De l’Académie royale de musique (1749-1790)





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1781-1790 : « les richesses de la musique moderne »33



Pendant la décennie 1781–1790, l’Académie royale de musique représente 195 œuvres différentes, parmi lesquelles 44 créations. Son répertoire porte désormais pleinement les fruits de la révolution gluckiste. Conséquence du goût nouveau du public pour les airs à l’italienne, les opéras sérieux passent de cinq en trois actes, éliminant ainsi la plus grande partie des épisodes décoratifs. Une autre tendance significative est l’introduction d’opéras comiques, déguisés sous la dénomination de « comédies lyriques » : Colinette à la cour, L’Embarras des richesse et La Caravane du Caire en sont les exemples les plus significatifs. La période voit également le développement du ballet pantomime, alibi à des expériences théâtrales débridées qui ne suscitent d’ailleurs pas toujours l’unanimité des contemporains34. C’est également au cours de cette période que la scène du théâtre lyrique s’ouvre à des sujets nouveaux tels que le drame villageois – à l’instar du Seigneur bienveillant – et la pièce historique – comme Péronne sauvée. Le répertoire de l’Opéra de Paris connaît ainsi connaît entre 1781 et 1790 un profond renouvellement. Et même le très conservateur Mercure de France se félicite que « le système de notre théâtre lyrique [soit] absolument changé : […] on y veut plus de vérité, plus d’illusion qu’autrefois. On exige des auteurs qu’ils sachent régler les écarts de leur imagination, et que les situations qu’ils emploient soient aussi naturellement amenées et exposées que le peuvent permettre les conventions de l’art »35.


***

Par conséquent, l’exploitation fine et systématique de la base de données Chronopéra s’avère riche d’enseignements. L’un de ses intérêts principaux est tout d’abord de prendre en compte des données quantitatives particulièrement précieuses en l’absence d’un fonds archivistique homogène et cohérent. Elle révèle également combien la programmation du répertoire sur le théâtre de l’Académie royale de musique dans la deuxième moitié du xviiie siècle représente un véritable tour de force : c’est une procédure particulièrement complexe qui, dans un contexte fortement contraint, exige de la part des directeurs une réflexion approfondie et une prise de risques calculée. Elle permet en outre de mesurer avec précision la manière dont évolue le degré de créativité de l’institution et dont les hiérarchies artistiques et symboliques des auteurs se recomposent. Le répertoire de l’Académie royale de musique dans cette seconde moitié du moitié du xviiie siècle se révèle être une donnée fortement contextualisée et historicisée, qui tente de concilier plusieurs aspects pas toujours aisément conciliables : une politique artistique émanant des directeurs successifs de l’établissement, le coût des spectacles, le respect de la majesté de l’Opéra, à laquelle il n’est pas toujours facile de déroger sans trahir l’esprit qui présidait à sa royale création, et les goûts du public, qui ont souvent force de loi.

A travers l’étude du répertoire de l’Académie royale de musique entre 1749 et 1790, nous espérons avoir montré comment les données quantitatives contenues dans Chronopéra font apparaître, par petites touches successives, l’activité quotidienne, administrative, gestionnaire et artistique de l’institution. Aujourd’hui aisément accessible au chercheur, enrichissant constamment son contenu et se situant à la croisée de deux domaines de recherche trop souvent séparés – l’histoire institutionnelle et l’histoire des œuvres – Chronopéra s’impose comme une mine documentaire et un outil de travail indispensable pour le musicologue spécialiste de l’Opéra, l’historien des pratiques musicales ou le littéraire. Avec l’espoir que, de la confrontation des données à plus large échelle, ressortira une vision d’ensemble de la manière dont l’Opéra de Paris, institution musicale majeure dans le paysage culturel français, a conçu sa stratégie artistique au fil des siècles.


1 Site de l’UMR 200 : http://irpmf.culture.fr.

2 Mémoires pour servir à l’histoire de l’Académie royale de musique, vulgairement Opéra, depuis son établissement en l’année 1669 jusques et y compris l’année 1758, F-Po : Res. 516.

3 Registres de comptabilité, F-Po : CO 2-CO 25.

4 Martine de Rougemont, La Vie théâtrale en France au xviiie siècle, Paris, 2001, p. 253.

5 M. Aghion, Le Théâtre de Paris au xviiie siècle, Paris, 1926.

6 Martine de Rougemont, La Vie théâtrale en France au xviiie siècle, Paris, 2001.

7 Andrea Fabiano, Histoire de l’opéra italien en France (1752-1815), Paris, 2006.

8 Alessandro di Profio, La Révolution des Bouffons. L’opéra italien au Théâtre de Monsieur (1789-1792), Paris, 2003.

9 Spire Pitou, The Paris Opera, an Encyclopedia of Operas, Ballets and Performers, Westport, 1983.

10 William Weber, « La musique ancienne in the Waning of the Ancien Régime », in Journal of Modern History, vol. 56, n°1, p. 58-88.

11 C’est ainsi que la représentation du jeudi 6 janvier 1757 est annulée, en raison d’une « maladie » de Louis XV : la veille, le roi avait été la victime malheureuse du poignard de Damiens ; cf. Recettes à la porte (27 avril 1756-26 mars 1757), F-Po : CO 5.

12 Le 4 février 1752, l’Académie royale de musique ferme ses portes en raison de la mort de Louis d’Orléans. La décision est prise parce que « la représentation d’un divertissement public aussi voisin du Palais-Royal qu’est l’Opéra ne pouvait que faire peine à M. le duc d’Orléans dans le moment qu’il vient de faire » ; cf. Lettre du ministre au prévôt des marchands, 6 février 1752, F-Pan : AJ13 2.

13 Jacques-Bernard Durey de Noinville et Louis Travenol, Histoire de l’Académie royale de musique en France depuis son établissement jusqu’à présent, Paris, 1757, p. 153.

14 Règlement concernant la capitation édicté par le prévôt des marchands, 3 janvier 1774, F-Pan : AJ13 2.

15 Louis-Sébastien Mercier, Le Tableau de Paris, Paris, 1994, tome 1, p. 587.


16 Recettes à la porte, 9 avril 1771-4 avril 1772, F-Po : CO 11.

17 « L’arrangement des pièces qui devront être mises au théâtre sera fait six mois avant la premiere représentation de celle par laquelle on devra commencer, en sorte que le plan d’hyver soit toujours fait dans la semaine de Pâques, et le plan d’été dans le cours du mois de novembre » ; cf. Jacques-Bernard Durey de Noinville et Louis Travenol, Histoire de l’Académie royale de musique en France depuis son établissement jusqu’à présent, Paris, 1757, p. 125.

18 Recettes à la porte, 27 avril 1756-26 mars 1757, F-Po : CO 5.

19 Recettes à la porte, 4 avril 1769-23 janvier 1770, F-Po : CO 10.

20 Installée aux premières heures de sa création dans un simple jeu de paume, l’Académie royale de musique s’établit en 1672 dans les bâtiments du Palais-Royal, lorsque Lully prend la direction de l’institution. Elle allait y rester jusqu’en 1781, après un bref intermède au Palais des Tuileries entre 1764 et 1770, dans l’attente de la reconstruction de la salle incendiée en 1763. Un second incendie, survenu en 1781, vient mettre un terme au séjour de l’Opéra au Palais-Royal, qui s’installe désormais dans une salle provisoire bâtie à la hâte sur le boulevard, près de la porte Saint-Martin.

21 Jacques-Bernard Durey de Noinville et Louis Travenol, Histoire du théâtre de l’Académie royale de musique en France depuis son établissement jusqu’à présent, Paris, 1757, p. 125.

22 Ibid.

23 Ibid.

24 Ibid.

25 Ibid.

26 L’étude du budget de fonctionnement de l’Académie royale de musique est permise par les bordereaux de recettes et dépenses conservés dans les archives de la Maison du roi (27 bordereaux pour une cinquantaine d’années) : en trois ou quatre feuilles, ces documents dressent un bilan détaillé qui fait apparaître les recettes par catégories, le total des recettes, les dépenses ordinaires et extraordinaires, le total des dépenses et enfin la différence entre les dépenses et les recettes. Ces belles séries comptables permettent de se faire une bonne idée à la fois du volume budgétaire de l’Opéra durant la seconde moitié du xviiie siècle ainsi que du détail des postes budgétaires ; cf. Recettes et dépenses : bordereaux annuels et mensuels (1759-1789), F-Pan : O1 625.

27 Cf. Base de données Chronopéra, année 1770-1771.

28 Recettes à la porte, 24 avril 1770-15 mars 1771, F-Po : CO 9.

29 William Weber, « La musique ancienne in the Waning of the Ancien Régime », The Journal of Modern History, vol 56, n°1 (mars. 1984), p. 87-88. 

30 Pour la gestion de Vismes, on se reportera à l’ouvrage vieillot, mais extrêmement bien documenté, de l’homme de lettres et critique musical Arthur Pougin : Un directeur d'opéra au dix-huitième siècle: l'opéra sous l'Ancien Régime, l'opéra sous la Révolution, Paris, 1914.

31 Le chroniqueur des Mémoires secrets évoque longuement cette ferveur du public pour le directeur de l’Académie royale de musique : « le secrétaire d’Etat a cru devoir rendre au roi de la fermentation [des artistes de l’Opéra contre Vismes] et de prendre ses ordres. Sa Majesté lui a demandé si le public était content des innovations et amélioration de M. de Vismes. Le ministre a répondu que le public l’avait d’abord critiqué beaucoup mais enfin commençait à lui rendre justice et à espérer des changements plus heureux de sa part : eh bien, a répliqué Sa Majesté qu’il reste et qu’on ne me parle plus de cette canaille-là. M. Amelot a écrit en conséquence une lettre ministérielle à M. de Vismes pour qu’il la communiquât à ses vassaux et les fît rentrer tous dans la subordination » ; cf. Mémoires pour servir à l’histoire de la République des lettres, Londres, 28 décembre 1778, tome 12, p. 211.

32 Michel Noiray, Vocabulaire de la musique de l’époque classique, Paris, 2005, p. 225-226.

33 Mercure de France, juillet 1779, p. 298.

34 Le très conventionnel Mercure de France s’insurge par exemple contre La Fête de Mirza, « prétendu ballet-pantomime », donné au début de l’année 1781, dans lequel, entre autre, « on déjeune », ou voit « quelques soldats manœuvrant sur une place d’armes » et l’on « fait voir des sourds qui entendent et des muets qui chantent », cf. Michel Noiray, Ibid.

35 Mercure de France, mars 1781, p. 30.



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