Quelques questions pour un sncs affûté (contribution personnelle) Jean-Marc Douillard





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date de publication05.11.2017
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Quelques questions pour un SNCS affûté



(contribution personnelle)
Jean-Marc Douillard



Ce texte va sans doute surprendre puisqu’il s’inscrit dans une démarche individuelle. Cependant, il n’a pas d’arrière-pensée autre que d’améliorer l’efficacité du SNCS. Je suis membre du bureau national et rédacteur en chef de la VRS. A l’aube d’un nouveau congrès, tous ces mandats sont remis en jeu. Ecrire à cette occasion, se remettre les idées en place, est aussi une chose assez normale.

Un constat



Partons d’un constat évident. En principe, dans le mouvement syndical ou dans les grandes organisations sociales, telles que les partis politiques, les préparations de congrès sont un moment de réflexion qui permet de dégager des options. Ensuite le congrès choisit, voire élabore des lignes directrices. L’histoire et l’expérience montrent si ces lignes ont été fécondes ou nuisibles. Les congrès ultérieurs en tirent des leçons.

Force est de constater que depuis plusieurs années le SNCS ne construit pas de réflexions sérieuses autour de ses congrès. La situation a ceci de paradoxal que bon an mal an, cela ne pose pas de problèmes d’adhésion. Il y a à cela une raison simple : la plupart des forces politiques de ce pays ne défendent pas une idée de la recherche intéressante. Le milieu a donc toujours de bonnes raisons de se mobiliser, ce qui rejaillit sur le nombre d’adhérents du syndicat. Il n’empêche que la situation n’est pas satisfaisante. On ne peut pas dire que le syndicat soit une énorme source de propositions. On pourrait même - en étant provocateur - rejeter la faiblesse d’analyse des responsables politiques ou industriels sur la faiblesse de propositions de notre syndicat.
Il ne s’agit pas ici de faire ces propositions à la place du syndicat. On le sait, un discours individuel ne peut remplacer une élaboration collective. Il est toutefois possible de faire des remarques sur le fonctionnement du syndicat depuis plusieurs années... avec un message : il est urgent de travailler autrement.
Pour marquer les choses, parlons de trois points d’importance qui n’ont jamais été abordés sérieusement, c’est à dire sur la durée et sur l’analyse des résultats des choix. Ces points serviront de symptômes confirmant le diagnostic.


Exemples de débats de fond qui n’ont pas été abordés




Le mouvement anti-expérience de terrain



Ayant participé aux manifestations montpelliéraines de soutien à José Bové, je peux témoigner que nombre de chercheurs étaient présents ainsi que nombre d’intellectuels. Nous trouvions tout à fait juste que des militants paysans aient détruit un Mc Do... en accord avec beaucoup de citoyens qui pensent qu’il est tout à fait judicieux de détruire un champ de maïs, s’il n’y a pas moyen de mener un débat démocratique (c’est à dire prenant aussi en compte les rapports de force financiers) sur un sujet quelconque, fut-il scientifique ou éthique.

Le droit d’insurrection (avec son potentiel destructif) est inscrit dans la constitution, ce n’est pas pour rien. Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie du recours à la violence ! Non, simplement il s’agit de souligner ici que les chercheurs ne sont pas des personnages sacrés, en dehors « dans leur activité professionnelle personnelle » du débat sur l’utilisation générale de la recherche. Si un mouvement syndical ou social juge qu’il est nécessaire de détruire une expérience, il faut bien voir que ce n’est pas la recherche en tant que telle qui recule, c’est le travail d’une équipe particulière, risque que les scientifiques se doivent d’assumer, comme tous les autres salariés. D’autant plus que si le débat dérape, c’est en partie de leur responsabilité (collective, là, je l’accorde), par manque d’investissement conduisant à une faiblesse du débat démocratique sur la recherche ! Il faut donc cesser de taire le débat sur le nécessaire aspect destructif, tel que jugé par le mouvement paysan le plus pertinent du moment, sous prétexte que des adhérents du SNCS s’en offusqueraient. Il faut au contraire poser encore et encore ce débat d’un possible empêchement de la recherche, pour qu’il avance enfin (le débat), ce qui ne semble pas être le cas depuis une bonne trentaine d’années (je mets le non-débat sur les problèmes du nucléaire dans la même « valise » : le « rapport de forces OGM » découle du « rapport de forces-nucléaire »).


Le rôle du syndicat vis à vis du mouvement « Sauvons la recherche »



Ce problème est vraiment trop compliqué pour être abordé en quelques mots. Disons simplement que le mouvement syndical se trouve confronté depuis plusieurs années à une réalité. Les syndicats ont beaucoup plus de mal à mobiliser que les conglomérats d’associations et de syndicats ! De ce fait, les grands mouvements historiques sont portés par des agrégats informes regroupés autour d’un leader et dont l’infrastructure est assurée par les bénévoles sur le court terme... et les syndiqués sur le long terme. Ce n’est pas une caractéristique de la recherche ! Le mouvement des intermittents (du spectacle) ressemble beaucoup au mouvement « Sauvons la recherche » : émergence autour de quelques grands noms, ébullition mais organisation purement syndicale du squelette. Comment se fait-il que notre syndicat ne tire aucune leçon du mouvement de 2004 ? Je ne sais pas, personnellement, s’il faut adopter une attitude cynique (« cela générera des syndiqués »), hostile (« cela dévoie la lutte syndicale »), pratique (« ne perdons pas de temps à ça, cela n’a aucun avenir à long terme »), futuriste (« supprimons les syndicats, préparons les mises en réseau »). Je déplore simplement que les leçons ne soient pas tirées pour les générations postérieures de syndiqués (pour ma part, je pense que ce mouvement de « constitutions épisodiques de mouvements » est là pour durer mais que cela ne tuera pas les syndicats, qui seront de plus en plus composés de super-militants en petit nombre, mais la question-là est le fait qu’on ne se pose pas la question !)


L’aménagement du territoire



Constitutivement, le SNCS syndique des chercheurs et des ingénieurs, pour l’essentiel salariés de grands organismes qui ont une tradition centraliste. De ce fait, les syndiqués et les salariés se concentrent sur quelques sites, pour la plupart proches des capitales nationales ou régionales. Ce découpage « polaire » du territoire national de la recherche satisfait une vieille tendance centralisatrice que l’on connaît dans les mouvements politiques proches de nombreux syndiqués : PS, PCF, LCR, LO. De ce fait, il semble qu’il ne doive pas y avoir de débat. Résumons : « C’est très bien comme ça ! La recherche doit être centrée sur quelques campus puissants, tout le monde sait ça ! Cette recherche peut être dirigée nationalement sans grande difficulté opérationnelle ». Plusieurs idées émergent naturellement de ce discours : la recherche ne doit pas être pilotée par une confédération d’états (l’Europe) ou par des pouvoirs locaux (les régions, voire les agglomérations).

Un autre discours ad-hoc permet par combinaison de tenir l’illusion de la cohérence générale : l’indépendance nécessaire des chercheurs a besoin d’une certaine centralisation démocratique.

On fera remarquer que ce discours ne tient pas compte d’un problème important et qu’aussi, il utilise la notion d’indépendance de la recherche sans véritable argument. Il ne s’agit pas ici d’invoquer la répartition des crédits qui tendanciellement diminue la part de l’état face à la Communauté Européenne et/ou aux régions. En effet, le financeur est toujours l’impôt des citoyens : c’est donc un argument trompe l’œil. Non, c’est autre chose. Mais j’insiste d’abord bien sur la réalité de l’indépendance des chercheurs, dont on ne voit pas en quoi elle bénéficie de la structure de l’état-nation ! Par exemple, on peut avancer que l’indépendance des chercheurs aux USA est bien plus garantie par le système fédéral que par les Etats en particulier (je pense au phénomène religieux). De la même manière, on peut penser (présomptueusement !) que l’indépendance des chercheurs polonais est plus garantie par le système européen que par leur balbutiante démocratie religieuse. Qui dit que la France de demain ne sera pas sous l’influence d’un parti néo-nazi, ou simplement Sarko-libéral ? Les chercheurs alors utiliseront toutes les ressources de l’Europe pour protéger leur liberté... C’est évident : il s’agit d’un discours de circonstances, aveuglé par notre perception chauvine de la France comme paradis...

Peu importe, ce n’est là pas le fond du problème. Le fond, c’est l’observation que l’Université française s’est développée ces dernières années autour de petites universités localisées auprès de petites villes. C’est lié à l’histoire de France qui n’a jamais pu développer de capitales économiques indépendantes de la capitale politique. Les autres villes que Paris (hormis Lyon peut être) sont donc « petites ». La mobilité des jeunes Français s’en ressent, l’économie du logement aussi. Aujourd’hui la seule solution simple d’amener une classe d’âge (y compris les classes moyennes) à l’université, c’est d’amener l’université en région. Or, dire d’un côté qu’il faut amener les universités dans les sous-préfectures (en tant que citoyen responsable... ne fréquentant pas le 5ème arrondissement) et de l’autre comme militant syndical, dire qu’il faut que la recherche soit centralisée sur quelques grands centres, cela a quelque chose de schizophrène. La seule solution pratique est d’accepter l’Université à deux vitesses : les super lycées pour la province, l’Université avec un grand U pour les quelques villes de noblesse d’état. C’est le discours que nous avons implicitement, évacuant d’ailleurs un problème : quelles grandes villes ? Hypothèse basse : Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse ! Nos syndiqués sont-ils d’accord avec ce choix ? Peut-être après tout. Mais en tant que citoyens ? Question subsidiaire : ne faudrait-il pas en parler aux savoyards, avant qu’ils payent leurs impôts ? Je dis les savoyards, mais toute la périphérie de la France est concernée !


Pourquoi les débats n’ont-ils pas été abordés ?



Voila trois problèmes, abordés de manière un peu provocatrice.... mais au moins abordés ! Du point de vue de quelqu’un comme moi qui a adhéré autrefois au SNCS-FEN (j’y ai tenu une grosse semaine), le manque de débat général à l’intérieur du syndicat peut s’expliquer : il vient du traumatisme qu’a été l’éclatement de la FEN. On sait (enfin, les jeunes adhérents ne le savent sans doute pas !) que la FEN était constituée de tendances et de syndicats (instituteurs, profs de lycée, etc.). Le fonctionnement se retrouve d’ailleurs dans la FSU, à ceci près (et c’est considérable) que la FSU s’impose de fonctionner avec des majorités conséquentes, minimum 70%. La FEN se déchira entre les syndicats d’ATOSS et les syndicats d’enseignants, entre les branches trotskystes, communistes et socialistes. La situation devint invivable et plusieurs syndicats créèrent la FSU, qui est en train de redevenir un syndicat aussi puissant que la défunte FEN.

Le SNCS n’adhéra pas tout d’abord à la FSU et développa une vision soft de la déconstruction de la FEN : « se contenter d’une seule tendance permet de garder un syndicat puissant ». On chercha donc, en toutes circonstances, à mettre de la pommade et à circonvenir les disputes. Le débat disparut en dehors du cercle très restreint de la Commission Administrative (CA) du syndicat. Non pas que les dirigeants n’aient pas leurs idées : il s’agissait de ne pas les mettre en avant, afin qu’un consensus opérationnel émerge, un « consensus par la force des choses ». Il faut convenir que ce système a permis de conserver ensemble des militants venus de bords qui traditionnellement se déchirent (encore aujourd’hui, par exemple dans les collectifs dits antilibéraux).

Le bât blesse en deux endroits. Cette position, qui a sans doute été bonne pour la survie, ne permet plus de dégager des positions collectives pertinentes et elle se trouve en total désaccord avec le fonctionnement de notre fédération, la FSU (car entre temps, nous avons adhéré à la FSU), ce qui pose pas mal de problèmes. Abordons dans le détail ces défauts de fonctionnement.


Le fonctionnement de la CA



LA CA est d’après les statuts constituée à partir de trois votes. D’une part un vote sur des « équipes » qui se présentent pour diriger le syndicat, sur la base d’une ligne directrice (ceci autorise les tendances, en accord avec les règles de la FSU). D’autre part un vote des secteurs (chimie, INSERM, ingénieurs, etc.) qui désignent leur représentant. Enfin, un vote des sections de ville. Ces statuts ne sont pas vraiment respectés. En fait d’équipes ou de tendances, on a des textes, souvent faibles, en ce sens qu’ils sont très généraux et absolument non-programmatiques et non-pratiques. Ces textes sont signés par quelques personnalités, mais ces signatures ne permettent pas à elles seules de constituer une équipe de direction. Par contre, ces noms très appréciés ou très respectés recueillent le vote des militants avec des scores plus que confortables. De ce fait, le vote est plébiscitaire et sans intérêt pratique.

D’autre part, les secteurs élisent rarement leur représentant. Pour une simple raison, le représentant qui serait élu sera déjà à la CA, au titre d’un des textes qu’il rejoindra. Nous n’avons pas tant de dirigeants potentiels ! Précisons : pour qu’un texte ait des voix, il faut qu’il soit signé par les dirigeants de secteurs. De ce fait, les dirigeants de secteur ne peuvent pas être dirigeants de secteur ! Caressez un cercle et il deviendra vicieux !

Autre point essentiel, la représentation à la CA doit représenter les voix des syndiqués, mais vu le faible nombre de syndiqués (en valeur absolue), la plupart des textes recueillent très peu de voix, alors qu’un texte en particulier en recueille énormément. On se retrouve alors devant un dilemme : si l’on veut mettre à la CA certaines personnalités essentielles du syndicat, il faut « panacher ». Certaines personnalités très peu efficaces en pratique, mais ayant pas mal d’idées se retrouvent représentants des villes ou des secteurs. A l’inverse, des personnes très efficaces dans la pratique de terrain se retrouvent là au titre de leur réflexion stratégique. Il y a là un vrai problème de représentation.

On remarquera que le vote des militants n’est pas bafoué et que les minorités sont représentées, ce qui est très appréciable. Mais notre inefficacité opérationnelle ne vient-elle pas de ce genre de problème jamais évoqué ?

(Au dernier congrès, certains par souci d’unité ont signé deux textes. Là aussi, cela pose problème quant à leur présence à la CA ! Sur quelle ligne ? Reprécisons : c’est le fonctionnement qui m’embête, pas les gens)

La seule proposition pratique que je vois est une liste nationale de dirigeants, publiée avant les votes, une sorte de prévisionnel. Auquel cas, les villes pourraient élire leur représentant en connaissance de cause, de même pour les secteurs. De même, les groupes constituants du syndicat (nous n’avons pas vraiment de tendances, j’y reviendrai) pourraient alors afficher des listes de camarades avec qui il sera possible de travailler en équipe. On y gagnerait en clarté à la fois dans les lignes et dans les tâches. Mais ceci impose une modification des statuts. Autre solution : un groupe propose un organigramme général en s’immisçant dans le vote des villes et des secteurs (ceci par contre pourrait être statutaire, mais cela revient à vraiment organiser une tendance).


Le rapport Paris-provinces (avec un petit p)



Un des points qui a été vécu historiquement par le syndicat, mais jamais ni discuté ni consciemment intégré est l’énorme modification des rapports de force entre Paris et les régions, du point de vue de la recherche. Pendant très longtemps, la recherche a été centralisée autour de Paris. Quelques laboratoires, quelques personnalités ont fait exister la recherche en périphérie, mais au prix d’efforts considérables. Avec l’arrivée de Mitterrand, les choses évoluèrent et on assista à un mouvement de décentralisation qui a rééquilibré la « puissance » immédiate, mais qui n’a pas réglé (le retard était trop grand) les investissements lourds d’histoire (culture générale, mémoires, bâtiments, bibliothèques). Ce non-rattrapage induit une perception de la réalité fort différente suivant que l’on est régionaliste ou inconsciemment parisianiste. (C’est une vieille histoire qui ne touche pas que la recherche. Devant la même situation, disons d’impossibilité de réaliser quelque chose, un « parisien » dira « qu’est-ce qu’ils sont en retard ! », un régionaliste dira « c’est normal que ça n’avance pas, on n’a jamais eu un rond ! » C’est la vieille dialectique coloniale). Peu importe le détail. Avec plusieurs années d’exercice, on peut dire que désormais la recherche est à 50/50 Paris /Régions (et non pas Paris/province !), même si Sarko et Villepin ont fait repartir en arrière cette évolution. Le syndicat donc s’est constitué (ou plutôt, la plupart des dirigeants du syndicat ont grandi avec) une répartition de la recherche essentiellement basée à Paris. Le fonctionnement du syndicat en a tenu compte. Mais désormais, les plus grosses sections syndicales sont dans des grandes villes fort éloignées de Paris. Evidemment, ces sections sont capables de fournir des cadres au syndicat. Mais ces cadres potentiels refusent le sacrifice d’une vie décente. De ne pas réfléchir à l’adaptation nécessaire du syndicat à cette réalité d’un fonctionnement adapté aux camarades des régions périphériques conduit à la constitution d’un Bureau national (BN) quasi exclusivement parisien (et masculin) et à un blocage de la prise de responsabilité des adhérents.

Il est clair que la prise de décision démocratique dans un débat téléphonique ou web-assisté n’est pas dans nos habitudes. Mais il faut que nous franchissions cet obstacle. D’autre part, il nous faut accepter qu’une prise de décision se fasse par délégation de responsabilité et débat a posteriori assumé.


Les questions qu’il faut à tout prix aborder

La gestion de la presse



Les deux derniers congrès ont circonscrit une période très intéressante en ce qui concerne la communication et la presse du syndicat. Nous avons renouvelé le site web, rénové le BI et la VRS. Mais ces transformations ne sont ni à la hauteur des enjeux ni installées sur des réflexions de fond qui permettront de les développer, ni peut-être même de les maintenir.

Une presse syndicale suppose un investissement intellectuel et financier du syndicat dans son ensemble et surtout une politique déterminée de sa direction. Pour avoir de telles choses, il est nécessaire de débattre de notre presse et bien évidemment aussi des us des chercheurs.

J’avance ici mon point de vue. Notre presse peut s’interpréter suivant deux axes directeurs : la ligne du syndicat et la réactivité temporelle. Nous avons tenté, de manière pragmatique d’avoir deux types de réactivité. D’une part des textes courts édités par le BI et regroupés sur le site web. D’autre part des textes longs, produits par toute une série d’intellectuels, souvent à l’extérieur de notre syndicat, le tout se retrouvant sur la VRS et par ricochet sur le site. Cela conduit à faire du site un fourre-tout, où l’on retrouve à la fois un discours du syndicat et un discours hors syndicat. Avec le handicap évident, que les textes les plus élaborés ne sont pas forcément de notre fait. De plus, le site web voit aussi l’expression des comités de liaison ou des élus, qui ne sont pas nécessairement des textes ou des documents reflétant l’état de pensée du syndicat.

Une telle multiplicité de point de vue n’est pas gênante pourvu que l’on identifie bien les points de vue ! Je préconise donc la constitution d’un site web indépendant pour la VRS.

Les responsabilités de direction devraient aussi être plus affirmées. En clair, un membre du BN devrait s’occuper de la presse du syndicat, un autre de la VRS. Et soyons clairs, on devrait leur laisser une grande marge de manoeuvre.
Ces détails discutés, revenons à la VRS. La direction a pris la décision d’en faire le journal commun du Snesup et du SNCS. Cette décision répondait à trois logiques. Un : les chercheurs-enseignants participent à la vie de la recherche, donc ces syndiqués de la FSU doivent pouvoir lire la Vie de la Recherche Scientifique (comme son nom l’indique). Deux : le grand nombre des syndiqués du Snesup permet une assise publicitaire intéressante à la revue. Trois : les désaccords entre le Snesup et le SNCS viennent plus d’un manque de communication que de raisons sérieuses.

Il y avait une quatrième raison, qui m’était personnelle, mais qui est en train de s’effilocher. Je résume : nous disposons actuellement d’une équipe composée d’un secrétaire de rédaction (salarié du syndicat) et d’un graphiste (payé à la commande). Cette équipe est insuffisante par rapport aux ambitions du journal. L’arrivée du Snesup aurait dû correspondre à l’embauche d’un personnel supplémentaire (l’idéal serait deux mi-temps : un journaliste et un graphiste cartographe).

Mais le Snesup a trop de journaux à soutenir. De ce fait, la tâche s’est accrue (par les réunions communes) sans que le personnel suive. Il faut donc faire attention à la fragilité du journal, en inverse proportion de sa qualité. A part un investissement financier important de la FSU, je ne vois guère de solution à l’heure actuelle.

Dernier point, la nécessité de faire vivre deux équipes de direction de la VRS, du côté du SNCS et du côté de la Snesup, nous oblige à changer de fonctionnement. Jusqu’à présent le Bureau national de notre syndicat était souverain sur le contenu du journal. Ce n’est plus acceptable. Cela permet au BN de changer les programmations en cours de travail contre l’avis des camarades qui s’investissent, ce qui est incroyable pour un journal de ce niveau technique. Comme il est impossible de réunir plusieurs fois par an les deux bureaux nationaux sur une question à la fois aussi complexe et aussi triviale que celle d’un journal, il faut accepter qu’un comité de rédaction mixte soit en charge du journal avec analyse rétroactive des BN. Si les BN veulent annuellement changer de comité de rédaction, libre à eux, évidemment.


Les problèmes vis à vis de la FSU



Cet aspect est à la fois individuel et collectif. Nos syndiqués ne peuvent trouver leur place dans le débat général de la FSU, de même le SNCS a du mal à s’y inscrire et la FSU ne profite pas de nos réflexions – ou si peu. Il y a deux points distincts : le problème du lieu du syndicalisme et le problème de l’engagement en tendances.

Le local, tout d’abord. Les dirigeants du SNCS se doivent d’être présents dans les instances départementales et nationales de la FSU. Ce qui amène un premier bogue. La réalité de la recherche est une implantation de ville. Cette ville n’est pas nécessairement la capitale régionale (Talence, Vandoeuvre, etc.) mais elle en est un satellite immédiat (Grenoble est un cas presque unique). Nous ne fonctionnons pas, de ce fait, et nous ne pouvons pas fonctionner au niveau du département, instance fondamentale de la FSU ! A l’inverse, nous pourrions trouver une logique régionale pour une sous-organisation du SNCS. Mais la FSU n’a pas encore d’organisation régionale (une des questions-clés des récents congrès de la FSU, d’ailleurs).

Les tendances, ensuite. En général, la désignation des représentants des autres syndicats se fait à partir de batailles de tendances. Notre participation fausse donc le débat démocratique ! Alors, on peut négliger le point, en disant par exemple que notre faible nombre d’adhérents nous empêchera de peser sur la FSU. Mais la faible écoute de nos problèmes de recherche par la FSU en général n’est pas sans raisons et ici on en a une.

Traçons quelques images à grands traits. On peut dire que la FSU est animée par deux grands courants de pensée. Un courant nommé « Unité action » qui repose sur la culture de la gauche de gouvernement. Peu actif sur le plan de la réflexion, ce courant sait bien organiser les choses et recueille de confortables majorités. Le courant « Ecole émancipée » est beaucoup plus vibrionnant et fournit des espaces de réflexion, voire même d’introspection. Il est reconnu par tous comme un aiguillon salutaire. En même temps, n’arrivant pas à s’organiser, il est en déclin, perdant petit à petit sa capacité d’insuffler du dynamisme. Dans le SNCS, ces deux tendances, par peur d’une centrifugation générale, se sont autrefois rapprochées. Cela a généré le courant « Ensemble ». Mais ce courant n’a jamais de réflexion collective en tant que tel. Quelques camarades du syndicat gardent le côté « aiguillon », heureusement, mais ils n’arrivent pas à organiser une tendance assez forte pour qu’elle fournisse des réflexions déstabilisantes et fécondes. Face à cette situation, il est urgent que le syndicat renouvelle son fonctionnement en tendances, afin que les militants puissent retrouver du plaisir au travail de la pensée dans le syndicat et interagir avec la FSU autrement que formellement. (Ce texte est une contribution à ça).
Le problème le plus important de la FSU nous dépasse en tant qu’individus. Il est d’essence historique. Un syndicat doit faire bouger les choses, pousser les frontières, changer (dans le bon sens) les métiers et les perspectives historiques. La FSU est en ce moment (depuis pas mal d’années maintenant) engagée dans un débat qui peut être fondamental pour la recherche en France. La FSU se pose en effet la question de rester une Fédération de fonctionnaires (c’est à dire s’intéressant uniquement au secteur public) ou une Confédération (s’intéressant au public et au privé). Au delà du fait que la notion de « représentativité » (accès aux débats nationaux, signatures des textes légaux), cela nous concerne sur deux points. La recherche publique voit en ce moment une évolution profonde de son financement qui amène toute une série d’emplois privés (précaires, c’est vrai, mais tout de même) dans les labos publics. Comment les syndiquer et surtout les défendre si nous ne sommes pas un syndicat du privé ? Si nous sommes au SNCS, c’est parce que nous sommes le meilleur syndicat de la recherche ! Sauf pour les chercheurs scientifiques post-doc !

Autre aspect : la recherche privée existe en France, mais son syndicalisme n’a jamais réussi à construire un débat sur la politique de recherche. Notre syndicalisme public en souffre sérieusement, au niveau de la réflexion. Nous avons de très bon rapport avec la CGT, très présente dans les luttes défensives. Mais nous avons peu de rapports avec la CFDT, très forte sur

le plan de la prospective. Est-ce admissible de continuer longtemps comme ça ? Avons-nous une analyse sérieuse de la recherche en France en général ? De mon point de vue, il est impossible de passer au niveau confédéral dans la recherche, c’est à dire de syndiquer les chercheurs de Sanofi ou de Suez (par exemple), tant que la FSU ne sera pas une Confédération (avec quelques centaines de permanents, qui plus est). Mais la nécessité d’un observatoire commun intersyndical me paraît une urgence (ce qui sous-entend que le SNCS doit mettre un permanent sur le coup, car nous serons les seuls à pouvoir prendre cette responsabilité ! Qui ? Pouvons-nous le faire ? Pouvons-nous ne pas le faire ?)


Conclusion provisoire



Ce texte peut paraître une grogne anodine que l’on pourrait résumer à l’idée suivante : notre production intellectuelle n’est pas à la hauteur de nos qualités, faute d’une organisation suffisante.

En fait, l’idée est celle-ci : notre organisation n’est pas suffisante parce que nous refusons de regarder certaines choses en face.
En effet, vous pourrez remarquer que je propose explicitement plusieurs réorganisations massives qui touchent à l’organisation du congrès et donc aux statuts et à la perception que nous avons de ceux-ci.

— La constitution au cours de la préparation du congrès d’une équipe de direction soumise au vote des militants. Nous avons perdu cette pratique, il faut y revenir. Cela suggère le retour à de vraies tendances. D’où la suggestion suivante.

— Une animation intellectuelle des tendances toute l’année.

— Une modification du fonctionnement du BN avec une modification des responsabilités individuelles des membres du BN, avec délégation de décision.

— Une modification de l’organisation de la direction de la presse syndicale.




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