Une rencontre bouleversante





télécharger 24.36 Kb.
titreUne rencontre bouleversante
date de publication04.11.2017
taille24.36 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > documents > Documentos
Une rencontre bouleversante.

C’est drôle… quand mon regard s’est posé sur la nouvelle, je n’ai rien ressenti. Ni intérêt, ni dégoût ni même un sou de compassion. Et tandis que les autres la contemplent l’air horrifié, se parlent à voix basse et échangent des coups de coude en regardant son visage partiellement brûlé, moi je croise égoïstement les doigts pour que Monsieur Lefèvre reporte l’interro de maths au prochain cours.

-Voici Léna. Elle et sa famille ont fui la guerre qui ravage leur pays, elles sont arrivées en France depuis peu, déclare Monsieur Lefèvre d’un ton grave avant que la nouvelle ne se mette à avancer vers le fond de la classe.

-Salut, je peux m’asseoir à côté de toi ?

Je lève les yeux vers elle. Elle rougit, tente de dissimuler le côté droit de son visage en rabattant une longue mèche de cheveux noirs sur sa joue et garde les yeux baissés pour ne pas croiser les regards fascinés des élèves qui continuent de l’observer.

-Salut, moi c’est Benjamin. T’es bonne en géométrie ?

-Pas tellement. Me répondit-elle toujours aussi gênée.

L’heure passa, Monsieur Lefèvre n’a malheureusement pas déplacé l’interro de maths. Je pense quand même l’avoir réussi. Enfin, j’espère.

-Je… Je pourrais rester avec toi ? Je n’aime pas tellement être toute seule. Me demande Léna en me coupant de mes pensées. Puis elle enchaine ensuite :

-Enfin… Si tu veux… Je ne veux pas te déranger...

Je la coupe.

-Oui bien sûr, pas de souci. Tu ne me dérangeras aucunement, je reste plutôt tout seul ici, alors un peu de compagnie ne me fera sûrement pas de mal. Lui répondis-je avec un sourire.

Elle hoche la tête en esquissant un petit sourire et me répond en rougissant :

-Merci Benjamin.

La fin de journée arrive plutôt rapidement. J’ai appris beaucoup de chose sur Léna comme sa couleur préférée ou encore ses passions mais je n’ai pas mentionné sa brûlure, ni même demandé d’expliquer une raison plus claire de son arrivée ici. Tout cela m’intrigue énormément bien sûr mais je ne veux pas la gêner encore plus ou la rendre triste avec toutes les questions que je veux lui poser.

Donc directement, quand j’arrive enfin chez moi j’allume mon ordinateur portable. Je tape frénétiquement dans la barre de recherche « D’où viennent les migrants ? » Je clique sur un lien et j’apprends que les migrants viennent de plusieurs pays :

Yougoslavie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Syrie tous ravagés par la guerre. Je vois ensuite des nombres impressionnants de morts, des images d’enfants, la guerre…

-Chaton ! Je suis rentrée !

Je sursaute en entendant la voix de ma mère et ferme mon ordinateur à contre- cœur. Je la rejoins par la suite et la salue rapidement.

-Comment c’était aujourd’hui ? Tu as fait tes devoirs ? Me demande-t-elle.

Je lui raconte ma journée. Pendant que je lui explique, qu’il y a une nouvelle arrivante dans ma classe, ma mère fronce des sourcils avec un air étrange sur le visage.

-Maman, pourquoi tu fronces des sourcils comme ça ?

-Pour rien mon chéri. Mais ne t’attache pas trop.

Je la regarde d’un air étrange mais je n’ai pas le temps de lui demander pourquoi, qu’elle me demande d’aller faire mes devoirs.

Chose que je fais immédiatement.
Un mois est passé depuis l’arrivée de Léna. Je reste toujours avec elle et cela ne me dérange aucunement. Elle est vraiment sympa, je rigole beaucoup avec elle. Quelques personnes dans le collège, la critiquent mais elle m’a déjà dit qu’elle s’en moquait puisqu’elle n’était pas toute seule ici et ça me fais plaisir, de savoir, que je l’aide un peu, dans toute cette galère. La cloche, sonne la fin du cours. Je commence à ranger mes affaires, quand Monsieur Fitz, notre professeur de français vient me parler.

-Benjamin, tes résultats de Français sont excellents et je me demandais, si tu pourrais aider Léna car elle a beaucoup de mal. Juste l’histoire, d’une heure ou de deux par jour ?

-Oui, bien sûr, pas de problème monsieur.

-Parfait ! Je te laisse lui en parler alors. Bonne fin de journée !

-Merci, à vous aussi monsieur.

Je sors de la classe et vois Léna qui m’attend en contemplant le sol. Je m’avance alors vers elle en souriant et lui explique les aides que je pourrais lui apporter. Elle accepte, me donne rendez-vous ce soir à la bibliothèque pour 17h00 et me salue par la suite. Si ces heures me permettront de la connaitre un peu plus et peut être m’expliquer son histoire alors j’en suis ravi !
17h15. Je suis en retard. Je fonce à toute vitesse vers la bibliothèque. Je rentre et la trouve assise devant une table avec son cahier ouvert face à elle. Je m’avance vers elle tout essoufflé de mon périple. Arrivé à la table, je m’excuse directement d’être en retard et me pose en face d’elle. Léna me regarde en pouffant et me propose de l’eau que j’accepte avec joie. On enchaine avec la leçon pendant 30min puis je la laisse faire des exercices que je corrige. Pendant que je la regarde faire, j’ai cette phrase qui me brûle la langue. Cette phrase « Raconte-moi ton histoire » qui est simple à dire mais pas simple à raconter pour Léna. Je ne veux pas qu’elle se braque, qu’elle trouve que je m’intéresse à elle juste pour savoir son histoire et que je pars par la suite.

-Ben, tu vas bien ? Je sursaute en entendant sa magnifique voix. Je lève les yeux vers les siens, elle rougit et rabat rapidement sa mèche sur son côté droit. Je me rends compte, que j’ai dû fixer son visage et m’en veux pour ça.

-Ou… oui, excuse-moi j’étais perdu dans mes pensées. Répondis-je en esquissant un sourire gêné.

-Je sais ce que tu penses. Me répondit-elle en baissant les yeux. Tu veux une explication plus claire du pourquoi je suis ici, comment je suis arrivée ici. Je vais te le dire.

Je reste bouche bée. Ma mère m’a toujours dit qu’on lisait en moi comme dans un livre ouvert mais jusqu’ici je ne le croyais pas.

Elle ne me laisse pas le temps de répondre qu’elle n’est pas obligée, que je peux attendre, qu’elle poursuit déjà:

-Je viens de Syrie, un petit pays ravagé par la guerre depuis peu. J’ai toute ma famille encore là-bas. Je suis venue avec mon père. Comme tu le sais, je suis fille unique alors ça a été plus simple pour nous de voyager. Mon père a voulu partir depuis mon accident. Notre maison avait pris feu à cause de bombardements. J’ai perdu connaissance par la suite, j’ai survécu mais pas ma mère. Me raconte t’elle la voix tremblante et les yeux brillants. « Voilà, pourquoi j’ai cette brulure et pourquoi je suis partie »…

Ne sachant pas quoi répondre, je contourne la table et la prends dans mes bras. Je sens ses larmes, mouiller mon sweat mais je m’en fiche. Je lui chuchote des « Je suis désolé. » et des « Je suis là Léna. » Elle finit après plusieurs minutes par se calmer. Je me détache d’elle à contre cœur. Je range ses affaires dans son sac. Elle me questionne du regard mais ne dit rien. Je passe une bretelle de son sac sur mon épaule droite et j’entrelace nos mains pour prendre finalement le chemin de chez moi en sa compagnie.

-Où va-t-on ? Me demanda t’elle sur la route.

-Chez moi, se changer les idées. On va se faire du pop-corn devant un film.

Elle me regarde avec ses magnifiques yeux bleus, encore pétillants et je lui souris tendrement.

Arrivé chez moi, je lui demande de choisir un film dans l’armoire pendant que je prépare les pop-corn. Je reviens dans le salon avec le pot et je la vois avec « Dirty Dancing » dans les mains.

-Le film préféré de ma mère. Lui dis-je en m’esclaffant. Si elle rentre maintenant, je peux t’assurer qu’elle se précipiterait pour s’asseoir sur le canapé !

-Tout le monde devient un adolescent devant ce sublime film Ben. Je suis sûre que tu ne veux pas t’avouer, que tu l’aimes autant que ta mère ce film, pouffe Léna.

-Totalement faux. Je lui répondis en posant le pot de pop-corn sur la table basse avec un stupide sourire sur mon visage.

Pendant le film, elle s’est assoupie, la tête proche de mon épaule. Les traits de son visage sont apaisés. Elle est belle. Je pourrais la regarder pendant des heures. Je lui caresse les cheveux tendrement. Elle bat des yeux doucement puis me regarde et me fais un petit sourire timide.

Moi aussi…

Je la regarde, elle rougit.

Elle ne me laisse pas le temps de réfléchir, qu’elle pose ses deux mains sur mon visage et m’embrasse timidement sur la joue. C’est hésitant, doux. Puis son téléphone sonne, gâchant le moment. Elle s’excuse, me sourit, puis part décrocher. Elle revient quelques minutes après.

-C’était mon père, je dois rentrer. Me dit-elle avec une moue désolée et déçue.

-Merci pour cet après-midi Ben, ça m’a fait beaucoup de bien de te parler.

-Je t’en prie.

-A demain alors ?

-Oui bien sûr. A demain Léna.

Elle m’embrasse, me sourit sincèrement puis part en me laissant avec un grand sourire et dans mes pensées les plus profondes.
Deux mois sont passés, je suis toujours proche de Léna. Je lui donne toujours des cours de Français après le collège. Elle est heureuse. C’est la fin de journée, c’est le week-end. On se dit au revoir comme toujours devant la bibliothèque.

-Je t’aime Léna. Lui dis-je sincèrement.

-Je t’aime aussi Ben. A Lundi. Me répondit-elle souriante.

Je l’embrasse puis on part chacun de notre côté.

La phrase de ma mère, il y a 3 mois maintenant prend tout son sens « Mais ne t’attache pas trop… » m’avait-elle dit.

Léna ne saura jamais que ma mère a été mutée à New York, loin de la France.

Que c’était donc notre dernier au revoir, ici, devant cette bibliothèque.

Je n’aurais pas eu le courage de lui dire, pas eu la force d’affronter son regard, qui

aurait, à coup sûr, été triste…

A mon tour je deviens un migrant, à mon tour je vais devoir affronter une classe, des regards curieux, et à mon tour, comme toi, ma Léna, j’aurais la force et le courage de me faire accepter comme je suis, avec mon fauteuil roulant et ma différence…

similaire:

Une rencontre bouleversante iconDeuxieme guerre mondiale : 97 titres
«Hoche-Vite». La rencontre avec Schmuel, le garçon qui vit de l’autre côté de la barrière, est bouleversante

Une rencontre bouleversante iconArticle paru dans L'equipe le 13 février 2002
«ola» comme tout le monde puis IL a rencontré deux joueurs internationaux, Thomas Lombard et Thomas Lièvremont, venus à la rencontre...

Une rencontre bouleversante iconEt organisent une Conférence Rencontre

Une rencontre bouleversante iconLes quatre cavaliers d’une politique linguistique
«Politiques linguistiques : orientations» (p. 10 27) et «Politique linguistique et objectifs pédagogiques». (p. 130-131) qui correspondent...

Une rencontre bouleversante iconConstellations autour des
«Jusqu’à l’âge de 11 ans, Michaël mène une vie ordinaire. Mais lorsque ses parents sont licenciés, son existence bascule : son père...

Une rencontre bouleversante iconCe pasteur depuis quelques années, s’est engagé dans le service de...
«papa», jusqu’au jour où par la grâce de Dieu, IL a rencontré Jésus, ou plus précisément, IL a été rencontré par Jésus

Une rencontre bouleversante iconJean-Marie Pelt, écologiste et humaniste
«Père de l’Europe», IL devient son secrétaire de 1956 à 1963. Une rencontre qui le marquera beaucoup tant du point de vue politique...

Une rencontre bouleversante iconRencontre avec les œuvres – ce2 cm1-cm2 – Collège – Lycée – Université Durée 1h15
«fait-main» : seul le processus de fabrication est mis en avant, l’action sur un matériau, la réaction d’une matière

Une rencontre bouleversante iconLe programme de cette rencontre. Une seconde journée d'étude aura...

Une rencontre bouleversante iconLa rencontre du jour






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com