1. 40 ans de musique enregistréE en bibliothÈque publique





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2. QUELLE IDENTITÉ PROFESSIONNELLE POUR LES DISCOTHÉCAIRES ?
Après avoir évoqué le contexte dans lequel les médiathèques et la fonction de discothécaire se sont développées en lecture publique, après avoir mis en évidence que ces spécialistes de la documentation musicale souffrent d’un déficit de reconnaissance professionnelle principalement lié aux carences de formation dans leur secteur, nous allons maintenant essayer de comprendre de quelle manière se construit une identité et en particulier une identité professionnelle et quels sont les liens entre l’élaboration de cette identité professionnelle et le processus de reconnaissance. Une enquête auprès des discothécaires eux-mêmes permettra ensuite de faire le point sur la perception de leur propre identité professionnelle. Nous essaierons enfin d’interpréter les réponses à l’aide des outils théoriques préalablement définis et, en particulier, en terme de trajectoires.
2.1. L’identité
« Identité » : voilà un mot que l’on emploie couramment mais qui, si l’on s’y intéresse d’un peu plus près, nous révèle sa complexité, voire son ambiguïté. En effet, si l’on consulte le Petit Robert, nous apprenons que la racine latine du mot est « idem » qui signifie « le même ». Plusieurs acceptions du mot se rapportent donc à la notion de similitude (« identités d’esprit » par exemple) et même d’appartenance à une classe ou une communauté (d’où le sens scientifique d’ « identifier » : des échantillons de pierres, un accent, etc.).

Mais un deuxième pan sémantique du mot a trait à des concepts très différents, pour ne pas dire opposés. En psychologie et en droit, la notion d’ « identité » renvoie plutôt aux concepts d’unité et de permanence : « l’identité personnelle », c’est le caractère de ce qui demeure identique à soi-même. Le sens courant n’en est pas très éloigné puisque « l’identité d’une personne », c’est le fait pour cette personne d’être tel individu et de pouvoir être également reconnue comme tel sans qu’aucune confusion puisse être faite grâce aux éléments qui l’individualisent.
Assimilation d’un côté, différenciation de l’autre : n’est-ce pas le double rôle d’une « carte nationale d’identité » par exemple ? En effet, d’une part ce document m’attribue et me reconnaît l’appartenance au « groupe des Français », de par l’adjectif « nationale », les mentions « République Française » et « Nationalité Française » mais d’autre part ce même document me singularise à l’aide d’un certain nombre de paramètres (numéro, nom, prénom, sexe, date et lieu de naissance, taille) qui, en principe, me font « un » au milieu de ce vaste ensemble.

Même si l’exemple peut paraître trivial, on voit bien que le terme « identité » est moins banal qu’il n’y paraît, et c’est ce qui en fait une notion centrale pour la réflexion et la recherche dans plusieurs disciplines : droit, histoire, psychologie ou encore sociologie.
2.1.1. Identité personnelle et identité sociale : la socialisation de l’individu
« L’identité personnelle concerne le fait que l’individu se perçoit comme identique à lui-même, c’est-à-dire qu’il sera le même dans le temps et dans l’espace mais c’est aussi ce qui le spécifie, le singularise par rapport à autrui. L’identité personnelle c’est ce qui rend semblable à soi-même et différent des autres »66. On voit clairement que, selon cette définition de Jean-Claude Deschamps67, l’identité personnelle est avant tout une identité « interne » (l’individu se perçoit), dont les deux traits essentiels sont la permanence de soi et la différence (voire l’opposition) par rapport aux autres.
« L’identité sociale est l’ensemble des critères qui permettent une définition sociale de l’individu ou du groupe, c’est-à-dire qui permettent de le situer dans la société »68. Si l’on en croit Alex Mucchielli69, l’identité sociale est donc plutôt une identité « attribuée » en fonction d’un certain nombre d’indicateurs significatifs et visibles : profession, diplôme(s), possessions, signes extérieurs de richesse, etc. On voit également que cette « identification » va plutôt chercher à classer l’individu selon son appartenance à un ensemble, que ce soit une église, un parti ou une classe socioprofessionnelle, bref, selon sa « place dans la société ». On est donc autorisé ici à parler d’une identité « externe » : l’individu, on le définit, on le situe.
Pourtant, identité « interne » et identité « externe » sont indissolublement liées. En effet, toute identité est duelle en ce sens qu’elle est à la fois incarnée dans un individu mais qu’elle participe en même temps au champ social sur lequel elle agit et qui, en retour, contribue à sa formation tout au long de l’existence. Nous avons ainsi une double dimension de l’identité : individuelle et sociale.
Il est clair cependant que, selon les moments de l’existence, la nature et l’importance respective de chacune de ces dimensions peuvent varier. C’est ainsi que l’on distingue couramment trois grandes périodes dans la construction de l’identité :


  • la petite enfance et le début de la scolarisation, où l’individu est essentiellement sous l’influence de sa famille et de son entourage proche. C’est pour cette première phase de construction que l’on parle d’ « identité héritée », en ce sens que des caractéristiques comme le sexe auquel on appartient, le groupe ethnique ou encore la classe sociale constituent des paramètres fondamentaux de l’identité ;

  • l’ « adolescence », terme suffisamment vague et commode pour désigner cette période-charnière entre enfance et âge adulte, où l’individu commence à opérer des choix identitaires, c’est à dire à s’identifier en dehors du cercle familial. C’est en particulier vrai quand se mettent en place les procédures d’orientation scolaire, qui autorisent (ou obligent) le « jeune » à une première identification dans le monde professionnel. C’est dans ce sens que l’on parle d’ « identité visée » ;

  • l’âge adulte, pour lequel l’interaction entre identité personnelle et identité sociale constitue un processus continu d’élaboration réciproque, non exempt de crises et de ruptures.


Individu et société apparaissant donc comme indissociables, on comprend mieux toute l’importance attachée à la notion de « socialisation », conçue comme la réciprocité entre structures mentales et structures sociales. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on entend par « social » et « société ». Renvoyant dos à dos les deux grands paradigmes du social (la conception « atomiste » définissant le social comme une agrégation d’individus aussi bien que la représentation « holiste » considérant le social comme une totalité réaliste), Jean Piaget70 postule l’existence d’un « parallélisme psychosociologique » reposant sur la réciprocité entre les représentations mentales, intériorisation des structures sociales, et les coopérations sociales, extériorisation des structures mentales.
Dans la continuité de la problématique piagétienne, Annick Percheron71 propose une définition de la socialisation comme acquisition d’un code symbolique résultant de « transactions » entre l’individu et la société. La socialisation lui apparaît en fin de compte comme un processus d’identification, de construction d’identité, c’est-à-dire d’appartenance et de relation. Se socialiser, ici, c’est assumer son appartenance à des groupes (d’appartenance ou de référence) c’est-à-dire « prendre personnellement en charge ses attitudes au point qu’elles guideront largement sa conduite sans même qu’on s’en rende compte »72 mais aussi prendre en charge le passé, le présent et le projet du groupe « tels qu’ils s’expriment dans le code symbolique commun qui fonde la relation entre ses membres »73.

Il est évident que ces deux perceptions de l’identité sont interdépendantes, et en relation constante l’une avec l’autre. Chacun perçoit aussi sa propre identité en prenant en compte le point de vue des autres, et en particulier celui du groupe auquel il a conscience (ou envie ?) d’appartenir.
C’est pourquoi le modèle proposé par Claude Dubar74, largement fondé sur une approche psychanalytique partant du constat que « Je ne puis jamais être sûr que mon identité pour moi-même coïncide avec mon identité pour Autrui »75, met en place un deuxième niveau d’articulation entre une « identité sociale pour soi » et une « identité sociale pour autrui », entre appartenance revendiquée et classification attribuée, entre l’identification à des catégories jugées attractives ou protectrices et celle à des institutions reconnues comme structurantes ou légitimes. Dans ce sens, Claude Dubar reprend et développe la distinction opérée par Goffman en 1963 entre « identités sociales réelles » et « identités sociales virtuelles ». Ces deux processus identitaires, bien sûr, ne coïncident pas nécessairement et c’est même dans la plus ou moins grande tension de leur écart que la « crise identitaire », préalable à une éventuelle rééquilibration, peut survenir.

Selon cette analyse, « la construction des identités se joue donc bien dans l’articulation entre les systèmes d’action proposant des identités virtuelles et les « trajectoires vécues » au sein desquelles se forgent les identités « réelles » auxquelles adhèrent les individus »76.
2.1.2. Identité professionnelle
L’historique du mot « profession », y compris son évolution récente dans la terminologie anglo-saxonne, présente quelque intérêt. En effet, on peut considérer que ce mot a deux sens principaux en français77 :


  • l’ensemble des emplois recensés par l’État ;

  • les « professions » libérales et savantes, sur le modèle du médecin et du juriste.


Or, ces deux sens sont distingués en anglais : pour l’ensemble des emplois, on utilise le terme « occupations » alors que celui de « professions » ne concerne que le secteur libéral ou savant et acquiert de ce fait une connotation particulière. Il est bien évident que, dans le contexte actuel, le sens anglais du mot en interroge le sens français, d’autant que dans le champ sémantique de ce dernier, on trouve le verbe « professer » et l’expression « une profession de foi ». C’est d’ailleurs l’origine du mot puisqu’au Moyen-Âge la profession (de foi) était bel et bien un serment solennel, qui était prononcé afin de pouvoir intégrer une corporation. La « profession » comportait trois engagements : respecter les règles, garder les secrets, porter honneur et respect aux « autorités » (jurés et contrôleurs reconnus par le Pouvoir Royal).
On voit bien que ces engagements étaient d’ordre « personnel » et « moral », la corporation étant aussi bien une communauté d’esprits qu’une assemblée d’artisans. Tous les efforts étaient donc faits pour assimiler identité « professionnelle » et identité « personnelle », et pour qu’identité sociale « pour soi » et identité sociale « pour autrui » se recouvrent à la perfection.
Avec Max Weber78, en 1920, on a considéré que la « professionnalisation » constituait un des processus essentiels de la modernisation, c’est-à-dire du passage d’une « socialisation principalement communautaire » où le statut est hérité (du fait de la transmission héréditaire des statuts et des métiers, comme dans la corporation), à une « socialisation d’abord sociétaire » où le statut social dépend des tâches effectuées et des critères rationnels de compétence et de spécialisation (du fait du libre choix individuel des formations et des professions)79.

Le véritable essor de la sociologie des « professions » (au sens anglo-saxon du terme) se produit à la suite de la crise de 1929 aux U.S.A. quand Carr-Saunders et Wilson considèrent en 1933 qu’ « une profession émerge quand un nombre défini de personnes commence à pratiquer une technique définie fondée sur une formation spécialisée »80. Ils estiment qu’une profession acquiert une identité sociale forte et reconnue grâce à la « professionnalisation », c’est-à-dire à la maîtrise des trois points suivants :


  • une spécialisation des services permettant d’accroître la satisfaction d’une clientèle ;

  • la création d’associations professionnelles qui définissent et contrôlent les règles de la conduite professionnelle, encore qualifiées de « codes d’éthique » ou de « déontologie professionnelle » ;

  • la mise en place d’une formation spécifique fondée sur un corps systématique de théorie permettant l’acquisition d’une « culture professionnelle ».


On le voit, le terme de « professionnalisation » concerne un groupe d’individus dont l’activité acquiert le statut de « profession » grâce à l’adéquation avec certains critères définis. En revanche, l’expression « socialisation professionnelle » est centrée sur l’individu, et concerne le champ identitaire personnel, et toute la place qu’y occupent l’apprentissage et l’exercice d’une profession.
Dans Men and their work, Everett Hughes distingue en 1958 trois mécanismes spécifiques de la socialisation professionnelle (au sens large du mot « professions ») 81 :


  • le « passage à travers le miroir », sorte d’immersion dans la culture professionnelle, génératrice de crise et de dilemme. Les stéréotypes concernant la nature des tâches, la conception du rôle, l’anticipation des carrières et l’image de soi (les quatre éléments de base de l’identité professionnelle selon Everett Hugues) doivent être revus pour dissiper la crise générée ;

  • « l’installation dans la dualité » entre un modèle idéal de la profession et un modèle pratique, fondé sur ses conditions véritables d’exercice. La gestion de cette dualité s’opère essentiellement par la constitution d’un « groupe de référence » au sein de la profession, fonctionnant à la fois comme une anticipation des positions souhaitables et comme une instance de légitimation de ses capacités ;

  • le dernier mécanisme représente la phase de conversion ultime, avec abandon et refoulement des stéréotypes. « Il concerne l’ajustement de la conception de Soi, c’est-à-dire de son identité en voie de constitution impliquant la prise de conscience de ses capacités physiques, mentales et personnelles, de ses goûts et de ses dégoûts avec les chances de carrière que le professionnel peut raisonnablement escompter dans le futur »82.


Dans cette optique, on peut considérer que la sortie du système scolaire et la confrontation au marché du travail constituent un moment essentiel de la construction d’une identité autonome, dans la mesure où l’on peut parler d’identification anticipée à un groupe de référence. L’importance de ce moment est encore accentuée aujourd’hui par le fait que la notion de travail elle-même est en crise, si ce n’est d’existence, du moins… d’identité ! C’est en effet dans un contexte de forte incertitude et d’évolution rapide du « marché du travail » que cette première « identité professionnelle pour soi » est contrainte de se construire, si possible en anticipant une trajectoire d’emploi mais aussi en mettant en œuvre une logique de formation.
Dans son article « La constitution des identités au travail »83, Renaud Sainsaulieu84 distingue quatre modalités principales d’accès à la reconnaissance de soi et des autres dans la profession :


  • l’appartenance à la « maison » (« Renault », « Creusot », « Danone » etc.) : cette identité collective d’appartenance tend à resurgir avec la précarité de l’emploi ;

  • la réalisation d’une « œuvre » collective ou individuelle : l’individu est désigné et reconnu par le résultat de son action créatrice en entreprise ;

  • la « trajectoire » personnelle : l’individu est moins défini par ce qu’il fait « dans la vie » que par ce qu’il fait « de sa vie » ;

  • la « résistance » contre toute forme de domination imposée dans le travail : l’individu est reconnu pour sa capacité à dire « non » dans une situation dangereuse.


Il considère donc que « la situation actuelle témoigne d’une part de la diversité des logiques identitaires mises en œuvre par les individus, et d’autre part d’une pluralité des systèmes sociaux et des modes d’implication » propres à articuler ces différences de logiques identitaires. Trois modalités d’articulation lui paraissent légitimes :


  • « l’entreprise communauté », reposant davantage sur des normes intériorisées que sur des règles formalisées. Les salariés se reconnaissent acteurs de l’entreprise dont la « culture » devient essentielle ;

  • « l’entreprise modernisée », dans laquelle on mise sur les hommes et leur capacité à s’adapter, en s’appuyant sur la formation, l’introduction de nouvelles pratiques plus participatives et sur la recomposition des métiers ;

  • « l’entreprise bureaucratique », dont les salariés sont souvent tiraillés entre leur identité de fonctionnaires et leurs projets personnels extérieurs.


En revanche, deux modèles lui semblent disqualifiés parce qu’incapables de produire une légitimité collective : « l’entreprise en crise », bloquée sur un affrontement entre métiers de pointe et métiers menacés d’obsolescence, et « l’entreprise duale », basée sur une segmentation nette des activités (créatives / répétitives) et du personnel (qualifié / non qualifié).
En conclusion, Renaud Sainsaulieu estime qu’ « aujourd’hui un nouveau modèle social d’entreprise [et d’organisation] se cherche, autour d’une triple capacité sociale, de reconnaissance identitaire, d’ouverture aux trajectoires personnelles de mobilité, et de réalisation d’accords entre acteurs concrètement partenaires d’une véritable élaboration collective d’objectifs de développement ».
2.2. Qu’en est-il des discothécaires ?
Comme on vient de le voir, la construction de l’identité résulte du processus de socialisation, c’est-à-dire d’une dualité entre « identité personnelle » et « identité sociale », cette dernière pouvant elle-même être « réelle » (identité sociale pour soi) ou « virtuelle » (identité sociale pour autrui), un trop grand écart entre les deux pouvant susciter une crise identitaire. Quant à la construction de l’identité professionnelle, elle résulte du processus de formation qualifiante susceptible de favoriser l’accès à la reconnaissance de soi et des autres dans la profession, et de faire évoluer la représentation du métier.

Les cadres théoriques de la construction de l’identité étant définis, le compte rendu de l’enquête menée auprès des discothécaires permettra de développer un axe d’analyse : celui des trajectoires individuelles constitutives de l’identité professionnelle.
2.2.1. L’enquête85
Pour mettre en évidence les problèmes relatifs à la question identitaire chez les discothécaires, il était nécessaire de recueillir les témoignages de ces professionnels et, par conséquent, d’effectuer un certain nombre de choix quant à la procédure à mettre en place. Deux possibilités se présentaient : élaborer un guide d’entretien et aller à la rencontre des discothécaires de façon à enregistrer un échange oral, relativement spontané et permettant de rebondir plus aisément sur les informations produites ; ou bien dresser un questionnaire d’enquête et le faire parvenir aux professionnels de la documentation musicale par courrier ou voie électronique de façon à leur laisser le temps de répondre sans avoir à les mobiliser « physiquement » sur leur lieu de travail et donc dans l’exercice de leur activité.
Dans le premier cas, les rencontres avec les discothécaires auraient « géographiquement » restreint les témoignages à l’agglomération grenobloise, ce qui n’aurait vraisemblablement pas été très représentatif de la diversité des situations. Dans le second cas, ne disposant pas du tout récent Répertoire des bibliothèques et institutions françaises conservant des collections musicales publié fin 2OO1 par l’A.I.B.M., expédier un questionnaire à un certain nombre de discothèques sélectionnées selon des critères à définir (tels que taille de la ville, importance des collections, etc.) semblait difficile à réaliser ; en revanche, utiliser l’outil mis en place par Discothécaires de l’Est, la liste de diffusion « discothecaires_fr », s’est présenté comme une alternative intéressante, permettant de toucher un nombre important de professionnels (plus de 400 abonnés) travaillant dans des établissements variés. De plus, la quantité de discothécaires touchés laissait espérer un taux de réponse supérieur à ce qu’il aurait pu être par voie postale ne serait-ce que parce qu’à travers leur inscription et leur participation aux échanges et débats lancés sur la liste, ces professionnels manifestent un intérêt évident pour les questions de coopération.
Une fois ce choix arrêté, la rédaction du questionnaire a pu être possible après quelques lectures relatives à l’identité professionnelle : le livre de Claude Dubar apparaissant comme une référence sur le sujet et cité en bibliographie, mais aussi un article d’Odile Riondet sur l’identité professionnelle des bibliothécaires86, et surtout l’ouvrage de Christine Leteinturier sur l’identité professionnelle des documentalistes de presse87, pour la façon dont elle a construit sa réflexion sur le sujet et analysé les réponses à son propre guide d’entretien, un guide dont j’ai pu m’inspirer pour l’élaboration de mon questionnaire d’enquête.
Questionnaire d’enquête, guide d’entretien ? Ni l’un, ni l’autre ou les deux à la fois, pourrait-on dire. Faute de pouvoir dialoguer oralement avec les discothécaires, ce questionnaire se présente comme une liste de questions ouvertes, pour la plupart, et structurée en cinq grands thèmes : caractéristiques de la discothèque, formation et accès à la profession, situation professionnelle actuelle et attentes, informations relatives à la nature du travail lui-même, image. Ayant été diffusé par voie électronique, certaines réponses de discothécaires ont fait l’objet de plusieurs échanges « virtuels » s’apparentant en définitive à une forme de dialogue.
Dans cette enquête, menée entre mars et mai 2002, seul le point de vue des discothécaires est pris en compte. Il pouvait néanmoins paraître intéressant de croiser les représentations qu’ont les discothécaires d’eux-mêmes avec celles que les bibliothécaires, documentalistes musicaux ou même les publics ont de ces mêmes discothécaires. Mais, comme pour Christine Leteinturier, s’agissant d’un travail sur l’identité, c’est le discours des discothécaires « sur eux-mêmes, sur leurs perceptions de leur rôle, sur leurs motivations, leurs attentes, sur leur vision de leur métier et des métiers proches, sur leurs relations avec leurs publics »88, etc., qui a été privilégié.
2.2.2. Compte rendu du questionnaire
Après diffusion sur la liste « discothecaires_fr », 26 questionnaires, plus ou moins remplis, ont été reçus. Rappelons que la liste compte plus de 400 abonnés : comment alors expliquer la faiblesse de ce score ? Il est probable que le questionnaire a paru trop long à beaucoup (on verra que le temps est une denrée assez rare pour le discothécaire) et que certaines questions (en particulier celles portant sur « l’image » du discothécaire) ont paru difficiles en l’absence d’entretien.

Quoi qu’il en soit, ces 26 réponses se répartissent de la manière suivante : 21 émanent de personnes travaillant en bibliothèque municipale (B.M.), mais dans la mesure où 2 personnes travaillant dans le même établissement ont répondu, ces 21 réponses représentent en fait 20 structures ; 4 de bibliothèques départementales de prêt (B.D.P.) et 1 de bibliothèque municipale à vocation régionale (B.M.V.R.).

Dans le compte rendu qui suit, pour les questions concernant les structures d’exercice et leur fonctionnement, on a distingué les réponses du groupe constitué des 20 B.M. et de la B.M.V.R., de celles du groupe constitué par les 4 B.D.P. qui sont signalées en italique. Pour les questions concernant les individus, les 26 réponses ont été confondues, quel que soit le type d’établissement.


  • CARACTÉRISTIQUES DE LA DISCOTHÈQUE


La structure et son fonctionnement :


  • Les dates de création (Q1) des 21 B.M. s’échelonnent de 1964 à 2002, les 4 B.D.P. ont vu le jour dans les années 80.

  • Pour ce qui est des raisons de l’existence (Q2) de ces discothèques, on retrouve assez souvent la mention du passage d’une bibliothèque à une médiathèque (9/21) avec la volonté de moderniser les équipements, d’élargir et de diversifier l’offre culturelle ; la « demande du public » n’est signalée qu’une fois. Les discothèques peuvent aussi naître en même temps que la médiathèque (6/21) : c’est souvent le cas des plus récentes. Pour 3 B.D.P. sur 4, on fait mention d’un crédit d’État comme facteur déterminant.

  • D’ailleurs, à la question portant sur l’intégration dans une médiathèque (Q6), la réponse est quasi-unanimement positive : à noter simplement que cette médiathèque est parfois constituée de plusieurs établissements en réseau (Genève, Paris). Parmi les « thèques » environnantes (Q7), les plus souvent citées sont : la bibliothèque, bien sûr (21/21), la vidéothèque (15), la « cdthèque » (8) avec, dans ce cas, mention fréquente d’une connexion à Internet et/ou d’un espace multimédia. Ces chiffres sont, bien sûr, identiques pour les B.D.P. qui fonctionnent comme autant de « médiathèques ».

  • Quant à l’évolution de la discothèque (Q3) depuis sa création, on constate surtout une augmentation et une diversification des fonds (11) et une importance accrue de l’animation (8).

  • Le nombre d’employés (Q4) varie de 1 à 15, avec une majorité d’équipes réunissant de 3 à 5 personnes. Ce nombre paraît insuffisant dans 10 cas, correct dans 5 autres, mais 6 personnes n’ont pas répondu à cette question. À noter certains problèmes signalés de formation et de compétences (emplois-jeunes, par exemple). Dans les B.D.P., ce nombre varie de 2 à 4, et est toujours considéré comme insuffisant.

  • Le volume horaire d’ouverture au public (Q5) varie de 18 à 40 heures, avec une majorité de réponses se situant entre 25 et 30 heures. En B.D.P., la question se pose différemment puisque le contact avec le public se fait par l’intermédiaire des bénévoles du réseau ou du bibliobus.

  • Enfin, le budget de la discothèque (Q8) (souvent indiqué en francs) peut être :

  • inférieur à 1500 euros (+ ou - 10 000 frs) : 6/20 réponses

  • compris entre 1500 et 3000 euros : 6/20

  • supérieur à 3000 euros : 8/20

  • les B.D.P. bénéficient de budgets généralement supérieurs, variant de 20 000 à 50 000 euros.


Le fonds et sa gestion :


  • Une très grande majorité (18/21, 3/4) de discothèques possèdent et prêtent d’autres documents que des documents sonores (Q9-10-11). Ces documents sont le plus souvent :

  • des revues spécialisées (17 + 3)

  • des enregistrements de concerts (16 + 3)

  • des partitions (11 + 2)

On peut remarquer qu’à plusieurs reprises les monographies, voire les revues, sont signalées comme faisant partie du secteur « imprimé » qui ne relève pas de la gestion du discothécaire.

  • Une politique d’acquisition (Q12-13-14) est généralement (19/21, 2/4) mise en place sous l’égide d’un (16) ou plusieurs (3) responsables. Elle vise le plus souvent à :

  • une répartition entre genres musicaux (7 + 1), comprise comme la constitution d’un « fonds » complet et cohérent

  • un élargissement de l’offre (5), destiné à faire découvrir des musiques ou des artistes

  • répondre à des demandes du public (7 + 1), en essayant de maintenir un équilibre entre demandes « consommatrices » et intérêt des acquisitions

  • développer un secteur musical particulier (3), lié au contexte local

  • Une évaluation (Q15-16) quantitative et/ou qualitative des activités est mise en œuvre dans 16 discothèques sur 21 (4/4). Ses objectifs principaux sont :

  • tenir des statistiques des prêts et des demandes (9 + 1)

  • orienter la politique d’acquisition (8 + 2)

  • répondre à une demande institutionnelle (3 + 2)

  • curiosité personnelle (2)

  • améliorer le service (2)

  • mesurer la satisfaction du public (1)

  • construire des liens avec les structures extérieures (1)

  • Des animations (Q 17) sont organisées dans 13 discothèques (+ 3/4). Si elles ne le sont pas, ce peut être soit par manque de place (2), soit parce qu’elles ne relèvent pas uniquement du secteur « musique » (3).

  • En ce qui concerne l’informatisation (Q18-19), 1 seule discothèque ne bénéficie pas encore de cet équipement, « mais plus pour longtemps » ! Plusieurs discothèques (9) l’ont « toujours » été, c’est-à-dire dès leur ouverture. Parmi les changements constatés et dus à l’informatisation, on retrouve fréquemment (6) des indications relatives à une meilleure gestion du fonds.




  • FORMATION ET ACCÈS A LA PROFESSION


Rappelons qu’à partir de cette question la provenance des réponses (B.M. ou B.D.P.) n’a plus fait l’objet d’une distinction.


  • En ce qui concerne les études sans rapport avec le métier (Q20), 18 personnes sur 26 possèdent une formation dans le domaine des sciences humaines ou sociales (lettres modernes (5), histoire (3), anglais (3), sciences politiques (2), par exemple). Le niveau de diplôme le plus fréquent se situe à bac + 4 (7 personnes), puis bac + 2 (5 personnes), bac + 3 (3 personnes), bac + 5 (2 personnes) et niveau bac + 1 (1 personne). Les 8 autres personnes n’ont suivi aucune formation supérieure autre que celle les préparant à leur métier.

  • En ce qui concerne les études en rapport avec le métier (Q21), 7 discothécaires sur 26 déclarent ne pas en avoir suivi. Les 19 autres sont titulaires :

  • d’un C.A.F.B. option musique : 7

  • et/ou d’un autre C.A.F.B. : 5

  • et/ou d’une formation « métiers du livre » : 6

  • et/ou d’une formation « documentation » : 5

  • et/ou d’une formation « métiers de la culture » : 2

  • Parmi ces personnes ayant reçu une formation spécifique, 6 précisent que cette formation n’a pas été déterminante pour leur entrée dans la profession (Q22) : peut-on faire l’hypothèse que dans ce cas la formation a été effectuée après le recrutement ?

  • Pour ce qui est du choix du métier (Q23) les réponses se répartissent entre le hasard (8) et l’attrait pour le domaine musical (7), les deux pouvant d’ailleurs se combiner. À noter que 11 personnes sur 26 ne répondent pas à cette question du choix.

  • Une très grande majorité des enquêtés (20) a travaillé dans d’autres secteurs d’une médiathèque (Q24), en bibliothèque et vidéothèque principalement.

  • Pour les questions concernant les relations avec la musique (Q25 à 27), les réponses ont été regroupées selon 4 paramètres : individu pratiquant (a) ou ne pratiquant pas (b) un instrument de musique ; famille ou entourage ayant (c) ou n’ayant pas (d) de relation avec la musique. Sur 25 réponses (1 personne n’a pas répondu), les résultats sont les suivants :

  • relation maximale (a et c) : 10

  • relations « intermédiaires » : a et d : 4 b et c : 5

  • relation minimale (b et d) : 6

En ce qui concerne une relation de la famille ou de l’entourage avec la bibliothèque et/ou la documentation, on s’aperçoit que seuls 4 discothécaires sont dans ce cas.


  • SITUATION PROFESSIONNELLE ACTUELLE ET ATTENTES




  • Pour l’entrée dans la profession (Q28), sur 22 réponses exploitables, 10 contiennent le mot « concours ». Pour les 12 autres, elles évoquent un entretien d’embauche (8) ou mentionnent une petite annonce (4). Sur 25 personnes, 21 sont titulaires de la fonction publique (Q29) et les 4 autres sont contractuelles.

  • Le degré d’ancienneté dans la profession (Q30) s’échelonne de 1 à 26 ans. Il se répartit comme suit :

  • de 1 à 5 ans : 10

  • de 6 à 15 ans : 11

  • plus de 15 ans : 4

  • L’immense majorité (20/26) des enquêtés déclare avoir choisi de travailler en discothèque (Q31) ; 2 personnes répondent « oui et non », et 4 autres déclarent qu’il ne s’agit pas d’un choix.

  • L’âge des enquêtés (Q32) varie selon l’ordre suivant (total de 24 réponses) :

  • moins de 30 ans : 6

  • entre 30 et 40 ans : 12

  • 40 ans et plus : 6
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