Médecine et médias, ou la couverture des Entretiens de Bichat





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LES ENTRETIENS DE BICHAT : ENTRE NOUVEAUTES

ET PROGRES

Médecine et médias, ou la couverture des Entretiens de Bichat

par un journal de province

Une étude récente publiée dans le JAMA (Lisa M Schwartz et coll), à propos de la couverture médiatique de cinq grands congrès, parmi lesquels le congrès mondial du sida et celui de l'Américan Heart Association de 1998 révèle les multiples aspects qui la justifient. Cette "attention informative" est facile à comprendre : "Le public désire vivement connaître les derniers progrès de la médecine et de la science, et les réunions scientifiques offrent la promesse de spectaculaires nouveautés sur des traitements, des découvertes et des progrès.

L'attention de la presse, en même temps, attractive pour les organisateurs, les scientifiques, les institutions et les agences qui financent les recherches ; cette couverture médiatique génère de la publicité qui peut aider les organisateurs à trouver des fonds et aider les chercheurs ainsi que leur promotion."
Le journaliste qui commente l'enquête pour le quotidien espagnol El Païs1, s'inquiète :

Les reportages sur les progrès présentés dans les congrès médicaux peuvent "donner la fausse impression que les travaux sont arrivés à maturité, la méthode validée et les découvertes amplement admises. Comme conséquence, les patients peuvent recevoir des espoirs infondés ou bien partir à la recherche de traitements ou d'essais qui ne sont pas validés, qui n'ont pas d'utilité ou qui peuvent même être dangereux."
Telle est la problématique de la diffusion et de la vulgarisation de l'information médicale et, par là, de la nouveauté et du progrès.
Néanmoins la question n'est pas si nouvelle. Elle était déjà formulée, en 1963, par Bariéty et Coury dans leur Histoire de la médecine, citant au passage Paul Valéry et son "Discours aux chirurgiens", ainsi qu'un confrère chirurgien :
" ... tout homme cultivé éprouve le désir légitime d'être averti des progrès de la science contemporaine. Le grand public est animé à cet égard d'une curiosité particulière pour les choses de la médecine, curiosité parfois malsaine d'ailleurs, et dont on ne saurait trop souligner les dangers lorsqu'elle est satisfaite de manière abusive ou prématurée par la voie de la grande presse et de la radiodiffusion.

Pour les exposer à des profanes et pour les mettre sans risque à leur portée, il faut faire preuve d'une grande prudence d'expression et se garder de satisfaire ceux qui recherchent les lectures d'un intérêt immédiat et violent. Toute vulgarisation implique d'autre part une schématisation didactique et une condensation doctrinale, qui ne peuvent manquer de donner à des esprits non avertis une fausse impression de simplicité et de rigueur. Or, comme le rappelait dernièrement Robert Soupault, tout dans la pratique de l'art médical 'n'est que nuance, discrimination et option'. Cette question de la vulgarisation hors des sphères médicales revêt un caractère d'actualité et n'a pas encore reçu de solution satisfaisante."2

INTRODUCTION
En 1967, La Dépêche du Midi, se fait l'écho, pour la première fois semble-t-il, des Entretiens de Bichat. Cette manifestation médicale a lieu chaque année à Paris -au début du mois d'octobre- depuis 1947.
Selon le terme utilisé alors pour désigner l'enseignement médical post universitaire les Entretiens de Bichat sont proposés aux médecins comme un "recyclage"3 . Pendant une ou deux semaines, se succèdent communications, conférences et tables rondes, devant un public composé exclusivement de praticiens. Dans les années soixante, ces "Entretiens" sont devenus un rendez-vous de première importance pour le corps médical, aussi bien pour les conférenciers, hospitaliers et universitaires parisiens pour la plupart, que les praticiens, provinciaux dans leur grande majorité.4 Participant à la promotion d'une médecine -parisienne- et à sa diffusion en province et au-delà, vers l'étranger, ils sont une tribune de choix à la fois pour les intervenants et pour la diffusion des nouveautés de l'art.
Le but n'est pas de faire l'histoire des Entretiens, mais d'examiner leur couverture par un journal de province, en d'autres termes de saisir la manière dont une information destinée aux professionnels est renvoyée vers le public. La Dépêche du midi, est alors "le" journal d'un vaste espace géographique diffusé sur une dizaine de départements à partir de Toulouse, et pratiquement le seul média d'envergure, faute de disposer d'un réseau de télévision suffisamment développé.
Deux réflexions de Lucien Bamier, auteur de nombreux articles médicaux et scientifiques dans le journal serviront d'argument à l'exposé, contribuant à légitimer une démarche chronologiquement étroite :
En 1969, sous le titre : "Les médecins donnent leur avis" il justifie le compte rendu, à destination du grand public, de travaux normalement réservés à des professionnels en ces termes :

"Les Entretiens de Bichat ne sont peut-être pas toujours suivis avec attention par les Français. Cependant certaines communications de médecins informent clairement le grand public à l'aide souvent d'exemples précis. C'est le cas pour les articles que nous vous proposons aujourd'hui :

- Les bébés mangent trop.

- Certaines surdités sont opérées avec 95 % de succès.

- Les piqûres d'insectes peuvent être mortelles."5
Trois ans plus tard, en 1972, il revient dans un article de synthèse sur la session qui vient de s'achever sur les choix à opérer parmi "les quelques 320 communications et 29 tables rondes sur des sujets d'actualité pour cette semaine de recyclage."6 De fait, au regard des trois tomes -médecine, chirurgie, thérapeutique- qui sont édités chaque année après les Entretiens, les compte rendus, saisis au jour le jour par les journalistes, peuvent paraître infimes, voire dérisoires.

La construction de l'exposé sera organisée autour de trois regards sur cette histoire quasi immédiate :

- La présentation de l'information médicale à partir des compte rendus des Entretiens

- La place de l'information dans le journal, « sa mise en scène »,

- L'image de la médecine, ou la fabrication d'une représentation à l'usage des lecteurs du journal.

(RE)PRESENTER LA MEDECINE
Les interventions rapportées dans le journal, à partir d'une production beaucoup plus vaste, sont autant de matériaux qui participent à la construction d'une information, qui renvoie autant, sinon plus à la médecine, qu'aux Entretiens eux mêmes.
Le jeudi 9 octobre 1969, Lucien Barnier résumait la communication de J Bernfeld, endocrinologue à l'hôpital Bretonneau, à Paris, sur l'alimentation des bébés en ces termes : "si le français mange quatre fois trop, il le fait au détriment de sa santé." Les petits pots pour bébés sont trop nourrissants : "la jeune maman est trop influencée ou par son entourage, ou par ses lectures et elle n'a pas de notions de diététique. Ces notions c'est au médecin de les lui donner." Plus loin, dans le même article : "Il est dramatique de constater de telles carences dans l'alimentation des enfants, dans un pays pourvu, et de voir qu'ils mangent quatre fois trop, alors que l'on parle du problème de la faim dans le monde." (1969). De l'exposé du Dr Foubert, ORL à la Pitié, le journaliste retient que "certaines surdités sont opérées avec 95 % de succès" et que les derniers résultats sont encourageants, en ce qui concerne nombre d'autres maladies de l'oreille. Quant aux piqûres d'insectes, on ne saurait trop y prêter attention, compte tenu de la gravité de certains d'entre elles, comme l'ont rappelé le Professeur et Mme Paloque de l'Hôpital des Enfants malades à Paris.7
Le contenu de l'article est, pour le moins représentatif de l'idée que le journaliste se fait de la médecine, définissant par là même, les contours de l'information que reçoit le public.
L'article n'est pas cependant le premier du genre. Sans grand risque de malmener la chronologie, on peut affirmer que la Dépêche a rendu compte pour la première fois les Entretiens de Bichat dans l'édition 3 octobre 1967.8
En dernière page, un communiqué de l'agence France Presse est retranscrit sans commentaire, sous le titre : "Obésité .: un régime pour chaque cas." En substance, on peut y lire :
"Le Professeur Henri BOUR a présenté les différents régimes proposés pour réduire une surcharge pondérale. On peut dire que régime hypocalorique est presque toujours efficace. Il faut fractionner les prises alimentaires. Il est impossible actuellement d'aller plus loin.

(…)
Des progrès seront sans doute réalisés lorsque auront été précisées les tares biochimiques de l'obésité.

(…)
Le régime subcalorique 1000 à 1200 cal par jour avec 80g de protéines, 70g de glucides et 50g de lipides. La chute de poids est progressive et se maintient de manière stable. La perte est estimée à un kg par semaine.

(…)
Le jeûne total produit une perte de poids instable. Parfois difficile à supporter, avec quelques complications : crises de goutte, acidose, hypotension. Un décès. On peut perdre 500g à 1 kg par semaine.

(…)
"Les autres régimes sont déséquilibrés. Ex : le régime riche en graisse (80% de l'alimentation totale). Le régime sans sucre est perçu comme agréable : viande, fromage, légumes verts."9
Le lendemain, dans l'édition du 4 octobre, un commentaire, sans signature, d'un exposé du professeur Tricot. L'article a été inséré en page une, avec un titre sur quatre colonnes, en bas de page, où le sensationnel pointe sous l'information :
"Certains rêves favorisent les maladies cardiaques... et constituent un terrain propice à l'angine de poitrine.
A l'occasion des Entretiens de Bichat qui se tiennent à la Salpêtrière... 'Les rêves les plus déclenchants sont ceux qui contiennent des activités physiques fatigantes, ou qui entraînent craintes, angoisses, frustrations.' Le plus logique serait la psychothérapie. 'Les minorités exposées aux brimades' sont plus particulièrement touchées. Les juifs ashkénazes qui ont craint des persécutions ou les ont subies, ont davantage d'angines de poitrine que les séfarades, idem pour les noirs du sud des Etats-Unis à la différence des descendants de leurs ancêtres d'Afrique. A côté, il y a des facteurs individuels : HTA. obésité, tabac. Les statistiques ont montré que le sexe devait avoir une influence, les femmes étant relativement protégées par une vie plus calme au foyer, etc."10
On peut imaginer l'effet sur le lecteur d'une telle révélation...
Les deux seuls articles consacrés cette année-là aux Entretiens manifestent deux tendances dans la sélection de l'information. Elles vont s'affirmer les années suivantes : d'un côté, une information à caractère pratique, sans prétention scientifique, volontiers normative ; de l'autre des compte rendus d'exposés destinés, avant tout, à attirer l'attention du lecteur, autant par leur visibilité dans le journal que par des titres chocs. On suivra ce cheminement de l'information de 1967 à 1973, qui apparaît comme une scansion : le passage d'une conception de l'information médicale à l'affirmation d'une autre.

Les conseils de santé prodigués par les intervenants aux Entretiens sont en phase avec la ligne éditoriale du quotidien :
Le 2 octobre 1968, les hémorragies nasales font l'actualité médicale du journal. "Le saignement de nez aux entretiens de Bichat" sur la conduite à tenir dans la prise en charge des hémorragies nasales suite à l'exposé du Professeur Nandrup : "Dans les cas bénins   que le médecin appelle épistaxis  , ne pas s'affoler, exercer une compression digitale de l'aile du nez pendant quelques minutes; un comprimé d'antipyrine ou un tampon d'ouate sec ou imprégné d'eau oxygénée ou une solution d'antipyrine à 10 %; la gaze l'éponge ou l'ouate résorbante. On arrête l'hémorragie par la coagulation et par la vasoconstriction."11
De Jean Weill, pédiatre hospitalier parisien, "dont les accusations sur les lacunes de la lutte antituberculeuse avaient fait sensation l'an dernier"..., une nouvelle publication, en 1970 : "Après les méfaits de la drogue, il faut mentionner les risques de la droguerie", le journaliste commente : "cinq cents enfants meurent chaque année d'empoisonnement." Il est conseillé de ne pas faire boire du lait, d'hospitaliser l'enfant, de faire évacuer le toxique. Dans les cas les plus graves , la réanimation voire la trachéotomie peuvent s'avérer nécessaires. Surtout, on recommande de ranger convenablement les produits hors de portée des enfants et de les proposer des emballages inviolables par des mains enfantines. Et puis cette formule du journaliste, en guise de conclusion: "faire peur risque de faire vendre moins ".12
Malgré l'abondance de la matière, il est difficile de s'en tenir aux seules interventions traitant de questions pratiques. En 1972, l'article de synthèse, à la fin des Entretiens, est éclectique, comme pour signifier les difficultés de la fabrique de l'information :
Cancer: cinq nouveaux médicaments. VM 26 ; VB 16 213 ; Bcnu. Ccnu ; Dtic ont déjà donné des résultats prometteurs dans certaines formes de cancer comme la maladie d'Hodgkin, le réticulosarcome, le mélanome et les leucémies aiguës monoblastiques. Par contre, le traitement de la leucémie aiguë myéloblastiques reste décevant. 30 à 50 % de rémissions seulement alors qu'on en obtient jusqu'à 90 % dans les lymphoblastiques.
Maladie coronarienne. La réadaptation cardiaque est désormais une étape essentielle dans le traitement de la maladie coronarienne. Il faut néanmoins des "techniques parfaites et un personnel hautement qualifié."
Tétanos. Il reste fréquent et grave. 400 cas par an. 20 à 30 % de décès malgré la réanimation. "Les Entretiens de Bichat ont été une nouvelle fois l'occasion de souligner la nécessité des injections vaccinales de rappel qui doivent être pratiquées, selon les spécialistes moins une fois tous les 10 ans."
Douleur. Le Paracétamol qui équipait les trousses de pharmacie des cosmonautes d'Apollo, va bientôt être disponible sous une forme pharmaceutique en France. Pour les rhumatismes, les maux de tête, et la grippe.
Bronchite chronique. La vaccination est efficace mais doit être répétée à raison d'une injection hebdomadaire du 1er novembre à la fin avril. Il faut beaucoup de persévérance et de la discipline de la part du malade.13
Il est difficile de ne céder ni à la tentation du "scoop", ni à celle du sensationnel. La nouveauté se confond avec le progrès et les mesures de prévention les plus banales. Peu de lecteurs sont sans doute à même de "décrypter" le sigles qui cachent les cinq nouveaux médicaments contre les maladies du sang avec des résultats "prometteurs", et des rémissions quasi certaines dans certaines d'entre elles, ont pu être obtenus. L'efficacité se nourrit du mystère. Et que dire de sa présence dans la trousse à pharmacie des cosmonautes d'Apollo pour justifier l'intérêt du paracétamol, dans les rhumatismes et la grippe ?
De fait, les articles chocs, qui ont peu à voir avec l'information pratique sont tout de même loin d'être rares.
Sous les apparences d'un article pratique, la communication du Professeur Tricot, en 1967, sur l'influence des rêves dans le déclenchement des maladies cardiaques, visait davantage l'émotionnel que la raison. La conclusion ne laissait d'ailleurs aucun doute sur l'intention :
"Il existe une série d'impressions cliniques qui plaide en faveur de la prédominance des facteurs psychologiques dans la formation de l'angine de poitrine. Si ces impressions devaient être affirmées, le diagnostic, la prévention et le traitement de cette redoutable affection seraient bouleversés."14
A l'occasion, le compte rendu des Entretiens "colle" à l'actualité ou en reprend les formes de présentation.
En 1968, c'est le cancer du sein qui "fait" l'actualité. Le mardi 1er octobre, en dernière page, un communiqué de l'AFP, sur quatre colonnes, annonce :
"Le cancer du sein a préoccupé les médecins du 70e congrès de chirurgie ... des rapports se sont succédés pendant plusieurs heures. Les Entretiens de Bichat et le congrès de chirurgie se sont donnés le mot."15
En 1968, l'actualité est au cancer du sein. Lundi 7 octobre, en dernière page, le journal revient sur le cancer du sein avec cette formule : "Les Entretiens de Bichat ont pris fin hier. "Les médecins ont décidé de tout mettre en oeuvre contre [le cancer du sein]." L'optimisme est mesuré : "La chirurgie est et demeure la base du traitement, [et] les autres thérapies ne sauraient être que des compléments. L'une d'entre elles a une place de choix .. la radiothérapie ou cobaltothérapie."16
Le journaliste de la Dépêche commente, sur un ton identique : "Intéressant mais ne permettant pas des espoirs inconsidérés. Il s'agit plus d'une amélioration technique d'un traitement éprouvé que d'une nouvelle évolution des soins." Seul le diagnostic précoce peut améliorer les résultats, avec 70 % de guérisons à cinq ans chez les patientes au premier stade. Les pourcentages diminuant ensuite, "ce qui montre l'importance que revêt le diagnostic précoce des tumeurs malignes." In fine, "Il apparaît donc que le cancer du sein ne sera vraiment guéri que le jour où l'immunologie et la chimiothérapie (drogues chimiques) auront fait des progrès considérables."17
6 octobre 1970. Rubrique santé sous le titre "Entretiens de Bichat" : "Hier matin, le cinq, on a surtout parlé des rhumatismes, maladie polymorphe, tout à la fois populaire (elle n'épargne personne) et 'sociale' (par les frais médicaux qu'elle engendre). En fait, le commentateur a retenu de l'exposé du Professeur Lièvre, "la somme incroyable des progrès accomplis depuis 1960 dans les domaines de la prévention, de la détection et du traitement des différents états rhumatoïdes, saisissant l'occasion pour réfuter vertement l'affirmation d'un médecin bordelais (qui n'est pas nommé) à un grand journal, selon laquelle la médecine n'avait pas évolué depuis dix ans ( ... ) Finies la goutte et la l'arthrose de la hanche.
Puis cette information surprenante : "Un remède pour le lumbago : l'équitation. La pratique du cheval si elle est un remède douloureux, suffit en une saison à remettre en place un disque intervertébral, alors que la rééducation n'est efficace que dans un cas sur cent."18
Le lundi 11 octobre 1971, un physiologiste de Vancouver, le Dr Harold Copp a été "la vedette vendredi soir des Entretiens de Bichat, où a été présenté un film, 'La folie de Copp'racontant les circonstances de découverte en 1961 de la calcitonine une hormone qui contrôle le taux du calcium dans le sang."

Le Docteur qui "a la timidité des chercheurs artisans" arrivait de Suède où il avait donné des conférences. Sa venue chez nous n'était pas un hasard, dans la mesure où le Pr Kotlz et le Dr Milhaud avaient déjà conduit une importante étude sur la calcitonine. L'hormone avait été isolée chez le chien par Copp, suscitant d'abord l'incrédulité, puis par Hirsch et Mac Intyre. En 1968, en un "temps record" de trois mois, on était passé de la purification à la synthèse.

La calcitonine a trois applications principales :

- L'hypercalcémie

- L'ostéoporose

- La maladie de Paget.

C'est en France que la calcitonine sera pour la première fois commercialisée. Pour l'instant, elle n'est utilisée que pour ces applications dans certains services hospitaliers."19
La magie du commentaire transforme une pathologie aussi banale que le rhumatisme ou une découverte, déjà ancienne et de portée limitée pour le public, en triomphe. Ailleurs, c'est un titre un titre coup de poing qui attirera le regard du lecteur :
"Le pain, poison pour les enfants ?" Le 8 octobre 1972, en page 4, sous ce titre plutôt racoleur il est question de l'intolérance au gluten qui touche selon les Drs Jean Weill de Bretonneau et Lemoigne de Bichat un enfant sur 1 750. Le lecteur apprend que la "mauvaise digestion" d'un acide aminé, la gliadine, entraîne "une diarrhée chronique, avec perte d'appétit et gros ventre, perte de poids et retard de croissance qui guérit vers 7 ou 8 ans, laissant l'enfant dans un état plus ou moins prononcé d'infantilisme." Les habitudes alimentaires sont responsables de "l'éclosion de plus en plus précoce de la maladie, pour laquelle il n'y a qu'un seul traitement., Interdiction du pain, des biscottes, des gâteaux, des pâtes, et de la plupart des farines pour nourrissons."20
Autre exemple, le passeport cardiaque. 1967, le temps était aux facteurs psychologiques ; 1972 à la réhabilitation ; voilà maintenant celui du passeport, destiné à prévenir les accidents ou à en limiter les conséquences :
Mardi 2 octobre 1973. "Un passeport cardiaque". "Aux Entretiens de Bichat qui réunissent depuis hier quelques 10 000 médecins, le Professeur Agrégé M Cloarec s'est interrogé sur la conduite automobile chez les cardiaques. Les priver de l'utilisation d'un véhicule automobile c'est les pousser à utiliser des transports en commun où les risques ne seraient pas minces. De toute façon, on estime que les accidents liés à des déficiences physiques ne dépassent pas 1 à 2 %. Par contre, la conduite automobile entraîne chez plus d'une quart des conducteurs une élévation de 20 % de la fréquence cardiaque, une élévation de la pression artérielle et des modifications de l'ECG. Il y a aussi les risque lié à l'usage des anticoagulants qui, en cas d'accident peuvent provoquer des hémorragies incontrôlables, la somnolence liée aussi à des médicaments.

Un ECG systématique 40 ans et répété régulièrement. Le but est "d'empêcher l'apparition d'accidents coronariens sévères ou préparer le cœur à les subir sans trop de dommages.

L ECG est interprétable dans tous les pays et représente un véritable passeport cardiaque."21
Cette information médicale, puisée dans les Entretiens de Bichat est à la fois une nouveauté pour le lecteur, sans être véritablement une surprise. Les titres, l'ambiance des articles son tout autant le fait de la ligne éditoriale du journal, que des intervenants eux-­mêmes. La nouveauté réside moins dans la diffusion rapide, par un journal dont la devise est d'informer "vite et bien", que dans la mise à disposition du public d'un type nouveau d'information médicale, jusque là inédit dans ses colonnes.
Le changement, dans la relation de l'information médicale dans les colonnes de la Dépêche, s'il existe, concerne moins l'information elle-même que sa mise en scène, comme on va le voir, par un "flash back" chronologique. Il ne sera pas nécessaire de s'enfoncer profondément pour y parvenir, tant les choix paraissent très bien établis.
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