Bernard Regnauld-Fabre, sous-directeur, Amérique du Nord, Ministère des affaires étrangères et européennes





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Discussion sur les Etats-Unis, avec Bernard Regnauld-Fabre et Bruno Asseray

13 mars 2009
Bernard Regnauld-Fabre, sous-directeur, Amérique du Nord, Ministère des affaires étrangères et européennes
Introduction

Nous appartenons à la direction des Amériques et des Caraïbes du Quai d’Orsay, au Ministère des Affaires étrangères et européennes. Le Quai d’Orsay est divisé en directions géographiques. La nôtre couvre l’ensemble du continent américain. Je suis pour ma part sous-directeur Amérique du Nord, Canada, Etats-Unis. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas toujours les Etats-Unis qui m’occupent le plus. Bruno Asseray s’occupe également des Etats-Unis.

Mon propos consiste à vous donner un éclairage des relations politiques franco-américaines suite à l’élection de Barak Obama. Nous commencerons donc en abordant nos impressions de campagne. Nous poursuivrons avec nos premières analyses sur les 60 premiers jours de ce mandat. Nous finirons par quelques éléments de politique étrangère, en nous demandant : Comment gérons-nous les grands dossiers internationaux avec les américains.
La campagne de Barak Obama

Au cours des derniers mois de campagne, tous nos interlocuteurs nous promettaient la victoire de Barak Obama, et nous garantissaient la maîtrise par ce dernier du processus électoral. Nous avons pu constater la justesse de cette promesse au fil des mois. En effet, que ce soit sur la question raciale, sur les questions économiques ou même sur les questions de politique étrangère, le candidat à la Maison blanche a toujours su éviter les pièges que pouvaient lui tendre son adversaire et les media, en n’entrant jamais dans une polémique excessive. De ce point de vue, il n’y a donc pas eu de surprise. La capacité organisationnelle du candidat ainsi que sa capacité à mobiliser et à discipliner ses troupes étaient bel et bien présente. Dans le contexte multi ethnique des Etats-Unis, Barak Obama est par ailleurs parvenu à gagner des Etats qui n’étaient pas du tout acquis à sa cause. La transition qui, du fait d’un certain archaïsme des institutions aux Etats-Unis, s’étale sur deux mois et demi, a donc été parfaitement maîtrisée. On a pu observer lors de la transition une véritable collaboration avec l’équipe sortante ainsi que l’absence de polémiques importantes sur les dossiers en cours.

La campagne de Barak Obama a également été l’occasion d’un changement de style dans la façon d’aborder les dossiers. Prenons un exemple : le budget américain. Après le 20 janvier, les dépenses militaires ont été réintégrées dans les comptes de l’Etat américain. Cet élément – que d’aucun considèrent comme un détail – s’avère dans les faits extrêmement important en termes de coûts financiers.

Avec Barak Obama, nous sommes donc face à un homme qui plaît. Ce dernier a déjà rencontré Nicolas Sarkozy, le 25 juillet dernier à Paris. Présent à la conférence de presse qui a fait suite à cet entretien, j’ai senti une identification très forte entre le président de la république et le candidat Barak Obama, le président de la république avouant qu’il était très sensible aux trajectoires individuelles. « Nous sommes deux personnalités singulières qui avons su tracer notre destin dans des contextes qui n’étaient pas gagné d’avance ».

Homme exceptionnel, mais aussi circonstances exceptionnelles. Cette élection a en effet eu lieu dans un contexte de crise, la pire que le monde ait connu depuis 1929. Barak Obama doit en effet faire face à un bilan extrêmement difficile, sans parler des questions de politique étrangère, de la guerre en Irak et de l’Afghanistan.

Au cours des deux premiers mois de présidence de Barak Obama, nos contacts politiques ont été très rapides : un coup de téléphone presque immédiat avec le président de la république, une visite de Bernard Kouchner le 5 février à Washington avec un déjeuner en tête à tête avec Hilary Clinton, de nouvelles visites du vice-président Joseph Biden à Munich à la mi-février pour une conférence de sécurité européenne et une rencontre avec le président de la république, les réunions ministérielles de l’OTAN à Bruxelles, la reconstruction de Gaza, etc. Les rendez-vous devraient se précipiter puisque début avril Obama vient en visite à Londres, puis sera au sommet de l’OTAN à Strasbourg et à Prague pour le sommet informel à 27 (Union européenne, Etats-Unis).
L’état des relations bilatérales franco-américaines

Le redressement de la qualité des relations franco-américaines ne date pas de l’élection de Barak Obama lui-même, mais bien de l’élection de Nicolas Sarkozy. Les choses ont en effet commencé à changer en 2007, avec l’équipe Bush, en termes de qualité de dialogue et de rapidité. Le discours extrêmement sentimental et porté à célébrer l’histoire de Nicolas Sarkozy au congrès américain en novembre 2007 est en effet apparu comme un cri du cœur. Il ne s’agissait nullement d’un discours classique de géopolitique. L’idée était de rappeler le fait que la France et les Etats-Unis sont deux puissances consubstantiellement alliées, qui n’ont jamais été en guerre et qui sont appelées à déployer des efforts communs pour gérer un certain nombre de crises internationales. C’est pour toutes ces raisons que je daterais de cette époque la pleine normalisation de nos relations bilatérales. Par « normalisation » j’entends notre capacité à travailler en confiance dans un dialogue sans préjugé et sans crispation préalable, même sur les sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accords. C’est en effet dans les situations de désaccord que les difficultés commencent en général à apparaître. Lors de sa visite à la Conférence d’Annapolis en novembre 2007, Bernard Kouchner déclarait : « Nous travaillons mieux avec les américains et même quand nous ne sommes pas d’accord sur les dossiers, la façon dont nous ne sommes pas d’accord avec eux n’est pas la même qu’avant ». Il est important de prendre conscience que c’est avec une équipe républicaine à bout de souffle que nous sommes parvenus à redresser la barre. Nous avons su capitaliser sur le formidable travail de nos diplomates, à commencer par notre ambassadeur aux Etats-Unis, Jean-David Lévitte. Au moment de l’intervention en Irak, ce dernier a en effet anticipé sur les relais dont la France avait besoin aux Etats-Unis ainsi que sur la façon dont notre image devait être mieux présentée et mieux défendue. En réussissant à affûter nos arguments sur beaucoup de sujet, nous sommes en effet parvenus à redresser l’image de la France aux Etats-Unis. La lutte contre l’antisémitisme a par exemple été très active : une politique de dialogue avec les communautés juives américaines et les associations juives américaines a notamment permis d’obtenir des résultats remarquables.

Cela étant, nous ne sommes pas naïfs. Nous savons parfaitement que les intérêts américains seront défendus et que les Etats-Unis ne nous feront pas de cadeaux à l’avance sous prétexte qu’effectivement le dialogue est plus facile et qu’est présente la volonté d’être plus multilatéral et de prendre le conseil des alliés. Nous savons que nous aurons à mener des négociations parfois difficiles. Nous sommes d’ailleurs déjà en discussion sur un certain nombre de sujets internationaux.
Les grands dossiers internationaux

L’Afghanistan. Nous nous attendions à ce que les américains nous demandent clairement d’augmenter nos troupes en Afghanistan, comme ils l’avaient déjà fait en 2008. Cette demande est en train de se préciser. Le processus de revue des objectifs stratégiques en Afghanistan n’étant pas tout à fait terminé, il semble en effet que les américains vont cibler leurs demandes dans le domaine du renfort de la police et de l’administration. C’est effectivement là que le bât blesse, l’Etat afghan n’étant pas en mesure de redresser la barre et d’imposer son autorité. La nomination du nouveau ministre de l’intérieur afghan est dans ce contexte une bonne nouvelle, ce dernier étant une personnalité valable que nous soutenons beaucoup. Cela étant, les moyens continuent de manquer. Notre financement en matière de police et de cadres du ministère de l’intérieur afghan est très faible par rapport à nos dépenses militaires. Nous parlons donc de reconstruction civile, de consolidation de l’Etat alors que dans les faits les moyens mis en place sont très limités en comparaison des moyens militaires. Face à l’Afghanistan, nous allons donc probablement devoir faire face à des demandes qui ne seront pas peut-être plus purement, sinon du tout, des demandes de renforts de soldats. Nous discutons aussi de la question de l’avenir politique du pays, et notamment des élections présidentielles afghanes. Sur ce sujet, les américains sont assez ouverts. Karzai est évidemment la personnalité qui semble pour l’instant favorite mais nous insistons avec eux sur l’ouverture du champ politique, et donc sur l’émergence d’autres personnalités qui enrichiraient la vie politique afghane, Karzai n’étant pas le seul interlocuteur que l’on puisse avoir. Nous menons également une réflexion sur l’inclusivité. Biden a d’ailleurs eu à ce sujet des propos intéressants à ce sujet à Munich. Ce dernier commence en effet à faire une différence assez nette entre ceux qui pourraient être réinsérés dans le jeu politique et les autres.

L’Iran. Sur cette question, nous sommes encore dans une période d’attente. Nous conservons en effet cette approche française consistant à avoir toujours deux fers au feu : celui des sanctions que nous sommes prêts à renforcer et celui du dialogue direct avec Téhéran que nous menons avec d’autres puissances européennes. Les américains de leur côté ont déjà commencé discrètement dans les enceintes multilatérales à reprendre des contacts avec les iraniens. Nous n’avons cependant toujours pas d’idée claire sur la façon dont ils veulent s’y prendre ni sur les objectifs qu’ils envisagent de décliner face à leurs interlocuteurs iraniens. Cette incertitude risque de perdurer jusqu’à l’été, les élections présidentielles étant prévues en juin. Fin 2009, début 2010 risque par ailleurs d’être une période difficile, compte-tenu des dangers liés à la capacité de l’Iran à enrichir de l’uranium.

L’Irak. Nous ne sommes pas engagés sur ce dossier comme d’autres partenaires. Cela étant, nous sommes dans une phase de normalisation. Nous souhaitons que les américains nous comprennent et nous encouragent dans notre volonté de voir l’Irak redevenir un partenaire politique normal sur la scène régionale. Pour ce faire, nous avons ouvert un consulat général à Erbil, dans la zone kurde, et nous allons en ouvrir un second à Bassora, dans la zone chiite. Toutes ces démarches participent de cette normalisation que les américains souhaitent voir aboutir et qui, de leur point de vue, se traduit par la diminution de leurs troupes et la dévolution aux autorités irakiennes de responsabilités au niveau des provinces.

Le Moyen-Orient. Nous souhaitons – et cela a été clairement évoqué à Annapolis – que les américains fassent du processus de paix une priorité dans leur agenda de priorités concernant cette région. Nous avons eu des interrogations à ce sujet en début d’année avant la crise de Gaza, mais l’Iran restait quand même très nettement au-dessus du processus de paix. Cela étant, depuis Gaza, les choses ont malgré tout évolué. Les autorités américaines ont du manifester un intérêt immédiat. Madame Clinton s’est rendue dans la région et une conférence de reconstruction de Gaza s’est récemment tenue avec 4 milliards de dollars de promis. Nous allons donc rester extrêmement vigilants pour que le processus d’Annapolis – qui doit être revu – se poursuive. Pour ce faire, nous avons quelques éléments, comme l’ouverture d’un dialogue avec la Syrie. La semaine dernière, deux émissaires américains ont discuté des conditions de reprise d’un dialogue plus régulier, ainsi que de la question du processus de paix et du statut du Hamas. Mais encore une fois, les choses ne sont pas gagnées d’avance, les premiers échos dont nous disposions par l’intermédiaire de l’administration en train de se mettre en place n’étant pas si favorables. Nous pensons que les américains auraient du prendre plus de temps avant de reprendre un dialogue ouvert avec les syriens. Nous avons sur ce sujet des différences d’approche, ou plutôt des nuances. La France a toujours en vue la question libanaise comme une priorité dans la relation avec Damas. Les américains de leur côté voient – et nous le voyons aussi – la question du découplage de l’alliance Damas – Téhéran comme étant l’un des objectifs stratégiques fondamentaux d’une reprise de dialogue avec Damas.

Le Liban. Sur ce sujet, notre relation est extrêmement bonne. La coopération semble aller dans le même sens : restauration de la souveraineté libanaise, efforts pour l’élection d’un président après des mois de difficultés l’année dernière, mise en place du tribunal international pour juger les auteurs présumés de l’assassinat d’Hariri. Tous ces jalons ont été posés avec des américains.

Dernier élément à noter : nous nous sommes fermement engagés à ce que de relations diplomatiques entre Damas et Beyrouth puissent être établies.

Les questions multilatérales. Nous avons sur l’OTAN des divergences d’approche concernant notamment l’élargissement. Ces questions ont déjà été abordées l’année dernière, lors du dernier sommet de Bucarest au cours duquel les américains avaient fait pression assez fortement sur les européens pour que nous acceptions le MAP (Membership Action Plan) qui est en fait une étape intermédiaire avant l’adhésion en faveur de l’Ukraine et de la Georgie. Il avait été à l’époque différé. Mais suite aux événements du Caucase de l’été 2008, les arguments en faveur d’un report de l’accession au MAP ont évidemment été beaucoup plus écoutés. Nous observons de la part des américains une prudence tactique certaine, mais aussi la volonté de revenir vers la question d’un élargissement à terme même si aujourd’hui il ne peut pas être acquis. Cette divergence d’approche n’est donc pas uniquement française. Elle est partagée par beaucoup de pays européens. Ces discussions risquent de ne pas être achevées à Strasbourg.

Nous allons rejoindre les structures militaires de l’OTAN. Cette décision n’est pas une surprise pour ceux qui connaissaient un peu le dossier. Nous avions en effet depuis plusieurs années déjà rapproché nos positions de l’OTAN. Nous participons à toutes les opérations militaires de l’OTAN à l’étranger. Plus qu’une rupture avec une politique précédente, il s’agit donc davantage d’une continuation marquant notre volonté de retrouver notre place afin de peser de tout notre poids dans l’alliance. Nous devons en effet y être entendus et y occuper des postes plus importants, dans la mesure où nous sommes engagés dans la plupart, sinon dans la totalité, des opérations. Nous devons prendre part aux décisions concernant les missions, ainsi qu’à la définition du périmètre d’action et des domaines dans lesquels l’Alliance doit ou peut intervenir. Sur ce sujet, la France a en effet une vision importante à défendre : nous ne voulons pas que l’OTAN devienne le bras armé d’un club des pays occidentaux qui serait une sorte de ligue des démocraties comme John Mac Cain l’avait dit en 2008. Cette idée n’est d’ailleurs pas seulement la sienne : elle se perpétue dans les cercles politico-militaires de l’OTAN américain. Ce n’est pas la vision de la France. Nous ne pensons pas qu’il faille faire de l’OTAN le représentant d’intérêts de grandes démocraties occidentales qui se heurteraient au reste du monde et ne serait pas compris dans son action.

Nous souhaitons par ailleurs – comme l’a rappelé Nicolas Sarkozy l’année dernière – renforcer le multilatéralisme, la question de la recomposition du conseil de sécurité devant aussi être abordée à moyenne échéance.

La Russie. Concernant la Russie, je serai modérément optimiste. L’approche américaine me semble en effet reposer sur deux aspects : la volonté de réactiver les négociations en termes de désarmement (les traités de désarmement classiques, Start et les autres) ; mais aussi la question de la politique étrangère russe et des intérêts régionaux de la Russie. Quand j’ai entendu Joseph Biden dire à Munich qu’il n’était pas question de reconnaître à la Russie une sphère d’influence régionale, je me suis dit que nous risquions d’avoir à nouveau des difficultés avec Moscou. Personnellement, il ne me paraît en effet pas très vraisemblable que le président Poutine abandonne sa vision de reconstruction d’un espace de l’étranger proche qui lui soit plus favorable. Nous l’avons d’ailleurs vu avec la décision du Kirghizistan de fermeture de la base de Manas qui ne pourra plus être une facilité pour les forces américaines en route vers l’Afghanistan. Il y a donc là, à mon sens, les germes de frictions à venir.
Bruno Asseray, rédacteur États-Unis, Ministère des affaires étrangères et européennes
L’Amérique latine. L’administration Obama entend revenir sur cette zone très largement délaissée. Le président Obama considère en effet que cette politique d’éloignement est à l’origine de beaucoup de torts causés aux Etats-Unis (émancipation des régimes, comportements anti-américains). Pour autant, nous nous apercevons que, pour l’instant dans les faits, au-delà de la déclaration et de la définition des axes de cette politique, cette dernière ne s’est pas encore directement exprimée. Malgré la déclaration de Barak Obama, selon laquelle tout ce qui est bon pour les populations d’Amérique du sud est bon pour les Etats-Unis, nous voyons monter des problématiques telles les questions d’immigration, de drogue et de trafics existant entre les deux hémisphères.

Cuba. Nous observons un changement d’attitude des Etats-Unis. Cela étant ce changement d’attitude n’est peut-être pas un changement de politique stricto-sensu. Barak Obama vient en effet de signer une loi devant permettre aux ressortissants américains d’aller à Cuba une fois par an, d’y dépenser de l’argent, etc. Il entend ainsi lever les conditions très dures de circulation mises en place par l’administration précédente afin de peser à l’intérieur sur le régime en faisant de chaque américain se rendant à Cuba un ambassadeur des Etats-Unis. Pour autant, les décisions lourdes telles que l’embargo sont pour l’heure maintenues par l’administration Obama qui considère ces dernières comme un outil efficace pour peser sur le régime. La situation risque donc de n’évoluer que peu tant que les frères Castro sont au pouvoir.
La coopération française aux Etats-Unis

Les Etats-Unis sont pour nous un partenaire extrêmement important, tant sur le plan scientifique que sur la plan de la culture. Pour s’en convaincre, quelques chiffres.

  • La coopération représente un tiers des effectifs dont le ministère dispose aux Etats-Unis, soit environ 150 agents sur près de 420 présents.

  • Dans cet ensemble, 20 personnes se consacrent exclusivement à la recherche.

  • A ces 20 personnes s’ajoutent des agents qui travaillent dans le champ universitaire.

  • L’enveloppe de crédits – importante à l’échelle du ministère des affaires étrangères – est de l’ordre de 3 millions d’euros. Elle sert à conduire les programmes.

Les objectifs de cette politique sont simples. Il s’agit en effet de favoriser :

  • des partenariats de haut niveau ;

  • une politique d’attractivité ;

  • la promotion de la langue et du savoir faire.

Pour ce faire, et pour respecter le mode opératoire de nos partenaires américains, nous avons recours à des partenariats public-privé.
Les objectifs de 2009

Pour les années à venir, nous avons quatre grands axes sur lesquels les actions devraient se développer :

  • Renforcer la coopération universitaire et l’appui à la coopération en matière de recherche .

  • Favoriser l’enseignement du français.

  • Développer la participation aux débats d’idées.

  • Promouvoir la création contemporaine française.

En matière de coopération scientifique et de recherche, l’objectif est de développer de nouveaux programmes, parmi lesquels :

  • Un réseau doctoral complétant les outils déjà existants (comme le programme Chateaubriand – programme d’accueil de chercheurs américains dans des laboratoires français –, ou le PUF – fonds pour les partenariats universitaires).

  • Une action développée en faveur des masters.

  • Des séminaires du type Frontiers of science and Engineering.

  • Des programmes jeunes entrepreneurs et échanges de professionnels sous les transferts de technologie.

  • Un nouvel accord bilatéral de coopération scientifique et technologique. Un tel accord est important dans la mesure où il devenait nécessaire de clarifier l’activité des chercheurs et de bien définir le cadre dans lequel les avancées enregistrées dans le cadre de cette coopération pouvaient être utilisées, mutualisées et transmises.

En matière de coopération universitaire, nous avons pour objectif de :

  • Nous inscrire davantage et de nous affirmer dans la compétition internationale. Cet objectif nous conduit à accélérer les mises en place de fondations, ces dernières nous permettant de véhiculer notre influence sur les grands campus.

  • Soutenir la constitution de partenariats universitaires et l’octroi de bourses d’excellence.


Eléments de contexte

Nous pouvons parler de rapport très inégal entre les acteurs en présence, dans la mesure où, selon un rapport publié en 2008, les Etats-Unis représentent :

  • 40% des dépenses mondiales en recherche et développement.

  • 70% des prix Nobel.

  • 75% des 40 meilleures universités mondiales.

Malgré cette position de leadership indubitable, des motifs d’inquiétude surgissent. En effet, selon un récent constat d’experts, bien que ce panorama soit prestigieux, la recherche américaine commence à marquer le pas. Dans certains domaines, les Etats-Unis se font même rattraper par d’autres pays, européens notamment dans le cas des sciences physiques. Contraints de mener une politique nouvelle, les américains tentent donc d’établir des priorités dans le but de conserver le leadership dans des domaines prioritaires, parmi lesquels : les technologies de l’information, les nanotechnologies, les biotechnologies, la médecine. La ressource financière mobilisable n’étant pas infinie, dans les autres domaines l’objectif pour les Etats-Unis consiste à ne pas se laisser distancer et à rester capables d’identifier les grandes avancées scientifiques. Pour ce faire, le meilleur moyen pour les Etats-Unis réside dans le renforcement des coopérations avec les pays étrangers pour les programmes très onéreux. Parmi ces domaines : la physique des hautes énergies, les programmes spatiaux, etc.
La recherche américaine et l’étranger

Il est intéressant de savoir qu’aux Etats-Unis :

  • 65% des doctorants en ingénierie sont d’origine étrangère (indiens ou chinois pour la plupart).

  • Une entreprise sur quatre créée entre 1995 et 2005 dans le domaine de l’ingénierie et de la technologie avait un fondateur étranger (dont 25% d’indiens).

  • Un quart des étrangers résidant aux Etats-Unis sont cités comme inventeurs ou co-inventeurs de brevets internationaux enregistrés en 2006 (contre moins de 8% en 1998).

Force est donc de constater une très forte montée en puissance du savoir faire des étrangers dans le domaine de la recherche aux Etats-Unis. Les Etats-Unis peuvent donc se révéler dépendants de chercheurs d’origine étrangère. Or ces derniers se voient proposer de plus en plus régulièrement par leur pays respectif des conditions très intéressantes de retour.

Ce constat de forte présence étrangère dans la recherche est par ailleurs accentué par un autre phénomène : les américains d’origine non continentale sont assez sous représentés dans les secteurs de la recherche. Il existe un véritable désir de se mobiliser pour intervenir dans le système éducatif dans le but d’augmenter le ratio des chercheurs américains dans la recherche. Or cette tâche s’avère relativement compliquée dans la mesure où le système éducatif américain n’est pas centralisé mais constitué d’un très grand patchwork de standards et de programmes.

La politique d’Obama en matière de recherche


Les premières orientations de Barak Obama dans ce domaine interviennent après une administration Bush peu sensible à ces thématiques d’une part, et n’ayant, d’autre part, pas su sécuriser les crédits nécessaires (sans doute parce que la pression des grands programmes budgétivores – comme l’Irak – mettait à mal la capacité de financement).

Dans le plan de relance qui vient d’être approuvé par le Congrès (785 millions de dollars), 21,5 milliards seront consacrés à la recherche et au développement.

Dans ce plan, trois enjeux majeurs sont visés :

  • Assurer une continuité dans le financement de la recherche. C’est, semble-t-il, ce qui a beaucoup pêché par le passé. Non pas qu’il n’y avait pas de financement, mais peut-être était-il trop erratique pour pouvoir alimenter des recherches à moyen ou long terme (ce qui a posé un problème de suivi de continuité et de performance).

  • Effectuer un travail avec les enseignants pour relancer l’appétence des jeunes américains pour la science.

  • Produire des résultats qui justifient les financements octroyés. Lorsque l’on parle de recherche fondamentale aux Etats-Unis, il faut savoir que 60% du financement relève du niveau fédéral. La recherche est donc massivement soutenue. Le financement privé se porte quant à lui davantage sur la recherche appliquée et sur le développement. A noter : Barak Obama vient de signer un décret autorisant le financement fédéral de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Il vient également de mettre en place une directive visant à garantir l’intégrité de la science dans la prise de décision politique. Il s’est enfin exprimé sur sa volonté de procéder à une réforme de l’éducation.


Qu’en tirer comme conclusion pour nous ?

Cette nouvelle donne devrait permettre de renforcer les coopérations scientifiques, notamment dans les relations transatlantiques. Elle pourrait peut-être nous faire passer d’une politique de brain-drain à une politique de coopération plus équilibrée. Certains responsables de la recherche nous apparaissent en effet mieux disposés à évoluer vers le partage et la collaboration. Nous avons donc une carte à jouer pour la mise en place et la consolidation d’outils pérennes. Nous devons par ailleurs mener une réflexion sur nos outils. En effet, dans le cadre de la réforme de l’Etat, (RGPP) les postes diplomatiques sont invités à rationaliser ou à intervenir sur leur dispositif. Cette refonte pourrait passer par un plus grand rapprochement entre la coopération universitaire et la coopération scientifique qui, pour l’instant, dépendent de deux chefs de service différents.


Questions / Réponses





  • J’ai été très surpris dans votre présentation que vous n’ayez pas abordé la question de l’Afrique, où nos intérêts sont pourtant fortement menacés, même par certains de nos alliés. Quel est votre point de vue sur le sujet ? Je pense notamment à ce qui se passe dans le golfe de Sao tome.

Bernard Regnauld-Fabre : Il est vrai que je n’ai pas parlé de l’Afrique. Tout simplement parce que cette question n’entre pas dans les priorités les plus hautes de nos discussions générales avec les américains. Pour autant, cela reste évidemment présent. Juste une réflexion donc sur la question de l’Afrique. Nous cherchons à instaurer avec les américains un partenariat global. Même si nous ne sommes qu’une puissance moyenne (et non pas une super puissance comme eux), nous restons malgré tout une puissance globale. Ce terme de « puissance globale » n’est pas de moi. Je l’ai entendu dans la bouche de diplomates américains. C’est intéressant dans la mesure où, si tel est ce que l’on pense de la France à Washington, nous pouvons en conclure que nous avons une certaine latitude d’action. C’est notamment le cas sur des dossiers plus prioritaires pour nous que pour eux, comme le Darfour ou le Tchad par exemple, où nous sommes plus en pointe que les américains et où l’Union européenne est elle aussi plus impliquée. Cela étant, il ne faut pas oublier que les américains ont des intérêts qu’ils considèrent comme vitaux en Afrique : les questions énergétiques par exemple.


  • Sur ces relations que nous connaissons moins, quel est selon vous le rôle de la science et de la technologie ? Ont-elles un rôle à jouer ? Ou s’agit-il de mondes que vous ne croisez jamais ?

Bernard Regnauld-Fabre : Nous n’ignorons pas ces mondes. Les enjeux technologiques, les intérêts économiques et scientifiques sont bien sûr pris en compte au sommet de l’Etat mais ne sont pas traités par les mêmes directions ou les mêmes administrations dans leur totalité. A titre d’exemple, la direction à laquelle j’appartiens ne traite pas en priorité de ces questions, ce qui ne veut pas dire que je les ignore totalement.


  • Pensez-vous que l’arrivée de l’administration Obama modifie le comportement des Etats-Unis concernant l’admission d’organisations scientifiques internationales sur le sol américain ? Vont-ils enfin accepter ces dernières sur leur sol et accorder des visas aux grandes communautés scientifiques ?

Bernard Regnauld-Fabre : Je pense que, même avec la nouvelle administration, dès lors qu’il s’agira d’enjeux scientifiques majeurs présentant une composante de sécurité, il sera toujours très difficile de partager la technologie et de faire accepter des investissements ou des personnels étrangers.

Bruno Asseray : Je crois qu’il est un peu tôt pour pouvoir véritablement répondre à ce genre de questions dans la mesure où cette administration n’est encore que partiellement installée. Qu’avons-nous comme éléments de référence ? Outre les discours de campagne, qui constituent un premier indicateur de politique, nous pouvons nous souvenir que les Etats-Unis se trouvent aujourd’hui confrontés à une nécessité plus grande de coopérer (compte-tenu de leur prise de conscience concernant l’écart qui commence à se creuser). Comment cela se traduira-t-il ? Je pense que nous ne disposons pas à ce jour de suffisamment d’éléments pour répondre ou projeter un scénario.


  • Comment percevez-vous les relations entre le nouvel Etat fédéral et l’Etat de Californie dans lequel nous allons nous rendre ?

Bruno Asseray : Nous n’avons pas énormément d’éléments de réponse. Cela étant, nous constatons que, bien que républicain, Schwarzenegger a parfois défendu des positions un peu en marge de sa famille d’appartenance politique, notamment sur la question du changement climatique, de l’énergie ou de la lutte contre le gaspillage. Pouvons-nous pour autant apprécier le positionnement de ce dernier par rapport à l’administration Obama ? Je ne le crois pas. Permettez-moi donc de vous livrer une réflexion plus personnelle. Mon plus grand étonnement depuis que je suis entré en fonction au poste que j’occupe actuellement a été de constater la relative liberté qu’entretient chacun des députés ou des sénateurs aux Etats-Unis. Les congressmen n’hésitent pas en effet parfois à ne pas respecter les consignes de vote de leur famille politique d’appartenance. Cette liberté de parole est tout à fait admise dans la mesure où elle fait partie des traditions américaines.


  • Vous avez parlé M. Asseray des inquiétudes de la part des Etats-Unis, vis-à-vis du système de la recherche et vous avez mentionné qu’il y avait des réflexions sur la nécessité de mise en place de systèmes de financements pérennes de la recherche. Or nous voyons bien que ces dernières années en France, nous sommes passés de ces systèmes de financement de la recherche par des budgets récurrents à une gestion de projets de recherche sur des périodes de 3-4 ans, donc assez court terme à l’échelle de la recherche. Ma première question est donc la suivante : nous trompons-nous en passant de ce financement récurrent à de la gestion de financements par projet ? Vous avez par ailleurs évoqué les inquiétudes vis à vis du manque de coordination national du système éducatif. Là encore, nous votons bien qu’en France, nous sommes en train de passer d’un système éducatif coordonné à l’échelle de la France à un système d’universités autonomes. Faisons-nous fausse route ?

Bruno Asseray : Je ne sais pas si l’on peut se lancer dans une analyse comparative. En ce qui nous concerne, nous tentons de comprendre comment la question est gérée aux Etats-Unis. Or, il est vrai que le manque d’efficacité a parfois été attribué au fait que certains financements n’étaient pas suffisamment pérennes. Je rappelle que nous parlons là de recherche fondamentale, c’est-à-dire d’une recherche qui repose à 60% sur les crédits fédéraux. Les Etats-Unis ont donc exprimé leur volonté de mettre en place un financement récurrent permettant à la recherche fondamentale d’être alimentée dans la durée afin de rattraper le terrain perdu dans certains domaines. C’est également pour cette raison qu’ils acceptent davantage de mettre en place des coopérations dans les secteurs où ils savent qu’ils ne peuvent plus faire face seuls.

Concernant la désaffection des sciences des jeunes américains, le constat est le même partout. Si le fait de jouir d’une grande attractivité en matière scientifique constitue une force évidente pour les Etats-Unis, cela peut également se révéler être faiblesse, voire une forme de dépendance dans la mesure où ce savoir peut aussi s’exporter et alimenter d’autres systèmes.

Maintenant pour ce qui est des conclusions à en tirer dans la transposition à un autre système, je ne me risquerai pas à donner de réponse.

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