Littérature québécoise





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Chapitre III



Bataille de Carillon

1758


Les grands apprêts de l’Angleterre pour s’emparer du Canada, [elle eut alors sur mer à son service un total de cent quatre-vingt-quatre mille huit cent quatre-vingt-treize hommes], durent faire croire qu’elle l’envahirait cette année de tous côtés, afin de terminer la guerre d’un seul coup par une attaque générale, irrésistible ; et d’effacer enfin, par une conquête entière, la honte de ses défaites passées. Les ministres de France avaient perdu presque tout espoir de conserver cette belle contrée ; ce fut peut-être ce qui les empêcha d’envoyer les secours dont elle avait un si pressant besoin. Mais ses défenseurs, laissés à eux-mêmes, ne fléchirent pas encore devant l’orage, qui augmentait de fureur. « Nous combattrons, écrivait Montcalm au ministre de la guerre ; nous nous ensevelirons, s’il le faut, sous les ruines de la colonie » (16 juin 1758). Il faut, disait-on, que tous les hommes agiles marchent au combat ; que les officiers civils, les prêtres, les femmes, les enfants, les vieillards, fassent les travaux des champs, et que les femmes des chefs et des officiers donnent l’exemple. Ainsi les habitants et les soldats s’armaient à l’envi de résolution pour la défense commune.

L’Angleterre était prête à attaquer Louisbourg, Carillon et le fort Duquesne. La ville de Montréal devait être assiégée après la prise de Carillon. [Douze mille hommes et une escadre de cent cinquante-sept vaisseaux] furent chargés de la première entreprise ; [plus de quinze mille] hommes reçurent l’ordre d’envahir le Canada par le lac Saint-Sacrement, et six à sept mille furent lancés vers l’Ohio pour en faire la conquête. On était loin de croire à Québec à de tels armements. Et le Canada n’allait être sauvé que par la victoire de Carillon, où, comme à Crécy, les vainqueurs repoussèrent une armée cinq fois plus nombreuse que la leur.

Au printemps, les troupes françaises, après quelque délai causé par l’approvisionnement, allèrent reprendre leurs positions sur les frontières ; les chefs avaient ordre de tenir continuellement des partis en campagne pour inquiéter l’ennemi, l’obliger à diviser ses forces, et découvrir ses desseins. Trois mille hommes se rassemblèrent dans le voisinage de Carillon, et à peu près un pareil nombre sur le lac Ontario et au fort Niagara. Ces mesures prises, on attendit les événements, tandis que les habitants jetaient en hâte sur les guérets le peu de blé qu’ils avaient pu dérober à la faim.

Dans le même temps les Anglais se mettaient partout en mouvement. Ce fut contre Louisbourg qu’ils portèrent leurs premiers coups.

L’amiral Boscawen fit voile d’Halifax, le 28 mai 1758, à la tête de vingt-trois vaisseaux de ligne, et de dix-huit frégates et brûlots, escortant les transports sur lesquels était l’armée de débarquement, aux ordres du général Amherst. La flotte arriva le 2 juin devant Louisbourg. Cette place, outre six vaisseaux de ligne et sept frégates, ancrés dans son port [et portant trois mille matelots,] avait alors une garnison d’environ trois mille soldats effectifs ou en état de combattre, et six cents miliciens et sauvages, pour résister à des forces de terre et de mer qui formaient réunies douze mille hommes. Le gouverneur, M. de Drucourt, chef plein de courage, était décidé à se défendre jusqu’à toute extrémité.

Faute d’argent, les fortifications n’avaient guère été réparées ; elles tombaient partout en ruine. Les revêtements de la plupart des courtines étaient entièrement écroulées, et il n’y avait qu’une casemate et une poudrière à l’abri des bombes. Ce qui restait debout des murailles était d’une construction si défectueuse, par le mauvais mortier employé pour les bâtir, qu’on devait craindre l’effet du boulet sur des ouvrages d’une liaison si fragile. Le gouverneur jugea donc qu’il fallait s’opposer au débarquement, plutôt que d’attendre l’ennemi derrière ces ruines. Il prit de bonnes dispositions. Il fortifia tous les endroits faibles de la côte depuis Louisbourg jusqu’à la baie de Gabarus, qui en était éloignée d’une demi-lieue vers le sud, et où la flotte anglaise jeta l’ancre. L’anse de la Cormorandière (Fresh Water Cove) était le point le plus accessible de cette ligne. Il la fit border d’un parapet en terre garni de canons et de pierriers. Pour masquer ce retranchement il fit faire un abatis si serré qu’on aurait eu bien de la peine à y passer, quand même il n’aurait pas été défendu. Cet amas d’arbres renversés, vu dans l’éloignement, paraissait être le commencement d’une plaine verdoyante. On avait établi aussi une chaine de bateaux, défendue par les miliciens et les sauvages, le long du rivage depuis [l’anse de la Cormorandière jusqu’à la pointe Blanche] au-dessus de la baie, et des batteries dans les lieux où la descente était praticable.

Devant ces obstacles, le débarquement était une opération périlleuse. Le 8 juin (1758) à quatre heures du matin, l’ennemi entreprit de mettre pied à terre. Pour tromper la vigilance des Français, Boscawen prolongea la ligne de ses vaisseaux de manière à menacer toute la côte ; et Amherst, feignant d’y descendre sur d’autres points, jeta tout à coup [deux divisions sur la pointe Blanche et la pointe Plate, à l’ouest, tandis qu’une troisième, conduite par le brigadier James Wolfe, débarqua dans l’anse de la Cormorandière] ; celui-ci fit gravir, un peu plus loin, un rocher jugé jusqu’alors inaccessible, par une centaine de tirailleurs, qui s’y maintinrent, à la faveur d’épais buissons, contre quelques habitants et sauvages, accourus pour les repousser. [Saint-Julien avec neuf cents soldats s’était placé à la Cormorandière ; la pointe Plate et la pointe Blanche étaient défendues respectivement par six cent dix et deux cent cinquante hommes].

Le gouverneur, ne laissant que trois cents hommes dans la ville, était sorti, avec le reste de la garnison. À peu près deux mille hommes se tenaient silencieux, les armes prêtes, derrière les retranchements de l’anse. Les Anglais, qui ne les voyaient point, continuaient de descendre à terre. La colonie aurait été sauvée si on leur eût donné le temps d’achever leur débarquement, et de s’avancer avec la confiance de ne trouver que peu d’obstacles à forcer. Alors, accablés tout à coup par le feu de l’artillerie et de la mousqueterie, ils eussent infailliblement péri sur le rivage, ou dans les flots, au milieu d’un rembarquement précipité, car la mer était en ce moment fort agitée. Mais l’impétuosité française, on le voit bien, fit échouer toutes les précautions de la prudence. À peine les généraux anglais eurent-ils débarqué une partie de leurs soldats et fait signe au reste d’aborder, qu’on se hâta de découvrir le piège. Au feu brusque qui éclata sur leurs chaloupes, et plus encore à l’empressement qu’on eut de déranger les branches d’arbres qui masquaient les forces qu’on avait tant d’intérêt à cacher, ils devinèrent le péril et l’évitèrent. Rebroussant chemin, ils ne virent plus d’autre endroit pour atterrir que le rocher où Wolfe avait envoyé des tirailleurs. Ce chef, occupé lui-même du soin de faire rembarquer ses troupes et d’éloigner les bateaux, ordonna à un officier de s’y porter.

Le major Scott y vole avec une poignée de monde. Sa chaloupe s’étant enfoncée comme elle touchait terre, il grimpe au rocher tout seul. Il ne trouve plus que dix hommes des cent qui s’y étaient postés. Il ne laisse pas de gagner avec eux la hauteur et d’y contenir non sans un courage héroïque un détachement de Français et de sauvages sept fois plus nombreux. Les troupes anglaises, malgré la grande agitation de la mer et le feu du canon, qu’on a tourné aussitôt vers ce rocher, achèvent de se rendre maîtresse du seul point qui puisse assurer leur descente. La position des Français sur le rivage n’était plus tenable. Ils furent promptement débordés, pris en flanc. Au même instant, le bruit courut qu’un autre corps était débarqué à la pointe Blanche, et qu’il allait couper de la ville les troupes amassées dans l’anse de la Cormorandière. Les Français tremblèrent pour Louisbourg, où ils se hâtèrent de rentrer, après avoir perdu [cinquante hommes tués et soixante faits prisonniers. De leur côté, les Anglais eurent cinquante officiers et soldats tués ou noyés et soixante et un blessés.] Cette journée décida du sort du Cap-Breton.

Les Français n’eurent plus alors qu’à se renfermer dans la ville avec peu d’espoir de tenir longtemps ; mais ils pensaient que plus ils feraient de résistance, plus ils retarderaient l’attaque que les ennemis projetaient contre le Canada. Drucourt refusa pour cette raison au marquis Des Gouttes, commandant l’escadre dans le port, la permission de se retirer.

Le 12 juin, Wolfe, appuyé par douze cents hommes, prit possession de la batterie de la pointe de la Lanterne, et d’autres postes abandonnés par les assiégés. La batterie du phare était importante parce qu’elle commandait les ouvrages d’une île située en face, le port et la ville. Les travaux du siège commencèrent aussitôt. La défense fut belle. Sept mille hommes au plus, en comptant les matelots des vaisseaux de guerre et le régiment de Cambis, qui débarqua au port Dauphin, sur la côte nord du Cap-Breton, et parvint à la ville pendant le siège, luttèrent contre les forces quadruples de l’ennemi, durant quarante-huit jours, avec une opiniâtreté et une constance admirables.

Les assiégeants, favorisés par le terrain, qui offrait des protections naturelles à leurs batteries, avaient porté leurs lignes à trois cents toises des murailles. Ils poussèrent les approches avec la plus grande activité, et firent échouer toutes les sorties que tentèrent les Français, non moins alertes qu’eux. Le 19, la batterie de la Lanterne, placée sur une hauteur que les assiégés pouvaient à peine atteindre, commença à jouer. Il fallut alors rapprocher de la ville les vaisseaux chargés de défendre la rade. L’ennemi établit successivement trois nouvelles batteries ; et, pour serrer la place de plus près, il éleva, en outre, un épaulement d’un quart de mille de longueur, sur une autre colline qui la dominait. Le 29 juin, les assiégés, craignant que la flotte anglaise ne pénétrât dans le port, sabordèrent deux vaisseaux et deux frégates en la partie la plus étroite de son entrée. Deux jours après, ils y submergèrent deux autres bâtiments, dont les mâts restèrent hors de l’eau. Ils continuaient toujours de faire des sorties et un feu très vif de tous les remparts. Mme de Drucourt, femme du gouverneur, s’illustra dans ce siège par son héroïsme. Pour encourager les soldats, elle parcourait les remparts au milieu du feu, tirait elle-même chaque jour plusieurs coups de canon, donnait des récompenses aux artilleurs les plus adroits. Elle pansait les blessés, les ranimait par des paroles bienveillantes, et se rendait également chère aux soldats par son courage et par les vertus plus douces qui appartiennent à son sexe.

Cependant les murailles croulaient de toutes parts sous les boulets des Anglais. Les assiégés pouvaient à peine suffire à boucher les plus grandes brèches. Le 21 juillet, des bombes embrasèrent le Célèbre, l’un des cinq vaisseaux de guerre restant à flot. Il sauta et darda ses flammes sur deux autres qui étaient auprès et qui furent consumés. Les deux derniers, le [Prudent et le Bienfaisant,] échappèrent ce jour-là aux plus grands périls ayant été obligés de passer entre les batteries ennemies et les bâtiments en feu ; mais ce fut pour tomber quelque temps après (25 juillet) aux mains des assiégeants, qui se glissèrent dans le port pendant une nuit obscure, les surprirent, en brûlèrent un et emmenèrent l’autre.

Le port était maintenant ouvert. Les fortifications étaient réduites en poudre ; les batteries rasées ; il restait à peine une douzaine de pièces sur leurs affûts ; et la brèche était partout praticable, tellement que l’on vit les femmes, après le siège, entrer par là dans la ville. On s’attendait à chaque instant à voir les ennemis monter à l’assaut. Les habitants, qui en redoutaient les suites, pressèrent le gouverneur de capituler. N’espérant plus de secours, il dut accepter, le 26 juillet, les conditions du vainqueur. Ainsi Louisbourg, qui n’était plus qu’un monceau de ruines, retomba pour la seconde fois, avec l’île du Cap-Breton, au pouvoir de l’Angleterre. La garnison devint prisonnière de guerre avec les équipages des bâtiments ; et les habitants du Cap-Breton furent transportés en France. [La garnison se composait, au début du siège de 214 officiers et 2374 soldats ; il y avait en outre les équipages qui comptaient 135 officiers et 1124 soldats, à part 1347 dans les hôpitaux. (Drucourt au ministre, 28 juillet 1758).]

Cette conquête coûta aux Anglais [cinq cent vingt-quatre hommes tués et blessés. De leur côté, les Français eurent quatre cent soixante et dix-huit morts et blessés, sans parler des pertes subies par les équipages]. Il se passa des réjouissances extraordinaires dans la Grande-Bretagne et dans ses colonies. À Londres, on porta les trophées de la victoire en triomphe du palais de Kensington à la cathédrale de Saint-Paul. Des actions de grâces furent rendues au ciel dans toutes les églises avec un enthousiasme que l’on excitait moins peut-être pour célébrer une conquête que pour faire oublier la perte de la bataille de Carillon, dont on venait de recevoir la nouvelle ; car Louisbourg n’était après tout, selon Wolfe, qu’une misérable bicoque.

La flotte anglaise alla prendre possession de l’île Royale (Saint-Jean), et détruire les établissements de Gaspé et de Mont-Louis, formés dans le golfe Saint-Laurent par des Acadiens et de pauvres pêcheurs, qu’elle emmena. Elle fit ensuite une tentative contre Miramichi, et se retira à la mi-octobre. Vers le même temps, d’autres Anglais construisaient de petits forts, dans la partie septentrionale de la baie de Fundy, comme pour s’y domicilier. La destruction de Louisbourg laissa le Canada sans défense du côté du golfe, et rouvrit le chemin de Québec aux ennemis.

Pendant que le général Amherst et l’amiral Boscawen cueillaient des lauriers dans l’île du Cap-Breton, au bord de la mer, Abercromby, tapi au fond du lac Saint-Sacrement, sur la frontière centrale du Canada, dévorait dans l’immobilité et le silence la honte de la cruelle défaite qu’il venait d’essuyer.

Ce général s’était réservé le commandement de l’armée qui devait agir sur le lac Champlain, parce que c’était la principale opération dans le plan de campagne. Il avait réuni ses forces, formant [six mille trois cent soixante-sept réguliers et de neuf mille trente-quatre provinciaux,] dans les environs du lac Saint-Sacrement, où sir William Johnson et le capitaine Jacob vinrent le joindre avec quatre cents cinquante sauvages. Cette armée prétendait franchir tous les obstacles qu’offrait la route de Montréal. Vaudreuil ne doutait point que Carillon ne fût attaqué après le départ du général Amherst pour Louisbourg. Comme il n’avait pas encore reçu de vivres de France, il pensa que le meilleur moyen de défendre cette frontière était de faire une diversion, en jetant [deux mille cinq cents hommes] au midi du lac Ontario, pour forcer les Iroquois à se déclarer contre l’Angleterre, et pour empêcher le rétablissement d’Oswégo, menacer Schenectady (Corlaer) et détourner ainsi les Anglais du lac Champlain. Cette démonstration, à la fois politique et militaire, était une opération fort délicate. Le chevalier de Lévis en fut chargé mais, au moment où il se mettait en marche, des nouvelles de Bourlamaque, qui commandait sur la frontière du lac Saint-Sacrement, apprirent que le général Abercromby, avec une armée nombreuse, déjà rendue au fort Edward, venait envahir le Canada. Le départ de Lévis fut aussitôt contremandé. [Le 23 juin (1758), Montcalm étant à Montréal avait reçu les instructions de Vaudreuil. À dire le vrai, ces instructions étaient embrouillées autant que contradictoires, et c’est bien là ce que le général fit proprement observer au gouverneur dans la réponse qu’il lui adressait le même jour. Le lendemain], Montcalm partit avec l’ingénieur en chef Pontleroy, et arriva à Carillon le 30 juin. Deux mille sept cents soldats s’y trouvaient rassemblés : [« Les huit bataillons français très faibles par eux-mêmes à cause de la quantité de mauvaises recrues »
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