. Le 23, il avait reçu des lettres d’Aubry et de Ligneris : on arrivait à son secours, avec [onze cents Français et deux cents sauvages.] Malheureusement l’ennemi le savait aussi par la perfidie des courriers, qui avaient même eu avec les sauvages alliés des Anglais une entrevue à laquelle Johnson avait assisté. Averti du débarquement de ces secours, celui-ci leur dressa une embuscade. Il cacha la plus grande partie de ses troupes derrière des abatis d’arbres, à gauche du chemin, qui allait de la cataracte au fort. Les Français s’avançaient sans soupçon, suivis des sauvages, quand des ennemis furent aperçus ; c’étaient des Iroquois. Aussitôt les sauvages s’arrêtèrent, tirant prétexte d’un accord avec les Cantons. Quoique abandonnés ainsi de leur principale force, Aubry et Ligneris, qui pouvaient croire que ces Iroquois n’étaient que des hommes isolés, continuèrent à cheminer rapidement dans un étroit sentier de la forêt. Bientôt ils découvrirent devant eux des troupes plus nombreuses. Ils voulurent mettre leur monde en bataille, mais l’espace et le temps manquèrent. Au premier choc, néanmoins, ils forcèrent les Anglais sortis de derrière l’abatis à y rentrer précipitamment. Comme ils allaient les y attaquer à leur tour, ils furent assaillis de front et de flanc par près de deux mille hommes. La queue de leur colonne, incapable de résister, céda au nombre et laissa la tête exposée aux coups de l’ennemi, qui dirigea sur elle tout son feu et l’écrasa. Une cinquantaine d’hommes seulement restèrent debout ; ils essayèrent de se retirer en combattant ; mais ils furent chargés à la baïonnette et la plupart demeurèrent sur la place. Le reste fut poursuivi à outrance. Presque tous les officiers furent tués, blessés ou pris. Aubry, [Marin, de Montigny, de Villiers] entre autres, tombèrent blessés aux mains des Anglais, et Ligneris mortellement (24 juillet). Ceux qui échappèrent au massacre rétrogradèrent vers le Détroit et les autres postes de l’Ouest, [après avoir incendié ou fait sauter les forts de la Presqu’île, aux Bœufs et Machault.]

Après ce désastre, Pouchot reçut de Johnson une liste des officiers faits prisonniers. Ne pouvant y ajouter foi, il envoya quelqu’un s’assurer de la vérité. Alors la garnison, réduite à trois cent quarante hommes, exténuée de fatigue, accepta (25 juillet) la capitulation honorable que lui offrait Johnson, qui voulait se rendre maître du fort avant l’arrivée du lieutenant-colonel Gage, déjà en chemin pour venir remplacer Prideaux. [Les prisonniers, au nombre de six cent sept, furent envoyés à New-York, puis en Angleterre et ensuite échangés. (Pouchot, Mémoires sur la dernière guerre de l’Amérique septentrionale. Johnson to Amherst, 25th July 1759. Vaudreuil au ministre, 30 octobre 1759).]

Niagara était l’un des postes militaires les plus considérables du Canada et le plus important de la contrée des Lacs par sa situation. Sa perte sépara de Montréal toute cette contrée ; les Français se trouvèrent refoulés, d’un côté, jusqu’au Détroit, et de l’autre, jusqu’aux rapides du Saint-Laurent, près de la Présentation, car ils n’avaient pas eu le temps de relever le fort Frontenac. Tout le lac Ontario appartint de ce moment aux Anglais.

Dans ces conjonctures, il fut décidé d’envoyer Lévis vers le haut de la province examiner et ordonner ce qu’il convenait d’y faire pour retarder la marche des armées envahissantes sur le Saint-Laurent et sur le lac Champlain. On lui donna huit cents hommes, tirés de l’armée de Beauport, pour grossir les troupes de La Corne de Saint-Luc, qui commandait dans l’île aux Galops, au-dessus du lac Saint-François. Lévis partit le 9 août de Québec. En passant à Montréal, il permit à quatre cents de ses miliciens d’aller promptement couper leurs grains ; et il encouragea les femmes, les prêtres, les religieux, à prendre part aux travaux de la moisson, dont dépendait la subsistance de la colonie. Lévis poussa son inspection jusqu’à Frontenac, indiqua les endroits qu’il fallait défendre ou fortifier entre le lac Ontario et Montréal, [fit commencer sur une île, en aval de la Présentation, un fort qui reçut son nom,] et prescrivit à La Corne de disputer le terrain pied à pied. Il visita ensuite le lac Champlain, approuvant tout ce que Bourlamaque y avait fait.

Il était revenu à Montréal depuis le 5 septembre, lorsque, le 15, à six heures du matin, arriva un courrier extraordinaire du gouverneur, qui lui annonça la funeste issue de la bataille d’Abraham du 13 septembre et la mort de Montcalm. Vaudreuil lui écrivait de le venir joindre en toute diligence pour prendre le commandement de l’armée.

On a vu ce qui s’était passé à Québec jusqu’au début de septembre. Le 7, [l’escadre de l’amiral Holmes, qui était en amont de Québec, alla jeter l’ancre au Cap-Rouge. Le lendemain,] les troupes qu’elle portait envoyèrent des détachements avec des apparences de tenter une descente, vers plusieurs points du rivage pour diviser l’attention des Français. Une partie des soldats fut débarquée sur la rive droite du fleuve, pendant que [Wolfe, avec Holmes, Monckton, Townshend, Carleton et de Laune] examinaient attentivement la rive gauche et découvraient le sentier creux conduisant de l’anse au Foulon aux plaines d’Abraham (10 septembre). Dans le même temps, deux déserteurs du camp de Bougainville informèrent le général anglais qu’un convoi de farine pour Québec devait passer dans la nuit du 12 au 13.

Depuis que les Anglais étaient maîtres du fleuve immédiatement au-dessus de la ville, l’approvisionnement de l’armée était devenu presque impossible par eau. Il fallait faire venir par terre les vivres de magasins formés à Batiscan et aux Trois-Rivières ; et, comme il n’était resté dans les campagnes que des vieillards infirmes, des femmes et des enfants, c’était avec le secours de bras si faibles que se faisait le transport. On avait amené ainsi, sur deux cent soixante-dix charrettes, de Batiscan à l’armée, l’espace de dix-huit lieues, sept cents barils de lard et de farine, la subsistance de douze à quinze jours. Mais on fut effrayé des difficultés de ce service ; beaucoup de charrettes étaient déjà brisées ; les femmes et les enfants qui les conduisaient, rebutés d’un travail si rude, ne laissaient point espérer qu’ils pussent le soutenir longtemps, et les hommes retournés aux champs ne pouvaient abandonner les travaux de la récolte, qui pressaient. On essaya donc d’employer encore la voie du fleuve, toute hasardeuse qu’elle était, en expédiant le convoi dont nous venons de parler. Malheureusement, les déserteurs communiquèrent le mot que les bateaux devaient donner en passant aux sentinelles placées sur la rive. [D’ailleurs, le convoi, annoncé aux postes de la côte, fut ensuite contremandé ; mais ceux-ci ne reçurent pas avis du contre-ordre. Ainsi s’explique comment les sentinelles par deux fois laissèrent passer les barges anglaises. Mais, le soir du 12 septembre 1759, un fait, gros de conséquence, se produit : Vaudreuil, contrecarrant de nouveau les ordres de Montcalm, empêchait le bataillon de Guyenne d’aller occuper l’anse au Foulon. Or,] le plan de Wolfe était de profiter d’une circonstance propice pour se jeter à terre dans cet endroit avec son armée et emporter les hauteurs voisines. Afin de mieux cacher son dessein, [l’escadre de l’amiral Saunders devait faire] de faux mouvements en face du camp de Beauport, et les vaisseaux restés au Cap-Rouge s’approcheraient de Saint-Augustin, à une lieue en amont, pour retenir de ce côté l’attention de Bougainville. [En même temps, les batteries anglaises de la Pointe-Lévis pilonneraient la ville].

Le jeudi, 13 septembre, à une heure du matin, par une nuit fort noire, une partie des troupes, embarquée sur des bateaux plats, se laissa dériver dans le plus grand silence, avec le reflux de la marée, jusqu’à Samos. Un officier parlant bien le français, Simon Fraser, avait été choisi pour répondre aux qui vive. Il répondit aux cris de la sentinelle sur le rivage : « Convoi de vivres ; mais ne faites pas de bruit, les Anglais nous entendraient ! » Et dans l’obscurité celle-ci laissa passer les bateaux. Les vaisseaux de l’amiral Holmes suivaient à trois quarts d’heure de distance avec le reste de l’armée. Les Anglais débarquèrent [en aval de l’anse au Foulon, qui est à un mille et demi] de Québec. Tout était tranquille. Vingt-quatre hommes sous De Laune et deux cents soldats d’infanterie légère mirent pied à terre avec Wolfe ; sans tirer, les premiers enlevèrent le corps de garde au bas de l’étroit sentier de la falaise et gravirent l’escarpement, parsemé d’arbres et de broussailles ; parvenus sur le plateau, ils surprirent et dispersèrent, après quelques coups de fusil, le poste qu’on y avait placé, dont le commandant, Duchambon de Vergor, fut pris dans son lit. [Wolfe suivit ensuite avec ses soldats tandis que les chaloupes] retournées aux vaisseaux, amenaient le reste des troupes sous les ordres de Townshend. Vers le point du jour, [dix-huit cents hommes foulaient la plaine d’Abraham, et à huit heures sonnées,] toute l’armée anglaise y était rangée en bataille. [Pendant que l’escalade de la falaise s’effectuait, les soldats anglais en pleine obscurité, faillirent se fusiller entre eux. Même un officier alla jusqu’à pointer un canon contre Wolfe mais s’arrêta à temps.] Il est permis de croire que, sans la surprise de ce poste [que la présence du bataillon de Guyenne eût évitée,] Québec et peut-être aussi le Canada étaient sauvés, pour le moment du moins.

Montcalm [apprit à six heures et demie du matin, au quartier général de Vaudreuil où il était accouru,] l’inattendue nouvelle de ce débarquement. [Se tournant aussitôt vers son aide de camp Johnstone, le général lui dit : « L’affaire est sérieuse. Courez ventre à terre à Beauport, ordonnez à Poulhariès de demeurer au ravin avec deux cents hommes, et de m’envoyer sans retard tout le reste de la gauche sur les plaines d’Abraham. » Là-dessus, M. de Poulhariès, lieutenant-colonel de Royal-Roussillon, fit lire à Johnstone l’ordre formel qu’il avait reçu de Vaudreuil et apporté par son aide de camp M. de Lotbinière, qui était libellé comme suit : « Pas un homme de la gauche ne devait bouger du camp (de Beauport). » Ainsi, sans l’opposition du gouverneur, l’arrivée de ce renfort considérable, formé de soldats d’élite, eût assuré vraisemblablement la victoire des armes françaises].

L’armée de Montcalm se trouvait alors réduite à moins de cinq mille combattants. Dans sa plus grande force elle s’était élevée à treize mille hommes, [sans compter les deux mille de la garnison de Québec, sous Ramezay, et les sauvages]. Huit cents avaient suivi Lévis ; Bougainville en avait deux mille deux cents, tous soldats d’élite ; [deux mille étaient au camp de Beauport ;] enfin un grand nombre de Canadiens étaient allés à leurs récoltes, tandis que les plus âgés et les plus jeunes, croyant le danger passé, s’en retournaient chez eux.

Montcalm prit avec lui environ quatre mille cinq cents soldats, miliciens et sauvages et laissa le reste dans le camp. Ces troupes défilèrent par le pont de bateaux établi sur la rivière Saint-Charles, entrèrent par la porte du Palais dans la ville en cendres, la traversèrent, en sortirent par les portes Saint-Jean et Saint-Louis, du côté des plaines d’Abraham, et arrivèrent à huit heures du matin sur ces plaines fameuses, à la vue de l’ennemi. Montcalm aperçut devant lui, non sans étonnement, toute l’armée anglaise [composée de quatre mille huit cent vingt-neuf hommes. Cette armée était formée entièrement de réguliers, tandis que l’armée française n’en comptait que deux mille.] Craignant que les Anglais ne se retranchassent de manière à se rendre inexpugnables, il prit le parti de brusquer l’attaque, et donna l’ordre du combat.

Il rangea ses troupes sur une ligne développée, de trois hommes de hauteur, la droite touchant au chemin de Sainte-Foye et la gauche au chemin Saint-Louis, sans corps de réserve. Les réguliers, [comprenant les bataillons de la Sarre, du Languedoc, du Béarn, de Guyenne, du Royal-Roussillon placés sous Montcalm, secondé par de Montreuil] moins les grenadiers (qui étaient avec Bougainville au Cap-Rouge), formaient le centre. Les milices des gouvernements de Québec et de Montréal occupaient la droite que commandait M. de Senezergues ; les milices des Trois-Rivières et une partie de celles de Montréal avec M. de Fontbonne occupaient la gauche. Quelques pelotons de soldats de marine et de sauvages furent jetés sur les deux ailes. Montcalm commanda aux troupes de marcher à l’ennemi. Elles s’avancèrent avec tant de hâte qu’elles se dérangèrent, et que tels bataillons dépassèrent les autres à ce point de faire croire aux Anglais qu’on venait en colonnes.

L’armée de Wolfe était disposée en forme de carré devant les Buttes-à-Neveu, qui lui cachaient toute la ville, distante d’un mille environ ; la droite appuyée à un tertre sur le bord de la falaise, la gauche à la maison d’un nommé Borgia, sur une éminence. L’un des côtés du carré faisait face aux buttes ; un autre regardait la route de Sainte-Foye ; un troisième était tourné vers le bois de Sillery. Wolfe avait fait commencer, le long du chemin de Sainte-Foye, une ligne de petites redoutes en terre, qui se prolongeait en demi-cercle derrière sa ligne. Six régiments et les grenadiers de Louisbourg, avec deux petites pièces de canon formaient le front vers la ville. [Wolfe les commandait ayant Monckton à sa droite, Murray au centre et Townshend à sa gauche.] Trois régiments, rangés en potence, garnissaient les deux autres côtés. Les montagnards écossais en faisaient partie avec un ou deux canons. C’était le 78e régiment, fort de six cent soixante-deux hommes. Un autre régiment, en huit piquets séparés, sous le colonel Burton, était posté en réserve au milieu des lignes.

Les tirailleurs canadiens et quelques sauvages commencèrent l’action. Il était environ dix heures. La ligne anglaise essuya leur feu sans s’ébranler ; des hommes tombèrent blessés ou morts. Wolfe, convaincu que la retraite était impossible s’il était battu, parcourait les rangs de son armée et l’animait par ses paroles. Il ordonna de mettre deux balles dans les fusils et de ne tirer que quand les Français seraient à quarante pas. Ceux-ci, dès qu’ils se jugèrent à portée, firent des feux de peloton, mais d’une manière irrégulière, et, dans quelques bataillons, de trop loin. Ils avançaient à pas rapides. Rendus à quarante verges des Anglais, ils furent accueillis par une salve si meurtrière, que, dans le désordre où ils s’étaient déjà mis par leur propre impétuosité, il fut impossible de régler leurs mouvements, et, en peu de temps, tout tomba dans la confusion. Wolfe saisit ce moment pour charger à son tour, et, quoique déjà blessé au poignet et à l’aine, il prit ses grenadiers pour aborder les Français à la baïonnette. Il avait à peine fait quelques pas qu’une balle lui perça la poitrine. On le porta en arrière. Ses troupes, qui ignorèrent sa mort jusqu’après la bataille, continuèrent la charge ; elles se mirent à la poursuite des Français, dont une partie n’ayant point de baïonnettes, pliait dans cet instant même, malgré les efforts de Montcalm et des principaux officiers. Une des personnes qui se trouvaient auprès de Wolfe, s’écria : « Ils fuient ! » – « Qui ? » demanda le général mourant. « Les Français ! » lui répondit-on ; « ils cèdent de tous côtés. » [– « Allez dire au colonel Burton, reprit-il, de se porter sur la rivière Saint-Charles pour couper aux fuyards la retraite par le pont. » Puis, sa figure s’anima tout à coup. « Dieu soit loué, je vais mourir en paix », ajouta] le héros, et il expira.

Le brigadier Monckton, commandant en second, fut blessé dangereusement presque en même temps que Wolfe, et quitta le champ de bataille ainsi que le colonel Carleton, atteint par une balle à la tête. Townshend prit le commandement.

Les vainqueurs pressaient alors les fuyards. La résistance ne venait guère plus que des tirailleurs. Senezergues et le chevalier de Saint-Ours étaient blessés à mort. Montcalm était à cheval entre les Buttes-à-Neveu et la porte Saint-Louis, faisant tous ses efforts pour mettre de l’ordre dans la retraite quand il reçut deux blessures. Trois grenadiers accoururent ; soutenu par eux et couvert de sang, il rentra au pas de son cheval, dans la ville, où se précipitait une partie des Français, tandis que le plus grand nombre fuyait par les descentes du coteau vers le pont de la rivière Saint-Charles. [Cependant, un certain nombre de Canadiens furent ralliés et réussirent à sauver les débris des troupes.] Ils forcèrent, à la faveur de petits bois, plusieurs corps anglais à plier, et ne cédèrent enfin qu’à la supériorité du nombre. Ce fut dans cette résistance que les vainqueurs éprouvèrent leurs plus grandes pertes. Trois cents montagnards écossais qui revenaient de la poursuite, furent attaqués par eux sur le coteau Sainte-Geneviève, et forcés de reculer jusqu’à ce qu’ils eussent été dégagés par deux régiments qu’on envoya à leur secours.

Bougainville, au Cap-Rouge, avait appris vers huit heures et demie du matin, le débarquement de Wolfe. Il s’était mis en marche aussitôt avec neuf cents hommes Mais, en passant à Sillery, il perdit du temps devant la maison de Saint-Michel dans laquelle une escouade de marins, détachée à terre, s’était barricadée. Lorsqu’il déboucha sur les plaines d’Abraham, la bataille était déjà perdue sans ressource, et il dut battre en retraite. Les Anglais ne jugèrent pas à propos de profiter de la confusion où étaient leurs adversaires, pour pénétrer dans Québec, ou pour prendre le camp de Beauport, que purent regagner les troupes qui s’étaient tout d’abord retirées dans la ville. [C’est la première fusillade des Anglais, se prolongeant pendant dix minutes, qui détermina la victoire. La bataille elle-même dura une demi-heure, et toute l’affaire était terminée à midi].

Telle fut cette première bataille d’Abraham, qui décida de la possession d’une contrée presque aussi vaste que la moitié de l’Europe. La perte des Français dans une journée si désastreuse fut considérable ; elle se monta à plus de mille hommes, y compris deux cents prisonniers, qui tombèrent entre les mains du vainqueur avec la plupart des blessés. M. de Fontbonne fut tué. Les Anglais avaient perdu [cinquante-huit tués, avec leur général en chef et le brigadier Monckton, et cinq cent quatre-vingt-dix-huit blessés.]

Certains ont prétendu que Montcalm pouvait se retrancher sur les Buttes-à-Neveu ; et, comme la saison était avancée, attendre les Anglais dans ses lignes, ce qui les aurait mis dans la nécessité de combattre avec désavantage car le temps les pressait. D’autres affirment qu’il eût mieux fait de ranger son armée sur une seule ligne [sans faire attention que le terrain où se déroula la bataille, loin d’être plat était fort accidenté et permettait à l’ennemi de dissimuler ses mouvements]. Enfin, suivant un officier qui prenait parti pour Vaudreuil : « Il devait attendre l’ennemi et profiter de la nature du terrain pour placer par pelotons, dans les bouquets de bois dont il était environné, les Canadiens, qui, arrangés de la sorte, surpassaient, par l’adresse avec laquelle ils tiraient, toutes les troupes de l’univers. »

Quoi qu’il en soit, devant les restes inanimés du général, on ne voulut se rappeler que ses triomphes et sa bravoure. Les Canadiens et les Français le pleurèrent. Il avait su acquérir une grande influence sur les uns et sur les autres par la vivacité de sa parole et par l’entraînement de son courage. Officiers et soldats trouvaient des charmes dans les plus grandes fatigues par le désir de mériter son éloge. On ne croyait que lui capable de donner une bataille et de la gagner. Montcalm, près d’expirer, recommanda à ceux qui l’entouraient l’honneur de la France. « Je meurs content, dit-il. Je laisse les affaires du roi dans de bonnes mains. J’ai toujours eu une haute opinion des talents de M. de Lévis. » (Rapporté par Johnstone). Il reçut les sacrements de l’Église et mourut le lendemain matin, 14 septembre, au château Saint-Louis, à peine âgé de quarante-huit ans. Le soir du même jour, il fut enterré, à la lueur des flambeaux, dans l’église des Ursulines, en présence de quelques officiers ; il eut pour tombeau une fosse qu’une bombe en éclatant avait creusée à moitié, sous la chaire, le long du mur.

Montcalm avait une très petite taille, et une figure agréable, qu’animaient des yeux extrêmement vifs. Un chef sauvage, étonné que celui qui faisait des prodiges ne fût pas de grande stature, s’écria la première fois qu’il le vit : « Ah ! que tu es petit ! mais je vois dans tes yeux la hauteur du chêne et la vivacité de l’aigle. » Doué d’une imagination ardente, Montcalm brillait par les avantages d’une mémoire ornée. Du reste, Montcalm possédait des goûts studieux et était versé dans les langues anciennes et les lettres. [Il avait conservé l’amour de la science au milieu des travaux de la guerre. Il aimait le luxe, et il était désintéressé. Il devait au trésor dix mille écus, qu’il avait empruntés pour soutenir son rang et pour soulager ses officiers dans le dénuement de toutes choses que présentait le pays. [À tout prendre, il n’est pas exagéré de le dire, par l’expérience qu’il avait rapportée des champs de bataille européens, par l’ensemble de ses dons militaires, par sa valeur intellectuelle, Montcalm dépasse tous les officiers supérieurs qui vinrent avec lui participer à la lutte en Canada. Au moment où il entre définitivement dans l’histoire, on voudrait se souvenir que ce grand Français découvrait l’intime de sa pensée et de son âme quand il avait écrit, le 16 mai 1759, au ministre de la guerre, le maréchal de Belle-Isle : « J’ose vous répondre d’un entier dévouement à sauver cette malheureuse colonie ou périr. Je vous prie d’en être le garant auprès de Sa Majesté. »].

Le soir même de la bataille d’Abraham, Vaudreuil tint un conseil de guerre. Tous les officiers, [excepté Montreuil,] furent d’avis que l’armée reculât derrière Jacques-Cartier pour s’assurer une retraite et avoir la communication libre avec les magasins. Le gouverneur et l’intendant furent d’un autre sentiment [bien que Vaudreuil, dans une lettre du même jour à Lévis, eût déclaré : « Notre retraite devient donc indispensable, d’autant mieux que nous y sommes forcés par nos propres subsistances. »] Mais la majorité l’emporta.

Après cette délibération, Vaudreuil augmenta un peu la garnison de Québec, composée en ce moment d’environ douze cents soldats, citoyens et matelots. Pendant le combat, elle avait eu à soutenir une vive canonnade contre les batteries de la Pointe-Lévis. Le gouverneur écrivit à M. de Ramezay de ne pas attendre que l’ennemi la prit d’assaut, et d’arborer le drapeau blanc lorsqu’il n’aurait plus de vivres. L’armée, qui craignait à tout instant d’être coupée de ses magasins, commença sa retraite à neuf heures du soir. Faute de moyens de transport, elle abandonna quelques-uns de ses bagages, l’artillerie et les munitions ; elle s’écoula sans bruit par la route de la Vieille-Lorette, traversa Saint-Augustin et arriva en grande partie à la Pointe-aux-Trembles, à dix-neuf milles de Québec, le 14 septembre au soir. Afin que les Anglais ne s’aperçussent pas trop tôt de ce mouvement, elle avait laissé les tentes dressées dans le camp de Beauport. Cette retraite était fatale de toute manière : elle laissait Québec à lui-même, sans provisions ; elle affaiblissait l’armée, parce que tous les miliciens de cette partie du pays ne voulurent pas abandonner leurs familles en proie aux horreurs de la misère ; on en vit beaucoup quitter les drapeaux pour aller ramasser dans les champs le peu qui avait été épargné de leurs récoltes. Le lendemain, le gros de l’armée atteignit Jacques-Cartier, et l’arrière-garde, commandée par Bougainville, prit poste à la Pointe-aux-Trembles. On résolut d’attendre dans ces lieux Lévis, qui accourait de Montréal.

Il parvint le 17 au quartier général. Il avait déjà fait dire aux commandants sur la frontière occidentale d’envoyer sans délai à l’armée battue les outils, l’artillerie, les munitions de guerre et de bouche qui pouvaient être encore disponibles. Dans une entrevue avec le gouverneur, Lévis représenta qu’il fallait absolument se retourner et rebrousser chemin si l’on voulait mettre fin à la désertion et au désordre ; qu’on devait tout hasarder pour prévenir la perte de Québec : les Anglais n’étaient pas assez nombreux pour investir complètement la ville ou empêcher d’y pénétrer ; on s’approcherait d’eux en profitant des bois du Cap-Rouge, de Sainte-Foye et de Saint-Michel ; pris entre deux feux, ils n’oseraient pas faire un siège, mais viendraient attaquer l’armée française ; si celle-ci était défaite, elle se retirerait vers le haut du Cap-Rouge, après avoir facilité la sortie de la garnison, qui, au moment d’évacuer la ville, livrerait aux flammes les maisons encore debout au milieu des ruines. Lévis dépêcha aussitôt des courriers au commandant de la place. Faute de vivres, le départ de l’armée fut différé jusqu’au lendemain. Comme on savait que la ville en manquait aussi, et que la ration y était réduite à un quarteron de pain, M. de La Rochebeaucour, capitaine de la cavalerie, fut chargé d’y pénétrer avec cent chevaux portant des sacs de biscuits ; il se mit tout de suite en chemin. Le 18 septembre, le corps principal des troupes bivouaqua à la Pointe-aux-Trembles, et Bougainville avec l’avant-garde, sur la rivière du Cap-Rouge.

Lévis prenait la conduite de l’armée au moment où les affaires étaient dans une situation désespérée ; mais c’était un de ces hommes dont les circonstances difficiles font ressortir les talents avec éclat. Il naquit le 23 août 1720 au château d’Ajac, en Languedoc, de l’une des plus anciennes maisons de France. Entré de bonne heure au service, il s’était fait remarquer par sa bravoure et par son activité. En Canada il avait montré un esprit droit, réfléchi, attentif au devoir, et rigide pour la discipline militaire, qualité rare à cette époque dans les armées françaises. « Il était doué par la nature, dit Moreau de Saint-Méry, de cet art heureux qui rend propre à apercevoir les choses sous leur véritable face. Montcalm avait la prudence de l’interroger dans les cas importants. Des réponses simplement exprimées, mais dont l’événement confirmait la sagesse, avaient rendu cette confiance encore plus entière. »

Le 19 septembre, Lévis marcha avec sa petite armée vers la Vieille-Lorette ; et Bougainville se rendit jusqu’à la rivière Saint-Charles à une demi-lieue de Québec, où il apprit que la ville venait de capituler, quoique le commandant eût auparavant reçu l’ordre positif de ne point traiter avec l’ennemi, et qu’il eût promis de s’y conformer. Cette nouvelle parvint au général à Saint-Augustin. Il ne put contenir son indignation, qu’il exprima dans les termes les plus amers. Mais le mal était sans remède.

L’abandon du camp de Beauport avait jeté la désolation dans la ville. Les négociants, qui composaient le corps des officiers de la milice, s’assemblèrent chez M. Daine, lieutenant général de police et maire de Québec, et firent une requête au commandant pour l’engager à capituler. Ramezay, interprétant d’une manière trop large les premières instructions du gouverneur de ne pas attendre l’assaut, eut la faiblesse de consentir à cette demande (18 septembre). Un seul des officiers de la garnison, M. Louis-Jacau de Fiedmond, capitaine de l’artillerie, dont le nom mérite d’être conservé, fut d’avis dans le conseil de guerre, tenu le 15, qu’on se défendît jusqu’à l’extrémité. Quoique la ville manquât de vivres et qu’elle fût prenable d’emblée, l’ennemi n’avait encore rien fait qui pût faire appréhender un assaut, et Ramezay savait que Lévis était près d’arriver.

Les Anglais, en effet, ne songeaient point à emporter Québec par escalade. Immédiatement après la bataille, ils achevèrent les redoutes qu’ils avaient commencées autour de leur camp, et se mirent à élever des ouvrages sur les Buttes-à-Neveu, en face du rempart qu’elles commandaient, afin de le battre en brèche. Il leur fallait encore deux ou trois jours pour terminer ces ouvrages, où ils voulaient placer soixante canons et cinquante-huit mortiers. Aussi virent-ils avec surprise arborer le drapeau blanc. À la vue d’une colonne de troupes en marche vers la ville, et des plus gros vaisseaux de la flotte anglaise qui s’avançaient sur le fleuve, la garnison se crut menacée à la fois du côté de la campagne et du côté du port ; et Ramezay s’empressa de proposer une capitulation le 17 septembre. Townshend en accepta tous les articles, hors le premier, portant que la garnison, avec ses armes et huit pièces de canon, irait rejoindre l’armée française à Jacques-Cartier ; au lieu de quoi il fut convenu que les troupes auraient les honneurs de la guerre et seraient transportées en France. [La garnison comprenait alors vingt-cinq officiers, trois cent quarante-deux soldats, cinq cent cinquante marins et neuf cent quarante-deux miliciens soit au total mille huit cent cinquante-neuf hommes]. Le lendemain, 18, la ville fut remise aux assiégeants, qui furent obligés de fournir six boucauts de biscuit pour la nourriture du peuple, et celle de quatre à cinq cents blessés ou malades dans les hôpitaux, lesquels n’avaient rien eu à manger depuis vingt-quatre heures. Par la capitulation, les habitants conservaient leurs privilèges, leurs biens et le libre exercice de leur religion jusqu’à la paix définitive. Ainsi la faiblesse d’un conseil de guerre, composé d’officiers subalternes, rendit irréparables les suites d’un échec qui aurait pu se réparer.

Malgré la perte de leur capitale qu’ils attribuaient à la trahison, les Canadiens ne désespérèrent point. Quoique Québec eût été détruit par le bombardement ; que les côtes de Beaupré, l’île d’Orléans et, sur la rive droite du fleuve, trente-six lieues de pays, contenant dix-neuf paroisses, eussent été dévastées ; que les habitants de ces campagnes qui avaient perdu leurs maisons, leurs meubles, presque tous leurs bestiaux, dussent, en retournant sur leurs terres avec leurs femmes et leurs enfants, s’y cabaner à la façon des sauvages ; encore qu’un grand nombre de familles, faute de vivres, se vissent obligées d’émigrer vers les Trois-Rivières et Montréal, les Canadiens ne parlèrent point de poser les armes ; ils demandèrent à marcher encore au combat : c’était l’opiniâtreté vendéenne, c’était la détermination indomptable de cette race à laquelle appartiennent une partie des Canadiens, et dont Napoléon appréciait tant la bravoure, le caractère et le dévouement sans bornes.

Québec étant tombé, Lévis ne vit point d’autre parti à prendre pour le moment que de se fortifier sur la rivière Jacques-Cartier, à trente-deux milles de distance, et il s’y rendit en laissant de petits détachements sur quelques points de la route. Il fit bâtir un fort sur la rive droite de cette rivière, qui le couvrait et dont le passage était facile à défendre. [Le major Dumas avec six cents hommes] se tint là jusqu’à la fin de la campagne. Vaudreuil avait transporté le siège du gouvernement à Montréal, où il s’était retiré lui-même. Les Canadiens regagnèrent leurs foyers à la fin d’octobre. Peu de temps après, les troupes vinrent de toutes parts prendre leurs quartiers d’hiver dans les gouvernements de Montréal et des Trois-Rivières. On laissa seulement de petites garnisons dans les postes avancés : au fort Lévis, situé sur une île un peu en aval de la Présentation (Ogdensburg), à la tête des rapides du Saint-Laurent ; à l’île aux Noix, à Saint-Jean et à Jacques-Cartier. Ces positions nous marquent ce qui restait à la France des immenses territoires qu’elle était naguère encore si fière de posséder.

Lévis rejoignit le gouverneur à Montréal le 14 novembre, et tous deux députèrent à Paris avec leurs dépêches le commandant de l’artillerie, le chevalier Le Mercier, pour instruire le roi de la situation des affaires en Canada et lui demander de prompts secours. La flotte anglaise n’était plus dans le fleuve. Le navire sur lequel s’embarqua cet officier passa inaperçu devant Québec et parvint en France sans accident.

Après la capitulation de Québec, les troupes anglaises restèrent campées quelque temps aux environs, en attendant qu’elles eussent le logement dans la ville. Elles ne songèrent pas à pousser leur succès plus loin. Les chefs résolurent de relever ou réparer sans délai cinq cents maisons, et de garder l’armée en garnison jusqu’à la prochaine campagne, hormis trois compagnies de grenadiers de Louisbourg et cinq compagnies de fusiliers et de rangers, qui se rembarquèrent sur la flotte de l’amiral Saunders avec les brigadiers Monckton et Townshend, et firent voile, le 18 octobre, pour les colonies anglaises ou pour l’Angleterre. Le brigadier Murray avait été nommé gouverneur de Québec. Il avait alors sous ses ordres [sept mille trois cent treize hommes, comptant des troupes régulières et des milices provinciales.]

Sitôt qu’il fut établi dans la ville, Murray adressa une proclamation aux Canadiens pour leur représenter l’inutilité d’une plus longue résistance et tous les malheurs qui seraient la suite d’une opiniâtreté devenue sans objet (14 novembre 1759). Onze paroisses environnantes, abandonnées de l’armée française, firent leur soumission. Les maisons avaient été incendiées ; les femmes et les enfants, réfugiés dans les bois que l’hiver allait rendre inhabitables, étaient forcés d’en sortir pour ne point périr de froid et de misère. Les habitants de Miramichi, de Richibouctou et d’autres lieux du golfe Saint-Laurent, subissant la même nécessité, s’étaient déjà rendus au commandant anglais du fort Cumberland, situé dans l’isthme de l’Acadie.

Le général Amherst, [qui avait voulu pousser au nord du lac Champlain, s’était vu forcé par les vents furieux, de revenir à Crown Point. Il y avait mis ses troupes en quartiers d’hiver,] ainsi qu’au fort Carillon, dont il avait relevé les ruines et changé le nom pour celui de Ticonderoga.

Voilà, en somme, quels furent les résultats de la campagne de 1759. Les Français se trouvèrent coupés de la mer et resserrés entre Québec, le lac Champlain et le lac Ontario. Ils manquaient de soldats, d’argent et de munitions de guerre et de bouche. Les deux principales armées de l’invasion n’étaient plus qu’à soixante-dix lieues environ l’une de l’autre ; elles allaient tomber sur le centre du pays, le printemps suivant, avec un grand accroissement de forces. Quant au Détroit et aux autres postes supérieurs, ils étaient encore, il est vrai, au pouvoir des Français ; mais, après la perte de Frontenac, ils ne devaient plus attendre de secours que de la Louisiane, qui devint dès lors leur seul point d’appui, et le seul refuge possible pour leurs garnisons en cas de malheur.

Bibliographie


À la bibliographie précédente on joindra les sources et les ouvrages suivants : John Knox, Historical Journal, edit. by A. G. Doughty, Publication of The Champlain Society, Toronto, 1916, 3 vols. – Journal tenu par un officier de l’armée de Montcalm... dans Mémoires Soc. litt. et hist. de Québec, 1861. – Journal du siège de Québec, par Jean-Claude Panet, ibid., 1868-1875. – Journal de Foligné, dans Doughty, cité plus bas, tome IV. – W. Wood, The Logs of the Conquest of Canada, Pubs. of the Champ. Soc. Toronto 1909. – Lettres du chevalier de Lévis, Coll. Lévis. – Journal de M. Jean-Félix Recher, curé de Québec, dans Bull. des recherches historiques, 1903. – A. G. Doughty and G. W. Parmalee, The siege of Québec and the battle of the plains of Abraham, Québec, 1901, 6 vol. – Sir Thomas Chapais, Montcalm, Québec, 1911. Pour les détails sur la bataille d’Abraham et sur les derniers moments de Montcalm, on recourra au témoignage de son aide de camp : Johnstone, Dialogue in Hades between Wolfe and Montcalm, dans les Mémoires de la Soc. littéraire et historique de Québec, 2e série, et en français dans le Marquis de Montcalm par le R. P. Félix Martin, S. J. Paris, 4e édit. 1898.

Table des matières


Livre huitième (suite)

II – Louisbourg.

III – Commission des frontières.

Livre neuvième

I – Guerre de Sept Ans.

II – Prise d’Oswégo et de William-Henry.

III – Bataille de Carillon.

Livre dixième

I – Victoire de Montmorency et première bataille d’Abraham.

Cet ouvrage est le 84e publié

dans la collection Littérature québécoise

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

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