Littérature québécoise





titreLittérature québécoise
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(Mémoire sur les colonies de la France dans l’Amérique septentrionale).

Il ne vécut pas assez longtemps pour voir tous les malheurs qu’il redoutait. En 1756, ayant conduit à Minorque un corps de troupes qui allait assiéger Port-Mahon, il fut attaqué dans les eaux de l’île par une escadre de secours, aux ordres de l’amiral Byng, et, après une brillante action, il forçait les Anglais de fuir devant lui. [Il mourut au mois d’octobre la même année, à Nemours, en se rendant auprès du roi à Fontainebleau. Tant de services rendus à la France par La Galissonnière, ajoutés à sa propre valeur et à ses travaux remarquables sur l’histoire naturelle lui avaient mérité d’être nommé successivement lieutenant général des armées de mer, membre de l’Académie des sciences et commandeur de l’ordre de Saint-Louis].

Les plans de La Galissonnière pour la conservation du Canada auraient pu s’exécuter avec de l’énergie ; mais ils parurent d’une trop grande hardiesse à son successeur. La Jonquière, attendant peut-être peu de choses de la Cour, ne crut pas devoir les suivre tous, particulièrement ceux qui avaient trait à l’Acadie, de peur de donner de l’ombrage à l’Angleterre, car des commissaires venaient d’être nommés pour régler les différends entre les deux nations. Sa prudence néanmoins fut taxée à Paris de timidité, et l’ordre lui fut transmis de ne point abandonner les pays dont la France avait toujours été en possession. Le chevalier de La Corne, qui commandait à la frontière acadienne, fut chargé de choisir un endroit en deçà de la péninsule, pour s’y fortifier et y recevoir les Acadiens. Il choisit Chipody, au nord de la baie de Fundy, entre la baie de Chignecto et la baie Verte sur le golfe Saint-Laurent. Le nouveau gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Cornwallis, prétendant que son gouvernement, outre la péninsule, comprenait l’isthme et la côte septentrionale de la baie de Fundy avec la rivière Saint-Jean, fit partir le major Lawrence [avec quatre cents hommes] au printemps de 1750, pour en chasser les Français et les sauvages, et pour saisir les navires qui apportaient des vivres de Québec aux Acadiens réfugiés. À l’approche des Anglais, des Micmacs et quelques habitants de Beaubassin, encouragés par leur missionnaire, l’abbé Le Loutre, mirent le feu au village ; puis les Français se retirèrent, avec leurs femmes et leurs enfants, derrière la petite rivière Massagouerche qui se jette dans la baie de Chignecto. (Lettre de Jacques Prévost, commissaire ordonnateur à Louisbourg, au ministre de la marine Rouillé, 22 juillet 1750.) Jamais on n’avait vu des colons montrer un pareil dévouement à leur métropole. Le chevalier de La Corne, [secondé par Boishébert], s’avança avec son détachement, et planta le drapeau français sur la rive droite de la rivière, déclarant au major Lawrence qu’il avait ordre d’en défendre le passage jusqu’à ce que la question des limites eût été décidée. À cette déclaration, Lawrence retourna à Beaubassin. Sur les ruines encore fumantes du village, il éleva un fort qui reçut son nom, et en fit commencer un second aux Mines. Les Français pour marquer la frontière se fortifièrent de leur côté à Beauséjour (aujourd’hui Cumberland), aux Gaspareaux dans la baie Verte, et sur la rivière Saint-Jean. Alors chacun resta en position, l’arme au bras, attendant le résultat des conférences de Paris. (La Jonquière à Rouillé, 3 octobre 1750).

En 1750, lord Albemarle était ambassadeur auprès de la France. Il se plaignit au marquis de Puyzieulx, ministre des Affaires étrangères, des empiétements des Français en Acadie. Il lui fut répondu que Chipody, situé hors de la péninsule, était sur le territoire canadien, ainsi que la rivière Saint-Jean ; et que les habitants ayant été menacés par les Anglais, La Jonquière, qui n’avait encore reçu aucune instruction de la Cour, avait cru devoir envoyer des forces pour les protéger. Le 7 juillet, le même ambassadeur renouvela ses représentations. Les Français avaient envahi, dit-il, toute cette partie de la Nouvelle-Écosse qui était entre les rivières Chignecto et Saint-Jean ; ils avaient brûlé Beaubassin, avaient emmené ses habitants et en avaient formé une compagnie, après les avoir armés ; enfin, le chevalier de La Corne et l’abbé Le Loutre incitaient les autres Acadiens à abandonner leur pays, tantôt au moyen de promesses, tantôt en leur faisant craindre un massacre général par les Anglais. Il affirma que le gouverneur Cornwallis n’avait point fait d’établissement au delà des limites de la Nouvelle-Écosse ; et il demanda que la conduite de M. de La Jonquière fût désavouée ; que ses troupes sortissent du territoire anglais, enfin que les dommages causés par elles fussent réparés. Le ministre de la marine Rouillé écrivit aussitôt à ce gouverneur qu’il voulait avoir des renseignements précis sur ce qui s’était passé. « S’il y avait des Français, disait le ministre, qui se fussent rendus coupables des excès qui font l’objet de ces plaintes, ils mériteraient punition, et le roi en ferait un exemple » (11 juillet). Au mois de septembre, on remit à lord Albemarle une réponse aux plaintes graves de l’Angleterre ; elle contenait la relation des mouvements du major Lawrence et de La Corne. En 1751, ce fut au cabinet de Versailles à se plaindre. Des vaisseaux anglais avaient enlevé jusque dans le fond du golfe Saint-Laurent plusieurs petits navires qui portaient des vivres aux troupes françaises stationnées sur la baie de Fundy. Mais la Cour de Londres n’ayant donné aucune satisfaction de ces insultes, La Jonquière par représailles fit saisir à l’île Royale et confisquer trois ou quatre bâtiments anglais. (La Jonquière à Rouillé, 1er mai 1751).

En 1749, il y avait déjà plus de trois mille Acadiens dans l’île Saint-Jean et sur la terre ferme, le long du golfe Saint-Laurent et de la côte septentrionale de la baie de Fundy. Le manque de récoltes, les accidents de la guerre laissèrent ces malheureux en proie à une extrême misère ; car la disette régna dès lors parmi eux jusqu’à la conquête du Canada, sans, cependant, arrêter le cours de l’émigration. L’arrivée à Chibouctou de deux mille cinquante colons de la Grande-Bretagne, qui y fondèrent la ville d’Halifax en 1749, sembla au contraire raffermir davantage les familles dans la pensée de quitter l’Acadie. On en vit se diriger vers Québec, vers Madawaska, vers tous les lieux qu’on leur indiquait, pourvu qu’elles n’y fussent pas sous la domination anglaise. Cette fuite extraordinaire accusait les vexations et l’injustice du gouvernement anglais ou de ses agents. Aussi en éprouva-t-il un profond ressentiment dont les Acadiens restés dans la péninsule eurent à souffrir, et qui influa sur ses dispositions à la guerre.

Tant de difficultés avaient engagé les deux Cours à nommer la commission dont il était parlé dans le traité d’Aix-la-Chapelle. Ce fut la France qui prit l’initiative. Ses craintes avaient été éveillées par le bruit de préparatifs dans la Grande-Bretagne et par les débats du Parlement anglais à l’occasion d’un plan pour faire la traite dans les contrées au midi de la baie d’Hudson, et pour porter les frontières vers le nord, dans l’intérieur du Canada. La Cour de Versailles fit remettre à celle de Londres, en juin 1749, un mémoire dans lequel elle exposait ses droits sur les territoires contestés, et proposait de fixer à l’amiable les limites des colonies des deux nations. Cette proposition fut aussitôt acceptée. La commission s’assembla à Paris ; elle se composait de MM. Shirley et Mildmay, représentant l’Angleterre, et de MM. de La Galissonnière et de Silhouette, représentant la France. Shirley avait été gouverneur en Amérique, ainsi que La Galissonnière. Outre la frontière acadienne, les commissaires avaient encore des intérêts à régler touchant quatre des îles Caraïbes ou Petites Antilles : Sainte-Lucie, la Dominique, Saint-Vincent et Tabago, dont les deux puissances se disputaient la propriété.

Il avait été convenu, en formant cette commission mixte, que le statu quo serait maintenu dans les pays sur le sort desquels elle avait à se prononcer. (Mémoire de Choiseul, déjà cité). Les mouvements du chevalier de La Corne et du major Lawrence, la construction de forts à l’isthme de l’Acadie, tout cela fut regardé comme des violations des traités. Les deux Cours protestèrent qu’elles avaient un désir sincère de conserver la paix, et promirent que leurs gouverneurs recevraient l’ordre de ne plus entreprendre rien de semblable et de cesser toute espèce d’hostilité.

Les commissaires exposèrent longuement les prétentions de leurs pays. La Grande-Bretagne, on l’a vu, réclamait toute la région située entre le fleuve et le golfe Saint-Laurent, l’Atlantique et une ligne droite tirée de l’embouchure du Kennebec vers le nord jusqu’au Saint-Laurent. À l’inverse, la France, ne lui laissant pas même la presqu’île acadienne tout entière, réclamait le littoral de la baie de Fundy, moins la ville de Port-Royal (Annapolis), cédée nommément par le traité de 1713. Si l’on jette les yeux sur une carte géographique, on verra combien étaient opposées les prétentions des deux peuples. Outre la Nouvelle-Écosse actuelle, les contrées que demandait l’Angleterre comprennent aujourd’hui la plus grande partie de l’État de Maine, tout le Nouveau-Brunswick, une portion considérable du Québec, et le Cap-Breton avec les îles adjacentes. Après la déclaration de prétentions si contraires, on dut conserver peu d’espoir d’un accommodement. Les deux puissances énumérèrent les titres sur lesquels elles se fondaient. Elles fouillèrent dans l’histoire de l’Acadie et du Canada jusqu’à leur origine ; elles citèrent une foule de documents ; elles apportèrent des preuves nombreuses. Chacune défendit sa cause avec habileté, mais ne put convaincre sa partie adverse ; et les deux cabinets restèrent à peu près dans la position qu’ils avaient prise tout d’abord. Pendant cinq ans, la commission tint à Paris des conférences tantôt animées, tantôt languissantes. Il n’en résulta que trois gros volumes de mémoires et de pièces justificatives, et la guerre ne fut pas retardée d’un instant, lorsque l’Angleterre se crut prête.

Si les mouvements contre la paix avaient cessé vers la baie de Fundy, pendant qu’à Paris les commissaires travaillaient au règlement des frontières, les Anglais avaient continué leurs empiétements dans la vallée de l’Ohio. Tandis que l’on pensait en Europe que la guerre pourrait être occasionnée par l’Acadie, elle recommença au sujet des limites vers le Mississipi.

La Jonquière suivait, sur les instructions de sa Cour, le plan que La Galissonnière avait tracé pour empêcher les Anglais de pénétrer dans l’Ohio. Malgré les protestations et les avertissements, le Maryland et la Pennsylvanie permettaient toujours à leurs traitants d’aller à l’ouest des Appalaches, où ils excitaient les sauvages contre les Français, et leur distribuaient des armes, des munitions et des présents. En 1750, trois de ces traitants furent arrêtés et conduits à Montréal. Par représailles, les Anglais saisirent trois Français, et les emmenèrent dans la Pennsylvanie. Ces actes donnèrent lieu à une correspondance entre Québec et New-York (1751).

Pendant que les sauvages de l’Ohio prêtaient l’oreille aux inspirations haineuses des Anglo-Américains, les Cinq-Nations entendaient les conseils des Français, qui s’étaient encore rapprochés d’elles en s’établissant à la Présentation. Philippe-Thomas de Joncaire, fils de celui qui avait établi le poste de Niagara, fut chargé d’aller résider au milieu de leurs tribus (1750). Le dessein des Anglais, en s’avançant dans la contrée de l’Ohio, était d’y pousser les peuplades à en chasser les Français. Et le but de ces derniers, en se rapprochant du territoire des Cinq-Nations, était d’engager les Iroquois à garder la neutralité en cas de guerre ; car on ne se flattait pas qu’ils consentiraient à prendre les armes contre leurs anciens alliés.

Ce qui se passait en Amérique et en Europe laissait donc peu d’espoir d’un dénouement pacifique. Il se publiait déjà des écrits à Londres pour conseiller au gouvernement de s’emparer des colonies françaises avant que la France eût relevé sa marine. En 1751, et à sa demande, La Jonquière reçut à Québec des munitions de guerre, des troupes de marine et des recrues destinées à remplacer les vieux soldats. Il fit renforcer la garnison à Détroit, entrepôt des postes du sud, et envoya Louis Coulon de Villiers commander dans la région des lacs, d’où l’on écrivait que les nations méridionales se déclaraient pour les Anglais. (Mémoire sur les affaires du Canada, 1749-1760).

Le gouvernement du marquis de La Jonquière touchait alors à son terme. Ses dernières années furent troublées par de mesquines querelles avec les Jésuites. [Trois demoiselles Desauniers avaient ouvert une maison au saut Saint-Louis où elles exerçaient un commerce fructueux]. On accusait les Pères de la Compagnie de Jésus, chargés de la mission des Iroquois, de faire la traite sous le nom de ces demoiselles, et de vendre leur castor aux Anglais d’Albany. [La Jonquière avait aussitôt pris parti contre les religieux. Au vrai, tout cela était pure calomnie, affirme le P. Camille de Rochemonteix. (Les Jésuites et la Nouvelle-France au XVIIIe siècle, tome II, chap. VI). Depuis vingt ans que les demoiselles Desauniers tenaient magasin au saut Saint-Louis, aucun des gouverneurs n’avait soupçonné les Pères de participer à leur négoce. La Jonquière n’en persistait pas moins à inculper ces derniers. Et l’on peut croire qu’il s’était particulièrement mépris sur la conduite du P. Jean-Baptiste Tournois, supérieur de la mission, qu’il avait pris pour cible. Toujours est-il que] le directeur de la Compagnie des Indes occidentales s’était plaint de ce qu’il regardait comme une violation de son privilège. Il fut défendu aux demoiselles Desauniers de continuer leur trafic. Elles réclamèrent. À la fin, sur un ordre de la Cour, La Jonquière fit fermer le comptoir du saut Saint-Louis. (Mémoire sur les affaires du Canada de 1749 à 1760. La Jonquière à Rouillé, 25 juillet 1750. Requête des Dlles Desauniers... 1751).

La Jonquière ne tarda point à être en butte à la vengeance de ceux qu’il avait offensés. On écrivit contre lui aux ministres ; on l’accusa de s’être emparé du commerce autour des Lacs ; de faire tyranniser les marchands par son secrétaire Saint-Sauveur, auquel il avait livré la vente exclusive de l’eau-de-vie chez les sauvages ; de donner les meilleurs postes à ses associés et à ses favoris. Les trafiquants, qui n’auraient pas osé prendre l’initiative, appuyèrent ces accusations. Tant de plaintes lui attirèrent les reproches de la Cour. Dans sa réponse il affecta de garder le silence sur ce qui en était le sujet, tandis qu’il donnait un assez pompeux détail de ses services, insinuait que l’État lui était encore redevable, malgré les honneurs et les richesses dont il en avait été comblé, et demandait son rappel. Mais, intérieurement miné par ses chagrins, ses blessures se rouvrirent, et il expira à Québec le 17 mars 1752, à l’âge de soixante-sept ans. Il fut enterré dans l’église des Récollets, entre Frontenac et Vaudreuil.

La France perdit beaucoup par sa mort ; car c’était un de ses plus habiles marins. Il était doué de cette inébranlable constance à la guerre, d’autant plus utile à sa patrie qu’elle luttait alors avec des forces inégales sur l’océan. C’était un homme de haute taille, bien fait de sa personne, d’un air imposant, d’un bouillant courage ; mais il était peu instruit.

Le gouverneur de Montréal, Charles Le Moyne, second baron de Longueuil, administra par intérim la colonie jusqu’à l’arrivée de Ange de Menneville, marquis de Duquesne. [Il était né à Toulon en 1702. À la suite de plusieurs campagnes et d’engagements sur mer où il s’était signalé, il fut promu capitaine de vaisseau et peu après chevalier de Saint-Louis. Ses provisions de gouverneur général de la Nouvelle-France sont du 1er janvier 1752. Il parvint à Québec au cours de l’été suivant. Petit neveu d’Abraham Duquesne,] le grand amiral de Louis XIV, il avait été recommandé au roi par La Galissonnière. Ses instructions du 15 mai portaient de tenir la même conduite que ses prédécesseurs à l’égard des colonies anglaises. La guerre devenait de plus en plus imminente. La milice canadienne fut organisée et exercée. La discipline militaire était fort relâchée. Duquesne s’efforça de la raffermir. Il écrivit aux ministres que, parmi les troupes, mal composées, il y avait de nombreuses désertions. « Leur indiscipline, disait-il, provient de l’impunité dans les cas les plus griefs. » En quelques mois il transforma ces mauvais soldats en troupes dociles et pleines d’ardeur.

Ces réformes rencontrèrent une violente opposition à laquelle prit part l’intendant Bigot, comme s’il devait être de tout ce qui nous était funeste. Il adressait au ministre Rouillé les plaintes les plus acerbes contre le gouverneur. « Le marquis Duquesne, disait-il, bannit de la colonie, chasse sans procès, sans enquête et sans prendre l’avis de l’intendant. » Bigot parle de deux miliciens qui se sont mutinés ; le gouverneur les a mis sept mois au cachot et les a bannis. Pour ceux-là, comme la cause de leur punition est militaire, Bigot déclare qu’il se résigne ; mais Duquesne a exilé un colon de Détroit pour avoir traité avec les sauvages malgré la défense du commandant du poste ; Bigot déplore un acte pareil. « On abuse des milices, dit-il encore ; on ne peut cultiver les terres, parce que les colons sont toujours sous les armes » (28 août 1753).

Au printemps de 1753, Duquesne envoya [quinze cents Canadiens et sauvages,] dans la vallée de l’Ohio, [sous les ordres de Marin, puis de Le Gardeur de Saint-Pierre]. Les Anglais se mirent aussi en mouvement, et s’avancèrent au delà des monts. Les sauvages, sollicités par les deux partis, ne savaient que faire. Ils étaient surpris, troublés de voir arriver de toutes parts des soldats, de l’artillerie, des munitions, au milieu de leurs forêts jusque-là silencieuses. Les Français construisirent le fort de la Presqu’île au sud-est du lac Érié, et celui de [Le Bœuf, sur la rivière aux Bœufs (aujourd’hui French Creek). C’est à ce moment que les Miamis, les Sakis, les Poutewatomis, les Chippewas, dans un élan unanime, se rangèrent du côté de la France]. Au même temps, le gouverneur de la Virginie, Robert Dinwiddie, qui se préparait à prendre position sur l’Ohio, leur signifia qu’étant là dans une dépendance de sa province, ils eussent à se retirer. Mais, peu après, Pecaudy de Contrecœur, commandant sur cette rivière, [envoya Le Mercier (16 avril)] chasser un détachement de miliciens anglais, occupé à faire des retranchements sur une langue de terre, au confluent de la Monongahéla et de l’Alléghany, à vingt lieues environ des Appalaches ; dans le même endroit il éleva le fort Duquesne, aujourd’hui Pittsburg, dans la Pennsylvanie (1754). Aux premiers bruits du mouvement des Virginiens, on avait mis plusieurs barques sur les chantiers aux lacs Érié et Ontario pour le service des transports. Et le marquis Duquesne avait demandé à M. de Kerlérec, gouverneur de la Louisiane, de gagner par des présents les tribus du Mississipi à joindre leurs forces à celles des Français sur l’Ohio.

Au milieu de ces préparatifs, Contrecœur reçut la nouvelle que [trois cents miliciens anglais] marchaient à lui sous le commandement du lieutenant-colonel George Washington, [alors âgé de vingt-deux ans.] Il chargea aussitôt Joseph Coulon de Villiers dit de Jumonville d’aller « le sommer de se retirer, attendu qu’il était sur le territoire français ». Ce jeune officier partit avec une escorte de trente-quatre hommes. Contrecœur lui avait recommandé de se tenir en garde, car il y avait de l’agitation dans les tribus sauvages, et leurs guerriers ne respiraient que la guerre. Il choisissait, en conséquence, ses campements de nuit avec précaution. Le 27 mai (1754) au soir, il s’arrêta dans un vallon profond et obscur. Des sauvages ennemis le découvrirent et allèrent en informer Washington, qui était dans le voisinage avec ses troupes. Celui-ci, [suivi de quarante hommes,] marcha sous une pluie battante toute la nuit, à travers les bois, pour surprendre les Français. À la pointe du jour, il les attaqua précipitamment. Jumonville fut tué avec neuf des siens ; [vingt-deux restèrent prisonniers. De leur côté, les Anglais perdirent un homme et eurent deux blessés]. Les Français prétendent que ce parlementaire fit signe qu’il était porteur d’une lettre de son commandant ; que la fusillade alors cessa un instant, et qu’après qu’il eut commencé la lecture de la sommation, les assaillants se remirent à tirer. Washington par contre affirme qu’il était à la tête de la colonne ; qu’à sa vue les Français coururent aux armes ; et qu’il est faux que Jumonville ait fait connaître son caractère. Il est probable qu’il y a du vrai dans les deux versions, mais que l’attaque fut si soudaine qu’on ne put rien démêler. Washington n’avançait, pour ainsi dire, qu’en tremblant d’être lui-même surpris, et il voulait prévenir tout péril, fût-ce au risque de combattre des fantômes. Ce n’est que de cette manière que l’on peut expliquer pourquoi il montra cette ardeur à surprendre Jumonville au point du jour. La mort de Jumonville ne causa point la guerre en Amérique ; celle-ci était déjà décidée, mais elle l’accéléra. Washington continua son chemin ; il alla bâtir le fort Necessity, sur la Monongahéla, [à trois lieues au-dessus du fort Duquesne,] et y attendit de nouvelles troupes pour assiéger ce fort.

En apprenant la mort tragique de Jumonville, Contrecœur résolut de la venger. Il donna six cents Canadiens et cent sauvages au frère de la victime, Louis de Villiers, [surnommé le Grand Villiers,] qui se mit aussitôt en marche. Villiers trouva sur le lieu où l’action s’était déroulée, les cadavres de quelques Français. Les Anglais étaient dans la plaine ; ils se replièrent et s’enfermèrent, au nombre de cinq cents, dans les ouvrages de leur fort, qu’ils avaient garni de dix canons. Ce fort était dans une clairière. Villiers attaqua en plein jour et à découvert. Les Canadiens éteignirent le feu des batteries anglaises avec leur seule mousqueterie ; et, après neuf heures de combat, Washington capitula pour éviter un assaut (3 juillet 1754). Les Anglais s’engagèrent à sortir du territoire contesté. (Journal de la campagne de M. de Villiers, 6 sept. 1754. Relation de ce qui s’est passé le 3 juillet 1754, au fort Nécessité).

Tels sont les humbles exploits par lesquels le futur conquérant des libertés américaines commença sa carrière. Les vainqueurs, après avoir rasé le fort et brisé les canons, se retirèrent. La guerre était plus inévitable que jamais, quoiqu’on parlât toujours de paix. La victoire de Villiers fut le premier acte de ce grand drame de vingt-neuf ans, dans lequel la France et l’Angleterre devaient subir de si terribles échecs en Amérique.

Que faisait alors la commission des frontières à Paris ? Tandis « que toutes les colonies anglaises, dit le duc de Choiseul, se mettaient en mouvement pour exécuter le plan de l’invasion générale du Canada, formé et arrêté à Londres, les commissaires britanniques ne paraissaient s’occuper que du soin de concourir avec ceux du roi à un plan de conciliation ». Les ministres français, cependant, ne pouvaient être la dupe de cette politique. Ils avaient remarqué l’obstination des Anglais à vouloir pénétrer dans la vallée de l’Ohio. C’est pourquoi ils avaient eux-mêmes ordonné, en 1742 et 1743, d’y faire passer des troupes et d’établir une chaîne de forts, depuis le lac Érié jusqu’à cette rivière, et, en 1754, de rejeter les milices virginiennes au delà des Appalaches. Mais le gouvernement français, dans son état de décrépitude, ne tentait plus que de faibles efforts. Le plus grave sujet d’inquiétude pour le cabinet de Versailles était les finances. Le trésor était vide. Déjà depuis plusieurs années les ministres murmuraient contre les dépenses du Canada. Quand il fallut pourvoir aux préparatifs de la guerre, ils éclatèrent en reproches. Chaque navire apportait des réprimandes à l’intendant au sujet des dépenses excessives ; mais peu ou point de soldats pour la défense du pays, quoique la mort de Jumonville et la capitulation de Washington eussent fait sensation en Europe. Le peuple français, exclu des affaires publiques par la nature de son gouvernement, et bercé de l’espérance d’une longue paix, dut aussi se désabuser. Il fallait encore en venir à la guerre. Dès 1753, l’Angleterre avait invité ses colonies à se concerter pour leur commune et mutuelle défense. Sept gouverneurs avec des délégués provinciaux s’assemblèrent à Albany (19 juin 1754). Ils renouvelèrent l’alliance avec les Iroquois. Ensuite ils votèrent un projet d’union fédérale entre les treize colonies, pour que l’argent et les forces des diverses provinces fussent employés selon une juste proportion contre l’ennemi commun. Le gouvernement général de la confédération devait se composer d’un président nommé par la Couronne, et d’un conseil choisi par les assemblées coloniales. Le président serait investi de la puissance exécutive, et exercerait la puissance législative concurremment avec le conseil. Il aurait le pouvoir de faire la guerre et la paix avec les sauvages, de lever des troupes, de fortifier les villes, d’imposer, avec l’agrément du roi, des contributions, enfin de nommer les officiers civils et militaires. Ce grand projet prématuré fut rejeté à la fois par les colonies et la Couronne, pour des motifs différents : par les colonies, parce qu’il donnait trop d’autorité au président, et par la Couronne, parce qu’il en donnait trop aux représentants du peuple. Comme nous l’avons dit ailleurs, les guerres contre le Canada tendaient à réunir ensemble les provinces anglaises, et à les accoutumer ainsi insensiblement à regarder le gouvernement fédéral comme le meilleur pour elles. Le projet adopté par la convention ayant été mal accueilli, il fut résolu de faire la guerre avec les troupes régulières de la métropole, auxquelles les troupes coloniales serviraient d’auxiliaires. En même temps, les colonies votèrent des subsides et levèrent des milices. L’Angleterre [fit parvenir 10 000 livres sterling à ses possessions américaines ; elle leur donna, en outre, deux régiments de cinq cents hommes de troupes régulières, sous le commandement en chef du major-général Edward Braddock] qui avait servi avec honneur sous le duc de Cumberland dans les guerres de l’Europe. Braddock reçut du vaincu de Fontenoy un plan complet d’opérations contre le Canada (25 novembre 1754).

Les troupes régulières, rassemblées en Irlande, s’embarquèrent à la mi-janvier 1755 dans une flotte commandée par l’amiral Augustus Keppel, chargé de seconder sur mer la campagne qui se ferait sur terre. Braddock tint, à son arrivée en Virginie, une conférence avec les gouverneurs des provinces. Il y fut arrêté qu’il irait en personne avec les troupes réglées s’emparer du fort Duquesne et de toute la vallée de l’Ohio dont ce fort était la clef ; que le gouverneur William Shirley, du Massachusetts, [et William Pepperrell, avec deux régiments de troupes provinciales,] attaqueraient Niagara qui était, à leurs yeux, le poste militaire le plus important sur les Lacs ; qu’un troisième corps, fourni par les provinces septentrionales et conduit par le colonel William Johnson, tomberait sur le fort Saint-Frédéric (Crown Point, sur le lac Champlain) ; enfin que le lieutenant-colonel Robert Monckton, avec des milices du Massachusetts, prendrait Beauséjour et le fort des Gaspareaux, dans l’isthme de l’Acadie. Ce plan accepté, il ne restait plus qu’à surprendre le Canada en précipitant l’invasion.

Mais la France, on l’a vu, n’était pas demeurée tout à fait inactive en présence de ces préparatifs. Depuis longtemps, le langage des journaux et les discours prononcés dans les Chambres lui faisaient assez connaître l’opinion publique en Angleterre. On savait que cette opinion était puissante à Londres, et qu’elle exerçait aussi une grande influence sur le gouvernement. [Une escadre française de dix-huit vaisseaux, dont onze armés en flûte, fut préparée à Brest et à Rochefort, et mise] sous le commandement de l’amiral Du Bois de La Motte. On y embarqua six bataillons [tirés des régiments de La Reine, Artois, Languedoc, Bourgogne, Béarn et Guyenne,] environ trois mille hommes ; deux de ces bataillons devaient être laissés à Louisbourg, et les autres, transportés en Canada. Le maréchal de camp, baron de Dieskau, qui s’était distingué dans les armées françaises, sous le maréchal de Saxe, les commandait. Il avait pour colonel d’infanterie M. de Rostaing, et pour aide major général le chevalier de Montreuil (1er avril 1755).

Duquesne demanda son rappel pour rentrer dans la marine. Son départ ne causa aucun regret, quoiqu’il eût conduit assez heureusement les affaires publiques et pourvu avec sagesse aux besoins de la colonie. Son caractère hautain l’avait empêché de devenir populaire : ce défaut est encore plus sensible en Amérique qu’en Europe à cause de l’égalité plus grande des rangs. Avant son départ il eût voulu rallier les Iroquois et il tint à Montréal (octobre 1754) un conseil, où vinrent de leurs guerriers [ainsi que des sauvages alliés à la France. Ceux-ci parlèrent aux Cinq-Nations en ces termes :] « Nous avons su que, dans des conseils secrets, en présence de sept gouverneurs, vous aviez trahi la cause du roi de France en vous laissant entraîner, par les mauvais avis des Anglais, jusqu’à vous défaire en leur faveur de l’Ohio, malgré les titres de la France à sa possession. Ignorez-vous quelle différence il y a entre notre Père (le roi de France) et le roi d’Angleterre ? Allez voir les forts que notre Père a établis, et vous y verrez que la terre sous les murs est encore un lieu de chasse, ne s’étant placé dans ces endroits que nous fréquentons que pour nous y faciliter nos besoins ; l’Anglais, au contraire, n’est pas plutôt en possession d’une terre que le gibier est forcé de déserter, les bois tombent devant lui, la terre se découvre, et nous y trouvons à peine de quoi nous mettre la nuit à l’abri. » (Duquesne à Rouillé, 31 octobre 1754). Le marquis Duquesne avait jugé là en peu de mots la marche des deux colonies.

Il fut remplacé par Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil-Cavagnal, [dont la commission est du 1er janvier 1755. Il était le quatrième fils de l’ancien gouverneur, le marquis de Vaudreuil, successeur de Callières. Il vit le jour à Québec le 22 novembre 1698. Entré de bonne heure dans la marine et passé plus tard dans l’armée, il devint capitaine de vaisseau et ensuite major des troupes. Il reçut, jeune encore, la croix de Saint-Louis. En 1733, il avait été nommé gouverneur des Trois-Rivières], et il était, depuis 1742, gouverneur de la Louisiane. [Son père disait de lui : « Le sieur de Cavagnal est attaché au service et en état de servir partout où il lui sera ordonné. Il est fort réglé dans sa conduite et n’a aucune mauvaise qualité. »] Le nouveau gouverneur arriva de France le 23 juin 1755 en compagnie du baron de Dieskau, sur les vaisseaux de Dubois de La Motte. Il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie par les Canadiens, qui avaient fait demander au roi de le placer à leur tête. Ils accoururent au-devant de lui dans l’espoir qu’il allait faire succéder à une situation incertaine ces jours heureux que leur rappelait le gouvernement de son père.

L’amiral Du Bois de La Motte n’avait pris la mer à Brest que le 3 mai, ou plus de trois mois après Braddock, avec les renforts, les munitions, le matériel de guerre, tout le secours destiné au Canada. Ici il est nécessaire de souligner les dates. Le cabinet de Londres résolut de faire intercepter cette escadre par l’amiral Edward Boscawen, qui fit voile de Plymouth le 27 avril.

Dans le temps même où ces divers mouvements avaient lieu, la diplomatie chercha à se ressaisir d’une affaire qui devait évidemment se décider par les armes. Le 15 janvier (1755), l’ambassadeur français, duc de Mirepoix, avait remis à la Cour de George II une note pour demander que toute hostilité entre les deux nations fût défendue ; que les choses, dans la vallée de l’Ohio, fussent rétablies en l’état où elles étaient avant la dernière guerre, et les prétentions des deux Couronnes sur ce territoire déférées à la commission ; enfin que, pour dissiper l’inquiétude, le cabinet de Londres s’expliquât sur la destination et les motifs de l’armement qui s’était fait en Irlande.

Le gouvernement anglais répondit le 22 janvier. Il voulait que la possession du territoire de l’Ohio et des autres territoires contestés fût préalablement remise au point où elle était avant le traité d’Utrecht. C’était avancer de nouvelles prétentions et reculer du traité d’Aix-la-Chapelle au traité de 1713. Quant à l’armement, il déclara qu’il n’avait pas été fait pour porter atteinte à la paix générale, mais uniquement pour protéger les possessions anglaises en Amérique. Mirepoix écrivit une seconde fois (6 février). Il proposa de suivre le traité d’Aix-la-Chapelle, et demanda que l’Angleterre, conformément à ce traité, instruisit la commission établie à Paris de ses prétentions et des titres sur lesquels elle les appuyait.

Quelque temps après, la France modifia encore ses propositions, et consentit à ce que les deux nations évacuassent le pays situé entre l’Ohio et les Appalaches. C’était donner les mains à la condition que le ministère anglais avait voulu imposer le 22 janvier. Elle ne doutait point que cela ne fût accepté, d’autant que le cabinet de Saint-James avait renouvelé à Mirepoix l’assurance que les armements faits en Irlande et la flotte qui en était partie, avaient principalement pour objet de maintenir la subordination et le bon ordre dans les colonies anglaises. Mais ce cabinet formula alors de nouvelles volontés, comme s’il eût craint un accommodement ; et le 7 mars il fit remettre un projet portant : 1° que non seulement les forts situés entre les monts Appalaches et l’Ohio seraient détruits, mais aussi tous les établissements français à la droite de l’Ohio jusqu’à la rivière Wabash ; 2° que les forts Niagara et Saint-Frédéric seraient rasés, et que les lacs Ontario, Érié et Champlain n’appartiendraient à personne, tout en étant ouverts aux sujets de l’une et de l’autre Couronne, qui pourraient y commercer librement ; 3° qu’on abandonnerait définitivement à l’Angleterre, outre la partie disputée de la presqu’île acadienne, une zone de vingt lieues, du sud au nord, entre la rivière Penobscot et le golfe Saint-Laurent ; 4° enfin, que toute la rive méridionale du fleuve Saint-Laurent serait réputée territoire neutre et resterait inhabitée.

À ces conditions, l’Angleterre voulait bien confier aux commissaires des deux puissances la décision de ses autres prétentions. C’était une véritable déclaration de guerre, car la Cour de Versailles ne pouvait accepter des conditions qui équivalaient à la perte du Canada, et qui l’eussent déshonorée aux yeux du monde entier. Aussi les accueillit-elle par un refus absolu. (Rouillé au duc de Mirepoix, 17 mars 1755). Le nouveau ministre de la marine, Machault d’Arnouville, successeur de Rouillé, devenu ministre des Affaires étrangères, écrivit alors au gouverneur général du Canada : « Quoi qu’il en soit, Sa Majesté est très résolue de soutenir ses droits et ses possessions contre des prétentions si excessives et si injustes ; et quel que soit son amour pour la paix, elle ne fera pour la conserver que les sacrifices qui pourront se concilier avec la dignité de la couronne et la protection qu’elle doit à ses sujets ». (Lettre à Vaudreuil, 1er avril 1755). En s’exprimant de la sorte, le gouvernement de Louis XV était sans doute de bonne foi.

Les négociations se prolongèrent encore cependant, nourries par de nouvelles propositions, jusqu’au mois de juillet. Les deux parties protestaient hautement qu’elles étaient sincères, et les ministres de la Grande-Bretagne assuraient à ceux de la France, inquiets sur la destination de la flotte de l’amiral Boscawen, que « certainement les Anglais ne commenceraient pas la guerre ». Le duc de Newcastle, le comte de Granville et sir Thomas Robinson dirent positivement à l’ambassadeur français qu’il était faux que cet amiral eût des ordres de prendre l’offensive. (Mirepoix à Rouillé, 10 mai 1755). [Alors que le 16 avril précédent, Boscawen avait bel et bien été chargé par Londres d’aller seconder les forces de Braddock]. Le gouverneur du Canada, le marquis de Vaudreuil, avait, de son côté, l’ordre de Louis XV de n’en venir à une guerre ouverte que quand les Anglais auraient commis des actes d’hostilités caractérisés.

Cependant l’amiral Boscawen était arrivé sur les bancs de Terre-Neuve avec douze vaisseaux. La flotte française, à la faveur des brouillards qui règnent presque toujours dans ces parages, passa inaperçue près des Anglais, excepté le Lys et l’Alcide, qui, s’étant séparés de l’escadre, furent enlevés (8 juin 1755). [Au même moment, un troisième navire, le Dauphin-Royal, s’était échappé et avait gagné le port de Louisbourg]. Sur les deux vaisseaux capturés par les Anglais se trouvaient plusieurs officiers du génie et huit compagnies [de quatre cents hommes des régiments de La Reine et du Languedoc.] Le capitaine Hocquart de Blincourt, qui commandait l’Alcide, étant à portée de la voix du Dunkirk de soixante canons, [vaisseau de tête de l’escadre anglaise,] fit crier par trois fois en anglais : « Sommes-nous en paix ou en guerre ? » On répondit : « Nous n’entendons pas. » Hocquart répéta lui-même par deux fois la question en français ; le capitaine anglais Richard Howe répondit chaque fois en français : « La paix ! la paix ! » D’autres paroles s’échangeaient encore, lorsque le Dunkirk lâcha sa bordée à demi-portée de pistolet ; ses canons avaient été chargés à deux boulets et à mitraille. L’Alcide et le Lys, qui n’étaient armés qu’en flûte, furent cernés ensuite par les vaisseaux de Boscawen et forcés de se rendre, après avoir eu [quatre-vingts hommes tués ou blessés et perdu sept officiers,] entre autres, M. de Rostaing.

« La guerre, dit Haliburton, sans être formellement déclarée, commença par cet événement mais, pour n’avoir point observé les formalités ordinaires, l’Angleterre fut accusée de trahison et de piraterie par les puissances neutres. » Immédiatement après, trois cents navires marchands, [évalués à trente millions de livres], qui parcouraient les mers, sur la foi des traités, furent enlevés par l’amiral Hawke, comme l’eussent été par des forbans des bâtiments sans défense. Cette perte fut immense pour la France : forcée à une guerre maritime, elle se vit ainsi privée de l’expérience irremplaçable de huit mille matelots.

La nouvelle de la prise du Lys et de l’Alcide fut connue à Londres le 15 juillet. Mirepoix eut aussitôt une entrevue avec les ministres anglais. Ils lui dirent que cet événement, qu’il fallait attribuer à un malentendu, ne devait point rompre la négociation. La France se voyait par la faiblesse de son gouvernement traitée comme une nation du dernier ordre. La Cour de Versailles, ne pouvant plus s’illusionner, rappela son ambassadeur (18 juillet 1755). Et, après de nouveaux délais, se résolut enfin à déclarer la guerre à la Grande-Bretagne (16 juin 1756).

Bibliographie


Sources et ouvrages à consulter. Mémoire des commissaires du Roi et de ceux de Sa Majesté Britannique sur les possessions... des deux couronnes en Amérique, Paris 1755. – Mémoire pour servir de réponse aux observations des ministres d’Angleterre... par M. de Stainville (duc de Choiseul), Paris, 1756. – Mémoire sur les affaires du Canada de 1749-1760, Paris. – Journal de la campagne de Céloron, novembre, 1749. – Documents relating to the Colonial History of the State of New-York, déjà cités, vol. X. – Washington’s Journal edit. by W. C. Ford, New-York, 1889-1893. – Journal de la campagne de M. de Villiers, 6 sept. 1754. – Le P. C. de Rochemonteix, ouv. déjà cité. – Max Savelle, The Diplomatic History of the Canadian Boundary, 1749-1763 (The Relations of Canada and the United States, J. T. Shotwell, New-Haven, 1940) donne raison à la France pour ses prétentions sur la partie nord de la vallée de l’Ohio. – P. G. Roy, « Le comte de la Galissonnière et la Nouvelle-France », Bulletin des recherches historiques, 1895. – A. Fauteux, ibid., 1928. – R. Waddington, Louis XV et le renversement des alliances, Paris, 1896. – Comte de Germiny, Les brigandages maritimes de l’Angleterre sous Louis XV, Paris, 1908. – Cambridge History of the British Empire, vol. I, 1929. – P. Muret, La prépondérance anglaise, 1715-1763. Paris, 1937, tome XI de la collection Peuples et civilisations dirigée par L. Halphen et Ph. Sagnac. – Abbé G. Robitaille, Washington et Jumonville, Montréal, 1933.
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