La tribulation des archives de l’Académie royale de musique





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« il est vraiment inconcevable qu’elles soient encore si riches » :

les archives de l’academie royale de musique,

entre bibliothèque-musee de l’opera de paris et archives nationales


Vers le milieu des années 1870, le bibliothécaire Théodore de Lajarte fut chargé par Arthur de Beauphon, chef du bureau des Théâtres, de mettre de l’ordre, d’inventorier et de cataloguer les partitions d’opéras et de ballets, les parties d’orchestre, de chœurs et de rôles qui composaient le fonds de la bibliothèque musicale de l’Opéra de Paris. La tâche s’avérait fort ardue, Lajarte s’en acquitta non sans peine et dressa dans un opuscule consacré à l’histoire des archives et de la bibliothèque de l’Opéra le constat suivant :
Pour nos devanciers, tout ce qui n’était pas du répertoire devait être jeté au panier, aussi bien la musique que les comptes et les registres. Nous ne pourrions nous faire une idée du laisser-aller et de l’inertie qui présidaient aux destinées de l’ancienne Académie royale de musique, si nous n’en avions pas les preuves dans l’absence des papiers de régie et d’administration remontant aux premiers âges de l’Opéra. Du reste, le théâtre a subi tant de liquidations malheureuses, tant d’incendies et de déprédations, que les causes les plus surabondantes n’ont pas manqué pour appauvrir les archives. Il est vraiment inconcevables qu’elles soient encore si riches1.
Par ces quelques mots, Lajarte résume parfaitement le problème majeur des archives de l’Académie royale de musique: des fonds lacunaires, dispersés, et cependant d’une diversité et d’une richesse extraordinaires, permettant de retracer en grande partie l’histoire de l’institution.

Les archives produites par l’Opéra de Paris ont subi de plein fouet l’instabilité de l’institution qui la caractérise à l’époque moderne : les nombreuses directions qui se succédèrent, les incendies de ses salles de spectacle et les déménagements qui s’ensuivirent, l’absence d’une quelconque politique de gestion et de conservation des documents administratifs, aggravée par un certain état d’esprit selon lequel seules les partitions étaient dignes d’intérêt sont autant de facteurs qui ont joué contre une bonne conservation du fonds. Aujourd’hui ces archives sont scindées en deux ensembles, distincts aussi bien par leur nature que par leur lieu de conservation : les feuillets et les liasses constituent le fonds AJ13 et sont conservés aux Archives nationales, tandis que les documents reliés, registres, journaux de bord ainsi qu’une grande partie de la correspondance des artistes avec la direction de l’Opéra se trouvent à la Bibliothèque-musée de l’Opéra.


La tribulation des archives de l’Académie royale de musique



Le plus ancien document qu’ait conservé l’Académie royale de musique relatif à ses archives date du samedi 13 juillet 1748. Il s’agit d’un inventaire réalisé par François Simon Chasteluy, « conseiller du roi et commissaire enquêtent examinateur au Châtelet de Paris, et par Perault, « lieutenant de la prévôté des monnaies », au magasin de l’Opéra, rue Saint-Nicaire, ainsi qu’à l’appartement du dessinateur et garde-magasin de l’Opéra Perronnet, récemment décédé2. Aux folios 2 et 3, le procès-verbal dresse un état des papiers retrouvés. On peut comptabiliser seize registres et plusieurs cahiers touchant différents domaines de l’administration de l’Académie royale de musique, tels que les recettes de l’Opéra pendant l’année du théâtre 1731-1732, les inventaires des fournitures ou des décorations. Le fait d’avoir retrouvé chez un dessinateur un si petit nombre de papier, d’ordre aussi divers et se rapportant à des années aussi différentes, offre un témoignage éclairant sur l’idée sur les administrateurs du théâtre pouvaient se faire de l’importance de ce genre de documents.

A partir de 1749, lorsque le roi confie le privilège de l’Académie royale de musique à la ville de Paris, la situation évolue. Les directeurs sont mieux surveillés, la comptabilité se fait plus rationnelle et les archives commencent à se constituer en des groupes d’articles homogènes concernant un même objet pour une même époque. Un bon témoignage en est l’arrêt du Conseil du 13 mars 1757, par lequel la ville de Paris concède le privilège de l’Académie royale de musique à François Rebel et François Francoeur. A l’article IX, ordre est donné aux officiers de la ville de « dresser un inventaire particulier des fonds de musique appartenant à l’Académie, titres, livrets, registres, dessins, et autres papiers servant de renseignement dont lesdits concessionnaires seront mis en possession et tenus de conserver pour les représenter et remettre à l’expiration desdites trente années, ainsi que tout ce sui se trouvera y avoir été ajouté pendant le temps de leur administration »3. Si l’inventaire fut effectivement réalisé le 26 mars 1757, on n’en trouve pas trace dans les archives de l’Académie royale de musique4.

L’inventaire de 1767, établi entre le 30 mars et le 13 juin, est également une bonne illustration de ce début de rationalisation. Il a été réalisé par Paul Larsonnier, « avocat au Parlement et conseiller du roi en l’hôtel de la ville de Paris, premier échevin de ladite ville », à la suite de l’arrêt du Conseil du 6 février de la même année, qui déliait Rebel et Francoeur du privilège de l’Académie royale de musique pour le confier à Jean-Claude Trial et Pierre-Montant Berton, et exigeait qu’il soit procédé à « l’état et inventaire de toutes les marchandises, habits, meubles meublants, livres, décorations, machines, pierreries, instruments et autres effets composant le fonds de ladite Académie royale de musique et servant à l’exploitation du privilège d’icelle et à leur prisée et estimation »5. Même si Paul Larsonnier n’y mentionne pas l’existence de registres proprement dits, il attache un soin tout particulier à décrire certains papiers, comme par exemple une « expédition du parchemin signé du sceau des lettres patentes données à Versailles le 1er mars 1789 registrées au Parlement le trente juin dudit an, par lesquelles le roi a accordé au sieur Francine la permission de constituer l’établissement qui avoit été fait par le feu sieur Jean-Baptiste Lully de l’Académie royale de musique dans la ville de Paris et autres villes du royaume »6.

Et si Théodore de Lajarte exagère sans aucun doute en écrivant dans son Histoire des archives et de la bibliothèque de l’Opéra que « sans la Révolution qui, sans sa brutale ignorance, fit détruire beaucoup de pièces de comptabilité, sous le prétexte qu’elles rappelaient par leurs emblèmes l’époque de la tyrannie, nous aurions de précieux moyens de reconstituer complètement l’histoire administrative du premier théâtre lyrique de France », la période révolutionnaire n’est pas allée non plus dans le sens d’une amélioration de la situation7. Un procès-verbal du 30 septembre 1793 signale l’autodafé d’une partie des archives de l’Opéra « portant des empreintes de féodalité »8. Le juge de paix Letellier, le commissaire de police Marlée, le président du Comité de surveillance de la section de Bondy, Dennelle, trois autres membres du même comité et le secrétaire-greffier Bertren ont été conduits sur la place donnant en face de l’Académie royale de musique9. La suite de la déclaration est éloquente :
[Il y avait] un tas immense de papiers parmi lesquels étaient les règlements de l’Opéra en tête desquels était aussi fastueusement écrit Académie royale de musique, des coupons de loges parsemées de fleurs de lys et autres papiers semblables, qu’alors le feu y fut mis aux applaudissements d’un grand nombre de citoyens et de citoyennes, et après avoir vus réduire en cendres lesdits objets avons de tout ce que dessus fait et rédigé le présent procès-verbal pour être communiqué au Conseil générale de la Commune et avons signé avec les artistes10.
Ajoutons enfin à tout cela un certain état d’esprit qui n’accordait la primauté qu’aux seules partitions et ne portait par conséquent que peu d’intérêt à ce genre de papiers et à leur conservation, rien d’étonnant que les archives demeurent entassées dans des combles à la chaleur des lustres ou soient reléguées dans un rez-de-chaussée humide et passant, sans classement ni surveillance, protégées uniquement par « le désordre dans lequel elles se trouvaient »11 pour reprendre la jolie expression de Charles, grand artisan de l’organisation des archives de l’Opéra au xixe siècle. Les exemples concernant ce désordre des archives ne manquent pas : Théodore de Lajarte nous apprend ainsi que sous Louis-Philippe, quelques « vieux papiers » servirent à constituer une collection d’autographes pour Veron, l’administrateur de l’Opéra alors en place12. Son témoignage ne diffère pas de celui d’Adolphe Boschot, chroniqueur musical de la fin du xixe siècle, qui déclare avoir vu une partition autographe de l’ouverture d’Armide portant dédicace de Lefebvre, copiste de l’Académie royale de musique, qui en avait fait cadeau à son ami Hanebeck13, ni de celui de Nuitter qui déplore qu’il ne reste rien d’autre du dossier de la célèbre Sophie Arnould que « la mention et l’analyse des lettres qui s’y trouvaient réunies »14.

Tout au long de l’époque moderne, aucune institution ne semble avoir eu la charge, ni officiellement ni de manière continue, de la gestion et de la conservation des archives administratives de l’Académie royale de musique. Les états d’émargement du personnel ne laissent pas supposer qu’il y ait pu y avoir d’archiviste de l’Académie royale de musique et l’on a tout lieu de croire que cette fonction incombait au secrétaire d’administration ou au chef de copie, dont le titre d’archiviste était quelquefois ajouté à leur principale dénomination15. Le plus ancien chef de copie connu est un dénommé Lallemand, mort en juin 1757, aux appointements de 600 livres, qui était déjà à l’Académie royale de musique en 1738 et y remplissait la double fonction de bibliothécaire et de copiste. Il fut remplacé à partir du mois de juillet 1757 par un certain Durand dans les mêmes emplois, mais avec double d’appointements. En 1772, Marvereaux prit sa suite pour peu de temps, cédant sa place en 1755 à Augustin Lefebvre qui occupera ce poste jusqu’en 1814, et dont le nom demeura dans les registres de l’Opéra jusqu’en 1829, date à laquelle son fils quitta le bureau de copie16.

Sous l’Empire, alors que l’Opéra passe dans les attributions de la maison de l’Empereur, les archives sont réunies au théâtre de la rue de Louvois, reléguées par manque de place dans les greniers. Un rapport de 1815 au secrétaire d’Etat au Beaux-Arts constate qu’elles encombrent le grenier du théâtre, tout en déplorant qu’aucune classification n’en ait été faite et qu’il y ait « dans cette partie essentielle un désordre qu’il est indispensable de faire cesser »17. Aucune amélioration notable n’est cependant à signaler sous la Restauration, mais lorsque, le 5 novembre 1821, Grandsire, secrétaire du Comité d’administration, présente à ce même Comité les registres dont il était responsable, des félicitations lui sont adressées pour les recherches complémentaires et pour l’effort de classement qu’il a entrepris sur les archives de l’Opéra18. En 1823, le chef du matériel, Durais, remet officiellement le service à son successeur Dubois, offrant l’occasion au secrétaire du Comité d’administration de citer de manière très détaillée tous les registres qu’il avait en sa possession19.

En 1831, l’Opéra est confié à un directeur entrepreneur qui ordonne de transporter les archives dans le magasin situé aux quatrièmes loges au-dessus du foyer de la salle de la rue le Peletier, juste sous les combles, où elles demeurent jusqu’en 186020. Dans cette même pièce se tenait le bureau de copie et dans trois pièces avoisinantes, les partitions étaient rangées par ordre alphabétique. La place faisant peu à peu défaut, on décida de déménager les archives une fois de plus, dans une cuisine, au rez-de-chaussée de l’hôtel de Choiseul, lieu dont Castil-Blaze, historien du xixe siècle qui s’est beaucoup intéressé à l’histoire de l’Opéra, nous a laissé une descriptions des plus pittoresques dans son ouvrage sur l’Académie impériale de musique :
Dans un vestibule ouvert à tous les vents, quelquefois à la pluie, à six pouces de la rue, après avoir franchi le seuil de la porte cochère de ce magasin, on voyait à droit un tas de livres couverts de poussière et de toiles d’araignée : c’était la bibliothèque de la royale Académie ! Négligence damnable, atroce vandalisme ! Cambert, Lulli, Campra, Destouches, Rameau, Gluck, etc., sous une porte cochère ! Ayant le dos ou le nez écorché toutes les fois qu’une charrette mal dirigée venait les racler, les insulter avec sa roue noircie de fange et de cambouis21.
Toutefois, en 1853, après la découverte de partitions sommairement entreposées sous un porche, une commission d’enquête ministérielle s’était émue de l’état lamentable des archives et des collections de matériels d’orchestre de l’Opéra. Après le sévère rapport qui s’ensuivit, un premier inventaire des ouvrages fut entrepris l’année suivante, dont témoigne le tampon orné de la couronne impériale sur un certain nombre de documents, appliqué à l’occasion de ce récolement partiel22.

C’est alors que Charles Nuitter23 propose au directeur de l’Opéra et à son secrétaire général de se charger de l’« abominable tâche de mettre un peu d’ordre dans cet amas de documents et de registres, de cartons et de livres, de partitions et de parties séparées »24. Nuitter veut notamment créer un service des archives de l’Opéra comprenant « la conservation et le classement de tous les registres, pièces et documents produits par l’activité de l’Académie royale de musique et de la salle de spectacle en dépendant, et devenus inutiles au service courant de l’administration »25. Son offre est accueillie favorablement : le 1er septembre 1863, il est nommé archiviste de l’Opéra à titre honorifique et son service officiellement reconnu et organisé par les articles XXXVII et XXXVIII de l’arrêté du 16 mai 1866 portant règlement du cahier des charges de l’Opéra, en vertu desquels un « bibliothécaire, nommé par le ministre, [était] chargé de la conservation des partitions manuscrites et gravées, et généralement de toute la musique servant à l’exploitation du théâtre »26. Quant à l’archiviste, nommé par le ministre, il était chargé de « réunir et de mettre en ordre tous les dessins des décors anciens et nouveaux exécutés à l’Opéra, ainsi que les livres et estampes donnés à ce théâtre ou acquis par lui, et de classer et cataloguer tous les titres et papiers relatifs à l’administration de l’Opéra depuis son origine »27. La gestion des archives était confiée à Nuitter, celle du fonds musical placée sous l’autorité du compositeur Ernest Reyer. La légende veut que Reyer ne se soit rendu qu’une seule fois à la bibliothèque de l’Opéra : il connaissait si mal les lieux qu’il s’y perdit28.

C’est en réalité Théodore de Lajarte, théoriquement adjoint de Reyer en qualité de sous-bibliothécaire, qui réalisa le premier travail sérieux de catalogage du fonds musical de la bibliothèque de l’Opéra, publié en 1878 sous le titre de Bibliothèque musicale de l’Opéra : catalogue historique, chronologique, anecdotique29. La conservation et le bon ordre du fonds d’archives de l’Opéra doivent dès lors beaucoup au travailleur infatigable que fut Charles Truinet, dit Nuitter. Cet avocat de formation avait abandonné le barreau à moins de quarante ans pour se consacrer au théâtre et aux livrets d’œuvres lyriques, collaborant avec Offenbach, Vivaldi, Lecocq, et adaptant en français les œuvres de Wagner. Théodore de Lajarte, son ami et confrère, nous en a laissé un portrait pittoresque dans son Histoire des archives et de la bibliothèque de l’Opéra :
M. Nuitter est à la fois aux Archives nationales, copiant un document qui lui manque, et à l’Opéra, cherchant un renseignement demandé ; il fait le catalogue de ces archives et un ouvrage pour Offenbach, et pendant qu’il fait jouer une opérette à Bruxelles, il en écrit une autre pour les Variétés. S’il était resté au Palais, il eût trouvé encore le temps d’aller gagner des procès, au milieu de toutes ses occupations diverses. C’est à M. Nuitter que l’Opéra doit le bonheur d’avoir des archives constituées, une bibliothèque dramatique et un grand choix de dessins, d’estampes et de photographies30.
Nuitter travailla fiévreusement, tandis que s’élevaient les murs du Palais Garnier : il prit des mesures pour assurer la bonne conservation des documents, installant des rayonnages et des planches pour les stocker convenablement et réalisant un premier classement et inventaire sommaire, avec l’aide du futur caissier de l’Opéra, Bleynie. Parallèlement et selon les vœux du ministère des Beaux-Arts et de l’Instruction Publique, Nuitter effectua de laborieuses recherches dans les dépôts publics pour compléter et reconstituer les archives. Une note rédigée par l’archiviste relative aux archives et à la Bibliothèque de l’Opéra justifie ses recherches :
Même pour les premiers temps de l’Académie royale de musique, les archives ont pu être reconstituées en partie, à l’aide des documents officiels conservés dans les dépôts publics : les Archives nationales, la Bibliothèque nationale en ont fourni un grand nombre ; en outre, des copies ont heureusement été prises à la Bibliothèque de la ville de Paris et aux archives de la préfecture de police, aujourd’hui détruites31.
Toujours grâce à la ténacité de Nuitter, le fonds s’enrichit également de documents de provenances diverses, notamment de registres restitués par les directeurs de l’Opéra ou de leur famille, comme ceux qui ont été acquis de la veuve Francoeur en 1808 et de ses descendants en 186432.

Le 20 septembre 1870, pour mettre les archives et les dessins à l’abri, Nuitter obtint l’autorisation du ministre de les transférer à l’Opéra Garnier en cours de construction, où ils furent entreposés dans les sous-sols, puis réintégrés à la fin de la guerre de 1870 dans l’ancien Opéra de la rue le Peletier. Le 29 octobre 1873, ce dernier prit feu. Alors que des pertes importantes touchèrent les décors, les costumes, le matériel d’orchestre et les instruments de musique, les archives parvinrent à être intégralement sauvées et furent acheminées dès le lendemain vers le nouvel opéra33. Charles Garnier, dans ses plans, avait prévu l’installation d’une bibliothèque et des archives : un vaste emplacement au cinquième étage, qui comprenait une galerie sur toute la longueur du bâtiment ainsi qu’une bibliothèque circulaire ornée de boiseries, leur était dévolu. Dans la pratique, comme il fallait après l’incendie s’occuper hâtivement de la scène et de la salle, l’installation définitive de la bibliothèque fut remise à des temps meilleurs : le Bureau de copie fut installé au premier étage, les partitions d’orchestre et les archives placées dans la seconde galerie sur des tablettes construites à cet effet par les menuisiers du bâtiment.

C’est ainsi qu’en 1878 la Bibliothèque ouvrit ses portes tout en haut du nouvel Opéra, au-dessus de la rotonde du glacier, à l’angle des rues Halévy et Meyerbeer. Le bibliothécaire était logé sur place au même étage dans un appartement. L’accès pour le public n’était cependant pas commode, puisque la bibliothèque, située « au cinquième étage, sans autre accès que l’escalier de l’administration, communiquent avec les loges d’artistes, n’était accessible qu’à un petit nombre d’érudits qui, chercheurs patients, [finissaient] toujours par découvrir les documents dont ils [avaient] besoin, et le public ne pouvait y être régulièrement admis34.

Or, près de la loge impériale, l’architecte avait prévu des salons de réception, une galerie et une vaste salle de gala très haute, ornée de colonnes et surmontée d’une coupole. A cause du changement de régime, toute cette partie était restée inoccupée. Nuitter conçoit alors l’idée de la récupérer pour y installer la bibliothèque qu’il avait patiemment constituée et de la rendre aisément accessible au public. Il parvient à vaincre les nombreuses résistances qui s’opposent à son projet : l’archiviste va trouver le président de la République Sadi Carnot, lui fait part de son étonnement devant l’obstination à lui refuser des salons inutilisés et lui demande si c’est parce qu’on attend un roi pour les remplir35. Quelques jours après cette entrevue, la Commission du budget recommande au gouvernement l’étude de dispositions permettant d’installer dans le pavillon Ouest la riche bibliothèque musicale et dramatique, ainsi que la précieuse collection d’estampes et de costumes : deux crédits de 100 000 francs sont également inscrits aux budgets de 1879 et 188036. La galerie attenante, le long de la rue Auber, devint le musée de l’Opéra. L’inauguration fut fixée au 15 octobre 1881, date doublement symbolique puisque le même jour l’électricité faisait son apparition dans le Grand Foyer, dans les couloirs et dans la salle de spectacle37. La bibliothèque ouvrit ses portes le 1er mars 1882, et le 5 novembre 1812, un poste d’administrateur, réunissant les activités de bibliothécaire et d’archiviste, fut créé.

Les archives, quant à elles, restèrent dans le pavillon Est. L’administration de l’Opéra, à la recherche de place, grignota petit à petit l’espace qui leur était dévolu à l’origine, amputant la galerie et coupant la rotonde en deux pour y installer une salle de répétitions de danse38. En 1935, la Bibliothèque de l’Opéra, qui était placée depuis 1866 sous la tutelle directe du secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, fut rattachée à la Réunion des Bibliothèques nationales, puis au département de la Musique après la création de ce dernier par décret du 17 mars 1942, dont elle devint l’une des trois sections, spécifiquement consacrée à l’art lyrique, à la danse et à l’histoire du costume. Réaménagée au cours de l’année 1991, elle a été rouverte le 1er janvier 1992.

Les archives administratives de l’Opéra sous forme de feuillets et de liasses ont fait l’objet d’un premier versement aux Archives nationales en 1932, conformément à la décision prise par l’inspecteur des bibliothèques Pol Neveu : 1 181 liasses ont été alors déplacées, récolées et ré-inventoriées. Un second versement qui a permis de constituer le fonds AJ13, a eu lieu en 1961. Pour cette occasion, Pierre Caillet, conservateur en chef de la section moderne, fit reprendre un inventaire dans son ensemble des archives de l’Opéra en vue d’une publication rendue nécessaire par l’intérêt que représentaient ces documents39. La Bibliothèque musée de l’Opéra a ainsi vu son fonds d’archives se scinder en deux, puisqu’elle a conservé au Palais Garnier tous les documents reliés, registres et journaux de bord ainsi qu’une grande partie de la correspondance des artistes avec la direction de l’Opéra.

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