Autour de l'appel du 18 juin : ambiguïtés et mutations du discours gaulliste jusqu'en 1942





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19 novembre 2009

Stage de formation sur la Seconde Guerre mondiale.
Autour de l'appel du 18 juin : ambiguïtés et mutations du discours gaulliste jusqu'en 1942
Intervention de Robert Belot, professeur à l'Université de Technologie de Belfort-Montbéliard.

Introduction

Etudier l'appel du 18 juin est une entreprise difficile car elle se heurte à un double mythe : celui de l'événement en tant que tel - cette journée étant devenue aujourd'hui un mythe national - et celui du général de Gaulle, monument de l'histoire française.

De cette difficulté émerge une interrogation, qui sert de fil directeur à la présente intervention : comment accéder à l'historicité d'un mythe et d'un monument ? Cela implique de sortir de la logique d'un discours commémoratif, ancré dans le sacré et d'apporter un véritable questionnement historique malgré le poids du mythe.

Quatre points seront successivement étudiés : qui est de Gaulle en 1940 ? Quel appel est lancé le 18 juin 1940 ? Quel est son impact ? Et enfin quelles évolutions le discours gaulliste subit-il jusqu'en 1942 ?
I. Le général de Gaulle en 1940

  1. De Gaulle et la stratégie militaire française

C'est par ses écrits militaires que le colonel de Gaulle commence à se faire connaître. En 1934, il publie Vers l'armée de métier, ouvrage dans lequel il exprime sa volonté de procéder à une totale refonte de la doctrine militaire. De Gaulle défend la constitution d'unités cuirassées, alliant l'aviation aux chars. Il convainc Paul Reynaud, grand parlementaire de l'époque et futur président du Conseil, de la nécessité pour la France de se munir d'une force blindée. Ainsi, sous son impulsion, Paul Reynaud décide de créer en mars 1935 un corps spécialisé mais le projet est avorté.

De Gaulle, surnommé le colonel « Motors », se heurte donc à la stratégie purement défensive suivie par le Haut Commandement militaire, et incarnée par la figure du maréchal Pétain.



  1. La défaite lui donne raison

Contrairement à une thèse longtemps prégnante, les Français engagés dans la campagne militaire de mai-juin 1940 se sont bien battus. Les chiffres sont éloquents : 92000 morts, 200000 blessés, plus de 1,5 millions de prisonniers.

Comment expliquer alors cette déroute ? Matériellement, la France est bien préparée (à la hauteur de l'Allemagne). Moralement, les Français sont prêts à faire la guerre : le sentiment pacifique se résorbe peu à peu. On observe un véritable élan patriotique, faisant consensus de l'extrême-droite à l'extrême-gauche. C'est donc essentiellement sur le point stratégique que la France a failli. Pour reprendre les termes de Jean-Pierre Azéma, « c’est moins l’insuffisance des moyens que la manière de s’en servir qui a pénalisé les armées françaises ».

Dès l'époque, le gouvernement de Vichy cherche à juger les responsables de la défaite : lors du procès de Riom (février 1942), ce sont le Front populaire et Léon Blum qui sont alors accusés de la défaite de la France. L'idée sous-jacente est celle d'une responsabilité de la République, qui aurait « ramolli » les Français.

  1. De Gaulle à Londres

De Gaulle s'est déjà rendu à Londres avant son célèbre appel. Le 3 juin 1940, alors qu'il vient juste d'être promu général, il écrit depuis Londres une lettre à Paul Reynaud : « …Notre première défaite provient de l’application par l’ennemi de conceptions qui sont les miennes et du refus de notre commandement d’appliquer les mêmes conceptions. Après cette terrible leçon, vous qui, seul, m’aviez suivi, vous êtes trouvé le maître, en partie parce que vous m’aviez suivi et qu’on le savait. Mais une fois devenu le maître, vous nous abandonnez aux hommes d’autrefois… »

Le 9 juin 1940, il rencontre Winston Churchill qui vient d'être nommé 1er ministre : il lui affirme alors que le gouvernement français va continuer la lutte. Il rentrera ensuite en France.

Le 17 juin, après l'annonce du maréchal Pétain en faveur de l'armistice, de Gaulle quitte la France par avion pour regagner Londres. Pour Winston Churchill, cet avion « emporte l'honneur de la France ». A Londres, de Gaulle reçoit immédiatement le soutien de Churchill, qui lui donnera l'usage de la BBC : « La première chose à faire, était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela. Dès l’après-midi du 17 juin, j’exposai mes intentions à M. Winston Churchill. Naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre, qu’aurais-je pu faire sans son concours ? Il me le donna tout de suite et mit pour commencer la BBC à ma disposition. Nous convînmes que je l’utiliserais quand le gouvernement Pétain aurait demandé l’armistice. »

II. L’Appel et les appels


  1. La portée d’un mythe


L’Appel du 18 juin est le mythe qui a fabriqué de Gaulle en tant que personnage historique. C’est cet appel aussi qui lance l’aventure de la France Libre et permet à la France de retrouver une légitimité aux côtés des vainqueurs, d’être ainsi représentée lors des grandes conférences à la fin de la guerre et d’obtenir un siège au conseil de sécurité de l’ONU.

Le 18 juin devient vite un événement à commémorer, et ce dès 1945. Mais c’est en 2006 que sa commémoration devient officielle.
Face à une telle portée, il faut néanmoins s’interroger sur son impact au moment des faits. Et force est de constater qu’il y a un écart considérable entre les deux. En effet, l’appel du 18 juin a un retentissement quasiment nul car rares sont les Français à l’avoir entendu au soir du 18 juin 1940. Dans la première biographie consacrée au général de Gaulle, en 1942, Philippe Barrès résume bien cette idée : « … ce ne fut pas la grande vague. Une telle vague n’était pas possible. La France de juillet était trop stupéfaite, trop abattue, trop prisonnière aussi de l’invasion allemande. »

L’Appel ne crée donc pas un mouvement d’opinion. Rien ne laisse penser en juin 1940 que cet appel deviendrait ce qu’il est aujourd’hui.


  1. L’Appel a-t-il existé ?


Derrière cette interrogation volontairement provocatrice, se cache l’existence de trois textes différents pour l’appel du 18 juin.
Tout d’abord, l’ébauche de l’appel est rédigée à Londres le 17 juin au soir :

« La défaite française a été causée par la force mécanique, aérienne et terrestre des Allemands. L’action foudroyante de la force mécanique a fait effondrer le moral du commandement et du gouvernement. A la suite de cet effondrement, deux voies étaient ouvertes :

Ou bien la voie de l’abandon et du désespoir. Cette voie menait à la capitulation. C’est elle qu’a choisie le gouvernement Pétain.

Ou bien celle de l’honneur et de l’espérance. C’est celle qu’on choisie mes compagnons et moi. »
Autre texte : l’exorde du texte officiel, celui reconnu comme tel par la Fondation Charles de Gaulles. Or cet exorde serait différent de ce qui a été réellement lu lors de l’appel le 18 juin, dont on a pas d’enregistrement. De l’appel radiodiffusé nous ne connaissons uniquement les transcriptions qu’en a fait la presse le lendemain. Ainsi, dans le Petit Provençal du 19 juin 1940 : « Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France, le combat devrait continuer. » Ici, l’exorde suppose une sensibilité à l’honneur de la part du gouvernement de Vichy. On ne le retrouvera pas dans le texte intégral. On retrouve les mêmes termes dans d’autres sources, notamment les archives fédérales suisses de Berne.
Enfin, le troisième texte de l’Appel est le texte intégral officiel, qui ressemble par ses premières phrases, à la version manuscrite du 17 juin. On y retrouve l’exorde suivant : « Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont

formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec

l'ennemi pour cesser le combat. »

  1. Les deux discours suivants


Le 19 juin, de Gaulle prononce un autre discours à la BBC. Mais c’est surtout celui du 22 juin qui est resté en mémoire car il a été enregistré. Dans ce discours, de Gaulle développe les points abordés le 18 juin. Il insiste d’abord sur le fait que la défaite est imputable à une faute stratégique et tactique du haut commandement militaire. Il rappelle que la France n’est pas seule dans le combat, mais qu’elle dispose d’un vaste empire colonial et qu’elle peut compter sur son allié britannique. Il insiste sur la dimension mondiale de la guerre. Il invite, comme le 18 juin, les Français à le rejoindre. Mais cet appel s’inscrit dans une démarche militaire : c’est d’abord aux soldats à qui il s’adresse, il n’appelle pas à la résistance des intellectuels ou des hommes politiques.
L’appel du 22 juin se distingue enfin par la coloration politique du discours. Par les termes de « capitulation » et d’ « asservissement », le général de Gaulle dénonce ouvertement le gouvernement de Vichy.

III. L’impact limité de l’Appel


  1. Illégalité et illégitimité


En partant pour Londres et en lançant son appel à la résistance, de Gaulle devient un rebelle aux yeux de l’armée et du gouvernement. Ses biens sont confisqués, il est condamné à mort le 2 août 1940. Cette question de la légitimité peut être illustrée par la position de l’ambassadeur de France à Londres, Charles Corbin. Bien qu’il soit hostile à Pétain, il n’apporte pourtant pas son soutien à de Gaulle et reste dans le cadre légal de sa fonction en affirmant que « la dissidence, c’est trop pour moi ».


  1. Un militaire contre les politiques ?


« Il faut comprendre une fois pour toutes que les Français, et, en particulier, les Volontaires de la France Libre et les Français de France, ne désirent plus voir participer au pouvoir des hommes ayant joué un rôle actif dans la politique française d’avant fin juin 1940, quelle que soit leur nuance politique. » (le commandant Fontaine, dans une note à de Gaulle en septembre 1941).
A l’époque, la société française est parcourue par un large sentiment antipolitique. La figure de l’homme politique est rejetée car elle n’apparaît pas comme une solution possible. En revanche, l’image du militaire rencontre un plus large consensus car elle s’inscrit au-dessus des discordes politiques et semble mieux convenir aux Français.


  1. « De Gaulle, cet inconnu », Rémy


Lorsqu’il parle de lui au début de ses Mémoires de guerre, de Gaulle affirme : « Je n’étais rien au départ ». Pourtant, il fait partie du gouvernement de Paul Reynaud au début de la guerre, en occupant la fonction de sous-secrétaire d’Etat à la guerre, et il a une certaine renommée grâce à ses écrits militaires.

  1. Le mythe du double-jeu


Le mythe du double-jeu concerne le maréchal Pétain et développe la théorie suivante : Pétain ferait le jeu de l’occupant pour mieux protéger les Français. Cette croyance connaît un revirement en mars 1942 lorsque Laval revient au pouvoir. Dès lors, la figure tutélaire et rassurante du maréchal Pétain s’estompe. A partir de cette date s’opère un véritable décrochage dans l’opinion publique française. Le masque du maréchal tombe et le mythe du double-jeu s’écroule.

Ce mythe sera repris après la guerre en 1946 par le colonel Rémy. Sa thèse, restée célèbre, décrit le maréchal Pétain comme le bouclier ayant voulu protéger les Français, et inversement de Gaulle comme l’épée, homme d’action complémentaire à Pétain.


  1. La figure répulsive de l’exil


L’exil est mal connoté dans l’imaginaire républicain. Il revêt ainsi dans l’imaginaire social l’image d’une fuite, d’une faiblesse face à ses responsabilités « au pays ».

Ainsi, Paul-Louis Bert, directeur de l’agence de presse Havas-Londres, décide de revenir en France pour aider les citoyens à affronter les événements : « Un devoir s'imposait maintenant à mon esprit, clair, impérieux et indiscutable : aller aider les miens à vivre, partager les risques et les difficultés de leur existence. »
De fait, le général de Gaulle peut prendre la figure d’un homme loin des souffrances des Français, ce qui peut jouer en sa défaveur.


  1. Un autre général lance un appel à résister


Le général Gabriel Cochet lance, depuis l’intérieur du pays cette fois, un appel à la résistance, le 6 septembre 1940 : « Dans les deux cas notre devoir est simple : résister résolument, mais avec adresse et en sachant dissimuler s’il le faut, à toute tentative d’absorption par le Reich. Pour cela, exalter en nous et autour de nous le sentiment patriotique, maintenir les traditions et l’esprit français, ne jamais renoncer à rétablir un jour la France dans son intégrité, son indépendance et sa grandeur, et par suite cesser nos discordes et nos querelles pour nous unir face à l’ennemi. »
Dans une volonté de revanche, il encourage ses subordonnés à commencer à résister à l’occupant : « conservons au moins ce qui est indéfectible sinon inattaquable : la force morale à défaut de la force matérielle ; la volonté de résistance à défaut des moyens de résister. »

Son action, très limitée, prend la forme de la diffusion de tracts et de journaux clandestins.
Mais Cochet croit encore au double-jeu de Pétain. Il ne souhaite pas, au début, que les Français quittent le pays, au nom de la cohésion nationale, pour ne pas abandonner la France qui souffre : « D’autre part, dès le lendemain de l’armistice, j’ai retenu des camarades qui se préparaient à passer en Angleterre. […] Ils ont d’ailleurs écouté mes conseils et aucun d’eux n’est parti. Un de mes arguments a été que je suis par principe opposé à toute émigration, à moins que ce ne soit pour fuir un danger et avec la ferme résolution de renoncer à toute activité politique ou militaire. »
Plus tard, il rejoindra le général de Gaulle à Londres.

  1. Les indépendants


Des revues fondées à Londres, comme France ou La France Libre (rien à voir avec celle du général de Gaulle), souhaitent conserver leur indépendance. En effet, elles se méfient du général de Gaulle, vu comme un militaire qui s’immisce sans la politique.
Ceci prouve bien que rejoindre de Gaulle ne va pas de soi car se pose le problème de son autorité légitime, comme le montre ici Pierre-Olivier Lapie : « Oui, combien, avant de se décider, avaient éprouvé l’angoisse du vrai devoir ! Combien avaient été torturés par cette question : ‘Que dois-je faire ? Et envers qui ?’ Combien abordaient ainsi pour la première fois (et dans quelles circonstances tragiques !) le problème de toutes les crises de la morale politique ; celui de l’autorité légitime. […] Ainsi, les volontaires de Juin 40 ont eu à repenser les concepts imposés par l’école ou l’éducation : l’honneur, la patrie, la parole donnée, l’autorité légitime. […] Ce n’est pas sans tourment que nous sommes demeurés à Londres. »

Le ralliement à de Gaulle demande de passer outre sa figure de militaire, de lui reconnaître une légitimité politique, ce qui implique une véritable révolution politique et intellectuelle.
IV. Evolutions du discours gaulliste


  1. Un rejet de Vichy non politique


Dès le 26 juin 1940, c’est le maréchal Pétain en personne que de Gaulle choisit de stigmatiser. L’attaque n’est pas politique.

La raison est simple pour de Gaulle : la réforme nécessaire de la France ne peut pas se faire dans le contexte troublé d’un pays vaincu.


  1. Faire de la politique par prétérition


Le général de Gaulle veut se démarquer du champ politique institutionnel français et de ses représentants. La lettre qu’il adresse au Comité National Français d’Egypte, le 24 juillet 1940, en est le reflet : « La force militaire que je constitue ne fait pas de politique. J’ai sous mes ordres des officiers, des soldats, des techniciens des industries de la défense nationale ; ils viennent de tous les bords, n’ont qu’une idée : la liberté de la France. »

De même, lors du discours radiodiffusé du 18 juin 1941, il compare les hommes politiques à « une clique de politiciens tarés. »


  1. Un positionnement républicain progressif


Il faut attendre le 27 octobre 1940 pour voir de Gaulle tirer les conséquences politiques de sa prétention à incarner la France et accepter le processus démocratique : « J’exercerai mes pouvoirs au nom de la France et uniquement pour la défendre, et je prends l’engagement solennel de rendre compte de mes actes aux représentants du Peuple français, dès qu’il lui aura été possible d’en désigner librement. » On voit ici l’influence de René Cassin.
Le 9 janvier 1941, dans le cadre confiné du Foyle’s Literary Luncheon, présidé par l’archevêque de Westminster, le général de Gaulle explique, à propos de Vichy, qu’il s’agit d’un régime « irrégulier du point de vue constitutionnel. »
Le thème de la démocratie apparaît indirectement le 18 septembre 1941 : « Et quand les démocraties devront refaire le monde sur les bases sacrées de la liberté humaine, de la souveraineté des peuples et de la coopération des nations, alors on pourra voir aussi ce qu'est et ce que vaut la France. »
Avec la création du Comité National Français le 24 septembre 1941, c’est un nouveau pas politique que franchit le général de Gaulle. En effet, le CNF revêt le caractère d’une constitution provisoire. Il vise à contrecarrer les critiques stigmatisant la France Libre comme une dictature.
Enfin, de Gaulle n’impute pas la responsabilité de la défaite au régime républicain. Selon lui, la défaite militaire est le « simple résultat » de conceptions militaires périmées. Il s’oppose ainsi au discours tenu officiellement par Vichy et qui insiste sur la culpabilité du système républicain.


  1. Face au communisme


Il faut distinguer deux moments :
- avant la rupture du pacte germano-soviétique :

A l’été 1940, dans une note destinée à l’agent de publicité Richmond Temple, chargé de faire connaître aux Anglais le chef de la France Libre, de Gaulle écrit : « Je suis un Français libre. Je crois en Dieu et en l’avenir de ma Patrie. » Dieu et la patrie : ce sont ces deux entités atemporelles à quoi le Général veut résumer sa pensée et son action pour mieux marquer sa volonté de distance vis-à-vis du champ politique français et de la politique tout court.
- après la rupture du pacte germano-soviétique :

De Gaulle glorifie la force armée soviétique : « En Russie, les armées allemandes sont engagées depuis vingt jours dans une lutte de plus en plus dure. Cette campagne que l’ennemi s’imaginait qu’elle serait facile et rapide prend au contraire l’allure d’un de ces romans russe, qu’on croit à chaque chapitre sur le point de finir, et qui recommence toujours. […] ».

Il salue cette « Russie décidée à vaincre », aux côtés des Alliés.



  1. Montée en puissance de l’enjeu idéologique de la guerre


De Gaulle insiste sur le choc des civilisations : « L’élément moral qui lie entre eux tous les peuples opprimés ou menacés de l’être, c’est la volonté commune d’assurer la victoire d’une civilisation fondée sur la liberté, la dignité et la sécurité des hommes contre un système dont le principe même est l’abolition des droits de l’individu » ( 2 octobre 1941).
Il salue l’engagement des Alliés pour la liberté. Dès novembre 1941, de Gaulle présente Staline comme le serviteur de la « liberté du monde ». C’est au nom de cette cause commune que les Alliés figurent en vainqueurs lors de la Libération, accueillant d’ailleurs la France parmi eux.


  1. Une perception polysémique


L’engagement du général de Gaulle et des Français libres a pu être perçu de façons très diverses. D’ailleurs, en novembre 1941, le général de Gaulle l’exprime lui-même en ces termes : « Aussi nous est-il arrivé de nous voir prêter à la fois les intentions les plus contradictoires, soit par l’ennemi, soit par cette sorte d’amis qui, sans doute à force de zèle, ne peuvent contenir à notre endroit l’empressement de leurs soupçons. »
Parmi les différentes perceptions de la Résistance gaulliste, les FFL ont été jugés comme « inclinant au fascisme », ou travaillant pour la victoire de « la doctrine communiste », ou « poursuivant le rétablissement intégral de la République parlementaire », ou encore « favorisant spécialement ceux qui sont de race juive ou d’obédience maçonnique. »
De Gaulle lui-même est accusé d’être un dictateur (Henri de Kerillis, De Gaulle dictateur) ou un nouveau Napoléon (Raymond Aron, A l’ombre de Bonaparte).


  1. Le lien avec la Résistance : la naissance de la France combattante


Christian Pineau, à la demande d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, d’André Philip et d’Henri Frenay, rencontre de Gaulle à Londres en mars 1942 et attire son attention sur la « nécessité de prendre des positions politiques, de se prononcer fermement pour la Démocratie ».
A partir de 1942, apparaît la nécessité d’une révolution, de rompre radicalement avec la France d’avant. Cette idée est acceptée par le général de Gaulle : il faut repenser la France politiquement, socialement et moralement.


  1. Assumer la France et rétablir l’Etat


A la Libération, la priorité pour de Gaulle est de reconstruire et de rendre sa légitimité à l’Etat. La place accordée à la Résistance n’est pas une priorité, loin de là.
De Gaulle refuse la Résistance comme force politique unie. D’après Robert Salmon dans Chemins faisant, Vol. 1 Vers la Résistance, de Gaulle « ne croyait pas à la Résistance comme force politique, à cause de son hétérogénéité. Et il avait raison. Il y voyait une rivale et voulait tuer dans l’œuf toute querelle de légitimité. Le rôle de la Résistance comme force organisée était à ses yeux terminé. Les forces politiques normales, c’étaient les partis, qui ne le gênaient pas, parce qu’ils étaient discrédités. Aux résistants de jouer comme individus dans les partis. »
De fait, après la guerre, le pays est traversé par différents courants d’opinions. La Résistance rêve de refaire la France, mais seule. Or, la France Combattante souhaite refaire la France sans la Résistance. Et enfin les hommes politiques veulent refaire la France sans la Résistance, et si possible pour certains, sans de Gaulle…

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