Laboratoire laseldi I. Didactique des langues, constitution de la parole et subjectivation





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date de publication27.10.2017
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Laboratoire LASELDI

I. Didactique des langues, constitution de la parole et subjectivation


Pr. Patrick Anderson

Pr Valérie Spaëth
Le séminaire cette année aura une double direction puisqu’il sera animé par Mme le professeur Valérie Spaëth et par moi-même. Pour ce qui me concerne, il suivra le cheminement tracé les deux années précédentes à savoir : qu’entendre par subjectivité / intersubjectivité et que signifie construction de la parole dans une langue autre que celle de l’accès au langage.
On entendra que l’inclination vers une langue étrangère est d’abord la question du désir d’un sujet et non comme on voudrait nous le faire croire quelque chose d’externe, qu’il suffirait de placer en convoquant une quelconque motivation. (A ce titre je conseille la lecture de : A l’insu de Babel, Georges-Arthur Glodschmidt, Paris, CNRS éditions, 2009.) Nouer un questionnement à partir de ce point, écarte évidemment de la doxa du champ de la didactique des langues, qui dans ces options les plus visibles, inscrit le sujet à son insu dans une temporalité du bref et dans un temps de la jouissance immédiate. Inscription liée à l’emprise qu’exerce de nos jours, la loi du marché économique et le mythe sans cesse renouvelé de l’urgence à avoir. On remarquera qu’il existe bien dans l’enseignement des langues étrangères une coupure radicale avec ce qui avait constitué une continuité entre l’Antiquité romaine et les années 1960. Enseigner une langue étrangère aujourd’hui s’actualise désormais en fonction de trois composantes : enseigner à communiquer, rendre l’apprenant autonome et tenir compte de la dimension interculturelle. Exit de fait, les liens entre passé et futur. Arendt dans « La crise de la culture »pointe les liens entre passé et futur et s’appuyant sur Kafka pose comme hypothèse que c’est l’homme qui par sa conscience et sa pensée scinde l’espace-temps en passé et futur. Dans ce temps d’un présent continuellement renouvelé, rien ne permet d’interrompre, de casser l’entraînement inexorable des évènements et rien ne va permettre au sujet d’arrimer son désir. L’écolier devenu apprenant est soumis à l’urgence qui fait des enseignements des produits, dispensés par des conseillers, des animateurs au même titre que les patients des hôpitaux sont devenus des consommateurs de soins ! L’objet langue est circonscrit en fonction de besoins. Autrement dit, trois termes définiraient à eux seuls la relation au savoir : savoir faire, savoir dire, savoir être. La reconfiguration de la place à accorder aux langues serait la traduction du fait que nous serions entrés dans un nouveau monde, monde qui serait envisagé sous la forme d’un réaménagement de l’utile. Pour la représentation libérale en vogue, l’illusion consiste à croire que, dans l’enseignement, il s’agirait d’une relation égalitaire dans laquelle le savoir se transmettrait uniquement par simple placement ou déplacement des actants avec une obsession compulsive du résultat et de la croyance en la maîtrise de la totalité du processus. Apprendre serait délimité en fonction de « bonnes pratiques » (filiation avec ce que peut recouvrir

« le bien penser » « le bien communiquer » et la « bonne gouvernance »

Dans ce temps de l’immédiateté, la langue est elle-même soumise à la tehnicisation qui conduit à une réduction de l’hétérogénéité du langage. Les langues deviendraient superposables et le dire, c’est faire (Austin) devient : dire la même chose, pour faire la même chose à l’aide de compétences identiques. Les savoirs dés lors ne pourraient être qu’en harmonie avec les besoins ! ce mythe a un coût, il se traduit à la fois par l’expulsion du pulsionnel et par l’exclusion de la filiation et la dissolution de la parole. Acquérir une langue (apprendre a disparu) est devenu acquérir des comportements. La langue réduite au nom d’une efficacité qu’il faudrait examiner,est devenue purement et simplement instrumentale, c’est-à-dire selon l’expression de Pierre Judet de la Combe et Heinz Wismann : « Langue de service» et non « langue de culture ». Bien que l’on n’ait jamais mis autant en avant l’emblème interculturel.

Ainsi, le didactique se trouve réduit à des catalogues de recettes qui par le simple fait de leur application produirait à coup sûr les résultats attendus – résultats qu’il suffirait ensuite de mesurer à l’aide du pied à coulisse prévu à cet effet ! Il n’est que de constater la part aujourd’hui si importante dévolue à l’évaluation.
A partir de ce cadre en nous appuyant sur la lecture des concepts saussuriens réaménagés par Lacan et interrogés par Safouan, nous reposerons la question de l’entrée dans une autre langue et la question de l’appropriation de la langue de l’autre.

Références bibliographiques :
Agamben G., La communauté qui vient – Théorie de la singularité quelconque. Torino, Einaudi, 1990, Paris, Seuil, tr.fr. 1990.

Arendt H., « Qu’est-ce que l’autorité ? » in La crise de la culture, Gallimard, Paris, 1972, tr.fr.

Beacco J.C. L’approche par compétences dans l’enseignement des langues, Paris, Didier, 2007.

Goldschmidt, G-A., A l’insu de Babel, Paris, CNRS éditions, 2009.

Lacan J., Ecrits, Paris, Seuil, 1966

Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.

Pommier G., Les corps angéliques de la postmodernité,

Paris Calmann-Lévy, 2000.

Safouan M., L’inconscient et son scribe, Paris, Seuil, 1982.

Le langage ordinaire et la différence sexuelle,

Paris, O Jacob, 2009.

Soler C., Lacan, l’inconscient réinventé, Paris, Puf, 2001.

II. Didactique des langues, constitution de la parole et subjectivation

Pr. Valérie Spaëth
Comme l’a annoncé M. le Professeur Patrick Anderson, cette année 2009-2010, le séminaire de didactique des langues aura une double direction.

Je souhaiterais infléchir ma première année de participation au séminaire vers une voie assez complémentaire de l’approche de M. Anderson, mais selon un éclairage épistémologique différent.
L’approche se voudra en effet de type historique et politique. Il s’agira de mener une réflexion, au sein de certaines configurations historiques et politiques particulièrement modélisantes et interventionnistes sur la question linguistique et culturelle : les colonisations/décolonisations, les migrations/les immigrations, la construction européenne, la Francophonie, le Monde arabe…

On s’interrogera sur le statut de la langue pour le sujet (maternelle/étrangère/sacrée/profane, etc.) dans la tension permanente entre les constructions identitaires singulières, les constructions nationales, voire internationales, et les institutions chargées de l’enseignement/apprentissage des langues. Le concept de langue-culture devra, à l’occasion, être largement exploré, notamment en reprenant les textes fondateurs, comme ceux de W Von Humboldt.
On reviendra sur l’étude d’un classique du domaine dans la réflexion linguistique et politique : l’ouvrage de V. Klemperer (voir biblio). On se demandera comment les idéologies linguistiques se constituent et influent sur les sujets, comment les institutions les relaient.

On se demandera comment la question des « origines » et de « l’authenticité » (langue d’origine, culture d’origine) vient, depuis les années 1980, reconfigurer la question identitaire des sujets et au lieu d’en faire un pôle de réflexivité, radicalise souvent le lien bi-univoque entre la langue et la culture, la mémoire et l’histoire. On examinera aussi la question des frontières linguistiques dont « il faut accepter qu’elles ne passent plus à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous-mêmes » (G. Lüdi, 1994 : 1). Selon les configurations historiques, sociales et politiques, elles seront jugées suspectes ou au contraire seront signes de distinction (cf. Bourdieu)…
Quelques éléments de bibliographie

  • Alao G. ; Argaud E. ; Derivry-Plard M. & Leclercq H. éds (2008), Grandes et petites langues, col « Transversales », Berne : Peter Lang.

  • Anderson B.(2002 trad.fr.), L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris : La Découverte.

  • Bally Ch., (2004). La crise du français. Notre langue maternelle à l’école [1931], Genève- Paris : Droz.

  • Bonet L. & Négrier E. dir. (2008), La fin des cultures nationales ? Les politiques culturelles à l’épreuve de la diversité, col « Recherches », Paris : La Découverte.

  • Deleuze G & Parnet Cl (1996), Dialogues, Paris : Flammarion.

  • Hamad N. (2004), La langue et la frontière, Paris : Denoël.

  • Humboldt, W. von (1974 trad.fr.) [1836], Introduction à l’œuvre sur le Kavi, et autres essais, Paris : Le Seuil.

  • Hérodote (2006), « La question post-coloniale », Paris : La Découverte;

  • Klemperer V. [1947] (1996 trad. fr.), Lingua Tertii imperii, La langue du troisième Reich. Carnets d’un philologue, Paris : Albin Michel.

  • Raison Présente (2008), « Démonter le langage du pouvoir ».

  • Lüdi, G. (1994), « Qu’est-ce qu’une frontière linguistique ? » in Babylonia n° 1-2, 9-16.

  • Savatovsky D. (2004), « Philologie d’une nov-langue, la LTI de Victor Klemperer », in, Le discours sur la langue sous les régimes autoritaires, P. Sériot & A. Tabouret-Keller éds, Cahiers de l’ILSL, 17, Université de Lausanne, 205-218.

  • Spaëth V (2005), « Frontières, langues, discours et histoire », in Galligani et Spaëth dir. Contacts des langues et des espaces. Frontières et plurilinguisme, Synergie France 4, 16-30.

  • Tabouret-Keller A. (2004). « Les métaphores multiples de l’expression ‘langue maternelle’ : un projet de travail » in, Le discours sur la langue sous les régimes autoritaires, ibid., 277-288.

  • Thiesse A-M. (1999), La création des identités nationales, Europe, XVIIIème –XXe siècle, Paris, Le Seuil.

  • Trabant J. (2007). « De la langue allemande : un avenir lourd de passé », Le français aujourd’hui, 156, « L’enseignement de la langue. Crise, tension ? », Chiss & Manesse éds, 69-78.

  • Werner M. dir. (2007), Politiques & usages de la langue en Europe, col « Dialogiques », Paris : Editions de la Maison des sciences de l’homme.



Calendrier

(susceptible de modifications ponctuelles)

les mercredis de 15 h à 17 h Pr. V. Spaëth Salle H 01



Novembre 4 et 18

Décembre 2

Janvier 6 et 20

Février 3

Mars 3 et 17 et 31

Avril 28

Mai 5

Les mercredis de 15 h à 17 h Pr. P. Anderson Salle H 01


Octobre 14

Novembre 12 et 25

Décembre 9 et 16

Janvier 13 et 27

Février 10

Mars 10 et 24

Avril 24


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