Vincent Broqua, upec et Christophe Lamiot-Enos, Université de Rouen





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Récits et/en/de poésie.

Vincent Broqua, UPEC et Christophe Lamiot-Enos, Université de Rouen
A ne même considérer que la période définie depuis l’avènement de la modernité littéraire, intervenant vers la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis d’Amérique, poèmes et récits ne se construisent ni ne se développent sans emprunts réciproques ou étroites relations.

Feuilles d’herbe de W. Whitman propose ainsi un ensemble de textes lyriques se lisant aussi comme une histoire, avec des personnages particuliers, et les divers fils et intrigues qui les nouent. Du point de vue de la narratologie, l’histoire sous-jacente au volume de Whitman s’organise au moins suivant l’extension de la sympathie ou de l’enthousiasme du poète—soit, en d’autres termes, une certaine aventure sur les limites du genre lyrique. Au commencement du XXème siècle, comment apprécier pleinement les formes brèves d’une G. Stein, sans un passage par la prose de La Fabrique des Américains (1925)? Des œuvres devenues canoniques, telles La Terre Vaine de T.S. Eliot et Paterson de W.C. Williams passent par un recours fort à des structures narratives. La poésie dite d’inspiration confessionnelle contient ses principales visées narratives à même ce qui la nomme. L’attention portée au repérage dans le temps et dans l’espace, dans les travaux des Objectivistes, font bien souvent de ceux-ci des objets d’étude privilégiés pour qui s’intéresse aux témoignages d’une époque. Les poètes language aiment à présenter leurs travaux comme opérant la subversion de discours dominants, des points de vue culturel et économique—de tels discours correspondant eux-mêmes à des récits spécifiques avec leurs techniques propres.

Plus près de nous chronologiquement, les deux catégories de la prose et du vers tendent à se mêler jusques à se confondre, dans la poésie conceptuelle (cf. I’ll Drown My Book, Conceptual Writing by Women, ed. C Bergvall, L. Browne, T. Carmody et V. Place, 2012) et la notion d’hybridité (telle que proposée par C. Swensen, American Hybrid: A Norton Anthology of New Poetry, 2009, éditée avec David St. John). La recherche continuée chez A. Notley d’une « épopée féminine » rappelle s’il en était besoin que le recours au récit, en poésie, n’a rien de neuf. L’Iliade et l’Odyssée d’Homère ne sont-elles pas écrites en vers ? Comme le soulignent de plus en plus les récentes traductions du bestseller d’entre les bestsellers de tous les temps, soit la Bible, celle-ci est aussi un poème—en entier, sans parler du « Chant des Chants » bien sûr, plus traditionnellement considéré comme appartenant directement à la poésie.

En parallèle et sous la perspective de la théorie et de la critique littéraires, le récit a commencé à recevoir ses lettres de noblesse au XXème siècle avec S. Freud et les développements de la psychanalyse, par exemple. Dans le domaine de la critique, T. Todorov a été le premier à proposer la « narratologie » comme concept (1969) et R. Barthes, G. Genette et A. Greimas parmi d’autres ont évoqué avec la « narrativité », un phénomène translinguistique allant au-delà des distinctions entre les genres. Outre les définitions réciproques de « récit » et de « narrativité », les sémioticiens proposent aussi la recherche et l’établissement de « narrèmes » ou constituants minimaux des récits. Ils posent les notions de « syntaxe narrative » et de « macrostructure » comme outils potentiels pour des avancées plus conséquentes dans le domaine de la narratologie.

« Récits et/en/de poésie » se propose d’examiner en quelle mesure telle ou telle œuvre spécifique de la modernité poétique en anglais des Etats-Unis d’Amérique mêle, concurrence, joue de, se rapporte à, subvertit ou prolonge des récits bien reconnaissables—quelle que soit la tradition à laquelle ceux-ci appartiennent. Etablir un lien entre poème(s) et récit(s) porte la promesse de jeter un regard renouvelé sur les interactions entre modèles et contre-modèles quant au récit en prose ou en vers—ou bien faut-il mieux dire «quant au récit en vers ou en prose » ?


Narratives And/Of/In Poetry.

Vincent Broqua, UPEC et Christophe Lamiot Enos, Université de Rouen
Since the inception of modernity, dated as back as in the late XIXth century in the United States of America, poems and narratives in English from the USA have developed and evolved in tight relationships. W. Whitman’s Leaves of Grass proposes a series of lyrical pieces that reads like a story with its various characters and threads or plots. From the perspective of narratology, the underlying story in Whitman’s seminal work is the poet’s seemingly all-encompassing sympathy or enthusiasm for his world—in other words, the extents of lyricism. Beginning of XXth century, G. Stein’s verse can scarcely be appreciated without also evoking her very extensive work in prose form, best exemplified by The Making of Americans. Cornerstone pieces such as T.S. Eliot’s The Waste Land and W.C. Williams’s Paterson rely on strong storylines. Today, the two categories of prose and verse tend to merge in conceptual poetry (L. Browne) and the notion of hybridity (as propounded by C. Swensen). A. Notley’s ongoing pursuit of a truly feminine epic reminds us that resorting to narrative in poetry is nothing new: indeed, Homer’s Iliad and Odyssey are written in verse. As more and more stressed by recent translations, the bestseller of all bestsellers which is the Bible, as partly authored by Moses, is also a poem—in its entirety, not to mention its “Song of Solomon” part traditionally identified as poetry.

Paralleling such a sketchily evoked tradition and from the perspective of literary theory and criticism, narratives claimed a paramount importance with S. Freud and subsequent varieties of psychoanalysis. In the field of literary analysis, T. Todorov was the first to propose “narratology” as both concept and practice (1969) and R. Barthes, G. Genette and A. Greimas among others would discuss “narrativity” as translinguistic and not specific to any particular genre. Besides distinguishing between “narrative” and “narrativity,” semioticians propose to look for “narremes” or minimal constituents of a narrative and “posit narrative syntax” and “macrostructure” as other forensic tools for further research in the field of narratology.

“Narratives And/In/Of Poetry” proposes to examine to what extent specific works from the modern United States of America, in English, mix, compete, or play with/relate to, subvert or continue widely acknowledged narratives—from whatever tradition these may be. Establishing and commenting upon clear relationships between narratives and poetry may well bring a renewed insight into the interplay of models and counter models, as far as narratives in poetry and prose go—or is it “narratives in prose and poetry?”
Les propositions sont à envoyer à Christophe Lamiot Enos et Vincent Broqua avant le 20 décembre 2013

christophe.lamiot@univ-rouen.fr

vincentbroqua@gmail.com

Our American Cousins: Revaluing Models in American Theatre and Performance

Xavier Lemoine (Marne-la-Vallée) (xavier.lemoine@univ-mlv.fr)
Marie Pecorari (Paris-Sorbonne) (marie.pecorari@gmail.com)
Theatrical historiography has long relied on the narrative that American drama was invented in the early 20th century, when it finally wrenched itself from European models. With Eugene O'Neill as a founding father figure, it belatedly found ways to convey its vernacular identity and idiom.

The aim of the workshop is to reappraise and challenge this paradigm in the light of recent scholarly developments and to interrogate canon-building processes.

Possible topics include, but are not limited to:

-questioning drama-centric forms of and approaches to theatre

-the formation and/or inclusion of antagonistic models and their changing critical fortune (pre-20th century drama and performance, post-war experimental drama, minority theatre, performance)

-the dissolution of models (the tabula rasa approach of the post-war avant-garde, rethinking disciplinary boundaries in practice and theory, producing American brands of theatre in a global, multicultural context)

-the return to models (the (re)incorporation of drama in the “theatre of images”, performance art reenactments, American theatre as a model emulated beyond the borders)
Nos cousins américains: réévaluer les modèles dans le théâtre et la performance américains
L'historiographie théâtrale a longtemps accrédité l'hypothèse d'une invention de l'écriture dramatique américaine au début du 20e siècle, à la suite d'une émancipation brutale vis-à-vis des modèles européens. Avec Eugene O'Neill en père fondateur, elle serait tardivement parvenue à exprimer une identité et un idiome vernaculaires.

L'objectif de cet atelier consistera à réévaluer et à bousculer ce paradigme à la lumière des évolutions critiques récentes, ainsi qu'à interroger les processus de constitution du répertoire.

Parmi les exemples de sujets possibles, dont la liste n'est pas limitative:

-la mise en question des formes et approches donnant la primauté au drame

-la formation et/ou l'inclusion de modèles antagonistes et l'évolution de leur fortune critique (le drame et la performance d'avant le 20e siècle, les écritures dramatiques expérimentales d'après-guerre, les théâtres des minorités, la performance)

-la dissolution des modèles (la table rase de l'avant-garde d'après-guerre, le réexamen des frontières disciplinaires de la pratique et de la théorie, la production de formes américaines de théâtre dans un contexte mondialisé et multiculturel)

-le retour aux modèles (la (ré)incorporation du drame dans le “théâtre d'images”, les reprises de performances, le théâtre américain comme modèle imité au-delà des frontières)
Les propositions sont à envoyer avant le 20 décembre 2013 à Xavier Lemoine (Marne-la-Vallée) (xavier.lemoine@univ-mlv.fr) et Marie Pecorari (Paris-Sorbonne) (marie.pecorari@gmail.com)
Modèles et contre-modèles de l’autobiographie américaine des XIXe et XXe siècles

Ada Savin, UVSQ, Sandrine Ferré-Rode (UVSQ)
Autobiographies have been written in almost every part of the country by presidents and thieves, judges and professors, Indians and immigrants (of nearly every nationality), by ex-slaves and slave owners, by men and women in practically every line of work, abolitionists to zookeepers, by adolescents and octogenarians, counterfeiters, captives, muggers, muckrakers, preachers, and everybody else. The catalogue is as great as one of Walt Whitman's own… or greater. It is the true Song of Myself. And Ourselves.”

A partir d’une réflexion suscitée par cette citation tirée d’un article pionnier de Robert F. Sayre qui souligne l’ampleur et la variété du phénomène autobiographique américain, cet atelier se propose de mettre en relation les modèles euro-américains de l’écriture autobiographique et les contre-modèles qui ont pu émerger en Amérique du Nord. Si l’on peut considérer que le récit de vie proprement ancré en terre américaine commence par le récit de captivité de Mary Rowlandson, publié en 1682, c’est bien l’autobiographie de Benjamin Franklin qui établit le modèle de la « success story » à l’américaine, modèle maintes fois imité mais aussi largement remis en cause.

Le genre autobiographique tel qu’il s’élabore au XIXe siècle présente de multiples innovations par rapport aux modèles et aux contre-modèles existants. Bien que l’on ne puisse les considérer comme des autobiographies à proprement parler, Walden de Thoreau, Song of Myself et Specimen Days de Whitman relèvent du genre autobiographique à travers l’utilisation que font leurs auteurs de leur expérience personnelle du continent américain dans toute sa diversité géographique, historique et humaine. Par la remise en cause de l’exemplarité de l’autobiographie américaine, les auteurs du XIXe siècle de récits de captivité, de récits d’esclave ou de récits amérindiens interrogent eux aussi jusqu’aux fondements du modèle autobiographique, ne serait-ce qu’en permettant l’émergence d’un dialogue entre les marges et le « centre » de la société américaine. N’a-t-on pas dit de la Déclaration d’Indépendance américaine, rédigée de surcroît par trois autobiographes (Thomas Jefferson, Benjamin Franklin et John Adams), qu’elle s’apparentait à un récit d’esclave dans lequel le peuple américain se libérait de son oppresseur comme l’esclave se libère de son maître ? Colons en captivité, esclaves en fuite et Amérindiens : ces voix de « l’Autre », qui émanent de la périphérie, permettent non seulement d’américaniser le récit de vie, mais aussi de renouveler le genre par l’écriture de récits collaboratifs ou la confrontation avec d’autres genres (on pense notamment au genre mélodramatique qui s’immisce dans le récit d’esclave d’Harriet Jacobs, Incidents in the Life of a Slave Girl, ou au picaresque et au travestissement –entendu au sens propre comme au sens figuré, c’est-à-dire racial du terme– dans le récit d’Ellen et William Craft, Running a Thousand Miles for Freedom).

Au cours des années soixante, le phénomène de la contre-culture apporte son lot de modèles alternatifs tels les neo-slave narratives (Octavia Butler, Margaret Walker) et les autobiographies « ethniques » (Maxine Hong Kingston, Richard Rodriguez) qui remettent en cause les modèles existants. L’autobiographie américaine, dans ses avatars les plus récents, que ce soit sous forme imprimée ou électronique, prend ses distances avec les modèles établis pour s’intéresser par exemple plus spécifiquement au corps et à ses handicaps (Lucy Grealy) ou bien par le recours à la photographie pour accompagner les textes (Eudora Welty, Scott Momaday).

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Vos propositions liées à cette problématique sont les bienvenues (400 mots). Adressez-les à Ada Savin (ada.savin@uvsq.fr) et à Sandrine Ferré-Rode (sandrine.ferre-rode@uvsq.fr) avec une brève notice bio-bibliographique avant le 20 décembre 2013.
Models and counter-models in 19th and 20th century American Autobiography

Autobiographies have been written in almost every part of the country by presidents and thieves, judges and professors, Indians and immigrants (of nearly every nationality), by ex-slaves and slave owners, by men and women in practically every line of work, abolitionists to zookeepers, by adolescents and octogenarians, counterfeiters, captives, muggers, muckrakers, preachers, and everybody else. The catalogue is as great as one of Walt Whitman's own… or greater. It is the true Song of Myself. And Ourselves.1

Taking as a starting point renowned scholar Robert Sayre’s remark on the bewildering number of American autobiographies and their variety, this workshop will question the relationship between Euro-American autobiographical models and the counter-models that have sprung and evolved in North America. If life writing firmly anchored on American soil began with the Narrative of the Captivity and Restoration of Mrs Mary Rowlandson (1682), it was Franklin’s Autobiography that set the pattern for the American success story, a model that was to be widely followed but also largely contested.

The 19th-century autobiographical scene offers innovative variations on the model as well as counter-models of the genre. If not autobiographies as such, Thoreau’s Walden, Whitman’s Song of Myself and Specimen Days are clearly autobiographical in their use of the author’s personal experience of the continent’s geography, history and human variety. Calling into question the exemplarity of American autobiography, 19th-century authors of captivity narratives, slave narratives and Indian narratives alter the model fundamentally, even as they implicitly engage in a dialogue with their mainstream predecessors. The Declaration of Independence, written by three autobiographers – Jefferson, Adams and Franklin – has even been considered a variant of the slave narrative in which the American people seeks freedom from their Master.2Writing from the margins of American society, captives, fugitive slaves and Indians Americanize life writing by inaugurating collaborative writing or mixing genres (the melodramatic in Harriet Jacobs’s Incidents in the Life of a Slave Girl; the picaresque and “passing” in William and Ellen Craft’s Running a Thousand Miles for Freedom).

The 1960s counterculture produced alternative models of life writing, such as neo-slave narratives (Octavia Butler, Margaret Walker) or ethnic autobiographies (Maxine Hong Kingston, Richard Rodriguez) further extend the boundaries of the genre, calling into question existing models. Recent American autobiography, whether in print or in digital form, tends to depart from previous models and counter-models in its focus on the body and its disabilities (Lucy Grealy) or in the use of photographs that accompany the text (Eudora Welty, Scott Momaday).

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We welcome proposals (400-words) around these topics and authors (the list is by no means exclusive). Please address them with a short bio-bibliographical presentation to Ada Savin (ada.savin@uvsq.fr) and Sandrine Ferré-Rode (sandrine.ferre-rode@uvsq.fr) before December 20, 2013.
La langue modèle de la république des lettres (1828-1919)

Michel Imbert, Université Paris Diderot-Paris 7

La langue modèle de la république des lettres (1828-1919)

De la parution du dictionnaire de Noah Webster qui institue une langue nationale à partir de l’anglais standard (1828) à la somme de H.L Mencken qui recense les américanismes (1919), la question du modèle linguistique de la jeune nation n’a cessé d’obséder les esprits. Comment constituer la langue commune de la première démocratie moderne qui ambitionne de servir d’exemple universel sans s’enfermer à nouveau dans un purisme sclérosant qui ferait fi de la diversité intrinsèque des formes dialectales et plus largement encore, des systèmes foisonnants de signes visuels ou musicaux, non verbaux, en marge de la langue parlée ou écrite? Dès 1836, dans Nature, Emerson enjoint les lettrés non seulement de ne plus se conformer aux modèles européens mais de décaper la gangue de la langue. La création poétique doit demeurer un processus dynamique à rebours des formes figées. Tout en prétendant jouer un rôle clé sur la scène publique, les transcendantalistes pensent que la langue évolue et s’efface comme une formation éphémère. Or, l’état transitoire du langage lui interdit par nature de devenir la pierre angulaire de l’état-nation à édifier. Qui plus est, l’efflorescence des lettres en Amérique à partir des années 1840 s’enracine dans le non-dit inarticulé de la langue officielle. Comment traduire la langue originelle du cœur, celle des femmes ou des enfants assujettis à la lettre de la loi (The Scarlet Letter) ? Comment redonner la parole aux travailleurs de la mer, comment restituer la vox populi déformée par ses représentants tyranniques (Moby-Dick) ? Comment transcrire le cri barbare (« the barbaric yawp ») des peaux-rouges ou des foules sauvages au nom des laissés-pour-compte du modèle unique ? La recherche d’un modèle alternatif de langue républicaine s’avère difficile dès lors que le mythe d’une langue fédératrice menace de voler en éclats. Or, ces troubles du langage ont insufflé un nouvel élan aux lettres d’Amérique qui, du même coup, sont tentées d’ériger en contre-modèle le dérèglement de la phraséologie consacrée par l’usage. Changement de paradigme : au lieu d’épurer le pot pourri de la tribu suivant l’injonction d’Emerson (« wise men pierce the rotten diction »), la littérature s’emploie désormais à disloquer l’idiome du village global. Après la guerre de Sécession, le roman se mue en chambre d’échos où résonne la cacophonie d’une nation qui ne parle décidément plus la même langue tant elle se subdivise en une multitude de sociolectes. Les romanciers réalistes (Howells, Crane, Norris, London) prennent acte de la segmentation du corps politique en fonction des classes, des races, des sexes et des générations. Le dialecte des sous-prolétaires dans Maggie, l’argot de la Frontière dans Mc Teague ou Roughing It, le Pidgin English de Jim dans Adventures of Huckleberry Finn sont autant d’irrégularités dans la trame supposée homogène de l’Anglais américain qui ne peut plus contenir les harmoniques idiomatiques qui le parasitent et qui percent sous la langue dominante en passe de devenir langue universelle. « Why, Huck, doan’ de French people talk de same way we does ? » dément de façon éloquente l’illusion d’une seule et même langue en partage sur l’ensemble du territoire national et promise de surcroît à devenir la nouvelle lingua franca du cosmopolitisme planétaire. Le rêve de se couler dans le même moule se dissipe à mesure que l’Amérique se déclare multilingue. Par le truchement de ses écrivains, l’Amérique du Melting Pot se découvre irréversiblement multiculturelle et plurilingue et la république des lettres, loin de canoniser une pléiade d’écrivains phares, amplifie le bruit de fond de l’autre Amérique, celle des minorités tenues en lisière. En définitive, la littérature aura donné lieu à ces confrontations inédites entre des modes d’expression disparates, infiniment modulés; elle aura simulé et modélisé à la manière d’un jeu de guerre, un conflit de codes désaccordés.

L’objectif de cet atelier sera de s’interroger sur l’évolution d’un modèle linguistique invariablement modifié tout au long du XIXe siècle à travers quelques spécimens d’écrits envisagés simultanément sous l’angle poétique et politique.

Vos propositions de communication sont à adresser à michel.imbert@univ-paris-diderot.fr

Michel Imbert (Université Paris Diderot, Paris7) avant le 20 décembre 2013.
Linguistic models for the Republic of Letters (1828-1919)

From the publication in 1828 of Noah Webster’s Dictionary that instituted a common national idiom that departed from Standard English to H.L.Mencken’s tentative thesaurus of americanisms(1919), the question of elaborating a specific linguistic model for the rising nation has always been a haunting issue. How could the leading democracy that claimed to usher in a new political era and to set an example for the whole world constitute a common language that was allegedly a purer brand of English even as it broke with the King’s English and incorporated varieties of regional dialects? How could men of letters devise a linguistic model without obliterating traces of oral speech for the sake of purism and, more largely, without blotting out the teeming diversity of non-verbal, visual and musical signs that lurked on the fringe? As early as 1836, in Nature, Emerson urged American « scholars » not only to stop conforming themselves to European models but to cleanse « rotten diction » by regenerating the living Word. He extolled poetry as a dynamic process of creation at variance with frozen forms. While they claimed to play a prominent part on the public stage, Transcendentalists assumed that language was bound to evolve and vanish like all transient configurations and that it could not serve as the immovable corner-stone of democracy on account of its mutability. By nature, the state of language precluded its political use by the State. Besides, the blossoming of Letters in the 1840s stemmed from the endeavor to express what remained unsaid in ideological phraseologies of all ilk. How could you spell out the aboriginal language of the heart, that of women and children subjected to the letter of the law (The Scarlet Letter)? How could you serve as a spokesman for inarticulate laborers like the seamen and thus be attuned to the voice of the People (vox populi) without distorting it like its tyrannical representatives(Moby-Dick)? How could you transcribe « the barbaric yawp » of Redskins or Red mobs in the name of outcasts? The search for an adequate alternative linguistic model was increasingly challenged as the myth of a common idiom threatened to break into pieces. But such speech difficulties have, paradoxically enough, instilled a new spirit to American letters that have sought to turn linguistic disorder and the disruption of the common usage into a counter-model of sorts. A radical change took place in terms of paradigm: instead of attempting to purify native speech in keeping with Emerson’s injunction (« wise men pierce the rotten diction »), American literature seemed intent on disarticulating the mother tongue by recording outlandish varieties of vernacular. After the Civil War, the novel turned into an echo chamber that resonated with the hubbub of a disunited nation that definitely did not speak the same language anymore: instead, it transcribed the multifarious shades of popular speech. Realistic novelists (Howells, Crane, Norris, London) registered the segmentation of the body politic into sub-sections according to categories such as class, race, gender and generations. The slang of the urban underworld in Maggie, Frontier dialect in Mc Teague or Roughing it, Jim’s Pidgin English in Adventures of Huckleberry Finn are so many irregularities in the supposedly homogenous fabric of American English that could hardly contain the eerie harmonics of idiomatic speech that pierced through American English even as it passed for a universal language. « Why, Huck, doan’ de French people talk de same way we does ? » speaks for itself as it belies the illusion of sharing a common tongue not only across the national territory but more largely all over the world. Linguistic unity would not cement the Melting Pot and the United States proclaimed themselves utterly multilingual. Through the intermediary of its writers, the nation of immigrants had become an outspoken advocate of multiculturalism and the republic of letters, far from enshrining a few canonical writings, relayed and amplified the clamor of the other America, that of minorities in the margins. All in all American literature, instead of promoting a single model, has collected and confronted differing modes of expression, an infinite array of modulations. It has contrived a small-scale war game by simulating the conflict of discordant codes. The purpose of this workshop is to reflect on the transformation of a linguistic model throughout the XIXth century by observing a few specimens of writings from a literary and political standpoint.

Send your proposals to michel.imbert@univ-paris-diderot.fr by December 20
Fin(s) du livre ?

Gwen Le Cor (gwen.le-cor@univ-paris8.fr) et Stéphane Vanderhaeghe (stephane.vanderhaeghe@univ-paris8.fr) – Université Paris 8
« A book is never ‘self-identical.’ A book doesn’t close on itself as a static, inert artifact between boards or covers. » Prenant appui sur ces propos que Johanna Drucker tire d’une réflexion de Jerome McGann, cet atelier vise à interroger la façon dont le livre, en tant que support et média, dans sa matérialité même — et ce, qu’il l’abolisse dans la linéarité du texte ou l’exhibe au contraire dans sa spatialisation —, modélise ou modalise des expériences et des parcours de lecture. Ce faisant, on pourra se demander s’il existe un modèle (pattern) du livre ou si les livres, en un sens étendu pouvant aller jusqu’à comprendre aussi bien le livre d’artiste que le livre numérique, les hypertextes ou plus largement la littérature électronique, ne sont pas toujours en quête des modèles — formels et dynamiques — auxquels ils s’efforcent, dans un même mouvement, de résister.

On pourra à cet égard questionner l’impact et l’influence réciproques qu’ont pu exercer l’un sur les autres, livre et nouveaux médias. Il s’agit donc autant de s’interroger sur des modèles de lecture tels que le codex, dans la linéarité qu’il est supposé incarner, a pu et continue de les vectoriser, que sur la remise en question des « lectures modèles » qui, sous-tendues par une approche linéaire, prennent un parti résolument interprétatif et herméneutique pour s’opérer en fonction et en vertu de cette orientation vectorisée à l’intérieur du livre, dans le but d’y débusquer un sens qu’elles postulent, ce faisant, en fin de parcours, et qui, en retour, justifie tant leur existence que leur pratique critique ; car dans les termes de Michel Serres, « qu’il n’y ait rien à lire, au bout de toute lecture, qui le supportera ? » Or, la dynamique de la « manipulation » à l’?uvre dans la matérialité même de l’objet-livre, d’une part, ou les reconfigurations textuelles générées par la littérature numérique, d’autre part, semble contrevenir à de tels « modèles » en posant d’emblée l’éphémère du ou d’un sens, voire son épuisement dans des pratiques résolument performatives (on peut citer entre autres exemples Skin de Shelley Jackson ou des auteurs comme Stephanie Strickland ou Judd Morrissey…).

Comme le souligne encore Jean-Luc Nancy dans Au fond des images : « Le texte, c’est textile, c’est de l’étoffe de sens. Mais le sens en tant que tel n’a pas d’étoffe, pas de fibres ni de consistance, pas de grain ni d’épaisseur. » Comment dès lors le livre, et plus généralement les matières textuelles dans leurs diverses modalités (objet-livre, « livre » numérique…), si tant est que leur effet est de produire une écriture textile qui interroge en retour le tissage et le tressage de/du sens,  permettent-ils d’articuler la pensée d’une écriture textile et celle de l’immatériel du sens ? Quel(s) (contre-)modèle(s) s’abî/yment ici ? Ceci reviendrait donc à penser, dans toute l’ambiguïté du terme, la ou les fin(s) du livre — quelle fin/finalité pour quel livre ?

On pourra en outre s’attacher à la manière dont le livre tresse l’hétérogène, en faisant entrer en résonance des modèles issus des arts plastiques, du cinéma, de la photographie, ou encore des sciences. Si on peut penser au livre d’artiste et si le roman contemporain, que l’on songe entre autres aux ?uvres de Mark Z. Danielewski, Jonathan Safran Foer ou Steve Tomasula, trouve une place de choix dans cette réflexion, on pourra tout autant retracer l’histoire de la littérature américaine pour voir que de telles forces sont peut-être déjà à l’?uvre en d’autres temps (on peut, là encore parmi d’autres, penser à Melville — des ruptures, bifurcations, digressions narratives de Moby Dick à la pratique cyclique, entre boucles et réitérations, d’un roman comme The Confidence-Man, etc. — ou aux expérimentations modernistes et post-modernistes qui substituent aux modèles linéaires des contre-modèles alliant, par exemple, pratiques de collages et juxtapositions de type cubiste venant délibérément brouiller le sens, par exemple chez Faulkner ou Coover, ou encore chez des poètes comme John Cage ou Susan Howe parmi tant d’autres…). Dans quelle mesure l’écriture n’est-elle pas alors toujours, et ce, jusque dans ses pratiques intertextuelles, un jeu de copier/coller, de recomposition permanente, et d’altération en profondeur des modèles qu’elle instaure ? Quelles modalités de lecture, quels « modes d’emploi » se plaisent à (dé)jouer les livres — en quel temps, à quelle époque ? Quels modèles mettent-ils en crise et ces modèles peuvent-ils se penser en dehors de leur mise en crise ?

En d’autres termes, cet atelier se propose d’interroger la tension qui, dans l’?uvre littéraire, s’instaure entre texte et support, entre ligne et plan, entre vecteur et espace, entre page et interface…
The End(s) of the Book?

Gwen Le Cor (gwen.le-cor@univ-paris8.fr) and Stéphane Vanderhaeghe (stephane.vanderhaeghe@univ-paris8.fr) — Université Paris 8
“A book is never ‘self-identical.’ A book doesn’t close on itself as a static, inert artifact between boards or covers.” Starting from a remark Johanna Drucker derives from Jerome McGann’s analysis, this workshop seeks to question how the book, both as object and medium, shapes and models reading experiences and reading paths in its very materiality, and this whether it abolishes materiality in the text’s linearity or brings it to light in its spatial dimension. We can thus wonder if there is such a thing as a pattern for the book or if books—in their multiplicity which encompasses artists’ books, digital books, hypertexts or more generally electronic literature—are not constantly seeking out models, be they formal or dynamic, which they simultaneously attempt to challenge.

This questioning can accordingly focus on the respective impacts and influences that books and new media can wield on one another. The aim of this workshop is thus both to probe reading models as defined and vectorized by the codex in the presumed linearity it embodies, and to see how model readings underpinned by such linear approaches come to be contested—readings fostered by interpretative and hermeneutic biases that postulate meaning along such linear vectors eventually to posit it at the end of the reading experience which thereby meets the legitimization of its moves and critical findings. For, as Michel Serres contends, “that there might be nothing to gain at the end of all reading, who could bear it?” Yet, the dynamics of handling and manipulation produced by the book-as-object in its very fabric on the one hand, and by the flickering textualities that digital literature generates on the other, seem to offset such models of “exemplary” readings by stressing the transient and flickering quality of meaning or of a meaning, not to say its exhaustion in performative works (among which the works of Stephanie Strickland or Judd Morrissey, to name but a few, along with Shelley Jackson’s Skin…).

As further stated by Jean-Luc Nancy: “Text is textile; it is the material of sense. But sense as such has no material, no fibers or consistency, no grain or thickness.” (The Ground of the Image) Given that the book’s central property, then, is to produce a textile writing which in turn questions the weaving and lacing of sense, how can the book, or more generally the very fabric of writing—be it physical or digital—articulate writing as textile with a sense that is deemed immaterial? What (counter)-model(s) can be found, or made to founder here? Ultimately, this entails a reflection of/on the end(s) of books, with all the shades of nuances thus implied: what end(s) for what book(s)?

It is also possible to focus on the way the book knits the heterogeneous by borrowing from models derived from the plastic arts, the cinema, photography, or even science. If artists’ books first come to mind, and if the place of the contemporary American novel seems prominent in this reflection, especially in the works of Mark Z. Danielewski, Jonathan Safran Foer or Steve Tomasula, one could also retrace the history of American literature to see that such forces may already come to play in previous periods. One might think, for instance and among others, of Melville—whether in the ruptures, bifurcations and narrative digressions of Moby Dick, or in the cyclical process of The Confidence Man perhaps exemplified by feedback loops and reiterations, etc. Other examples might include modernist and post-modernist experiments replacing linear models with counter-models playing with cubist-style juxtapositions and collages which deliberately blur meaning as in the works of Faulkner or Coover, or in poets like John Cage and Susan Howe among many others… To what extent, then, is writing not always a permanent game of cut and paste, notably, but not only, in its intertextual dimension, a game of radical alteration of the models it installs? What reading modes, and, in their material manipulations, what “reading manuals” do books appear to play out and outplay—in what moments of the book’s history? What are the models that they critically unsettle and can such models be thought of independently of the crisis that fosters them?

In other words, this workshop aims to question the tensions between text and medium, line and plane, vector and space, page and interface, which invest all literary works.

Les propositions sont à adresser à Gwen Le Cor (gwen.le-cor@univ-paris8.fr) and Stéphane Vanderhaeghe (stephane.vanderhaeghe@univ-paris8.fr) — Université Paris 8 avant le 20 décembre 2013.
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