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Présentation par l’auteur
Intervention à St Apollinaire de Rias

samedi 29 mars 2008
Je voudrais remercier une nouvelle fois l’association des Rias, ses membres, son bureau et bien entendu sa dynamique présidente pour la confiance qu’ils m’ont accordée tout au long de ce travail qui a commencé par l’examen du registre de l’épicerie Vignal (archive privée fort rare et de ce fait très précieuse que je remercie Paulette Vignal d’avoir bien voulu me confier).
C’est donc la troisième fois que je viens vous entretenir de ce sujet.

« Des archives au roman ». Pour vous en présenter ce que je pourrais qualifier d’objet fini si je ne pensais bien au contraire qu’il se veut la première pierre de recherches et de créations à venir.
Au cours de mes deux premières visites, j’avais évoqué devant vous les évènements de la vie du village contenus dans ce livre et les possibles pistes romanesques non exhaustives que je soumettais à la sagacité des lecteurs. Je ne voudrais pas cet après-midi reprendre le fil de ces chapitres que vous pourrez désormais à loisir feuilleter vous-mêmes au cours de vos lectures. Je souhaiterais m’attarder davantage sur la démarche et le projet même du livre qui se trouvent contenus dans son titre et que je ne fais qu’effleurer dans son introduction. Des Archives au roman ».
Je voudrais donc vous entretenir des Archives et de leurs trésors et du passage des Archives au roman ou de l’Histoire à la fiction. Et ce d’autant plus aisément que vous avez déjà pu travailler sur ce thème avec Bernard Stora au cours de sa venue pour la projection de son film sur Charles de Gaulle.
Donc les Archives.
Créées pendant la Révolution Française, elles sont un service public, ouvert à tous, gratuit, contenant une mine de renseignements sur le passé. Archives nationales et des ministères qui traitent d’éléments nationaux et Archives départementales qui contiennent le passé du département et de ses communes. Pour l’Ardèche, les Archives départementales sont situées à Privas.
Elles sont le matériau indispensable pour tout historien professionnel ou amateur qui souhaite retrouver et comprendre le passé de sa région, de son village ou de son pays.
Je me limiterai à quelques remarques sur les Archives Départementales de l’Ardèche pour rester dans ce qui nous occupe aujourd’hui - le passé de Saint Apollinaire.
Leur classement répond à des critères précis et rigoureux. Il reste le même pour toutes les archives départementales de France. Vous pourrez en trouver un descriptif précis à la fin de l’ouvrage.
Concernant Saint Apollinaire de Rias, les sources présentes aux archives départementales de l’Ardèche à Privas offrent de très précieux renseignements sur le passé du village.
Les exemples cités là encore ne manquent pas.
C’est de ce matériau fertile qui ne demande qu’à être extrait de ces cartons poussiéreux que naît la connaissance de la vie de ces hommes et de ces femmes qui nous ont précédés dans ces mêmes lieux et le désir de partager leur sort, d’écrire leurs existences, de retrouver ou d’imaginer par l’écriture leur rude vie d’homme et de femme, la complexité de leurs sentiments, la confrontation aux grands événements de l’Histoire qui ne manquèrent pas de faire irruption aussi ici, chez eux.
Des Archives au roman
Comment passe-t-on des Archives, de l’Histoire au roman, des faits à la fiction ?
Pendant longtemps, la question fut souvent tranchée de façon péremptoire en cloisonnant ces deux univers.
Comment un romancier pourrait-il se faire historien, comment un historien pourrait-il devenir romancier ? N’y avait-t-il pas là une opposition conceptuelle définitive, un clivage fatal, celui des faits et de la fiction ?
Res factae et Res fictae disaient les Romains.
D’un côté la vérité, de l’autre l’invention. L’Histoire s’opposant au roman comme la science s’oppose à l’art.
De nombreux penseurs et écrivains se lamentèrent du mélange des genres qu’il trouvait dans les romans historiques.
Diderot : « Le roman historique est un mauvais genre : vous trompez l’ignorant, vous dégoûtez l’homme instruit, vous gâtez l’Histoire par la fiction et la fiction par l’histoire1 »
Théophile Gautier, qui pourtant fit après « Le capitaine Fracasse », s’indignait ainsi à la mort de Walter Scott en 1832 : « W.Scott est mort. Dieu lui fasse grâce mais il a mis au monde le plus détestable genre de composition qu’il soit possible d’inventer ; le nom seul a quelques chose de difforme et de monstrueux qui rappelle de quel accouplement antipathique il est né : le roman historique- c’est à dire la vérité fausse ou le mensonge vrai ! »
Mais deux séries d’avancées de la connaissance ont permis sans aucun doute de faire évoluer les jugements.
Tout d’abord l’émergence de la linguistique à la suite des travaux de Ferdinand de Saussure (1857-1913), de Roman Jacobson (1896-1982) et de Benveniste (1902-1976) contribua à apporter des éléments de connaissance précis sur la complexité du fonctionnement du langage.
Les travaux de Paul Ricoeur (1913-2005), davantage centrés sur les rapports entre le récit et le temps, éclairèrent encore davantage notre sujet. N’estimait-il pas en effet que « le langage historique est nécessairement équivoque2 » ou que la tension est permanente chez l’historien entre l’objectivité nécessaire de son sujet et sa subjectivité propre ?
D’autant que du côté des historiens également, des recherches sérieuses cherchaient à définir plus précisément le rôle, les méthodes et les lacunes inhérentes à leur science. J’emploie le terme à propos car l’une des études les plus neuves sur le sujet fut publiée en 1971 par Paul Veyne, professeur au collège de France. Dans ce livre intitulé Comment on écrit l’Histoire, il démystifiait toute une série d’idées reçues sur l’Histoire avec notamment sa démonstration visant à prouver qu’elle n’était pas une science principalement par son incapacité à définir des lois susceptibles de se reproduire :
« l’explication historique est causale, comme elle n’a pas de coïncidence fortuite elle est amenée à se reproduire, mais on ne pourra dire ni ce qui se reproduira, ni à quelles conditions3 ».
De plus l’Histoire, elle-même, comporte des lacunes ; les sources peuvent elles-mêmes être défaillantes ou la conduite du récit peut amener l’historien « à s’arrêter dix pages sur une journée et glisser en deux lignes sur dix années1 ».
Je crois donc pertinent de partir d’éléments historiques pour construire un récit de fiction qui puisse s’immiscer dans les lacunes inhérentes au souci de véracité auquel conduit la déontologie de l’historien. Grâce aux voies infinies de l’imaginaire, aux couleurs chatoyantes du langage et à la médiation sans pareille du récit fictionnel, le roman peut à son tour apporter de la vraisemblance et de la chair à l’homme et à l’époque dans laquelle il vit.
Un roman non sur l’Histoire mais à l’intérieur de l’Histoire qu’il s’agit d’imaginer et d’écrire afin de poursuivre cet incessant travail de compréhension de l’homme dans lequel Histoire et roman peuvent interagir avec fécondité.

C’est à ce pari que je vous convie à travers ce livre : redonner vie au passé de Saint Apollinaire de Rias et de ses habitants au fil de récits fictionnels que vous pourrez tisser, construire, bâtir au gré de votre imaginaire le plus intime. Car lorsqu’il s’agit de s’insinuer au cœur de la chair des ces hommes et de ces femmes, qui d’autre que la fiction et l’imaginaire peut s’en approcher au plus près ?
Intime certes, comme tout ce qui déclenche l’écriture. Véritable plongée au creux de soi-même que ces quelques épisodes historiques de la vie du village de Saint Apollinaire pourront peut-être susciter en vous.
Et je voudrais en guise de conclusion et pour corroborer ce dernier aspect du prolongement que je vous propose, citer un court extrait d’un texte de Paul Ricoeur :
« Se comprendre, c’est ressaisir l’histoire de sa propre vie. Or comprendre cette histoire, c’est en faire récit, sous la conduite des récits, tant historiques que fictifs, que nous avons compris et aimés. Ainsi devenons-nous les lecteurs de notre propre vie selon le vœu de Proust dans ce texte magnifique du Temps Retrouvé : «  Mais pour en revenir à moi-même, je pensais plus modestement à mon livre, et ce serait même inexact que de dire en pensant à ceux qui le liraient, à mes lecteurs, car ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Combray ; mon livre grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes » (M.Proust, Le temps retrouve , Pléiade, III, 1033) »
Je vous remercie.

Frédéric Mouriès



IPNS

1 Diderot, Claude et Néron, II, 101


2 Ricoeur, Histoire et Vérité, 1955, p.30

3 Veyne, Comment on écrit l’Histoire ?, 1971, p.114

1 Veyne, ibid, p.23




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