Méthodologie: l’analyse historienne de l’image





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Méthodologie: l’analyse historienne de l’image
Objectifs


  • Conseils méthodologiques

  • Perspective différente de celles auxquelles on pense le plus souvent pour l’analyse de l’image: sémiologie, esthétique, analyse cinématographique… mais complémentaire, voire croisée

  • Attention au contexte social, économique et politique de production // sociologie = contextualisation




  • Sensibilité à la diachronie et à la datation: historicisation

  • Ne pas exagérer l’inédit

  • Souci de faire le partage entre constantes et évolutions

  • = des précautions et réflexes transposables en SIC




  1. Approches historiennes de l’image

  • Cf. Duprat, Annie, Images et Histoires. Outils et méthodes d’analyse des documents iconographiques, Paris, Belin Sup, 2007.

  • Questionnement à partir du célèbre modèle de Lasswell (1948):

  • Qui parle?

  • À qui?

  • Pour dire quoi?

  • Avec quels effets?

  • (Manque: par quel canal)




    1. Qui parle? Commanditaire et artiste

  1. Le commanditaire: celui qui a ordonné la confection de l‘œuvre; ou d’almanachs (Louis XIV)

  2. Peut être un individu: prince, bourgeois, marchand d’estampes, etc.

  3. Peut être une institution: « corps de ville » de l’époque moderne publiant des livrets illustrer pour commémorer les entrées royales, confréries, associations de métier, etc.


Commanditaire institutionnel

  • Images de nature institutionnelle: drapeaux, timbres-poste, billets de banque, sceaux des princes, logos.

  • Evolution historique: vers la schématisation; iconicité s’affaiblit: d’images, on passe à des signes.


Evolution du logo de la Caisse d’Epargne

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Evolution des timbres-poste français

Depuis 1849
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  • Saisir la posture du commanditaire-émetteur est essentiel pour comprendre le rapport entre l’image et son public et interpréter l’image : propagande, auto-célébration, acte de piété, etc.


Œuvre d’art: quelle liberté pour l’artiste?

  • Statut de la commande

  • Cahier des charges?


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  • Historicité du regard: revenir au libellé de la commande (contrats, descriptions testamentaires)

  • Retrouver les codes sociaux à travers lesquels les hommes du XVème s lisaient la peinture.

  • « Une peinture du XVe siècle est le produit d’une relation sociale » : le client commande, finance et définit l’utilisation.

  • Le peintre est un exécutant vs conception romantique de l’artiste.




  • Critères d’excellence de l’œuvre tributaires des exigences des commanditaires : surface, matériaux utilisés, pigments précieux : l’or et le bleu.

  • Certaines catégories de jugement des tableaux, les plus liées aux pratiques sociales de l’époque, ne nous parlent presque plus : « l’orné », « le prompt », « l’enjoué », ou du « dévot ».


Œuvre d’art: quelle liberté pour l’artiste?

  • Formation dans une école d’art, une Académie? Obéissance à des règles strictes

  • Comment faire la part des désirs du commanditaire et du goût de l’auteur?

  • Ex. Statue équestre de Louis XIV commandée au Bernin.

  • Visage extatique, souriant (// Ange de l’extase de Sainte Thérèse), reste trop contourné, trop de plis; diff. de la gravitas que le Roi veut exprimer. Placée dans les jardins => fonction esthétique, non plus politique


Statue équestre de LXIV Le Bernin
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Extase de Ste Thérèse d’Avila,

Santa Maria della Vittoria, Rome ,1652
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1.2. À qui? Public et réseaux de diffusion

  • Les images s’adressent à et/ou rencontrent des publics variés dans leurs compositions sociales, leurs références culturelles et leurs aspirations.

  • Être attentif aux lieux dans lesquels elles sont diffusées et aux milieux sociaux auxquels elles s’adressent.


Espace public

  • Dans la sphère publique, l’image doit être fédératrice (// médias grand public, JT)

  • Lecture à plusieurs niveaux: ex. thème du Miracle de la manne céleste envoyée aux Hébreux (Ancien Testament) -> aide que Dieu apporte à des populations menacées par la disette, espérance de la parole divine qui sauve les corps et assure le salut des âmes, réconfort de la religion, pour le spectateur « savant », préfiguration de la Cène.

  • -> interprétations +/- temporelles ou religieuses




  • Bâtiments publics: religieux, laïcs, officiels, commerciaux ornés de symboles relatifs à leur fonction.

  • Art du décor populaire: Lieux de détente (bals publics, parcs de loisirs) inspirés par la Bibliothèque bleue et les contes de fées (ogres, méchant loup, prodiges de la nature);

  • Art de l’enseigne (cf. Musée Carnavalet).


Jeux de société

  • Usage plus intime de l’image, à mi-chemin entre espace public et espace privé.

  • Iconographie imprégnée de références à la mythologie classique ou à l’histoire ancienne…

  • Ou à l’actualité: jeux révolutionnaires


1.4. Avec quels moyens?

  • Techniques de mise en image

  • Procédés: figuration, répétition, effet de masse

  • Vain de vouloir séparer la forme du fond.


Ex. Stéréotype graphique de la peur
(A. Duprat)

  • Peur médiévale de l’inconnu, peur du diable, de l’enfer, etc.

  • Figure du monstre

  • Bestialisation


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Lucas Cranach, le Pape
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Anonyme, Marie-Antoinette



  • Bestiaire d’inspiration médiévale: homme-animal monstrueux

  • Usages religieux: pour critiquer le catholicisme (vices des « papistes » dénoncés par les Protestants proscrivant utilisation des images dans le domaine religieux); dans les canards, propagande anti-réforme: les catastrophes sont liées à l’essor de l’hérésie.

  • Usages politiques: animalisation = désacralisation, déshumanisation, prélude à l’atteinte suprême au corps (élimination physique, décapitation).

  • Canards et gazettes sur la bête du Gévaudan en 1764: font frémir la France et l’Europe entière.

  • Textes accompagnés de gravures sur bois regorgent de détails horrifiques: descriptions de la bête, ses crimes (enfants dévorés);

  • Derrière ce sensationnel, dénonciation politique sous-jacente: défaillances du gouverneur de la province, mise en défaut de l’ordre public, souffrances du petit peuple de la part des Grands // Jack L’Eventreur.



1.5. Avec quels effets?

  • L’image est essentielle dans la reconnaissance et l’institutionnalisation des autorités.

  • Signe d’un événement majeur (assassinat de JFK filmé par un simple spectateur Abraham Zapruder le 22 novembre 1963).

  • Elle participe des cérémonies de l’information (religieuses, politiques, sportives)


Image et événement

  • Pour réfléchir sur leurs liens:

  • Duprat, Annie, Delporte, Christian, L’événement, histoire, mémoire, représentations, Grâne, Créaphis, 2003.

  • Choix de passer ou non par l’image pour faire événement: ex. Pendant la Fronde, les mazarinades comportent bien peu d’images car les Frondeurs, grands seigneurs et princes du sang, dédaignent cette forme d’expression.

  • Souvent, en histoire, les images sont une appropriation a posteriori de l’événement: à interroger en tant que telle, donc.


Pb de l’événement sans image

  • Auschwitz: 2 photos extérieures: « Arbeit Macht Frei » et rails de chemin de fer; 4 photos clandestines prises par des membres des Sonderkommando en août 1944: intérieur d’une chambre à gaz, fosse ouverte, bûchers de crémation des cadavres, file de femmes nues attendant la mort.

  • Extermination dans les camps de Dora ou de Sobibor détruits par les nazis dès 1943 rejetée de la mémoire collective.

  • Pb: la connaissance passe par la preuve et la preuve par l’image, or menace du révisionnisme « hypercritique ».


Autre problème: comment mesurer l’effet des images?

  • Que se passe-t-il lorsqu’on voit une image?

  • Marie-José Mondzain, Le commerce des regards, Paris, Seuil, 2003.

  • Association de l’image à la vision, mais les choses ne sont pas si simples

  • Question du sens partagé dans l’expérience sensible

  • Le visible n’est pas partageable

  • Opération de mise en mots




  • L’historien se limite à interroger le spectateur, replacé dans son environnement (culturel, intellectuel et sensible) et l’image (décodée et analysée avec précision) mais le lien entre les deux reste e naprtie mystérieux.

  • 2 questions essentielles:

  • Quelle est l’intentionnalité du document?

  • Comment mesurer l’effet des images sur un individu ou une population? On ne peut enregistrer que ce qui a eu lieu: « effet-action », propagande par ex. parvenue à ses fins.


Manipulation par l’image

2 réalités différentes:

  • Falsification de la réalité par un document iconographique: caricature, montage, retouche. Nécessité d’une confrontation aux faits tels que décrits par ailleurs.

  • Campagne d’opinion utilisant les ressources visuelles pour mieux faire passer un message: étudier nombre, rhétorique graphique, répétition des images produites (sur plusieurs supports par ex. cf. Uncle Sam aux EU)




  1. Méthodologie de l’analyse historienne de l’image

Problème: analyser et décrypter les images tout en respectant des impératifs de contextualisation et d’historicisation des données.

2.1. Les réflexes méthodologiques: classer, décrypter, analyser, compter

2.1.1. Classer: établir un corpus

  • Constituer, organiser et quantifier un corpus en fonction de la thématique choisie. Ce qui conviendra le mieux en fonction du projet adopté.


Ex. Représentation de la femme dans l’imagerie occidentale du XXe siècle

  • -> (A. Duprat)

  • photographies de manifestations de suffragettes dans les années 1920 en Angleterre, affiches publicitaires du Salon des Arts Ménagers dans les années 1960, archives filmées surs les exploits des aviatrices Hélène Boucher, Maryse Bastié, reportages filmés sur les occupations d’usines en 1936.

  • Plus simple quand on décide d’emblée d’étudier un média donné: ex. Illustrations d’un périodique sur une période.


Mais précaution initiale:
analyse des fonds

  • Images conservées dans des collections, mais comment ces collections ont-elles été constituées: quelles logiques, quels intérêts?

  • Qui était le collectionneur? Quels choix a-t-il opéré?

  • S’intéresser aussi, plus simplement, à l’état des collections. Si possible, confronter plusieurs collections pour éviter une distorsion des résultats liée aux choix d’une collection précise.



2.1.2. Décrypter et analyser

  • 1er piège à éviter: évidence et transparence du document, le prendre sans s’interroger sur:

  • Sa nature,

  • Ses auteurs,

  • Les milieux dans lesquels il circule,

  • Les raisons pour lesquelles il a été fabriqué

  • Trucages éventuels




  • 2ème piège: approche téléologique (orientée par les fins que l’on s’est assignées

  • Chercher le document qui correspond à ce que l’on veut démontrer, toujours possible à trouver.

  • Orienter son interprétation en fonction de ce qu’on veut prouver (plus facile avec l’image, dont le sens officiel est rarement explicité).

  • Pour parer à cela, examiner l’ensemble des sources iconographiques.


Réflexes historiens

  • Replacer l’image dans son contexte: conditions techniques de la sa production, effets (attesté par d’autres sources -> « effet-action » Duprat)

  • Référer l’image à sa matérialité (qui détermine en partie son mode de « consommation »): taille, nombre, prix, reproduction en NB ou en couleur?




  • Examiner le rapport entre l’image et l’événement représenté: l’image ne dit pas le réel (ce qui s’est passé) mais met en scène le réel (donne une « représentation » qui révèle une logique):

  • Ex. événement révolutionnaire le plus représenté avant 1792: serment du Jeu de Paume; après 1792: prise de la Bastille.


2.1.3. Compter

  • Faire un catalogue des documents repérés et/ou sélectionnés (selon des critères spécifiques à la recherche).

  • Quantifier les occurrences de tel élément pertinent: ex. représentations animalières de LXVI, évolution au fil des ans: forte augmentation entre 1791 et 1793 (guillotine).




  • Image précède-t-elle le réel? (mise à mort symbolique du roi avant son exécution)

  • En tout cas, ici, symptôme de l’opinion et préparation des conditions de l’événement.

  • Image prise en tant qu’indice.


Questions corollaires

  • Image-reflet: paradigme indiciaire

  • Que révèle-t-elle?

  • Indice de quel changement? De quelle sensibilité nouvelle?

  • Les documents iconographiques peuvent confirmer un discours construit par ailleurs ou le nuancer -> « image » d’un personnage public. Ex. Napoléon. Étudier l’apparition ou la disparition de certains signes. Ex. portraits officiels des rois de France.




  • Mais image - reflet du regard porté sur l’événement et des préoccupations et/ou intentions de celui qui la produit:

  • Reconstruction par la mémoire

  • Point de vue

  • Propagande politique


Rapports avec la sémiologie?

  • Intérêt: installe la lecture des images comme une discipline à part entière.

  • Risques:

  • Enfermement dans le texte: en extraire une structure interne, et après? Attention à l’abstraction.

  • Imposition d’une lecture idéale: celle de l’analyste qui a décortiqué le texte, mais quid des lectures « ordinaires »? Imprévisibilité de ces lectures.

  • Mais le fossé se resserre: empirisme des uns, intégration de l’étude des images par les autres.




  • Nécessite de reconstituer les codes culturels du moment: iconologies. (Na pas plaquer les siens).

  • Attention à la grille de lecture: efficace pour le cœur de l’objet mais délaissant les marges (ce qui ne correspond pas à la grille): risque de conforter un préjugé




  • Problème du comptage: tenir compte de l’écart entre ce qui a été produit et ce qui nous est parvenu -> les documents les plus répandus sont aussi les plus détruits parce que considérés trop banals pour être conservés.

  • Reprise d’une image: indice de sa prégnance dans l’imaginaire collectif: hapax -> initiative isolée.

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