Par Denis charbit, maître de conférences à l’Open Université d’Israël





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Les sionismes.

Par Denis CHARBIT, maître de conférences à l’Open Université d’Israël,

professeur à l’Université de Tel-Aviv.
Stage : Connaissance du monde juif – 21 et 22 mars 2011.

Deuxième partie : Histoire.

Trois voies de modernité.
Le sionisme apparaît dans le dernier tiers du XIXe siècle.

A ce moment, trois voies de modernité s’offrent aux juifs :

- L’émancipation. C’est le cas en France.

- Le socialisme juif. La résolution de la Judenfrage (la question juive) passe par l’établissement du socialisme, c'est-à-dire que la révolution socialiste résoudra la question juive.

- Le sionisme, qui est la dernière voie à apparaître.
Ces différentes voies sont plus ou moins choisies en fonction des Etats, des contextes. Ainsi, en France, il y a peu de socialisme et de sionisme.

Aujourd’hui, le socialisme juif n’existe plus.
Ces trois visions ont en commun de proposer chacune un nouvel homme juif :

- L’israélite pour l’émancipation (ce terme est accepté jusque dans les années 1960).

- L’homme révolutionnaire.

- Le pionnier, « celui qui nait en Israël » pour le sionisme.
Sur le plan intellectuel, de quoi procède le sionisme ?
Il y a quatre facteurs :

- Les Lumières.

- Le romantisme, dont le nationalisme (c’est la forme patriotique du romantisme).

- L’antisémitisme.

- Le colonialisme (le sionisme a partie prenante avec lui dans sa réalisation).
Le sionisme est une idéologie de la diaspora, née dans la diaspora même si cela s’oppose à son devenir.

Cela se voit toujours aujourd’hui avec « la loi du retour » : tout juif qui demande et qui s’installe en Israël obtient la nationalité.
Le lien avec les Lumières.
Il y a une prise de distance avec le fait religieux. La religion étant vue comme une identité secondaire (il s’agit d’abord d’une nation juive), le sionisme apparaît comme une laïcisation.
Les trois voies de la modernité reposent sur une idéologie du progrès, c’est-à-dire que l’âge d’or est devant et non pas derrière. C’est l’idée que le changement est une bonne chose.
En 1882, l’ouvrage de Pinzker, Auto-émancipation, s’inscrit dans un souci de dépasser les Lumières (il y a un parallèle avec l’auto-émancipation des travailleurs de Marx et du socialisme).

Il y a la volonté que tous soient au même niveau (tous des citoyens ou tous des prolétaires ou tous membres de la même nation).
Le lien avec le romantisme.
Les Allemands rejettent la domination napoléonienne en mettant en avant des éléments culturels comme la langue, le mythe,… ce qui s’oppose à l’universalisme des Lumières.

Pour le sionisme, le passé, les racines sont exaltés : il faut un retour aux origines, c’est-à-dire à la terre d’Israël et à la langue hébraïque.

Des figures héroïques sont mises en avant, notamment les Maccabées (le livre ne fait pas partie du canon hébraïque). L’héroïsme juif est remis en avant avec par exemple Massada.
Le lien avec l’antisémitisme.
Dans les années 1850, le mouvement d’émancipation est dans une phase ascendante. Tous les juifs pouvant faire le constat d’une amélioration, il y a donc peu d’intérêt pour le sionisme.
Les juifs russo-polonais attendent cette émancipation, mais les choses changent après l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881. Sous prétexte qu’il y avait une juive parmi les assassins, le fils et successeur d’Alexandre II, Alexandre III, lance des pogroms et des mesures de restriction. Les réactions juives sont diverses :

- Les ultra-orthodoxes font, comme toujours, le dos rond (ils souffrent peut-être aujourd’hui, mais ils ont l’éternité).

- Certains émigrent aux USA : environ 100 000 par an, pour un total de deux millions de juifs.

- Il y a la réponse, timide, de Pinzker dans Auto-émancipation. Pour lui, l’avenir des juifs est sur la terre d’Israël. Cela concerne peu de juifs (2 à 3000) mais cela interpelle.
Le processus est identique pour Theodor Herzl. Il assiste à la dégradation de Dreyfus et il est choqué que tous les juifs soient vus comme des traitres dans la patrie de l’émancipation. En 1894, le maire élu à Vienne est à la tête du parti antisémite. En 1895, Herzl affirme donc qu’il faut un Etat pour les juifs. Il s’adresse aux philanthropes juifs qui refusent cette cause politique et nationale. Il s’adresse alors aux masses juives (par la presse,…). Dans toutes les communautés, il y a des minorités intéressées. En 1897, le premier congrès sioniste se tient à Bâle. Le discours concerne les juifs persécutés ainsi que les juifs d’Occident pour qu’ils soient fiers d’être juifs.
Le lien avec le colonialisme.
Il n’est pas envisagé de faire la guerre. Il reste donc deux solutions :

- Acheter des terres. C’est ce que font les sionistes pratiques.

- Le sionisme diplomatique souhaite qu’une coalition d’Etats reconnaisse leur droit et le favorise.
Lors de la Première Guerre mondiale, les Britanniques étant eu Moyen Orient, les sionistes, neutres jusque là, se mettent du côté des alliés. En 1917, dans la déclaration Balfour, le gouvernement britannique s’engage à soutenir avec bienveillance la création d’un foyer de peuplement juif. Après la guerre, le traité de Versailles met en place des mandats, dont le mandat britannique en Palestine. La conférence de San Remo dit que le but du mandat britannique est de réaliser la déclaration Balfour.
Définition.
Le sionisme est une addition de cinq projets.
Un projet territorial.
Les juifs ont besoin d’un territoire. Il s’agit d’un territoire bien précis : Israël. Ce point est clarifié en 1903 quand les Anglais convoquent Herzl pour lui proposer de créer une république juive en Ouganda (Kenya actuel). Herzl convoque une assemblée à ce sujet. Celle-ci se divise, ce qui entraine le recul d’Herzl, qui meurt en 1904.
Un projet national.
Les juifs sont une nation. On ne demande pas d’être croyant, pratiquant. La nation est quelque chose de plus large, qui concerne plus de juifs.
Un projet politique.
Il s’agit d’édifier un Etat sûrement démocratique car le mouvement sioniste est un mouvement démocratique.
Un projet linguistique.
C’est l’hébraïsation.

C’est l’idée d’une même langue pour tous et d’un retour aux origines (romantisme). Un enrichissement lexical est réalisé, ce qui donne l’hébreu moderne. L’hébreu était la langue de l’élite, il devient la langue vernaculaire, maternelle. Une révolution culturelle se produit : il faut faire du théâtre, de la télévision,… en hébreu.
Un projet humanitaire.
Ce projet est construit par les juifs persécutés dans leur pays. Ils sont issus des pays communistes, des pays arabes (les ¾ des juifs d’Israël aujourd’hui).

Pourquoi les sionismes ?
La présentation précédente est minimaliste. Beaucoup de sujets sont sources de dissensions entre les sionistes, par exemple :

- Le territoire : Où s’arrête Israël ? La Cisjordanie est-elle incluse ?

- La religion : Quelle est la place de la religion ? Est-ce une religion d’Etat ? Est-elle enseignée à l’école ?

- L’économie : Quel régime économique doit être choisi ? Est-ce le capitalisme ?

Rien n’est dit, précisé par les dirigeants du mouvement pour être le plus fédérateur possible.
Les problèmes.
Alors que le consentement des voisins n’est pas obtenu, la question de la légitimité d’Israël est fondamentale.

En 1947, un projet de l’ONU partage le mandat britannique en deux Etats. Cela est refusé par les Palestiniens, d’où la guerre. Suite à la guerre, il y a 700 000 réfugiés palestiniens. Pour les rétablir dans leurs foyers, il faut détruire Israël, ce à quoi ils échouent.

L’Etat d’Israël est reconnu, mais cela n’est pas accepté par tous, tout comme les Israéliens n’acceptent pas l’existence de deux Etats.

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«La jeunesse n’est qu’un mot», in Pierre bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Les éditions de Minuit, 1984, p. 143-154






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