De l’Académie royale de musique (1749-1790)





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Révolution et cosmopolitisme



Tout change à partir de 1774, année marquée par la mort de Louis XV et la première représentation d’Iphigénie en Aulide de Gluck. Plusieurs phénomènes contribuent au profond renouveau du répertoire de l’Opéra.

L’influence de Marie-Antoinette tout d’abord constitue le terreau fertile sur lequel la révolution esthétique va prendre. La toute jeune reine de France amène de la maison des Habsbourg dont elle est issue une tradition de mécénat et de direction des affaires musicales par la famille royale qui avait disparu de la cour de France depuis la mort de Louis XIV ainsi qu’un goût musical contemporain et cosmopolite. Si elle encourage des compositeurs comme Sacchini, Salieri, Cherubini, Grétry ou bien encore Gossec, elle est surtout à l’origine de la venue de Gluck à Paris. A partir du 19 avril 1774, date de la première représentation de son Iphigénie en Aulide sur la scène de l’Opéra, Gluck remporte un franc succès auprès du public parisien. En 1776, il produit Alceste en version française et rend l’année suivante hommage à l’un de ses prédécesseurs de l’école française en prenant comme livret pour son Armide un ancien poème de Quinault, le célèbre librettiste de Lully.

La gestion extrêmement dynamique d’Anne Pierre Jacques de Vismes du Valgay ensuite favorise l’enracinement30. En effet, entre 1778 et 1780, l’Opéra est confié à un homme n’appartenant pas au milieu de la musique du roi, mais à un véritable entrepreneur qui compte bien profiter de sa situation pour s’enrichir. Employé supérieur des fermes, Anne Pierre Jacques de Vismes du Valgay avait obtenu en 1757 la charge de conseiller secrétaire du roi, puis était devenu le beau frère du fermier général et financier Benjamin de Laborde, à ses heures compositeur d’opéras comiques, de tragédies en musique et de ballet et surtout auteur d’un monumental Essai sur la musique ancienne et moderne. Lié à Campan qui était le mari de la femme de chambre de Marie Antoinette, il était également bien en cour et entretenait des relations suivies avec les puissants et les artistes. Vismes possédait un intérêt véritable pour le monde de la musique et entendait bien affirmer avec force ses prérogatives tout en secouant l’institution qu’il jugeait poussiéreuse par bien des aspects. On lui doit notamment, après l’épisode bouffon des années 1752-1753, une seconde tentative volontariste de diversification du répertoire de l’Académie royale de musique. Celle-ci associe une augmentation spectaculaire du nombre de représentations hebdomadaires – qui passe des trois habituelles à quatre ou cinq – une diversification des genres théâtraux proposés – qui laisse davantage de choix au public – et une rapidité de variation de l’affiche – qui vient secouer le sacro saint principe des longues séries. Surtout, Vismes a l’idée de confier la direction artistique à Niccolo Piccinni, compositeur italien à succès officiant à Paris depuis 1776. Le jeudi 11 juin 1778, les Bouffons font leurs débuts avec Le Finte Gemelle de Petrosellini et Piccinni. C’est un immense succès. Pendant les deux saisons durant lesquelles Vismes est à la tête de l’Académie royale de musique, quinze opéras italiens sont montés. Ils suscitent une fois de plus une vive querelle entre partisans de la musique de Gluck et tenanciers de la musique de Piccinni, querelle habilement entretenue par le directeur de l’Opéra qui commande à ces deux auteurs la même œuvre – Iphigénie en Tauride – et que Gluck remporte. L’histoire finira mal pour Vismes : alors que le public se montre très satisfait par le répertoire nouvelle formule31, les artistes voient d’un mauvais œil ce changement radical de gouvernance qui joue en leur défaveur. Mais ce sont surtout les difficultés financières suscitées par son ambitieuse politique de programmation qui auront finalement raison de Vismes en 1780 et entraîneront dans le même temps la mise sous tutelle directe de l’Opéra par le pouvoir royal, via le département des Menus-Plaisirs et son célèbre intendant Papillon de la Ferté.

Par conséquent, entre l’arrivée de Gluck à Paris et la démission de Vismes, explosion de l’offre et vitalité créatrice sont les deux maîtres mots de la période. Ainsi, 120 œuvres différentes sont représentées sur la scène de l’Opéra, parmi lesquelles 38 créations. Les années 1774-1781 se caractérisent donc par leur richesse artistique extrême et par les perspectives qu’elles ouvrent pour le répertoire à venir de l’Académie royale de musique. Tout d’abord, l’arrivée de Gluck a donné la primauté à la tragédie lyrique sur les autres genres dits sérieux. Répondant à de nouvelles exigences esthétiques, cette évolution du goût bénéficie du soutien sans limite des contemporains. Particulièrement éloquents sont à cet égard les propos du Mercure de France à propos de la reprise du ballet héroïque Aline, reine de Golconde, originellement créé en 1766 : « les idées qu’on avait sur ce genre de spectacle ont un peu changé depuis quelques années et l’on commence à sentir que la danse n’y doit avoir que la seconde place »32. En outre, le débat entre partisans des musiques française et italienne, fruit d’une stratégie volontariste de Vismes pour attirer les foules à l’Opéra et financer par là même sa coûteuse politique artistique, a été ravivé avec une acuité toute particulière. Surtout, il a été démontré avec éclat que la scène de l’Académie royale de musique pouvait soutenir l’alternance entre genre tragique et genre comique sans en perdre pour autant sa légendaire dignité. Il s’agit d’un pas décisif sur le chemin du renouvellement du répertoire de l’Opéra qui ouvre la voie aux futures expériences théâtrales.

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