Littérature québécoise





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. Dieskau voulut profiter du désordre pour entrer pêle-mêle avec les fuyards dans le camp de Johnson. Des troupes plus disciplinées et moins harassées que les siennes eussent pu en effet les brusquer. Mais une partie des sauvages et des Canadiens s’arrêtèrent pour recueillir leurs blessés, et se reposer après ce dernier combat ; ils étaient excédés de fatigue, ayant marché depuis le matin à travers les bois et les broussailles, dans un pays âpre et difficile, pour couvrir la colonne du centre, qui suivait le chemin battu. Les chefs sauvages, murmurant contre l’imprévoyance du général, firent revenir presque tous leurs guerriers sur leurs pas. Dieskau, qui espérait que son exemple les entraînerait, ne s’arrêta point. Il arriva devant les retranchements de Johnson, à onze heures du matin, avec à peine la moitié de son monde.

Placés sur une petite éminence, adossés au lac, ces retranchements étaient formés de bateaux, de chariots, d’arbres renversés, que protégeaient sur les côtés deux gros ruisseaux et des marécages ; et ils étaient garnis de quatre canons. À cent cinquante verges des Anglais, Dieskau suspendit sa marche quelques instants pour disposer ses troupes en colonnes d’assaut ; cette halte permit aux ennemis de se ressaisir et de border leurs ouvrages.

L’attaque commença. Les réguliers, après avoir fait un feu de peloton, s’élancèrent à la baïonnette vers les abattis. Malgré leur courage, ils furent ramenés en arrière par des décharges terribles de mousqueterie et de mitraille à bout portant. Ils se reformèrent, et persistèrent dans leurs efforts depuis midi jusqu’à deux heures. Les Canadiens et les sauvages qui avaient suivi Dieskau ou qui étaient venus les rejoindre, voyant l’inutilité de ces tentatives, se répandirent à droite, dans le bois, et à gauche, sur une petite hauteur qui dominait la position anglaise, et ouvrirent de là un feu plongeant dans les retranchements, à douze ou quinze pas seulement de distance. Le général français résolut alors de hasarder une nouvelle attaque. Il mit l’épée à la main, et conduisit lui-même les soldats à l’assaut ; il vint encore échouer contre les retranchements. Ce fut dans cette attaque que Dieskau retournant à gauche pour commander les Canadiens de donner à leur tour, se trouva, sans vraiment s’en apercevoir, si près de l’ennemi qu’il reçut deux blessures presque en même temps. Le chevalier de Montreuil, son aide-major, qui eut non loin de lui le bras percé, l’aida à se traîner au pied d’un arbre, et appela deux Canadiens pour le porter hors le feu. En arrivant, l’un d’eux fut tué et tomba sur les jambes du général ; le second fut blessé. Sans se troubler, Dieskau envoya Montreuil à droite ranimer l’assaut, et refusa de se laisser emporter, disant « que le lit où il se trouvait était aussi bon pour mourir que celui qu’on voulait lui donner ». Il demanda sa longue-vue et son manteau, puis ordonna à ceux qui étaient autour de s’éloigner. Au même instant les Canadiens et les sauvages se repliaient, et Montreuil cherchait à rallier les troupes réglées, réduites à une centaine d’hommes. Presque tous les officiers avaient été tués ou blessés.

L’action durait depuis cinq heures. Les ennemis avaient été si intimidés par la furie avec laquelle ils avaient été attaqués qu’ils restèrent dans leurs retranchements, à l’exception de quelques hommes, qui se précipitèrent dehors. L’un d’eux en apercevant le général au pied de l’arbre, lui tira une balle qui lui traversa les deux cuisses. Ce soldat le fit ensuite prisonnier. C’était un déserteur canadien demeurant dans la province de New-York.

Montreuil avait réussi à rallier ses troupes à cinq cents pas des retranchements, et à rétablir quelque peu l’ordre dans les rangs. Il ne fut pas inquiété durant sa retraite. À cet instant de la journée tout le corps français, de quinze cents hommes, était divisé par bandes et dispersé. Une partie se trouvait encore sur le champ de bataille du matin ; une autre était en pleine retraite ; et Montreuil, avec un troisième débris, reprenait la route du Grand-Marais. Les ennemis firent une faute en ne poursuivant pas les Français épars dans la campagne. Montreuil atteignit au bout de deux jours le lac ; sa colonne était épuisée par les marches dans les bois et par la faim, les Canadiens n’ayant pu aller ramasser les sacs déposés pour le premier combat et qui contenaient leurs vivres. Le reste de l’expédition le rejoignit peu à peu, et l’on retourna à Carillon. (Récit de Montreuil, 31 août-octobre 1755).

Les pertes furent moins considérables qu’on aurait pu penser. Du côté des Français quatre-vingt-dix-sept hommes furent tués et cent trente et un blessés ou pris ;] parmi eux il y avait treize officiers, dont neuf Canadiens. La perte des Anglais, essuyée principalement dans la déroute du corps de Williams, atteignit le chiffre de deux cent soixante-deux ; le colonel Titcombe fut tué dans les retranchements, le général Johnson et le major Nichols y furent blessés. De l’aveu même des vainqueurs, ce fut à leurs ouvrages et à leur artillerie qu’ils durent la victoire ; les assaillants n’avaient point de canon. (Dieskau à Vaudreuil, 15 septembre 1755. Johnson to the Lords of Trade, 24 sept. 1755).

Lorsque Dieskau fut amené au camp du commandant anglais, celui-ci, avec une humanité qui l’honore, le fit porter dans sa tente et voulut qu’il fût pansé avant lui. Il eut pour l’infortuné général toutes les attentions qu’il aurait eues pour un ami, et Dieskau ne les oublia jamais. Ce général resta prisonnier jusqu’à la fin de la guerre ; en 1757, il passa de New-York en Angleterre. Il languit jusqu’à ce qu’il mourut à Suresnes, près de Paris, des suites de ses blessures (1767).

Comme Braddock, Dieskau dut ses malheurs à son excessif attachement à la discipline européenne, et au mépris qu’il affecta pour les avis du gouverneur et des officiers canadiens sur la manière de combattre en Amérique. Une opiniâtreté outrée, fondée en partie sur des renseignements inexacts, et le peu de cas qu’il faisait des milices américaines, le firent persister à attaquer avec des soldats fatigués à l’excès des troupes retranchées et deux fois plus nombreuses que les siennes. Il y sacrifia l’élite de ses soldats, et ébranla la confiance des Canadiens et des sauvages dans la capacité des officiers européens. On écrivit au ministre « qu’ils ne marcheraient plus avec la même assurance sous les ordres d’un commandant de troupes de France que sous ceux des officiers de la colonie » (Vaudreuil à d’Argenson, 30 octobre 1755).

L’échec des Français releva le courage des provinces anglaises, abattu par la sanglante défaite du général Braddock, mais n’eut point les conséquences qu’elles en attendaient. Dans le premier moment d’exaltation elles exagérèrent leur avantage ; elles le regardèrent comme une éclatante victoire ; les journaux célébrèrent à l’envi les talents et le courage de Johnson ; la Chambre des communes lui vota un don de cinq mille livres sterling, et le roi George II lui conféra le titre de baronnet.

Les colons anglais, croyant la route vers Montréal désormais ouverte, commencèrent, après quelque temps d’attente, à s’étonner de l’inaction de cet officier. Chacun pensait qu’il aurait dû se porter au moins jusqu’à Saint-Frédéric. L’ordre même lui fut transmis de marcher en avant pour complaire à l’opinion publique. Il s’y refusa et continua à fortifier son camp. On lui reprocha alors plusieurs fautes, et surtout de n’avoir pas su profiter de la victoire dans la crainte peut-être, ajoutaient quelques-uns, d’exposer les lauriers qu’il venait de cueillir. Piqué de ces déclamations populaires, Johnson écrivit que les choses les plus nécessaires lui manquaient pour cette campagne ; que, d’ailleurs, la façon dont les Français avaient attaqué ses troupes leur avait imprimé une telle terreur qu’elles se sentaient fort peu d’envie d’aller les inquiéter chez eux. Après ces explications, l’armée fut licenciée. Six cents hommes furent retenus sous les armes pour garder le fort Edward, et le camp retranché du lac George, que les Anglais appelèrent fort William-Henry, après y avoir fait des ouvrages qui le convertirent en véritable forteresse.

La défaite de Dieskau mit le Canada dans une vive inquiétude. Le gouverneur, sachant combien il était important de se maintenir sur le lac Champlain, fit élever un fort en bois à Carillon (aujourd’hui Ticonderoga). Les troupes se campèrent dans cette position, afin de s’opposer à l’ennemi, s’il venait à déboucher soit par la route de Whitehall, soit par le lac Saint-Sacrement, et de couvrir Saint-Frédéric, clef du lac Champlain. Mais, quelques semaines après, on reçut des nouvelles tranquillisantes. On apprit le licenciement de l’armée de Johnson, et la retraite des quinze cents hommes du général Shirley, destinés à assiéger Niagara (27 septembre). Shirley, n’ayant pu terminer assez tôt ses préparatifs à Albany, avait abandonné l’entreprise, après s’être porté néanmoins jusque sur le bord du lac Ontario, où il avait laissé sept cents hommes au colonel Mercer pour protéger Oswégo et bâtir auprès deux nouveaux forts. La nouvelle du désastre de Monongahéla avait découragé ses miliciens, et ils s’étaient mis à déserter en grand nombre ; en outre, l’arrivée des renforts à Frontenac et à Niagara avait dissipé le peu d’espoir qui lui restait de s’emparer de ces postes importants.

Ainsi, les trois principales tentatives anglo-américaines contre les forts Duquesne, Saint-Frédéric et Niagara, avaient échoué ; et le Canada pouvait s’estimer heureux d’un résultat qui passait ce qu’il avait espéré. Les troupes françaises occupaient encore les positions qu’elles avaient au printemps, hormis celle de Beauséjour, dont la perte n’eut aucune influence sur le sort des événements militaires.

L’insuccès des ennemis eut des suites funestes pour leurs frontières. Leurs armées ayant été défaites ou obligées de retraiter, la bride fut lâchée aux bandes canadiennes et sauvages ; elles détruisirent plusieurs établissements anglais, depuis la Nouvelle-Écosse jusqu’à la Virginie. Plus de mille habitants furent massacrés ou traînés en captivité. Les colons épouvantés allèrent chercher un refuge dans les provinces méridionales ou sur les rivages de la mer. Toutes les colonies anglaises étaient dans l’étonnement. « Nous avions mis quatre armées sur pied, dit Minot, un de leurs historiens ; nos côtes étaient gardées par la flotte du brave et vigilant Boscawen ; nous n’attendions qu’un signal pour nous emparer de la Nouvelle-France. Mais quel n’est pas notre désappointement ! Nous avons réussi en Acadie, il est vrai, mais Braddock a été défait ; mais Niagara et Saint-Frédéric sont encore entre les mains des Français ; mais les barbares ravagent nos campagnes, égorgent nos habitants ; nos provinces sont déchirées par les factions, et le désordre règne dans nos finances. » Les préparatifs de l’expédition contre le fort Saint-Frédéric avaient coûté quatre-vingt mille livres sterling à la Nouvelle-Angleterre seulement. La campagne finie, ces provinces se voyaient exposées à tous les malheurs d’une guerre inspirée par leur seule ambition.

À l’entrée de l’hiver, les troupes françaises vinrent prendre leurs cantonnements dans les environs de Montréal. Si, en Canada, l’aspect actuel des choses était favorable, l’avenir paraissait toujours menaçant. Déjà l’on souffrait de la rareté des vivres. De mauvaises récoltes dans le gouvernement de Québec, les levées considérables de grains qu’on avait faites pour la subsistance des troupes et des sauvages, ainsi que pour celle des Acadiens répandus sur les bords du golfe Saint-Laurent et de la baie de Fundy, avaient amené une disette assez sérieuse, surtout parmi les habitants pauvres des villes. Ce n’était là, cependant, que le prélude des maux, des privations de tous genres que devait entraîner une longue et cruelle guerre.

On annonçait que l’Angleterre opérerait dans la campagne prochaine avec un grand accroissement de forces. Le Canada se prépara à repousser l’invasion. Le gouverneur Vaudreuil et l’intendant Bigot demandèrent à Paris un secours en soldats, en matériel de guerre, en vivres. Ils comparaient la situation inégale des Français et des Anglais en Amérique. Les principaux chefs militaires, en correspondance avec les ministres, écrivaient dans le même sens. Plusieurs ne cherchaient pas à dissimuler leurs craintes. « La situation de la colonie, disait le commissaire des guerres, Doreil, est critique à tous égards ; elle exige de prompts et puissants secours. J’ose même assurer que, si l’on n’en envoie pas elle courra les plus grands risques dès l’année prochaine » (Lettre à d’Argenson, 20 octobre 1755).

Ainsi toutes les lettres faisaient ressortir la disproportion des forces. Elles demandaient surtout un général expérimenté pour remplacer Dieskau, des ingénieurs et des officiers d’artillerie. « Il faudrait, écrivait l’intendant Bigot, plusieurs corps en campagne le printemps prochain ; et seize ou dix-sept cents hommes de troupes de terre, avec mille ou douze cents hommes de celles de la colonie (troupes détachées de la marine), ne suffiront pas. Il faut toujours garder une certaine quantité des dernières pour le service des trois villes (Québec, Trois-Rivières, Montréal) ; il en faut de même pour les différents postes. Aussi ce sont les Canadiens qui font la plus grande partie des corps ou armées, sans compter mille à douze cents continuellement occupés aux transports. Les Canadiens, étant ainsi employés à l’armée, ne labourent point leurs terres anciennement défrichées, bien loin d’en défricher de nouvelles. Les levées qu’on va en faire dépeupleront encore les campagnes. Que deviendra la colonie ? Tout y manquera, principalement le blé. On avait eu jusqu’à présent l’attention de ne faire les levées qu’après le labour du printemps. Ce ménagement ne peut plus avoir lieu, puisqu’on fera aussi la guerre pendant l’hiver, et que les armées doivent être rassemblées dès le mois d’avril. De plus, les Canadiens diminuent beaucoup ; il en est mort un grand nombre de fatigues et de maladies. Il ne faut, ajoutait l’intendant, compter sur les sauvages qu’autant que nous serons supérieurs, et qu’on fournira à tous leurs besoins. » Telle était déjà la gravité des choses à la fin de 1755.

La deuxième année d’hostilités en Amérique expirait, et les deux puissances ne s’étaient pas encore déclaré formellement la guerre. La diplomatie européenne restait toujours saisie des prétentions en litige. Le 21 décembre 1755, le ministre Rouillé adressa à Henry Fox, ministre de la guerre, une note dans laquelle il demandait satisfaction des insultes faites au pavillon français, et déclarait qu’il regarderait un refus comme un dessein formé par la Cour de Londres de troubler la paix de l’Europe. Le ton de cette note est une nouvelle preuve de la faiblesse de Louis XV. « Il n’a pas tenu au roi, disait son ministre, que les différends concernant l’Amérique n’aient été terminés par les voies de conciliation, et Sa Majesté est en état de le démontrer à l’univers entier par des preuves authentiques. Le roi, toujours animé du désir le plus sincère de maintenir le repos public et la plus parfaite intelligence avec Sa Majesté Britannique, a suivi, avec la bonne foi et la confiance la plus entière, la négociation relative à cet objet. Les assurances que le roi de la Grande-Bretagne et ses ministres renouvelaient sans cesse, de vive voix et par écrit, étaient si formelles et si précises sur les dispositions pacifiques de Sa Majesté Britannique, que le roi se serait reproché d’avoir le moindre doute sur les intentions de la Cour de Londres. Il n’est guère possible de concevoir comment ces assurances peuvent se concilier avec les ordres offensifs donnés en novembre 1754 au général Braddock, et au mois d’avril 1755 à l’amiral Boscawen... Sa Majesté Très Chrétienne croit donc devoir s’adresser directement à Sa Majesté Britannique, et lui demander la restitution prompte et entière de tous les vaisseaux français, tant de guerre que marchands, qui, contre toutes les lois et toutes les bienséances, ont été pris par la marine anglaise, et de tous les officiers, soldats, matelots, artillerie, munitions, et généralement de tout ce qui appartenait à ces vaisseaux. Le roi aimera toujours mieux devoir à l’équité du roi d’Angleterre qu’à tout autre moyen, la satisfaction que Sa Majesté a droit de réclamer. »

Le ministre de George II répondit, le 13 janvier 1756, en termes modérés mais positifs, que cette satisfaction ne pouvait être donnée, tant que la chaîne de forts établie au nord-ouest des Appalaches existerait ; le roi son maître « n’ayant rien fait, dans toutes ses démarches que ce que les hostilités commencées par la France en temps de pleine paix, et ce que Sa Majesté doit à son honneur, à la défense des droits et des possessions de sa Couronne et à la sûreté de son royaume, ont rendu juste et indispensable ».

L’entente n’était plus possible. L’insouciant Louis XV dut vaincre ses répugnances et se résoudre à la guerre. Les Anglais eurent ordre de sortir de France, leurs vaisseaux furent saisis dans les ports, on arma plusieurs escadres, on menaça la Grande-Bretagne d’une nouvelle descente. Elle demanda des troupes mercenaires à la Hesse-Cassel et au Hanovre. Mais ces menaces de descente en Angleterre cachaient un autre projet, que le peuple anglais n’apprit que par la défaite de l’amiral Byng et la conquête de l’île de Minorque, dans la Méditerranée (20-28 mai 1756).

En Europe, comme en Amérique, partout alors retentissait le bruit des armes. Le 17 mai, l’Angleterre publia une déclaration de guerre contre la France, qui en fit une à son tour contre l’Angleterre le 16 juin. Ces actes n’étaient guère qu’une formalité puérile : le sang déjà répandu avait parlé un langage plus solennel.

Les ministres français envoyèrent au Canada deux nouveaux bataillons [des régiments de La Sarre et de Royal-Roussillon comprenant, avec les officiers, onze cent douze hommes]. Ils envoyèrent aussi des vivres et un million trois cent mille francs en numéraire. L’argent fit, contre toute attente, un grand mal au pays, comme on l’a vu. (liv. VIII, chap. I), en ce que sa circulation fit baisser le papier monnaie et les lettres de change d’un quart.

Pour remplacer le général Dieskau, le roi choisit, au début de 1756, le marquis Louis-Joseph de Montcalm, seigneur de Saint-Véran, qu’il nomma maréchal de camps et commandant en chef « sous l’autorité » du gouverneur général du Canada, « auquel il est subordonné en tout » (Instruction du 15 mars). C’était un officier très instruit, et plein de bravoure. Il était né, le 28 février 1712, au château de Candiac, près de Nîmes, d’une très ancienne famille du Rouergue, alliée à la maison de Gozon. Il se signala en Bohême sous le maréchal de Belle-Isle, dans la belle retraite de Prague. [Sa conduite lui valut la croix de Saint-Louis (1742).] Il s’était distingué aussi en Italie, à la tête de son régiment, à la bataille de Plaisance, et au sanglant combat du col de l’Assiette : il avait reçu cinq blessures dans ces deux actions.

[Intelligence vive et lumineuse, esprit à maints égards supérieur et paré des grâces classiques ; officier droit et loyal, conscient il est vrai de sa propre valeur, de ce qu’il peut entreprendre et mener à bien, mais aussi des responsabilités redoutables qu’il doit assumer ; d’allure fière et de volonté ferme que ni l’opposition hargneuse d’un gouverneur, ni l’insuffisance de ces moyens d’action, ni même les conséquences catastrophiques qu’il prévoit ne pourront abattre ou faire fléchir. Néanmoins, Montcalm] possédait les défauts des généraux de son temps. Il était rempli de feu et audacieux au combat jusqu’à négliger les règles de la plus commune prudence.

[Par contraste, Vaudreuil était un personnage terne, sans distinction morale, sans aucune teinture de lettres ; confiant, satisfait de lui-même, affectant un optimiste qui semblait une gageure aux mieux avertis ; diligent à sa manière et laborieux à ses heures, soucieux avant tout de plaire à ses compatriotes et Canadien dans l’âme, il faisait sonner très haut les pouvoirs de chef militaire suprême que lui conféraient les nouvelles instructions du roi].

Montcalm s’embarqua à Brest le 3 avril, pour le Canada en même temps que les secours, et arrivait à Québec le 13 mai (1756) ; les troupes y arrivèrent peu après, avec les vivres et les munitions, qu’on attendait avec la plus vive impatience. Ces renforts, réunis aux quatre bataillons reçus l’année précédente et aux troupes de la colonie, portaient toute l’armée régulière à près de quatre mille hommes, [comprenant trois mille sept cent cinquante-deux soldats, sans compter les officiers].

Plusieurs officiers distingués étaient venus avec Montcalm : le chevalier Gaston-François de Lévis, brigadier-général, qui commandait en second, « très habile homme, d’un ton très militaire et qui sait prendre un parti » ; le chevalier François-Charles de Bourlamaque, colonel, commandant en troisième ; Louis-Antoine de Bougainville, premier aide de camp de Montcalm, « jeune homme qui a de l’esprit et des belles-lettres, grand géomètre, membre de la Société Royale de Londres et qui aspire à être de l’Académie des sciences de Paris » ; les lieutenants de la Rochebeaucour et Marcel, second et troisième aides de camp ; le chevalier Lombard des Combles et le capitaine Desandrouins, ingénieurs.

Montcalm rejoignit à Montréal (26 mai 1756) le gouverneur Vaudreuil, qui se tenait là pour être plus près du théâtre des hostilités. Après avoir considéré la situation du pays, ils arrêtèrent qu’il y aurait deux camps établis, l’un à Carillon et l’autre à Frontenac, afin d’être à portée d’observer les forts Edward et Oswégo, où les Anglais commençaient à se rassembler pour s’avancer sur le lac Ontario et sur le lac Champlain. Le bataillon de Béarn se rendit à Niagara, que le capitaine Pouchot, officier d’infanterie, versé dans la science de l’ingénieur, fut chargé de fortifier. Les bataillons [de La Sarre et de Guyenne, avec Des Combles et Desandrouins,] montèrent à Frontenac, ayant ordre de s’y retrancher et de donner la main à mille Canadiens et sauvages disséminés depuis ce poste jusqu’à Niagara. Bourlamaque eut le commandement de cette frontière. Quant à Carillon, plus de trois mille hommes, dont [deux mille deux cents soldats des bataillons de Royal-Roussillon, la Reine et Languedoc,] s’y trouvèrent réunis à la fin de juillet aux ordres de Lévis. [Deux camps furent dressés, l’un sur la rive gauche du lac Saint-Sacrement, sous le chevalier Pierre Pécaudy de Contrecœur, l’autre sur la rive droite, que commandait le chevalier de la Corne].

Il fut envoyé aussi cent vingt hommes à Gaspé pour la protection des pêcheurs dans l’entrée du fleuve, et Boishébert demeura chargé de défendre la frontière sur la baie de Fundy avec un corps de Canadiens et de sauvages. Dans l’ouest, Dumas releva Contrecœur au fort Duquesne, et Picoté de Belestre alla commander au Détroit. Trois mille cinq cents Canadiens et sauvages étaient répandus entre le lac Érié et le Mississipi, sur la ligne de l’Ohio et de la rivière des Illinois. Les forces armées pour la défense du Canada, depuis le Cap-Breton jusqu’aux Illinois, s’élevèrent, dans cette campagne, à douze mille hommes au plus ; elles étaient beaucoup moindres lorsque les miliciens, après leurs expéditions guerrières, rentraient dans leurs foyers pour faire les semailles ou la moisson et vaquer aux autres travaux des champs.

La forteresse de Louisbourg, si importante, avait à elle seule une garnison [formée des bataillons de l’Artois et de Bourgogne comptant] onze cents hommes, ce qui était encore trop peu cependant. On le sentit à la Cour, et l’on voulut y faire passer un renfort de six cents hommes sur la frégate l’Arc-en-ciel. Mais cette frégate fut prise par une croisière anglaise sur les côtes du Cap-Breton.

Tels étaient les préparatifs des Français pour la nouvelle campagne. Ceux de l’Angleterre furent beaucoup plus considérables.

Elle ne changea rien à ses plans d’offensive de l’année précédente. Elle donna les soldats et l’argent que le gouvernement demandait pour laver la honte qu’elle avait de la défaite du général Braddock et pour venger la perte de Minorque, deux événements qui avaient fait du bruit en Europe. L’Amérique fixa surtout l’attention des peuples britanniques ; ils voyaient là leurs futures conquêtes et le siège d’une domination permanente. Lord Loudoun, vieil officier de distinction, fut nommé gouverneur de la Virginie et général en chef des forces anglaises dans l’Amérique septentrionale. Les généraux James Abercromby et Daniel Webb y furent envoyés avec deux régiments [composés de neuf cents hommes.] Le Parlement vota cent quinze mille livres sterling aux colonies. De leur côté, les gouverneurs provinciaux s’assemblèrent à New-York, et y décidèrent de lever dix mille hommes pour prendre le fort Saint-Frédéric et ouvrir le chemin de Montréal par le lac Champlain ; six mille hommes, pour assiéger Niagara et couper la communication de l’Ohio ; trois mille, pour marcher sur le fort Duquesne ; enfin deux mille, pour faire diversion vers Québec, en descendant le long de la rivière Chaudière, qui tombe dans le Saint-Laurent à deux lieues environ au-dessus de cette ville, et jeter des alarmes dans le centre du Canada. Ces milices, sans compter les troupes réglées, devaient s’élever, avec plusieurs petits corps volants placés sur les frontières, à environ vingt-cinq mille hommes. Malgré ces forces de terre, doubles de celles des Français, et malgré des flottes nombreuses sur l’océan, on va voir que la campagne de 1756 fut encore plus malheureuse pour l’Angleterre que les deux précédentes.

Bibliographie


Sources et ouvrages à consulter. Mémoire sur les affaires du Canada, 1749-1760, déjà cité. – Akin, Selections from Public Documents of the Province of Nova-Scotia, Halifax, 1869. – Documents relating to the Colonial History of the State of New York, déjà cité. – Documents de Paris consultés par l’auteur Journal de Montcalm, dans la Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, pub. par l’abbé Casgrain, Québec, 1889-1896 ; Lettres à la cour de Versailles, ibid. auxquels il faut recourir pour les événements militaires en Canada durant cette période. Joindre à la bibliographie précédente les ouvrages suivants : R. Waddington, La guerre de Sept Ans, Paris, 1898-1904. – E. Bourgeois, Manuel historique de politique étrangère, tome I, Paris 1901. – Capit. A. Dussauge, Études sur la guerre de Sept-Ans : Le ministère de Belle-Isle, tome I, Paris, 1914. – P. de Nolhac, Louis XV et Mme de Pompadour, Paris, 1904 ; du même, Mme de Pompadour et la Politique, Paris, 1928. – Mme C. Saint-André, Louis XV, Paris 1921. – H. Carré, Histoire de France d’E. Lavisse, tome VIII, ainsi que les chapitres de Lavisse lui-même, Paris, 1908 ; H. Carré, La marquise de Pompadour, Paris, 1937. – Sur la dispersion des Acadiens, voir Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique, déjà cité, et spécialement E. Lauvrière, La tragédie d’un peuple, nouv. édit. tome II, 1924, aussi Frère A. Bernard, c.s.v., Le drame acadien, Montréal, 1936. En outre, gén. Papuchon, Une colonie acadienne en Poitou, Poitiers, 1908. – Sir Thomas Chapais, Montcalm, Québec 1911. – Parkman, Montcalm and Wolfe, réédit. 1904. – W. Wood, The Fight for Canada, London, 1906. – G. de Hautecloque, Le maréchal de Lévis, Arras, 1901. – R. de Kérallain, Les Français au Canada : La jeunesse de Bougainville et la guerre de Sept-Ans, Paris, 1896. – Abbé H.-R. Casgrain, Montcalm et Lévis, Québec, 1891 (lire avec précaution). M. Thierry, Bougainville, soldier and sailor, London, 1932 ; sans oublier P. Muret, La prépondérance anglaise, 1715-1763, tome XI de la collection Peuples et Civilisations. Ajouter Minot, Continuation of (Hutchinson’s) the History of Massachusetts Bay, 1748-1765, Boston, 1798-1803. – Pour la participation anglaise à la guerre de Sept Ans, on se reportera à la Cambridge Modern History, vol VI, The Eighteen Century, 1909 et surtout à la Cambridge History of the British Empire, vol I, the Old Empire, 1929.
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