1. 40 ans de musique enregistréE en bibliothÈque publique





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UNIVERSITÉ PIERRE MENDÈS FRANCE

IUP Métiers des Arts et de la Culture


Agnès Souchon-Desjardins

Licence Métiers du livre

Option Documentation musicale

2000-2002


L’IDENTITÉ PROFESSIONNELLE
DES DISCOTHÉCAIRES


UNIVERSITÉ PIERRE MENDÈS FRANCE

IUP Métiers des Arts et de la Culture


Agnès Souchon-Desjardins

Licence Métiers du livre

Option Documentation musicale

2000-2002



L’IDENTITÉ PROFESSIONNELLE
DES DISCOTHÉCAIRES


Je tiens à remercier les discothécaires abonnés à la liste de diffusion « discothecaires_f » qui ont bien voulu consacrer un peu de leur temps pour répondre à un long questionnaire1. L’intérêt qu’ils ont manifesté pour la question de l’identité professionnelle m’a permis de mener à bien ce mémoire.

Ces remerciements s’adressent également aux différents intervenants de l’option « documentation musicale » de l’IUP pour leur passion, leur engagement, leur compétence, leur désir de transmettre.
Merci enfin à Jean-Luc pour sa patience, son aide et son soutien…


TABLE DES MATIÈRES


Introduction 6
1. 40 ans de musique ENREGISTRÉE en bibliothÈque PUBLIQUE 8
1.1. Bref historique 8
1.1.1. La grande aventure de la Discothèque de France 8

1.1.2. Le printemps des médiathèques 11

1.1.3. De la discothèque à la véritable médiathèque musicale ? 12
1.2. Apparition d’un nouveau métier : discothécaire ? 14
1.2.1. L’ère de la passion 14

1.2.2. L’ère de la reconnaissance 15

1.2.3. Un processus de reconnaissance inachevé ? 16
2. QUELLE IDENTITÉ PROFESSIONNELLE POUR LES DISCOTHÉCAIRES ? 20
2.1. L’identité 20
2.1.1. Identité personnelle et identité sociale : la socialisation de l’individu 20

2.1.2. Identité professionnelle 23
2.2. Qu’en est-il des discothécaires ? 26
2.2.1. L’enquête 26

2.2.2. Le compte rendu de l’enquête 27

2.2.3. Les trajectoires constitutives de l’identité professionnelle 37
3. L’AVENIR DE LA PROFESSION 44
3.1. Une identité professionnelle incertaine 44
3.1.1. Une image brouillée 44

3.1.2. La polyvalence en question 46

3.1.3. Les craintes liées à Internet 48
3.2. Le choix de l’identité 49
3.2.1. De la professionnalisation… 49

3.2.2. … À la profession ? 51
Conclusion 53
Bibliographie 55
SIGLES UTILISÉS 57
Annexe 58
INTRODUCTION2
Le discothécaire est un professionnel de la documentation musicale qui, s’il a d’abord été amené à gérer un nouveau support en lecture publique, a néanmoins les mêmes missions qu’un bibliothécaire : il est un intermédiaire, un « médiateur », entre des publics, la production et l’information, en l’occurrence musicales.
Le discothécaire est un bibliothécaire spécialisé. D’abord spécialisé dans le traitement d’un support, il s’est nécessairement spécialisé dans le contenu, les musiques, pour être en mesure de répondre aux exigences d’un public de plus en plus important et averti.
L’apparition de cette spécialité est somme toute récente mais en une quarantaine d’années, les discothécaires n’ont cessé de prouver que la musique n’est pas un « art mineur », comme en atteste également les derniers rapports sur « les pratiques culturelles des Français », ainsi que leurs capacités d’adaptation et d’ouverture à toute forme de musique, bien avant que l’on ne se préoccupe, de façon très « tendance », de « diversité musicale » en France. Ainsi, ils n’ont cessé de remplir leurs missions auprès des publics, d’une part en permettant la découverte d’artistes ou de labels ne s’inscrivant pas dans une ligne commerciale, et d’autre part en s’ouvrant toujours davantage à d’autres supports que le disque : livres, presse spécialisée, vidéo, etc., en rapport avec la musique.
En dépit de ces considérations, ne bénéficiant pas du prestige culturel des bibliothécaires ou historique des archivistes, le discothécaire semble souffrir aujourd’hui d’un certain isolement, d’un déficit d’image, d’un problème d’identité au sein de sa médiathèque. Cet état de fait est particulièrement visible à travers les messages que l’on peut trouver sur la liste professionnelle « discothecaires_fr » où il est quelquefois question de l’isolement du discothécaire, de la négation de sa spécificité ou encore de l’image peu valorisante dont il est victime. On retrouve ces problèmes plus ou moins explicités au gré de la littérature ou de la presse professionnelles. Ils sont le reflet d’une crise identitaire complexe qui trouve son origine aussi bien dans le domaine, la musique, qui est très connoté au plaisir dans les représentations, que dans un système organisationnel discuté, et encore discutable pour certains, mais qui n’est aujourd’hui plus remis en question : le discothécaire est un bibliothécaire. En tant que tel, il est investi des mêmes missions et suit les mêmes formations. Cependant, si l’adaptation au traitement d’un support particulier, le disque, a été nécessaire dans un premier temps, une formation complète en documentation musicale paraît aujourd’hui indispensable pour qu’un discothécaire soit apte à remplir ses missions dans le secteur « musiques » d’une médiathèque, du fait de la diversification des supports, de la multiplication des genres musicaux, de l’explosion des demandes des publics ou encore de l’apparition des nouvelles technologies comme Internet.
La question de la formation, voire d’une véritable professionnalisation, est récurrente à l’heure où la profession se cherche toujours, depuis la mutation des bibliothèques en médiathèques, à travers le développement d’un secteur associatif actif ou la création de ses propres outils discothéconomiques. Celle de l’évolution de la structure en une véritable bibliothèque musicale, pôle thématique multisupports, ne fait qu’accentuer ce problème de formation, remettant encore et toujours en cause les compétences du discothécaire et donc son adaptation à l’emploi. Il en résulte des difficultés d’identification, de construction de son identité professionnelle.
Ce mémoire constitue une réflexion sur l’identité professionnelle du discothécaire. Il s’agit ici de voir comment les discothécaires se perçoivent (l’identité professionnelle pour soi) et si cette perception leur permet de constituer un groupe homogène, professionnellement reconnu (l’identité professionnelle pour autrui).
Dans cette optique, un historique de l’apparition de la musique enregistrée dans le réseau de lecture publique est une étape préalable et nécessaire à la compréhension des questions relatives à l’identité professionnelle du discothécaire. Il permet de mieux appréhender les conditions de développement des discothèques ainsi que celles des nouvelles fonctions qui en découlent.

La présentation des cadres théoriques de construction de l’identité professionnelle précède le compte rendu d’un questionnaire auquel plus d’une vingtaine de discothécaires abonnés à la liste de diffusion « discothecaires_fr » a bien voulu répondre. Son analyse repose sur un schéma particulier, celui de l’étude des trajectoires comme processus constitutif de l’identité professionnelle.

Cette étude se termine sur les perspectives d’avenir de la profession qui devra faire le choix de son identité pour rompre avec le sentiment d’isolement qui semble l’habiter.

1. 40 ans de musique ENREGISTRÉE en bibliothÈque PUBLIQUE
En dehors de quelques rares exceptions3, l’apparition du disque en bibliothèque publique reste récente : c’est à peine depuis quarante ans que tout un chacun peut découvrir, écouter et emprunter de la musique auprès des établissements culturels municipaux que sont les bibliothèques de lecture publique. Bon gré mal gré, ces bibliothèques ont progressivement initié ou subi leur conversion en médiathèques. On peut attribuer l’origine de cette mutation à une association de passionnés du service public qui décide, à la fin des années cinquante, de créer la Discothèque de France.
Un bref historique de cette « aventure culturelle » permettra de mieux cerner l’introduction d’un nouveau support en lecture publique et de mieux comprendre les difficultés que pouvait y occasionner l’émergence d’une nouvelle spécialité, d’une nouvelle fonction ou d’un nouveau métier : discothécaire.
1.1. Bref historique
Il est impossible de s’intéresser au métier de discothécaire sans retracer, au moins dans ses grandes lignes, l’histoire de l’apparition d’un nouveau support en bibliothèque publique de prêt : le disque. Aussi naturelle que sa présence puisse nous paraître aujourd’hui, il n’en a pas toujours été de même. Jean-Marie Daudrix, dans son livre La Discothèque de France : une aventure culturelle, témoigne de ce long combat qui est à l’origine même de l’existence des médiathèques en France.
1.1.1. La grande aventure de la Discothèque de France
Il serait inutile et déplacé de paraphraser ici Jean-Marie Daudrix dont l’ouvrage apporte de nombreux détails sur le fonctionnement et l’évolution de la Discothèque de France pendant près de vingt-cinq ans. Il semble cependant nécessaire de faire le point sur cette immense expérience qui paraît encore relativement floue voire méconnue dans le milieu professionnel, si l’on en croit les quelques messages apparus sur la liste de diffusion « discothecaires_fr » en mars 2001 et consultables dans les archives de la liste4 :


  • « Ma question est simple : j'ai fait plein de recherches sur Internet, j'ai vu plusieurs fois ce nom de Discothèque de France... »5.




  • « La Discothèque de France est l'ancêtre du département audiovisuel de la B.N.F. (j'espère que je ne me trompe pas) »6.




  • « La Discothèque de France est une association qui avait été créée par la Ville de Paris (réseau des bibliothèques municipales) vers le début des années 1980 pour faciliter la gestion des prêts payants, développer les discothèques et qui a créé la classification dont on parle ; elle n'a rien à voir avec le Département de l'Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France, ex Phonothèque nationale (jusqu'à 1994), qui n'utilise aucune classification spécifique pour les phonogrammes »7.




  • « La Discothèque de France est une institution beaucoup plus ancienne ! Cette association a été créée, semble-t-il, en 1959. Elle a été créée par le T.N.P. [Théâtre national populaire] et avait pour siège le théâtre Marigny qui fut le premier lieu de prêt de disques. Par la suite, la Discothèque de France s'installa rue François Miron au même endroit que la discothèque de la Ville de Paris. Toutes deux était dirigées par Jean-Marie Daudrix qui a été l'un des pionniers du prêt de disques »8.




  • « Sans avoir contrôlé, juste de mémoire, la Discothèque de France fut une association créée à la fin des années 50 par Jean-Marie Daudrix pour promouvoir le prêt de phonogrammes. Une première discothèque associative fut ouverte au théâtre Marigny puis rue F. Miron à Paris. Cette association aida la ville de Paris lors de la création des premières discothèques publiques (je pense que la première fut la discothèque de Clignancourt en 1967). Plus tard, fut créée une association parallèle, la Discothèque de la Ville de Paris, chargée par délégation de la gestion des sommes récoltées lors de l'adhésion des emprunteurs, et des achats de phonogrammes pour le réseau parisien. Il faut vraiment contrôler ses informations avant de les mettre sur le réseau... » 9.


Comme on peut le constater à la lecture de ces quelques messages, si la Discothèque de France n’est pas complètement tombée dans l’oubli, les éléments d’information dont on dispose ne sont pas toujours exacts. C’est le message de Christian Massault10 qui met alors un terme à cet échange incertain et/ou approximatif :


  • « La Discothèque de France n'est pas l'ancêtre du département audiovisuel de la B.N.F. [Bibliothèque nationale de France]. C'est une association créée en 1960 pour contribuer à l'intégration de la musique dans les bibliothèques, par la création et le développement de « discothèques de prêt ». Dirigée jusqu'à sa dissolution en 1988 par Jean-Marie Daudrix, elle a entretenu des liens étroits avec l'agence culturelle de la ville de Paris. Sa dissolution était motivée par l'analyse que le processus d'intégration de la musique dans les réseaux de lecture publique était « irréversible », et que sa mission était donc terminée. Les conseils en formation : publication de deux éditions du Manuel du discothécaire en 1973 et 1978, et la création de l'option musique de feu le C.A.F.B. [Certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire], l'action auprès de la D.L.L. [Direction du livre et de la lecture] pour lier l'obtention de subventions lors de la création de nouveaux équipements à l'obligation de prévoir un espace pour la musique, ont été des actions marquantes de cette association. La fourniture de fiches de catalogage avec abonnement à une sélection de phonogrammes représentait un travail de fonds qui a été en partie repris par l'A.C.I.M. [Association pour la coopération de l’interprofession musicale] en 1989 lors de la création d'Écouter voir11. L'histoire de l'association est relatée dans un ouvrage épuisé, mais disponible dans les bonnes bibliothèques, La discothèque de France : une aventure culturelle »12.


Les quelques lignes qui suivent permettront simplement de mieux comprendre pourquoi l’amalgame avec le Théâtre National Populaire (T.N.P.) a pu être fait et de mieux appréhender le niveau d’implication de la ville de Paris dans le développement des discothèques.
« Mettre la grande musique enregistrée à la portée de tous »13 : en 1960, cette initiative résulte de la même logique que celle qui est à l’origine, au début des années vingt, du T.N.P. dont la vocation était de rendre accessibles à un large public les chefs-d’œuvre du théâtre français et étranger. Quarante ans après cette expérience dans le domaine du théâtre, l’un des administrateurs du T.N.P., Jean Rouvet, dans le même souci de démocratisation de la culture et de service public, décide de tenter une nouvelle expérience : faire pour le disque, les enregistrements sonores, ce qui se fait déjà depuis plusieurs décennies pour le livre, c’est-à-dire les mettre à la disposition du plus grand nombre à travers un système de prêt.

Une association loi 1901 est alors créée : la Discothèque de France dont la mission de « diffusion culturelle » est clairement exprimée. En ce sens, ne sera pas seulement proposée au prêt la « grande musique », la musique classique, mais aussi des textes de poésie ou de théâtre enregistrés, de la chanson française et du jazz14.

L’expérience étant plébiscitée par le public parisien, « la Ville de Paris envisage [en 1967] d’étendre son réseau de bibliothèques et d’y intégrer le prêt de disques. Une convention est signée entre la ville de Paris et la Discothèque de France. Elle donne naissance à la Discothèque de la Ville de Paris. Les frais de fonctionnement sont désormais pris en charge par la Ville de Paris qui subventionne également la Discothèque de France dont le « projet d’activités vise particulièrement les maisons de la culture, les bibliothèques d’entreprise et les bibliothèques municipales »15.
Il est intéressant de noter que, si la ville de Paris s’est largement impliquée dans cette aventure, les institutions ministérielles ont mis beaucoup de temps, quatorze années très précisément, avant d’accorder leur reconnaissance à ce type d’initiative puisque ce n’est qu’en 1974 que la Direction des bibliothèques et de la lecture publique du Ministère de la Culture commence à verser une subvention annuelle. La Direction de la musique et de la danse, qui relève du même ministère, le fait encore plus tardivement, en 1980, et de façon plus modeste… Ce manque de financement a largement contribué à ralentir le processus de développement d’un réseau de diffusion culturelle musicale en France.
Au début des années 90, Michel Sineux16 pointe ce dysfonctionnement dans son ouvrage Musique en bibliothèques et l’attribue à la « malédiction des organigrammes »17. Le paradoxe est ensuite largement repris dans le rapport du Conseil Supérieur des Bibliothèques (C.S.B.) pour l’année 199518. Il est encore dénoncé quatre ans plus tard par Marcel Marty dans l’introduction de son livre, Les bibliothèques musicales publiques : le modèle allemand (1902-1997) : « En effet, la D.M.D.T.S. [Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles], faisant remarquer que les bibliothèques municipales ne sont pas statutairement de son ressort, refuse toute aide aux bibliothèques municipales ; à l’opposé, la D.L.L. (et, avec elle, le Centre national du livre) se déclare incompétente en matière de diffusion ou de promotion musicale »19.
Ce « dialogue impossible » n’a pas seulement occasionné des difficultés financières et retardé le développement de la musique en lecture publique. En effet, malgré la motivation et la collaboration de nombreux bibliothécaires partisans d’une véritable diffusion musicale de service public, les blocages institutionnels ont vraisemblablement contribué à accentuer le malaise que pouvait éprouver la profession face à l’introduction d’un nouveau support en bibliothèque. Mais le processus était en marche et la mutation des bibliothèques en médiathèques irréversible.
1.1.2. Le printemps des médiathèques
« Certains documents étaient baptisés média, le mot était à la mode ; on parlait donc de  bibliothèque multimédia… et le mot médiathèque n’allait pas tarder à faire son apparition parmi les bibliothécaires et bientôt sur les façades d’établissement municipaux »20.

En effet, bien qu’on voie se développer des annexes de la Discothèque de France dans la région parisienne et plusieurs villes de province dès le début des années soixante, l’idée de « la bibliothèque ouverte à tous les supports »21 n’est clairement mentionnée que lors du congrès de l’Association des bibliothécaires français (A.B.F.) en 1972 : « Jusqu’alors, la Discothèque de France se donnait comme mission prioritaire de vulgariser l’idée du prêt public des disques. Maintenant qu’elle a trouvé son partenaire naturel [la bibliothèque] et qu’elle est adoptée par lui, elle va essentiellement travailler "au service de la bibliothèque" pour l’organisation des collections de disques »22.
À partir du milieu des années soixante-dix, on voit ainsi se développer une douzaine de bibliothèques-discothèques à Paris. L’expérience s’étend progressivement aux autres grandes villes de province telles que Cambrai, Caen ou Grenoble (pour les plus innovatrices) qui, dans un souci de modernité, poussent encore plus loin le concept « multimédia » et diversifient les supports dans ces nouvelles structures de prêt que sont les médiathèques : artothèques, vidéothèques, logithèques et autres « thèques » voient ainsi le jour au cours des deux dernières décennies.
Ces modèles de médiathèque publique ont largement été inspirés par la Bibliothèque Publique d’Information (B.P.I.) du centre Georges Pompidou à Paris dont la création, en 1977, repose sur le principe selon lequel « la connaissance emprunte les voies qu’elle veut, […] chaque support de connaissance a une dignité identique et […] c‘est en rassemblant des œuvres de toutes natures que l’on développe culture, formation, information et distraction »23. Rien ne semble plus naturel pour Jean-Marie Daudrix lorsqu’il indique que « la discothèque ne doit pas être une pièce rapportée de la bibliothèque, mais que c’est la bibliothèque qui doit devenir "multimédia" »24.
En 1982, la D.L.L. permet enfin une plus grande diversification des médias dans les bibliothèques en octroyant d’importants crédits d’achats de disques et de cassettes à des centaines de bibliothèques municipales et bibliothèques centrales de prêt (B.C.P.). « La diversification est patente avec la multiplication par 4 des discothèques de prêt qui passent de 241 en 1980 à 1148 en 1996 et l’accélération du rythme de création des vidéothèques de prêt. […] L’importance des collections augmente pour chaque support : multiplication par 2 pour les imprimés et par 5,8 pour les phonogrammes en 16 ans, par 12 pour les vidéogrammes en 9 ans »25.

« Bibliothèque plus discothèque, c’est le début de la médiathèque »26, certes, mais vers quel type de médiathèque va-t-on se diriger en France ? Sur quelle logique ces nouvelles structures publiques vont-elles se développer sachant que les bibliothécaires motivés par le projet « envisagent la transformation de leurs bibliothèques en médiathèques sans que cette dernière notion soit très bien définie, ni qu’elle fasse vraiment l’unanimité »27 ?
1.1.3. De la discothèque à la véritable médiathèque musicale ?
Comme le souligne Gérard Herzaft en 1982, « si on peut parler aujourd’hui […] d’évolution de la bibliothèque vers la médiathèque, c’est essentiellement par la création de nombreuses discothèques de prêt à l’intérieur des bibliothèques publiques ou parallèlement à elles »28. Discothèques de prêt… Il semble qu’en France aujourd’hui nous tardions encore à développer un modèle de bibliothèque musicale tel que nos voisins allemands ou anglais l’ont toujours conçu : un espace où le support importe moins que le contenu, un espace où musique enregistrée et musique imprimée, monographies et presse spécialisée se jouxtent sans jamais s’opposer, un espace où chacun peut se retrouver qu’il soit amateur ou mélomane, épris de musique dite populaire ou savante. En Allemagne, « la simple appellation bibliothèque musicale (plutôt que discothèque) n’a jamais été sujette à discussion […] Derrière la dénomination, c’est toute une interaction de supports (livres, périodiques, phonogrammes, partitions, ressources électroniques) qui est à l’œuvre, seule manière de dynamiser globalement la documentation musicale »29.
Discothèque, bibliothèque musicale, médiathèque musicale publiques… Quelle dénomination adopter pour rendre compte sans ambiguïté de la réalité des structures, des collections, pour mettre en avant cette logique de contenu, la musique, si évidente pour les publics ? Celle de médiathèque musicale semble, sans aucun doute, la mieux adaptée mais, à l’heure actuelle, un seul établissement français peut se prévaloir d’offrir les services d’une véritable médiathèque musicale publique : la Médiathèque musicale de Paris (ancienne Discothèque des Halles)30 même si l’on nourrit de gros espoirs autour des Bibliothèques municipales à vocation régionale (B.M.V.R.) susceptibles de susciter localement « l’éclosion de véritables médiathèques musicales, véritables centres de ressources multisupports »31.

Ne soyons toutefois pas trop sévère avec la France puisque de nombreuses bibliothèques musicales se sont développées dans l’hexagone au cours des deux dernières décennies sous diverses formes (bibliothèques de recherche, bibliothèques publiques, bibliothèques d’établissements d’enseignement, centres de documentation spécialisés, bibliothèques de pratique musicale). Cependant, elles présentent encore de grandes disparités tant sur le plan de leur répartition sur le territoire que sur la nature de leurs collections32.

Jean-Pierre Casseyre, inspecteur général des bibliothèques, tente d’expliquer en partie ce phénomène en notant que « l’évolution des bibliothèques publiques depuis une quinzaine d’années montre que le modèle de la bibliothèque municipale s’est brouillé, compliqué, diversifié, bouleversé par la progressive redéfinition des acteurs (l’État, la profession, la ville, les publics) et des missions (patrimoniale, éducative, culturelle, sociale) »33. En outre, il dénonce l’absence de coopération dans ce secteur d’activité en France, et notamment de coopération professionnelle qui « résout bon nombre de clivages et met à mal la dichotomie, souvent observée en France dans le domaine de la bibliothéconomie musicale, entre les établissements de haut niveau, réservé aux spécialistes, et des équipements qui relèveraient du pur – et donc méprisable – loisir »34.

Jean-Marie Daudrix a toujours su que « la collection de disques ne pouvait se suffire à elle-même », que « le disque ne saurait se passer du livre […], ne devrait pas se passer du film ou de l’audiovisuel »35. Il imaginait une sorte de « bibliothèque musicale populaire », dans le sens « ouverte à tous », qui mélangerait tous les supports. Aujourd’hui, là où Jean-Pierre Casseyre se « rend compte que nos discothèques peuvent paraître dangereusement enclavées (du fait même de la nature de l’institution, de l’histoire des bibliothèques publiques ou de l’isolationnisme des discothécaires eux-mêmes !) »36, Jean-Marie Daudrix rêvait hier, presque naïvement : « Ainsi se trouvait en principe levée l’ambiguïté d’une discothèque de prêt (très directement issue de la Discothèque de France) qui n’était que « discothèque » : il n’y avait désormais place que pour des bibliothèques-discothèques : c’était un grand pas vers l’unité de la fonction, vers l’unité du métier »37.
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