Note de travail (pour la réunion du 4 juillet 2012) «Des eleves pas si primaires que ça»





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Note de travail (pour la réunion du 4 juillet 2012)

« Des ELEVES pas si primaires que ça »

[L’humanité, 08/07]

[La figure de l’élève dans la presse quotidienne]

A comparer aux deux blocs privilégiés par la Presse : le Pouvoir – les Enseignants, « l’ÉLEVE » apparait comme une figure seconde de la scène médiatique scolaire, moins par la faiblesse des occurrences [la forme élève(s) apparaît dans 106 titres auxquels pourraient être ajoutés les 14 « parents d’élèves »], que par son statut.
« Évalué », « testé », « orienté », « inspecté », « gardé », « retenu », « soutenu », « aidé », « pas au niveau », « en difficulté », « non affecté », « handicapé », « défavorisé », ghettoïsé », « privé de cantine », ou « de formation » ; « laissé sur sa faim », « suspecté », « fouillé », « arrêté », « fiché », « sans papier », « menacé », « blessé », « roué de coups », « suicidé », … l’ÉLÉVE apparaît plus souvent agi qu’acteur, plus victime du système qu’en son « centre ».
Cette présentation est, en fait, conforme aux logiques journalistiques dominantes et, singulièrement, au « postulat de crise », privilégiant les approches dépréciatives ou conflictuelles de l’École (56,6 % des titres contenant la forme ÉLEVE ont une résonnance négative, contre 21,7 positive ; le reste étant informatif ou inclassable).
I - L’ÉLÉVE VU PAR LA PRESSE
L’ÉLÉVE est clairement situé sur la scène scolaire, dans son établissement, face aux rites et aux épreuves qui ponctue la scolarité, confronté à l’échec et à l’insuffisance des modalités de soutien.

Être élève c’est d’abord être dans un système avec ses rites : l’affectation, la rentrée, l’orientation traités le plus souvent sur un mode informatif 

  • 96 % des élèves ont leur affectation. [le parisien, 02/07],

  • Les effectifs des élèves du primaire ont augmenté de 60 %, [le monde, 10/11],

  • Les élèves de l’I.P.A.G. vont faire leur rentrée en février. [les échos, 09/11],


C’est donc occuper une place dans ce système, d’abord en fonction du degré d’enseignement : C.E1, C.M2, lycée, collège, prépas, Rased (20 titres).

C’est avoir des relations avec les enseignants, les profs, l’instituteur (8 titres) avant les parents (3 titres). Les pairs ne sont pas ici évoqués.
C’est aussi partager, au quotidien, la vie dans l’École, avec ses plus au moins grands désagréments (poids du cartable, règlements intérieurs tatillons – dissimulation du portable…) :


  • Les élèves ont-ils bon dos ? [l’humanité, 18/02],

  • Le short qui cache une forêt d’élèves. [l’humanité, 22/09],

  • Un élève sur deux se sert de son portable en cours. [le parisien, 06/10].


Etre élève, c’est surtout être au cœur d’un processus multiforme d’épreuves, d’examens, d’évaluation :


  • Plus de 700.000 élèves de C.M 2 évalués sur leurs compétences en français et en math.. [le figaro, 20/01],

  • 778.000 élèves de Troisième commencent aujourd’hui les épreuves du brevet des collèges. [le parisien, 30/06],

  • Créé en 1744 pour les meilleurs élèves1, [le figaro, 03/07].


Mais l’intensification des procédures d’évaluation, par leur lourdeur, et leur poids social croissant, ajoute leurs propres dysfonctionnements à ceux qu’ils étaient censés mesurer :


  • Elèves trop stressés : la faute aux parents ? [le monde, 14/04],

  • Bac de français : les notes de 800 élèves parisiens faussés par une erreur de saisie : [le figaro, 17/07],

  • La colère des élèves après une épreuve annulée. [le parisien, 06/10],


L’évaluation, décrite par la presse, reste incertaine de ses raisons, de ses critères, de son interprétation des résultats :


  • Pourquoi on teste les élèves. [le parisien, 16/01],

  • Les élèves de C.E 1 sont bons. [le parisien, 16/04],

  • Un quart des élèves de C.E 1. ne sont pas au niveau. [France-Soir, 06/07].


Les remous entraînés par la mise en place du fichier informatique Base élèves symbolisent ce manque d’assentiment, professionnel et sociétal, autour des procédures nouvelles d’évaluation, suspectées dans leurs finalités autant que dans leurs modalités :


  • Le fichier informatique « Base élèves » fait l’objet d’une enquête préliminaire ;

[le parisien, 16/04],

  • « Base élèves » ne plaît pas à tout le monde. [France-Soir, 17/04]

  • Base élève dans le collimateur de la justice [l’humanité, 17/04]


C’est aussi que, paradoxalement, l’évaluation des élèves ne renvoie qu’exceptionnellement aux savoirs censés être évalués (7 titres seulement rapprochent les élèves des savoirs, des connaissances, des disciplines : le français, les maths, les langues vivantes, l’économie). L’évaluation mesure l’échec et souligne l’inexistante ou l’insuffisance des processus de soutien, d’accompagnement, d’aide… fussent-ils individualisés :


  • Carte scolaire : trois quarts des collèges difficiles ont perdu des élèves

[le monde, 09/04],

  • Faible mobilisation par les réseaux d’aide aux élèves en difficulté.

[France-Soir, 18/05],

  • L’accompagnement personnalisé des élèves peine à trouver sa place.

[les échos, 20/10]
L’ÉLÈVE apparaît plus objet qu’acteur véritable des politiques scolaires. La politique n’apparaît d’ailleurs qu’exceptionnellement référée directement à la forme L’ÉLÈVE :


  • Darcos, propose d’autoriser les fouilles des élèves. [le figaro, 22/05].


L’ÉLÈVE est donc, d’abord, sujet de politiques scolaires auxquelles les titres ne se réfèrent d’ailleurs pas explicitement, préférant mettre l’accent sur les mesures qu’elles prévoient et sur les réactions que leurs mises en œuvre provoquent.
C’est la politique de soutien qui inspire le plus grand nombre de titres, se partageant, à parts à peu près égales, entre les titres à connotation critique ou négative et les titres purement informatifs (La référence aux procédures de soutien dans des titres à connotation positive est minoritaire) :


  • Ce n’est pas mon métier. L’École va creuser les inégalités. [le parisien, 22/01].

  • Pour les élèves en difficulté. [L’humanité, [10/03],

  • Davantage d’élèves en difficulté. [libération, 31/03]


D’abord conçu comme une politique ciblée sur les populations scolaires en difficulté, dans une logique de « remédiation », le soutien semble connaître un double infléchissement. Reconnaissance implicite d’une faille de l’institution, il devient la marque d’une implication insuffisante de certains élèves et de leurs familles qu’il convient de responsabiliser, de remotiver (y compris par des incitations financières). La notion de soutien passe, ainsi, de la logique de remédiation à la logique de l’excellence permettant non plus de « remettre à niveau » des élèves en difficulté mais de distinguer les élèves à fort potentiel :


  • Éducation : des internats d’excellence pour les élèves méritants.

[le figaro, 23/06],

  • Responsabiliser les élèves. [le parisien, 02/10],

  • Lycée : doit-on développer des incitations financières pour motiver les élèves.

[la tribune, 10/10],

Après les mesures relevant des politiques de soutien et d’évaluation, l’organisation du système éducatif, l’investissement budgétaire, l’offre scolaire inspirent un troisième groupe de titres :


  • Élèves cherchent collèges, lycées… [l’humanité, 02/09]

  • Les dépenses annuelles par élèves du primaire au supérieur.

[les échos, 09/09].

  • Les élèves puéricultrices privées de formation. [le parisien, 24/10].


La difficulté de mise en œuvre du service minimum d’accueil (des élèves lors des grèves enseignantes) ou les conséquences de l’assouplissement de la carte scolaire sur les établissements « défavorisés » s’inscrivent dans ce cadre global :


  • Rodez veut faire garder les élèves par le préfet. [le parisien, 26/01],

  • A. Doisneau, les élèves fuient, les profs font la grève. [le parisien, 11/03],

  • Les établissements difficiles perdent des élèves. [le parisien, 06/11]


De façon attendue (c’est une caractéristique de l’ensemble du corpus), les titres se référant aux valeurs, aux finalités du système ou aux contenus d’enseignement sont quantitativement marginaux :


  • Que savent les élèves de C.M 2 ? [le parisien, 30/03],

  • Les élèves français attirés par l’allemand. . [La croix, 03/11},]

  • Lycée : de l’économie pour tous les élèves de seconde. [Les échos, 20/11].

Sujets le plus souvent, victimes souvent, les élèves sont rarement présentés comme exprimant un avis, formulant un désir ou une volonté, ayant un comportement (relativement) autonome :


  • Les élèves américains boudent les affaires. [le figaro, 09/03],

  • Les élèves veulent une année universitaire rallongée. [le parisien, 12/05],

  • Les élèves jugent sévèrement leur collège. [le parisien, 29/05].


Mais les moyens d’action qui leur permettraient de s’affirmer comme acteurs, pesant sur les politiques qu’ils subissent, dans le cadre même de l’Institution, apparaissent singulièrement absents. L’ÉLÉVE ne semble avoir le choix qu’entre la fuite, le recours conflictuel à des arbitres extérieurs, ou l’entrée dans la contestation


  • Les démêlés de Tristan, bon élève mais trop « bloqueur » [le parisien, 11/03],

  • Des élèves de B.T.S. veulent porter plainte contre le rectorat.

[le parisien, 06/05]

  • L’enfant qui a agressé son prof était un élève brillant. [le figaro, 26/01].


Ce dernier titre est typique d’une évolution qui tend à faire entrer l’ÉLÉVE dans le registre du fait divers, lui laissant le choix qu’entre la fuite, le recours conflictuel à des arbitres extérieurs, au délit et à la violence scolaire. Évolution limitée encore mais à forte résonnance sociétale :


  • Une élève de 17 ans du lycée Gustave Flaubert de Rouen s’est vraisemblablement suicidée. [libération, 21/01],

  • Un élève de 13 ans poignarde sa professeur.

  • Trois fois j’ai surpris un élève avec une arme. [le parisien, 16/05]


Le franchissement de la norme peut être plus léger, plus référé aux normes disciplinaires endogènes de l’École, il participe, pour autant, d’un même climat d’insécurité scolaire :


  • Polémique après l’arrestation de deux élèves de 6 et 10 ans2.

[le figaro, 22/05],

  • Des élèves tentent de voler les sujets du bac. [le figaro, 17/06],

  • La violence et le sexisme inquiètent les enseignants de banlieue.

[le figaro, 27/11].

Dans une même logique, ces faits divers appellent, selon les titres, soit des mesures sécuritaires prises dans et par l’Institution, soit l’intervention, de plus en plus banalisée, des forces de police, soit le recours à la justice 


  • Les élèves pourraient être fouillés. [le parisien, 22/05],

  • A Drancy, la brigade mobile s’occupe des élèves perturbateurs.

[le parisien, 27/05],

  • L’élève de 13 ans qui a blessé son professeur à coups de couteau est en prison. [le figaro, 18/09].


II - L’ÉLÉVE SELON LES CHOIX ÉDITORIAUX
Les exemples précédents montrent combien la presse, par de nombreux aspects, « se ressemble » dans sa façon d’aborder la figure de l’ÉLÊVE, le plus souvent seconde, passive, voire victimisée. Mais les quotidiens, sur ce thème, marquent aussi leurs différences.

Les différenciations sont d’abord quantitatives. Trois quotidiens sont au-dessus, parfois très nettement, de la moyenne d’utilisation de la forme ÉLÈVE, dans un titre, par les neuf quotidiens du corpus3 : Le parisien (34 titres), le figaro (18 titres), le monde (13 titres).

Parmi les six autres, deux quotidiens : Libération et la tribune se distinguent par une faible utilisation (5 et 4 titres).

Les explications sont, sans doute, multiples. Le nombre d’occurrences relevées doit d’abord être rapporté au nombre global des titres consacrés à l’École par chacun des quotidiens du corpus. Ce rapprochement conduit à relativiser le « score » du Parisien, du Figaro et plus encore du monde mais n’explique pas celui de l’humanité, de libération ou des échos.

Il faut aussi prendre en compte la nature même de cette figure de L’ÉLÈVE. L’ÉLÈVE de la presse est d’abord référé au quotidien de la scolarité, à la vie ordinaire de l’École, avec ses rythmes, ses rites, ses règlements. Par rapport aux enjeux, aux affrontements, aux conflits –empruntant à une rhétorique souvent abstraite- l’ÉLÈVE s’inscrit dans l’immédiateté, le concret, avec un fort effet de réel, celui du vécu des usagers de l’École : École et parents d’élèves. Il est donc, normalement, plutôt utilisé par les approches éditoriales privilégiant les postures de proximité, s’identifiant au lecteur-usager. Le suremploi de la forme ÉLÈVE par le parisien s’explique, en partie, par ce choix éditorial identitaire.
Les titres qui témoignent de cette proximité prosaïque sont nombreux :


  • Les élèves agents de nettoyage. [le monde, 31/03],

  • Vacances de Pâques : 90 000 élèves en soutien scolaire. France-Soir, 11/04]

  • Une bourse pour les bons élèves étrangers. [le parisien, 10/11].


Mais cette posture de proximité n’est en rien le choix de la neutralité. L’élève, objet et reflet du fonctionnement ordinaire de l’École, est aussi le révélateur des dysfonctionnements de l’Institution scolaire. Les quotidiens qui recourent le plus à la forme ÉLÈVE sont, aussi, parmi ceux dont les titres (et les articles) sont le plus souvent connotés de façon négative, péjorative ou polémique.

Le constat est particulièrement net pour le parisien (70 % des titres « Élèves » ont une connotation négative) ; il reste vrai pour le figaro (près de 56 %).
Il l’est moins pour le monde qui se partage, à peu près également, entre les titres « positifs » ou informatifs et les titres négatifs (46 %).

Un seul quotidien : La croix donne, à la majorité de ses titres référés à l’ÉLÉVE, une connotation positive.

A l’opposé, la totalité des titres correspondants de libération (il est vrai, peu nombreux) ont une coloration négative.

Le figaro, le parisien, France-Soir ont une majorité absolue de leurs titres à connotation négative.

Les échos, l’Humanité, le monde, la tribune utilisent, majoritairement, des titres informatifs ou positifs.
Se référer à L’ÉLÉVE, c’est aussi utiliser sa figure sujette, victimisée, pour innocenter, en quelque sorte, la sévérité du jugement porté sur l’École, en s’abritant derrière la proximité, le vécu, les ressentis. L’ÉLÉVE vit l’École et n’est pratiquement jamais montré en capacité de peser significativement sur ce qu’il vit (sauf par des conduites déviantes). En ce sens, L’ÉLÉVE des médias est une figure « apolitique ».

Le collégien, le lycéen, l’étudiant peuvent être montré en train de contester les réformes. L’ÉLÉVE (sauf exception) les subit.

Seuls, trois titres sur 106 (déjà cités) présentent les élèves dans une posture se prêtant à une interprétation politique directe :


  • Des élèves de B.T.S. veulent porter plainte contre le rectorat.

[Le parisien, 06/05]

  • Les élèves veulent une année universitaire « rallongée ». [Le parisien, 12/05],

  • Les élèves jugent sévèrement leur collège. [Le parisien, 23/09]


A contrario, cet apolitisme relatif peut aussi expliquer le peu d’empressement de l’humanité ou de libération à se référer, dans leurs titres, à la figure de l’ÉLÊVE.
Les sujets choisis sont aussi des marqueurs de différentiation. Si l’orientation, les savoirs enseignés, les mesures sociales, la vie scolaire sont plutôt traités de façon positive ou neutre, la carte scolaire, le fichier Base Élève, les moyens de l’École, les examens, le vécu des élèves… sont, très majoritairement, traités sous un angle négatif.
Le soutien pédagogique répartit, à égalité, des titres positifs et les titres négatifs, selon que l’accent est mis sur l’apport d’un certain nombre d’expérimentations ou sur l’insuffisance globale des dispositifs.
Le niveau des élèves donne lieu à une répartition entre les titres purement informatifs, sur les résultats des évaluations, et les titres négatifs, insistant sur le faible niveau des élèves et la montée de ceux en difficulté. (Mais des citations antérieures ont montré qu’une même évaluation pouvait donner lieu à une interprétation radicalement différente des mêmes résultats).

Les conduites déviantes (indiscipline, tricherie et surtout « violences scolaires ») sont un des sujets traités par le plus grand nombre de quotidiens (5 quotidiens sur 9 pour les faits de violence), avec le soutien pédagogique4. Il est celui qui donne lieu au plus grand nombre de titres (bien avant le niveau des élèves).
Ce thème de la violence scolaire est unanimement traité sur un mode négatif, compte tenu non seulement de sa nature même mais des polémiques que fait naître son utilisation dans un registre sécuritaire ou l’incapacité des acteurs à se mettre d’accord sur les réponses à apporter.

Le « cartable sécurisé » [le monde, 23 mai], les portiques électroniques {le parisien, 22/05], la création d’une force mobile d’agents scolaires de sécurité, [le figaro, 21-22/05]. La fouille : [Darcos propose d’autoriser la fouille des élèves]. [le figaro, 21/05]
…Aucune de ces mesures ne fait l’unanimité : « On veut des moyens, pas des portiques », l’article de l’Humanité du 18/05 est ainsi sous-titré : -« Le collège, où un élève a poignardé sa prof, refuse les réponses sécuritaires du ministère ».
Le parisien consacre sa « voix express » du 16 mai à la question suivante : « Accepteriez-vous que votre enfant soit fouillé avant les cours ? »

Les cinq parents interrogés (cadre supérieur – plaquiste – infirmière – assistante maternelle – gérante de magasin) se partagent entre trois et deux non.

L’une des deux opposantes à la fouille utilise l’argument suivant : « En plus, cela fait rentrer les élèves dans une logique policière ».

Or, la policiarisation croissante de la scène scolaire est devenu une réalité, si l’on en croit les descriptions journalistiques.


  • Un élève de 13 ans arrêté, armé, non loin de son établissement ».

[la croix, 18/11],

  • MAM attend les conclusions de la police des polices sur l’affaire du vélo de Floirac5 [le figaro, 23-24/05],

  • Dans les Hauts de Seine, des policiers référents interviennent dans les collèges6. [le figaro, 22/05].


Le parisien, le figaro : sont les deux quotidiens qui consacrent le plus de titres à référer les élèves aux incivilités, aux violences, aux faits divers… et qui font preuve aussi de plus de compréhension envers les évolutions sécuritaires.

Le tableau ci-dessous précise les principes thèmes traités par les titres référés aux élèves, en précisant pour chaque thème les deux quotidiens lui consacrant le plus grand nombre de titres.


La violence et les faits divers

Le figaro (7/20

Le parisien

(8/20)




La vie scolaire

Le monde

(3/6)

L’humanité 2/7)

Le niveau des élèves

Le figaro

(9/10)

Le parisien

(2/10)




Les examens

Le parisien

(4/5)

Le figaro (1/5)

L’offre scolaire,

Les affectations,

l’orientation

Le parisien

(5/7)

L’humanité (2/7)




Le point de vue des élèves

Le parisien

(3/4)

Le monde (1/4)



III - ENFANTS, JEUNES, HANDICAPÉSles autres façons d’Être ÉLÉVE
Étudier les différentes figures de la jeunesse scolarisée à partir de la seule forme ÉLÉVE, ce n’est prendre en compte que moins du 1/9 des appellations retenues par les titres (cf. tableau).
Les formes consacrées : ÉTUDIANT, LYCÉE, COLLÉGIEN feront l’objet d’une analyse particulière car elles procèdent également de « l’imposition polémique » ce qui n’est le cas ni de l’élève ni de l’écolier, pas reconnus comme acteurs directs de la scène scolaire conflictuelle.
Fréquence des termes utilisés pour désigner le jeune scolarisé-


ÉTUDIANT

ÉLÊVE

LYCÉEN

ENFANT (élève)

C.E 1 – C.E 2

C.M 1 – C. M 2

126

106

70

34

21

COLLÉGIEN

DIPLOMÉ

PARENT

ÉCOLIER

CANDIDAT

18

18

13

13

11

JEUNE

BACHELIER

GARCON

FILLE-FEMME

BOURSIER

11

11

8

5

4


Le jeune scolarisé peut aussi être désigné, plutôt que par la forme élève,

Par son appartenance à un niveau d’enseignement : les C.E1, les S.M2, les terminales,

Par son statut dans le cursus scolaires : les boursiers, les candidats, les diplômés, les reçus…,

Par son âge : les moins de 3 ans, les tout-petits, les jeunes, les gamins, les ados…

Par son genre : les garçons, les filles, une fille…,

Par ses performances : les cancres, les sans diplômes…

Par son handicap : les enfants handicapés, les handicapés, les autistes…
Les titres incitatifs personnalisent volontiers l’ÉLÉVE : Aurélien, Espéranza, Liliane, Pierre ; Tristan, Victoria ou recourent, avec un effet voisin, aux pronoms :


  • Moi je préfère manger à la cantine, avec les copains. [France-Soir, 16/01],

  • Ils n’ont plus voulu de frites congelées. [le parisien, 13/03]

  • Après trois ans de « décrochage », Victoria, 17 ans, un C.A.P. en poche reprend espoir. [le monde, 18/07].


Ces formes, alternatives, totalisent un nombre d’occurrences supérieures à la forme ÉLÉVE (146 contre 106) mais leur extrême dispersion fait que seules trois d’entre elles dépassent les 10 occurrences : les « diplômés », les « écoliers », et les « enfants ».

L’analyse des contenus de ces titres « synonymes » et des correspondants n’apporte pas d’inflexions significatives aux enseignements des « titres Élèves ». Le choix de désignations multiples (et dispersées) semble bien obéir à des préoccupations stylistiques et d’abord au souci, élémentaire, d’éviter les répétitions.

Il faut faire cependant, un sort particulier à la forme « ENFANT ». D’abord, parce qu’elle compte le plus grand nombre d’occurrences (36 titres recensés), certes loin des occurrences de la forme ÉLÉVE (106) mais très au-dessus des autres formes synonymes.

Ensuite et surtout, parce que les formes ÉLÉVE et ENFANT, sémantiquement se distinguent et souvent s’opposent.

C’est une question de nature, de statut, d’intérêt, de propriété aussi. Pour devenir élève, l’enfant doit s’arracher du monde de l’enfance, du puéril, de l’enfantin. L’enfant doit mettre à distance ce que naturellement il apporte : son individualité, ses effets, son histoire pour être en mesure de recevoir totalement l’enseignement donné. Cet arrachement, ce dépouillement sont les conditions de l’accès aux valeurs universelles du savoir. Ils apportent la garantie que l’École traitera chacun à égalité de droit, de dignité, de réussite : A l’École, les enfants sont tous capables ». [l’humanité, 09/09].
Est-ce si simple ? D’abord, pour ceux qui doivent forcer les portes de l’École parce que « défavorisés » par leur handicap, leur origine ethnique ou leur appartenance populaire ?

  • Les forains de la Foire du trône veulent scolariser leurs enfants.

[le parisien, 01/04],

  • Les enfants roms au ban de l’école. [l’humanité, 05/11],

  • Des enfants sans place à l’école. l’humanité, 05/11].


Certes, l’École de la République multiplie les initiatives pour vaincre les handicaps, de nature ou d’appartenance, et réaffirme l’égalité des droits, fussent-ils les plus élémentaires :


  • Biarritz expérimente l’intégration d’enfants autistes à l’école. [la croix, 06/10]

  • Enfants d’immigrés, l’École leur a appris à aimer les valeurs de la République.

[le monde, 16/12]

  • La cantine, un droit pour les enfants. [le parisien, 16/11]


Mais c’est au risque de voir les déclarations universalistes, buter sans cesse sur les différences, au risque de voir les promesses faites à l’ÉLÈVE se heurter aux réalités de l’enfant :


  • Les enfants d’Algériens et d’Africains plus en difficulté. [le figaro, 16/10],

  • Un enfant handicapé roué de coups dans son école. [le parisien, 10/10],

  • Les enfants de non-bacheliers brident leurs ambitions. [les échos, 13/11].


La presse joue en permanence entre les ambivalences voire les contradictions entre les deux concepts. Elle préfère à l’ÉLÈVE la référence à l’ENFANT chaque fois que sa connotation, plus affective, plus « vivante », plus sociétale, renforce la problématique posée par le titre :


  • Les enfants doivent-ils reprendre le chemin de l’école le mercredi matin.

[La croix, 05/02]

  • « Enfant magazine » invite les parents à signer un manifeste7.

[La croix, 05/02],

  • Avec 29 enfants par classe, comment apprendre à lire ? [l’humanité, 02/09].


Trois quotidiens poussent la dualité jusqu’à utiliser les deux termes dans un même titre :


  • L’enfant qui a agressé son prof était un élève brillant. [le figaro, 26/01],

  • D’une école à l’autre, les RASED aident l’enfant à devenir élève,

[la croix, 01/02],

  • Les enfants handicapés sont élèves avant d’être handicapés.

[le monde, 20/10].

Mais ce jeu reste limité aux trois citations ci-dessus (déjà cité).

IV - EN GUISE DE CONCLUSION (provisoire)…
L’emprunt, même significatif, à la forme ENFANT doit être relativisé : C’est d’abord et très majoritairement la forme ÉLÈVE qui est choisie par la presse pour désigner le jeune scolarisé, mais dans son ambivalence. Malgré les injonctions, pédagogiques, administratives, politiques ou sociétales, l’ÉLÉVE n’est toujours pas « au centre » du système éducatif. Il est, en fait, au cœur de l’interaction École-Société, de ses tensions, de ses écartèlements. « Élève-enfant », Élève-adolescent », « Élève-jeune », il est décrit sous tension, entre des normes, des références, des intérêts distincts si ce n’est opposés, d’autant qu’ils ne sont pas reconnus comme relevant de légitimités équivalentes.
Les différenciations éditoriales ne sont pas indifférentes.

Le nombre de titres référés à l’ÉLÉVE, le choix des thèmes associés, leurs traitements différencient les quotidiens, qu’ils choisissent d’aborder les problèmes scolaires à partir de leurs effets (supposés) sur les usagers ou les utilisateurs (les élèves, les parents, les employeurs…) en suggérant, plus ou moins implicitement, les responsabilités- ou qu’ils privilégient une approche plus institutionnelle, renvoyant, plus ou moins directement, aux positionnements politiques.
Pour autant, L’ÉLÊVE des journaux est toujours un peu celui par qui la Société (le scandale) arrive. Comme si la Presse, observatrice au quotidien et engagée de la scène scolaire, ne cessait de poser à l’École la même question :


  • Et les enfants dans tout ça ? [l’humanité, 19/03]


M. D. (22/06/12)

Annexe



PEUR à la UNE

EN MAI France-Soir énumère les principaux faits divers violents (« une succession d’agression ») survenus dans les établissements scolaires (ou à leurs abords), du 2 janvier au 15 mai. Agressions sexuelles de jeunes collégiennes, élève torturé, intrusion de bandes armées, rixes, enseignants roués de coups, arrosés de gaz lacrymogène, poignardés…

L’intrusion des faits divers violents dans la presse scolaire mérite un traitement particulier. Le choix fait ici de se limiter aux titres se référant explicitement aux Élèves, victimes ou auteurs de ces violences, restreint évidemment l’objet : 13 titres concernés.

EN JANVIER, « Une élève de 17 ans du lycée Gustave Flaubert de Rouen » se suicide en se jetant d’une fenêtre de son établissement.

  • Un élève d’un lycée professionnel de Château Gonthier « assène 3 coups de couteau à son prof.

EN MARS, l’intrusion d’une bande « cagoulée et armée » dans un lycée professionnel entraîne une réaction de l’Élysée : « Nicolas Sarkozy recevra à 19 heures, la communauté éducative de Gagny » ‘Dépêche AFP) et incite Marie Darrieussecq à réagir dans les colonnes de libération : Une histoire de « gamins » et de chagrins d’amour.

L’article consacré à cette agression par l’Humanité du 12 mars est ainsi sous-titré : Une violence incompréhensible pour les élèves.

En mai, un élève d’un lycée professionnel de Vitry-sur-Seine est « blessé à l’arme blanche ». [le parisien, 06/05]

  • Un élève de 13 ans poignarde son professeur. [Le figaro, 16-17/05].

Dans la double page consacrée à l’évènement, Le parisien donne la parole à un professeur d’économie de la région parisienne : Trois fois, j’ai surpris un élève avec une arme.

  • Deux enfants soupçonnés d’un vol de vélo sont interpellés par « six agents de police » à la sortie de l’école. [France-Soir, 22/05]

La méthode « suscite l’indignation », relayée par le figaro : « Polémique après l’arrestation de deux élèves de 6 et 10 ans à la sortie des classes ».

Dans les Yvelines, une conseillère d’éducation est rouée de coups par « un élève de 16 ans ». l’adolescent est mis en examen.

Dans un lycée de Montigny les Metz un enfant de 12 ans agresse son professeur d’allemand avec une paire de ciseaux. Le figaro du 26 janvier titre ainsi : « L’enfant qui a agressé son prof était un élève brillant ».

[Commentant un fait semblable survenu dans un collège « tranquille » du Sud-Ouest, Marianne (23-29 mai) (hors corpus) interroge : Ça ne vous rappelle pas « la journée de la jupe » ?8].

EN JUILLET, le parisien consacre une brève à « un enseignant accusé de tentative de meurtre sur un élève » mais l’agression se déroule dans une école catholique du centre de l’Angleterre.

EN NOVEMBRE, la croix (pourtant très peu gourmande de faits divers violents) titre sur « un élève de 13 ans arrêté, armé, non loin de son établissement », avec l’intention de tirer sur l’un de ses professeurs.





1 Article consacré au Concours général

2 Les deux élèves concernés étaient soupçonnés d’un vol de vélo.

3 11,6 titres en moyenne

4 Cf. encadré « Peur à la UNE » en annexe.

5 Suite à l’arrestation de « deux élèves de 6 et 10 ans.

6 Face aux élèves en rupture.

7 En faveur de la répartition des cours sur cinq jours.

8 Le parisien du 19 mai commente la projection du même film devant 100 collégiens parisiens ; Les collégiens applaudissent « La journée de la jupe ».


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