Recherche sur les liens sociaux (cnrs). Courriel





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date de publication27.10.2017
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Le livre numérique, planche de salut pour la lecture ? Premiers éléments d’enquête auprès des étudiants

Vincent Chabault

Vincent Chabault est Maître de conférences en sociologie, Université Paris Descartes – Centre de recherche sur les liens sociaux (CNRS). Courriel : vincent.chabault@parisescartes.fr

Résumé : Objet de débats passionnés et d’enquêtes sociologiques, la lecture chez les jeunes générations, en particulier chez les étudiants, serait en déclin depuis les années 1990. Un tel diagnostic, qui repose sur les enquêtes de référence menées à propos des contenus imprimés, n’est aujourd’hui plus crédible compte tenu de la dématérialisation des contenus éditoriaux et de l’essor du livre numérique. Les e-books peuvent-ils constituer une planche de salut pour la lecture ? Cette enquête, menée auprès d’un public étudiant, fournit un certains nombre d’éléments de réponse à cette interrogation.

Les pratiques de lecture chez les jeunes individus, en particulier chez les étudiants, font régulièrement l’objet de considérations alarmistes et de propos empreints d’indignation morale. Enseignants de collège, de lycée, puis d’université dissertent sur le déclin de la lecture chez leurs élèves ou de l’illégitimité culturelle de certains de leurs livres de chevet. Des éditeurs, notamment ceux des secteurs scolaire, parascolaire ou universitaire1, dressent un constat similaire et appellent de leurs vœux, en grands marchands qu’ils sont (Mollier, 1988), le retour du livre au centre des apprentissages tout en fustigeant la lecture par chapitre et le « photocopillage ». Enfin, la presse contribue à répéter l’antienne du déclin de la lecture révélant la disparition d’une certaine culture humaniste regrettée. À bonne distance de ces débats aussi réguliers que passionnés (Chartier et Hébrard, 2000 : 7), des sociologues en ont fait également leur objet de recherche (Fraisse, 1993 ; Bois et Leblond, 2005) en objectivant les pratiques culturelles des étudiants et des publics plus jeunes.

L’adolescence constitue la période pendant laquelle la pratique de lecture s’affaiblit : si à 11 ans, 14.5 % des jeunes interrogés disent ne jamais ou presque jamais lire un livre, ils sont 46.5 % six ans plus tard (Octobre et Berthomier, 2011 : 2). Si elle décline au sein de cette catégorie d’âge, affirmaient Christian Baudelot, Marie Cartier et Christine Détrez, c’est aussi qu’elle n'est plus le seul moyen d'apprentissage. Elle est aujourd'hui confrontée à d'autres formes de supports d'étude tels que l'image. Á contre-courant du discours alarmiste et tout en reconnaissant la diminution de cette pratique, les auteurs de Et pourtant ils lisent considéraient il y a quinze ans que, si le livre cessait d'être la source unique de connaissance et de plaisir qu'il avait pu être pour des générations d’aînés, il conservait, sous différentes formes et pour différents genres éditoriaux, sa mission d'éveil intellectuel (Baudelot, Cartier et Détrez, 1999).

Dans la même perspective, nous visons à objectiver les pratiques de lecture chez les étudiants en s’intéressant à l’essor éventuel des usages du livre numérique2. Les étudiants en sont-ils des adeptes ? Quelle est la fréquence de ces nouveaux usages parmi cette catégorie ? Á quels genres éditoriaux les livres lus se rattachent-ils ? Dans quelles filières et à quel niveau d’études trouve-t-on les « grands lecteurs » ? Les trouve-t-on davantage du côté des étudiantes ou des étudiants ? Une série d’interrogations cherchera également à connaître les pratiques d’achat de livres numériques (fréquence d’achat, budget, détaillants fréquentés, etc.). L’investigation n’a pas porté explicitement sur les lectures dans le cadre du travail universitaire, elle s’est intéressée à l’ensemble des lectures de cette population âgée de plus de 17 ans.

Cette analyse s’inscrit dans la tradition française des enquêtes sociologiques menées sur la lecture contemporaine étudiée sous l’angle des pratiques sociales (Bourdieu, Chartier, 1985). Á l’instar de nombreux travaux pionniers menés sur les pratiques culturelles en général3, et la lecture en particulier, elle privilégie les méthodes quantitatives par questions fermées ou à choix multiples. La lecture étant ainsi mesurée par la quantité et le genre de livres lus et achetés4.

Notre propos s’articulera autour de trois points. L’objectivation des pratiques de lecture d’imprimés chez les étudiants sera réalisée en mobilisant l’enquête de référence sur les pratiques culturelles des Français menées par le Ministère de la culture et de la communication. L’une des limites de cette enquête est d’ignorer les pratiques de lecture numérique. Compte tenu de l’explosion de la quantité des contenus éditoriaux accessibles par Internet, on peut légitimement s’interroger sur la compensation du déclin de la lecture de livres imprimés par la lecture sur écran. Difficilement mesurable, cette pratique — de la page web au livre numérique — pourrait, dans certains cas, apparaître comme une planche de salut d’une pratique culturelle affaiblie. Dans un deuxième temps, il s’agira de cerner les pratiques de lecture de livres numériques chez les étudiants en observant le profil des adeptes, les genres éditoriaux préférés et les supports privilégiés de lecture. Enfin, les pratiques de consommation seront examinées.

Notre but n’est pas en réalité de savoir si les étudiants lisent plus ou moins qu’auparavant. Il vise plus largement à reconsidérer l’analyse de cette pratique culturelle à la lumière de la transformation des supports, de la mutation des contenus et de leur mode d’appropriation. En d’autres termes, les étudiants représentent-ils une catégorie de lecteurs par laquelle le livre numérique est susceptible de prendre son essor ?

Encadré méthodologique


Cet article repose sur l’analyse de 247 questionnaires diffusés par courrier électronique à un public étudiant. Il s’agit donc d’un questionnaire auto-administré auquel a répondu un groupe d’étudiants sur la base du volontariat.

La population interrogée n’est pas représentative de la population étudiante. Pour la diffusion du questionnaire par voie électronique, nous avons pu compter sur la bienveillance de plusieurs responsables de la scolarité de composantes universitaires et de directeurs-trices de formation, lesquels possèdent l’adresse électronique des étudiants inscrits. Afin de tenter de couvrir le maximum de domaines d’étude, les étudiants de trois universités parisiennes et de proche banlieue ont été sollicités (Paris Descartes, Paris Diderot et Paris Est Créteil Val de Marne).

Comme pour les enquêtes de référence sur les pratiques culturelles, cette investigation repose sur les déclarations fournies par les personnes interrogées. Certaines d’entre-elles ont peut-être été conduites à surestimer leurs pratiques pour se conformer aux normes dominantes de légitimité culturelle. D’autres, au contraire, ont pu sous-estimer leurs lectures en omettant, volontairement ou non, telles ou telles références lues ou achetées car jugées illégitimes.

Une écrasante majorité de répondants au questionnaire sont des femmes (83,8 %). Plus de 80 % ont moins de 25 ans, 9,3 % ont entre 25 et 30 ans, et 6,1 % ont plus de 30 ans. Parmi les répondants, 75,1 % sont inscrits en premier cycle d’études supérieures (licence, DUT, licence professionnelle), 11,7 % sont en master et 11,3 % préparent leur doctorat (1,6 % d’entre eux n’ont pas répondu à cette question). Les domaines d’étude les plus représentés au sein de la population d’enquêtés sont la communication (publicité, édition, métiers du numérique, journalisme), les sciences humaines, le commerce et le marketing, les études de santé (médecine, chirurgie dentaire, pharmacie, paramédical), la biologie, chimie, physique, ainsi que les métiers du social. Des filières sont très peu représentées (arts, droit et sciences politiques, lettres, informatique), d’autres, malgré nos efforts pour solliciter leurs élèves, sont absentes (économie, mathématiques, ressources humaines et management).

Près de 80 % des personnes ayant répondu aux questions possèdent un smartphone, 36,4 % une tablette, et près de 16 % une liseuse. Enfin, 44,1 % d’entre elles ont lu un ou plusieurs livres numériques en 2013 sans forcément l’avoir acheté.

Les étudiants lisent-ils moins d’imprimés ?

Les étudiants lisent plus que d’autres…


Répondre à cette interrogation nécessite de mobiliser l’enquête de référence sur les pratiques culturelles des Français. La dernière, en date de 2008, montre que les étudiants constituent une population de lecteurs. Neuf pourcents seulement déclarent n’avoir lu aucun livre dans les douze derniers mois (30 % parmi la population globale), et, 43 % déclarent avoir lu 10 livres et plus contre seulement 31 % pour l’ensemble de la population.

Tableau 1. Nombre de livres imprimés lus au cours des 12 derniers mois 2008

Nombre de livres lus

0

1 à 4

5 à 9

10 à 19

20 à 49

50 et +

NSP

Les étudiants (%)

9

30

18

24

14

5

0

Population de + de 15 ans (%)

30

27

12

15

11

5

1

C’est au sein de cette population que l’on trouve de nombreux lecteurs de BD et mangas. Seulement 36 % d’entre eux n’en ont pas lus contre 71 % de la population globale interrogée. 41 % en ont lu 5 titres et plus au cours des douze derniers mois ; ils sont 15 % seulement parmi la population interrogée.

Tableau 2. Nombre de BD et mangas lus en 2008 au cours des douze derniers mois

Nombre de livres lus

0

1 à 4

5 à 19

20 et +

NSP

Les étudiants (%)

36

22

26

15

0

Population de + de 15 ans (%)

71

14

10

5

0

Les étudiants constituent un groupe d’acheteurs de livres supérieur à la moyenne. Ne distinguant pas les achats personnels des ouvrages prescrits dans le cadre des études, l’enquête ministérielle indique que 80 % d’entre eux ont acheté au moins un livre contre 57 % pour la population générale. Ils ne sont toutefois pas plus représentés parmi les fort acheteurs : 16 % d’entre eux déclarent avoir acquis douze livres et plus ; le pourcentage est le même pour la population générale. La contrainte économique, qui caractérise cet âge de la vie, semble expliquer cette limite chez ces personnes dont plus de 40 % déclarent lire dix livres et plus.

Tableau 3. Nombre de livres achetés en 2008 au cours des douze derniers mois

Nombre de livres achetés

0

1 à 5

6 à 11

12 et +

Les étudiants (%)

19

41

23

16

Population de + de 15 ans (%)

43

27

14

16

Mais ils lisent de moins en moins de livres imprimés


Connaître l’évolution des pratiques de lecture des étudiants n’est pas chose aisée. Cela suppose de mettre en relation plusieurs enquêtes sur les pratiques culturelles. Or, cette population n’était pas précisément isolée dans les résultats de l’enquête de 1997. L’attention portée à la tranche des 20-24 ans peut toutefois apporter un certain nombre d’éléments. Il s’agit d’âges pendant lesquels le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur est le plus élevé : il est de 44,25 % à 20 ans pour les deux sexes, il décline ensuite pour atteindre 16,25 % à 24 ans (et seulement 7 % à 26 ans)5.

En onze ans, les pratiques de lecture de cette catégorie ont évolué. La part de ceux déclarant n’avoir lu aucun livre a crû de 4 points tandis que celle regroupant les jeunes individus ayant lu entre 1 et 4 livres a augmenté de huit points. Du côté des jeunes « forts lecteurs », la tendance à la baisse se confirme. En 1997, 14 % des 20-24 ans affirmaient avoir lu entre 20 et 49 livres. Ils ne représentent que 10 % en 2008. Pour la catégorie des 50 livres et plus, la population est divisée par 3 en un peu plus de dix ans. Du côté du nombre moyen de livres lus par cette catégorie de la population, il a reculé en onze ans passant de 14 à 12.

Tableau 4. Nombre de livres lus en 1997 et 2008 chez les 20-24 ans au cours des douze derniers mois

Nombre de livres lus

0

1 à 4

5 à 9

10 à 19

20 à 49

50 et +

Quantité moyenne

Les 20-24 ans en 1997 (%)

17

25

18

20

14

6

14

Les 20-24 ans en 2008 (%)

21

33

16

18

10

2

12

Sources : Donnat (1998, 2009).

Croissance des non-lecteurs et des « petits » lecteurs, déclin des forts et très forts lecteurs, chute du nombre moyen de livres lus, tels sont les tendances marquantes de l’évolution des pratiques de lecture chez les 20-24 ans.

Ce diagnostic doit toutefois être relativisé. Loin des librairies, les étudiants fréquentent assidument les bibliothèques universitaires sans forcément emprunter de livres, sans même les consulter de manière intégrale. L’enquête de Mariangela Roselli et de Marc Perrenoud (2010) dressait le portrait d’une catégorie d’usagers (« les usagers de la BU comme salle d’étude ») habitués des photocopies et du travail et des notes de cours. L’usage des collections est minimal est le recours à l’emprunt est rare chez ces étudiants. Il est clair que de telles conduites peuvent être non ou sous-déclarées par les étudiants alors même qu’elles s’inscrivent pleinement dans des pratiques de lecture.

D’autre part, la dernière enquête sur les pratiques culturelles des Français, coordonnée par le sociologue Olivier Donnat, mettait en évidence la montée « d’une culture de l’écran » incarnée par la diffusion massive d’Internet dans les foyers, notamment auprès des milieux favorisés et des jeunes. Si l’origine du déclin de pratiques de lecture est antérieure à la diffusion d’Internet et à la consultation de pages web, il est évident que « la lecture de livres imprimés a subi ces dernières décennies la concurrence des nombreuses activités de loisir liées à la culture de l’écran » (Donnat dans Poirrier, 2010 : 194-196).

En prolongeant très modestement les investigations de Donnat et en disposant d’une population d’enquête de taille limitée, il paraît alors pertinent d’aller scruter les pratiques de lecture de livre numérique auprès d’un groupe social adepte d’Internet et de cette culture de l’écran.

La lecture de livres numériques chez les étudiants

Une pratique culturelle plus forte que parmi le reste de la population


En 2013, 44,1 % des étudiants interrogés ont déclaré avoir lu un livre numérique. Ce taux est près de trois fois supérieur à celui de 15 % concernant l’ensemble de la population française (Baromètre SOFIA-SNE-SGDL, 2014). Les étudiants constituent indiscutablement l’une des toutes premières catégories sociales par laquelle les usages en matière de lecture numérique se développent et s’installent durablement.

Parmi ce groupe de lecteurs, plus de 80 % sont des femmes et près de 80 % sont âgés de moins de 25 ans. La répartition des lecteurs d’e-books est sensiblement la même d’un niveau d’études à l’autre. Concernant le domaine d’études, et compte tenu du fait que notre enquête couvre 11 des 15 grands secteurs, les lecteurs suivent plutôt des études de communication (35.8 % des lecteurs y sont inscrits), de sciences humaines (32.1 %) puis de marketing (11 %), de santé (5.5 %), de biologie, physique, chimie (5.5 %) et celles orientées vers les métiers du social (2.8 %) et l’enseignement (1.8 %).

Tableau 5. Nombre de livres numériques lus en 2013 chez les enquêtés

Nombre de livres numériques lus

1

2 à 5

6 à 10

Plus de 10

(%)

29,4 %

42,2 %

13,8 %

14,7 %

Plus de deux tiers des lecteurs interrogés ont lu 5 livres ou moins. Près d’un dernier tiers en ont lu plus de 5. On observe une minorité de lecteurs ayant dépassé plus de 10 e-books au cours de l’année 2013.

L’ordinateur portable est le support privilégié pour la lecture de livres numériques devant la tablette et la liseuse.

Tableau 6. Support de lecture chez les enquêtés

Sur quel support lisez-vous la plupart du temps ?

(%)

Ordinateur portable

33,9

Tablette

25,7

Liseuse

18,3

Smartphone

12,8

Non réponse

6,4

Ordinateur de bureau

2,8

Total

100,0

Bien que 77 % des lecteurs possèdent un smartphone (et 77,8 % des personnes interrogées), il arrive en quatrième position des supports habituellement utilisés.

Á quel genre éditorial se rattache la majorité des livres numériques lus par les étudiants ? La littérature arrive en tête des préférences, loin devant les sciences humaines et le droit ainsi que les essais et les ouvrages de sciences, techniques, médecine, gestion. Cette dernière catégorie ainsi que les titres de sciences humaines se rattachent aux études suivies par les étudiants mais force est de constater qu’ils arrivent bien après la littérature, genre éditorial d’un livre numérique sur deux lu par les personnes ayant répondu aux questions.

Tableau 7. Genre éditorial des livres numériques lus par les enquêtés

Genres éditoriaux

(%)

Littérature

50,5

Sciences humaines et droit

14,7

Essais et documents

8,3

Sciences, techniques, médecine, gestion

8,3

Non réponse

5,5

Jeunesse

4,6

Livres pratiques (cuisine, forme, voyage…)

2,8

Scolaire, parascolaire

2,8

BD et mangas

1,8

Religion

0,9

De rares acheteurs : les aspects économiques d’une consommation culturelle


Au sein de la population d’étudiants lecteurs, rares sont ceux qui ont fait l’acquisition de leurs fichiers numériques. Ils représentent seulement 27,5 % des lecteurs interrogés. Les autres déclarent qu’ils ont téléchargé le fichier gratuitement ou de manière illégale.

Même s’ils représentent une population restreinte, 40 % des consommateurs ont consacré plus de 10 euros à l’achat de fichiers en 2013, 37 % entre 5 et 10 euros, et 23 % pour moins de 5 euros.

Enfin, ces consommateurs de livres numériques ont utilisé en premier lieu des plateformes de téléchargement depuis leur domicile autre que l’Apple Store et Amazon, ces deux multinationales arrivant après dans les résultats, suivies par FNAC.com et Google Play. Seule une personne interrogée a confié avoir téléchargé le fichier depuis une borne située en librairie.

Une dernière question destinée à l’ensemble de la population d’étudiants interrogés portait sur les freins éventuels à une lecture et un achat plus fréquents de livres numériques. Parmi les réponses recueillies, de nombreux enquêtés ont affirmé qu’ils considéraient que « les Français étaient trop attachés au livre imprimé ». D’autres ont souligné le prix élevé des fichiers numériques et des tablettes. Trois autres raisons sont invoquées : le confort insuffisant de lecture sur écran, l’offre limitée de références disponibles sous ce format, les difficultés techniques et le manque d’informations nécessaires à la réalisation du téléchargement. Enfin, l’absence de conseil du libraire dans le choix des titres, l’impossibilité de « toucher » le livre et les problèmes formats non interopérables6 ont été aussi évoqués de manière très marginale.

Conclusion


Cette enquête, avec les limites méthodologiques que nous avons soulignées, permet d’examiner pour la première fois l’appropriation du livre numérique par la population étudiante et a pu mettre en évidence un certain nombre de propriétés sociales des lecteurs. Si l’observateur constate l’existence d’une plus forte pratique de lecture de livres numériques chez les étudiants que dans l’ensemble de la population, l’éditeur et l’auteur pourraient être plus inquiets. L’enquête a en effet montré qu’un peu plus du quart des lecteurs seulement avaient acheté leurs fichiers. Si le modèle économique de l’offre de livres numériques est aujourd’hui diversifié (lecture illimitée sans téléchargement, lecture en streaming gratuite avec publicité ou payante sans publicité, location, achat pérenne de l’intégralité d’un titre ou par chapitres), il reste pour les éditeurs et les détaillants à réfléchir aux stratégies de captation et de fidélisation de ce lectorat.

Contre les visions alarmistes sur le déclin de la lecture chez les jeunes, et en particulier chez les étudiants, ces premiers résultats montrent l’urgence qu’il y a de prendre désormais en compte la lecture numérique dans les enquêtes de référence menées sur les pratiques culturelles. Scruter les pratiques de lecture en demandant uniquement aux enquêtés d’estimer le nombre de livres imprimés lus ou achetés au cours des douze derniers mois, ou de les interroger sur leur inscription en bibliothèque — on sait que les « séjourneurs7 » non inscrits y sont nombreux —, c’est ignorer les livres ou fragments de livres lus en permanence sur les écrans, ce qui revient à sous-estimer la lecture chez les générations actuelles d’étudiants.

Références bibliographiques

BAROMETRE SOFIA, SNE, SGDL (2014), « Les usages du livre numérique », [En ligne]. http://www.sne.fr/img/pdf/Evenements/Assises/Assises-21mars2014/CP-SNE-Sofia-SGDL_Barometre_21-03-2014.pdf. Page consultée le 25 mai 2014.

BAUDELOT, Christian, Marie CARTIER et Christine DETREZ (1999), Et pourtant ils lisent…, Paris, Seuil, Coll. « L’épreuve des faits ».

BOIS, Lise et LEBLOND, Corinne (dir.) (2005), Les étudiants face à la lecture, Arras, Artois Presses Université, Coll. « études et témoignages ».

BOURDIEU, Pierre et CHARTIER, Roger (1985), « La lecture : une pratique culturelle », dans Roger CHARTIER (dir.), Pratiques de lecture, Paris, Rivages.

CHARTIER, Anne-Marie et HEBRARD, Jean (2000), Discours sur la lecture (1880-2000), BPI – Centre Pompidou/Fayard.

DONNAT, Olivier (1998), Les pratiques culturelles des Français. Enquête 1997, Paris, La Documentation française.

DONNAT, Olivier (2009), Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Enquête 2008, Paris, La Découverte/Ministère de la culture et de la communication.

DONNAT Olivier (2010), « Sociologie des pratiques culturelles », dans Philippe POIRRIER (dir.), Politiques et pratiques de la culture, Paris, La Documentation Française, Coll. « les Notices », p. 193-201.

FRAISSE, Emmanuel (dir.) (1993), Les étudiants et la lecture, Paris, PUF.

GEZE, François (2013), « « Trente ans de crise des sciences humaines », Interview à Libération [En ligne]. http://www.liberation.fr/livres/2013/05/01/trente-ans-de-crise-des-sciences-humaines_900245. Page consultée le 25 mai 2014.

HORELLOU-LAFARGE, Chantal et SEGRE, Monique (1996), Regards sur la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques, Paris, L’Harmattan.

MOLLIER, Jean-Yves (1988), L’argent et les lettres. Histoire du capitalisme d’édition 1880-1920, Paris, Fayard.

OCTOBRE Sylvie et Nathalie BERTHOMIER (2011), « L’enfance des loisirs. Éléments de synthèse », Culture études, 6 : 2.

PASSERON, Jean-Claude et Michel GRUMBACH et al. (1984), L’œil à la page : enquête sur les images et les bibliothèques, Paris, BPI/Centre G. Pompidou.

ROSELLI, Mariangela et Marc PERRENOUD (2010), Du lecteur à l’usager. Ethnographie d’une bibliothèque universitaire, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.

1 « Quant aux étudiants de licence, ils ne savent plus utiliser de livres, ont désappris à en lire. L’ouvrage de formation tend à disparaître au profit des photocopies et d’Internet » (Gèze, 2013).

2 Le marché du livre numérique représentait en France 2.1 % du chiffre d’affaires de l’édition en 2013 soit 51 millions d’euros. (Source : Syndicat national de l’édition). Ces résultats doivent être comparés aux données portant sur les usages du livre numérique : 15 % de la population âgée de 15 ans et plus avaient lu un livre numérique au cours des douze mois précédant l’enquête. Cette part connaît toutefois une croissance forte puisqu’elle n’était que de 5 % en 2012 (Baromètre Sofia – SNE - SGDL, 2014).

3 Celle du Ministère de la culture français menée depuis 1973 tous les huit ans environ.

4 Le premier sondage date de 1955 et, cinq ans plus tard, le Syndicat national des éditeurs commande une deuxième enquête qu’il fait analyser par des sociologues (Horellou-Lafarge, Segré, 1996 : 32).

5 Source : INSEE (2011-2012), Taux de scolarisation des garçons et des filles dans l’enseignement supérieur. [En ligne]. http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATSOS07124. Page consultée le 25 mai 2014.

6 Le client n’a la possibilité de lire ses livres numériques que sur des appareils (ou des applications de lecture) spécifiques à l’écosystème en question, tels que les liseuses Kindle (dans le cas de l’écosystème Amazon) ou les iPads ou iBooks (pour l’écosystème Apple). Le transfert des livres numériques d’un écosystème à l’autre n’est pas possible (ou requiert des mesures qui ne sont pas légales).

7 Par opposition aux « passagers », qui ne considèrent pas la bibliothèque comme un lieu où l’on peut passer du temps (Passeron et Grumbach, 1984).



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