De l’Académie royale de musique (1749-1790)





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Mesurer la création, avec mesure :

Chronopéra et le répertoire

de l’Académie royale de musique (1749-1790)

La base de données Chronopéra (http://chronopera.free.fr) développée sous la responsabilité de Michel Noiray, conçue par Solveig Serre et gérée par l’Institut de recherche sur le patrimoine musical en France (UMR 200 CNRS)1 est un outil de travail qui a pour vocation première de fournir le programme de l’Opéra de Paris depuis le règne de Louis XIV jusqu’à nos jours. S’échelonnant entre 1672 et 1989, elle couvre une période de 250 ans, soit près de 90 000 jours pour plus de 1 200 œuvres. Son but est de permettre l’analyse détaillée du répertoire et par conséquent de mesurer le degré de créativité de l’Opéra sur une période restreinte ou au contraire sur la longue durée. L’outil statistique est ainsi mis au service de l’interprétation historique, ce qui se justifie d’autant mieux que l’Opéra envisage dès ses débuts son répertoire comme un fonds où les œuvres anciennes restent durablement présentes. La table principale de la base recense les diverses représentations, en renseignant pour chacune d’entre elles la date, l’horaire, le lieu, le statut (création, reprise, nouvelle production, etc.) ainsi que la recette, lorsqu’elle est disponible. Une deuxième table, non moins essentielle, renseigne pour chaque œuvre le genre, l’année de création, le compositeur, le librettiste ou le chorégraphe. Elle va de pair avec une table des compositeurs, une table des librettistes et une table des chorégraphes. La base est en outre structurée par des notions qui donnent un accès direct à la nature des œuvres représentées : type (lyrique ou chorégraphique), genre dramatique, date de création, langue, nationalité des auteurs (compositeurs, librettistes ou chorégraphes). Enfin, un champ particulier est consacré au statut de la première représentation de chaque nouvelle série, précisant s’il s’agit d’une création, d’une reprise ou d’une nouvelle production.

Chronopéra fonctionne avec le logiciel libre MySQL qui permet une mise en ligne aisée et gratuite. Elle est interrogeable au moyen du langage de requête SQL. Comme ce genre d’utilisation n’est accessible qu’à l’utilisateur qui possède des connaissances avancées en SQL et une bonne vision de l’articulation des diverses tables de la base de données, une interface conviviale, via un site Internet, a été progressivement mise en place. Cette dernière permet d’effectuer la plupart des requêtes classiques : affichage du calendrier pour une période définie, des œuvres d’un compositeur, d’un librettiste ou d’un chorégraphe. Les résultats de ces diverses requêtes peuvent être triées selon plusieurs critères (par exemple en fonction de la recette) et exportés vers différents formats (pdf ou SQL notamment). Le mode de recherche expert via l’emploi de requêtes SQL permet d’exploiter toute la puissance de la base de données Chronopéra, à l’aide de requêtes multicritères. Il est par exemple possible de générer une table des compositeurs, classés selon la recette moyenne que produisent leurs œuvres pendant une période données. On peut également trier les divers genres théâtraux du plus représenté au moins joué ou, pour une œuvre considérée, obtenir la liste des autres pièces jouées simultanément avec celle-ci. Il est également possible, pour chaque compositeur de ballets, de déterminer quel est le chorégraphe qui lui est le plus souvent associé ou, en s’appuyant sur les recettes, quel est la chorégraphie qui lui permet d’obtenir ses plus grands succès. On peut enfin évaluer quels sont les jours de la semaine les plus prolifiques, si certains mois sont désertés par le public et si ces phénomènes connaissent des évolutions au cours des siècles.

Le présent article se donne pour objectif d’illustrer par une application concrète, simple et systématique l’utilisation de la base de données Chronopéra en analysant le répertoire de l’Opéra de Paris – alors dénommé Académie royale de musique – entre 1749 et 1790. Le choix de la deuxième moitié du xviiie siècle comme période d’étude s’explique pour plusieurs raisons. La première est administrative. En 1749, c’est la première fois depuis la création de l’institution, quelques quatre-vingt années auparavant, que le roi la met entre les mains non pas d’un simple particulier, mais entre celles de « MM. les prévôt et échevins qui composent le Bureau de la ville de Paris »2, c’est-à-dire d’un corps public. En 1780, comme la gestion de l’Opéra par la ville de Paris ne répond pas à toutes les attentes, Louis XVI décide de placer l’Opéra sous son autorité directe, jusqu’en 1790, date à laquelle, dans le contexte mouvementé des débuts de la Révolution française, la gestion de l’institution est à nouveau confiée au bureau de la Municipalité de Paris. La deuxième raison est artistique. Le milieu du xviiie siècle marque la consécration de Rameau comme figure centrale de l’opéra français, tandis que la Révolution entraîne une période de relative décadence qui ne prend fin qu’avec le Consulat et la reprise en main de l’institution par Napoléon. La troisième raison enfin est archivistique. À partir du moment où le roi confie la gestion de l’institution à la ville de Paris, les directeurs sont plus étroitement surveillés, la comptabilité se fait plus rationnelle et les archives commencent véritablement à se constituer en des groupes d’articles homogènes, concernant un même objet pour une même époque.

S’agissant justement des moyens d’information, les documents d’archives dont on dispose pour retracer le répertoire de l’Opéra de Paris entre 1749 et 1790 sont rares. À la différence d’une institution comme la Comédie-Française, où une gestion continue a permis la conservation remarquable de la quasi-intégralité des documents relatifs au théâtre depuis sa création, l’Académie royale de musique a fort mal conservé ses archives. La faute peut en être imputée en grande partie à l’histoire mouvementée de l’institution, les nombreuses directions qui se sont succédé à la tête de l’Opéra de Paris s’étant accompagnées d’une dispersion, voire d’une liquidation pure et simple des documents d’archives considérés comme la propriété des directeurs qui avaient tout loisir de les emporter en se retirant. En outre, les deux incendies en 1763 et en 1781 des salles du Palais-Royal abritant les représentations de l’Opéra ainsi que les déménagements multiples qui s’ensuivirent n’ont pas joué en la faveur d’une bonne conservation des documents d’archives, pas plus d’ailleurs que la période révolutionnaire. Et à toutes ces raisons viennent s’ajouter la primauté accordée alors aux seules partitions de musique, au détriment des documents administratifs à proprement parler, ainsi que l’absence d’institution en charge de la gestion et de la conservation des archives de l’Académie royale de musique. Si l’on veut reconstituer le répertoire de l’Opéra, force est de se tourner vers les documents reliés, registres et journaux de bord conservés à la Bibliothèque Musée de l’Opéra. Parmi les 97 registres qui concernent l’institution pour la période, 26 registres de recettes à la porte s’avèrent particulièrement précieux : ils se présentent sous la forme d’une page par jour, avec indication du titre des œuvres représentées, du tantième, du nombre de billets vendus, des recettes par catégorie de places, puis de la recette totale3. Une grande partie des années manquantes a pu être complétée par un ouvrage manuscrit, conservé à la BMO sous la cote D. 144, dans lequel un copiste anonyme, très certainement membre du personnel de la Bibliothèque de l’Opéra au xixe siècle, avait recopié les recettes à la porte dans leur quasi-intégralité, exception faite des années 1749-50, 1753-1754, 1754-55, 1755-56, 1768-69, 1779-80. Au total, ce sont 13 041 jours sur 14 975 qui ont pu être renseignés, au cours desquels l’Académie royale de musique avait donné 5 806 représentations.

La bibliographie sur le sujet, quant à elle, est parfaitement représentative des travaux historiques consacrés plus largement à l’Opéra de Paris à l’époque moderne : « soit entièrement atomisés, soit résolument limités à un aspect de sa vie sans référence aux autres »4. Elle est abondante, variée, mais décevante, notamment en raison de l’absence de communication entre les études administratives, les analyses proprement dites du répertoire et les réflexions sur les grandes querelles musicales du xviiie siècle. Quelques ouvrages cependant se sont avérés extrêmement précieux. Les excellentes synthèses de Max Aghion5 et de Martine de Rougemont6 sur la vie théâtrale et le statut des théâtres parisiens au xviiie siècle en font partie. L’ouvrage de Robert Fajon, consacré au répertoire de l’Académie royale de musique depuis ses origines jusqu’en 1750, a été également d’un grand intérêt, tout comme celui d’Andrea Fabiano sur l’opéra italien en France à l’époque moderne7 et celui d’Alessandro di Profio, dédié à l’histoire du théâtre de Monsieur entre 1789 et 17928. La somme de Spire Pitou, remarquable travail d’érudition concernant les œuvres du répertoire de l’Opéra à proprement parler, a été infiniment utile quant à la fiabilité et à l’abondance des renseignements qui y sont consignés9. Mention enfin doit être faite de l’article essentiel de William Weber « La musique ancienne in the Waning of the Ancien Régime », consacré au répertoire de l’Opéra mis en relation avec le contexte historique et politique français dans la deuxième moitié du xviiie siècle10.

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