Colloque des 30 et 31 octobre 2009 aux Bernardins : La relation franco-allemande de 1945 à nos jours et René Girard : «Achever Clausewitz»





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date de publication06.11.2017
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Colloque des 30 et 31 octobre 2009 aux Bernardins : La relation franco-allemande de 1945 à nos jours et René Girard : « Achever Clausewitz »
Ce colloque clôt les manifestations 2009 de la Chaire « René Girard » du Collège des Bernardins. Membre de l’Académie Française et Professeur émérite à Stanford, René Girard est l’auteur d’une œuvre prolifique qui a jeté les fondements d’une anthropologie moderne (« Mensonge romantique et vérité romanesque », « La violence et le sacré »,  «  Des choses cachées depuis la fondation du monde »,…). Les cinq conférences données en 2009 dans le contexte de cette Chaire avaient réuni, autour du thème de l’ « Apocalypse » de grands spécialistes de la pensée de René Girard : L. Scubla, M. Serres, P. Dumouchel, R. Calasso et J.P. Dupuy. Issus de courants de pensée novateurs, ces travaux ont été approfondis, depuis les dernières décennies, notamment, autour du CREA (Centre de Recherche en Epistémologie Appliquée de l’Ecole Polytechnique), du CSLI (Centre d’Etudes du Langage et de l’Information) de Stanford University , ainsi que de l’université Ritsumeikan de Kyoto.

C’est à B. Chantre, coauteur de « Achever Clausewitz » avec René Girard, que revient l’initiative de cette conclusion magistrale de l’année René Girard aux Bernardins : celle-ci a été orientée sur les relations franco-allemandes, analysées à travers le prisme de l’hypothèse mimétique (voir mon compte rendu de « Achever Clausewitz » et l’interview de B. Chantre dans Allemagne d’aujourd’hui -N°184-avril-juin 2008).
Sept approches principales ont été retenues pour cerner les enjeux de la relation franco-allemande dans son passé, son présent et son avenir : l’histoire, la stratégie et la défense, la diplomatie, l’économie, l’écologie, les religions et les arts, et la philosophie, l’ensemble faisant l’objet d’une synthèse et d’un dialogue en présence de René Girard, en fin de seconde journée.

Belle ambition destinée à « aborder la question de l’identité de l’Europe et de son avenir » au sein du collège des Bernardins, autour d’ A. Guggenheim. Héritier d’une tradition pluriséculaire d’enseignement des arts libéraux, à travers le « trivium » et le « quadrivium » universitaires, le Collège des Bernardins « entend devenir un lieu d’exception où la culture est au service de l’homme dans toutes ses dimensions : émotion, intelligence, volonté, création, interrogation ». Cette attitude a été illustrée par la présentation du colloque regroupant à la tribune, outre B. Chantre et A. Guggenheim, J.D. Giuliani (Président de la Fondation Robert Schuman ) et P . Herzog (Confrontations Europe).
Il est impossible de traduire en quelques pages la somme de connaissances et de réflexions produite par tant d’éruditions ainsi rassemblées, pendant ces deux jours, dans ce haut lieu de la pensée européenne. Après ces confrontations intellectuelles apparaissent de nouvelles interrogations…
Aussi ai-je pris le parti de ne retenir que quelques « idées-forces » de certains orateurs, dont je me suis senti le plus proche. Que ces derniers veuillent bien me pardonner d’insister sur une partie seulement de leurs propos et que les autres soient certains qu’ils trouveront ailleurs de chaleureux échos de leur éminent travail, en particulier dans les actes à venir du présent colloque.
Consacrée à la « montée aux extrêmes », terme-clef de la pensée girardienne, la première table ronde du vendredi visait à appliquer ce concept à l’histoire récente du couple franco-allemand.

Pour B. Chantre, Président de l’Association de Recherches Mimétiques, l’indifférence l’un à l’autre, telle quelle est prônée par Sloterdijk, des deux grands adversaires mimétiques des derniers siècles en Europe, ne saurait suffire à construire l’avenir. Les ambitions d’une globalisation en manque de repères appellent le retour de l’Europe sur la scène mondiale. C’est à travers l’abandon des rivalités concurrentielles franco-allemandes que pourrait apparaitre la promesse d’une

Évolution constructive au plan mondial. Au delà des données politiques, les lignes de force spirituelle reliant Hölderlin, Husserl, Bergson et Girard balisent un itinéraire inédit, requérant l’intervention de nouvelles personnalités de premier plan, et ceci préalablement aux avancées politiques.

Pour E. Husson, Professeur à l’Université d’Amiens, et auteur, notamment d’ « Une autre Allemagne » parue en 2005, Heine apparait comme l’un des meilleurs guides en matière de relations franco-allemandes. Celui-ci recommande, dès 1834, («  De l’Allemagne, de la France ») aux Français de ne pas intervenir dans les querelles internes allemandes. La difficile recherche d’identité  du peuple allemand se fait contre « un bouc émissaire » potentiel. Les progrès de la réconciliation franco-allemande ne se réaliseront qu’à l’issue de la dernière guerre mondiale, une fois la « montée aux extrêmes » épuisée et grâce à des modèles (« Exempla ») sortant du cercle vicieux des revanches mimétiques : Brandt, Kohl, Schuman, de Gaulle,…
Coordonnée par J. P.Dupuy, proche de René Girard à Stanford et philosophe des sciences, particulièrement concerné parles risques actuels en matière de défense (prolifération nucléaire, terrorisme,…), la seconde table ronde réunissait Y. Boyer, B. Heuser et J. Janning. Président de la Société Française d’Etudes Militaires et Directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, Yves Boyer a rappelé les étapes successives de la coopération militaire franco-allemande, en soulignant les diverses exigences de moyens aux niveaux stratégiques, opérationnels et tactiques. B. Heuser, Maître de conférence au King’s College de Londres (Department of War Studies) a comparé, non sans hardiesse, les approches stratégiques de divers acteurs européens (Frédéric Guillaume 1er, Napoléon, Tirpitz, Jaurès,…). Grâce à cette table ronde, et surtout à travers l’intervention de J. Janning , est apparue l’opposition irréductible entre la logique des intérêts stratégiques et les conduites inspirées par les rivalités mimétiques, au plan international.
Parmi les sujets abordés par M.M. J.Bitterlich (Veolia), J. Fritz-Vannamme(Fondation Bertelsmann) et P.Herzog (Confrontations-Europe), au cours de l’intéressante table ronde consacrée à l’économie et animée par Etienne Pflimlin, Président du Crédit Mutuel, on relève, notamment, les succès contrastés de la coopération franco-allemande (Alsthom-Siemens, Areva-Airbus, Sanofi-Aventis,…), les attitudes critiques à l’égard de la BCE, les différences de tempo dans les réactions en temps de crise (centralisation versus fédéralisme). L’émergence des entreprises transnationales (« global players ») et l’interdépendance incontournable des économies allemandes et françaises appellent de nouvelles formes d’intégration, au détriment éventuel d’une certaine conception de l’Europe…
La présentation de Jean Marie Pelt, Président de l’Institut Européen d’Ecologie, Professeur de botanique et de biologie végétale à l’Université de Metz, est superflue. Auteur de plus de quarante ouvrages, dont le remarquable « La raison du plus faible » paru en 2009, il a consacré sa « causerie » à une évocation émouvante de Robert Schuman, qu’il a côtoyé pendant plus de trente ans. Ecologiste avant l’heure l’ attitude de Schuman se caractérise, d’après J.M. Pelt, par des termes peu utilisés actuellement : douceur, frugalité, modestie, sobriété, spiritualité… Visionnaire, il a permis l’ancrage de l’Allemagne, de la France et de l’Europe en général dans le monde libre, en dépit de la brièveté de sa carrière politique et de la violence de divers opposants.
La soirée du vendredi 30 octobre a été animée par J.P.Jouyet, ancien Secrétaire d’Etat chargé des Affaires Européennes et actuel Président de l’AMF. Sa connaissance intime des approches diplomatiques récentes met en lumière l’importance des relations personnelles au plus haut niveau, en dépit des divergences d’intérêt, voire de caractères…
Orientée vers les questions religieuses, la première table ronde du samedi matin a été préparée par Antoine Guggenheim, entouré de W. Guggenberger, spécialiste d’éthique sociale et
professeur à l’Université d’Innsbrück, de R. Brague, médiéviste et professeur à Panthéon-Sorbonne également titulaire de la Chaire Romano Guardini à l’Université de Münich, et de Paul Thibaud, ancien Président de l’ Amitié Judéo-Chrétienne de France. W. Guggenberger a brossé un remarquable panorama de l’histoire religieuse européenne, des premiers affrontements du cesaro-papisme jusqu’aux thèses du Pasteur D. Bonhöffer, mettant en lumière les prétentions prématurées d’universalisme de certaines institutions religieuses.

Le propos de R. Brague était centré autour d’une règle et de deux thèses concernant l’Islam vu d’Allemagne et de France, voire d’Europe. D’une part, nous autres Européens, nous  «  ne comprenons pas » l’Islam, d’autre part, nous sous -estimons le caractère « archaïque » (au sens  «  premier ») de la religion de Mahomet, et enfin, les Chrétiens sont, pour les Musulmans, des « falsificateurs » du message divin.

P. Thibaud a exprimé des craintes, nourries de son expérience, sur la pertinence de la « repentance », en revenant sur de nombreux aspects méconnus, telle l’action de Jules Isaac (les rencontres de Seelisberg), le point de vue de Bernanos sur le nazisme ou encore l’attitude de l’Eglise autrichienne à différentes époques. La comparaison, selon P. Thibaud, de la rhétorique d’Hitler avec certains textes du Nouveau Testament (« Ma volonté est ma Foi »…) n’a pas manqué pas d’interpeller bien des auditeurs !
Le domaine des arts, trop vaste pour ne pas être survolé, avait été circonscrit par les organisateurs à l’axe Paris-Berlin. C’est dans ce contexte que C. Grenier, Directrice adjointe du Musée d’Art Moderne, a coordonné les interventions de Ch. Boltanski, Professeur aux Beaux Arts de Paris, de H.G. Clement (Directeur culturel de la Fondation Adenauer) et de U. Krempel.

Pour Ch. Boltanski, familier des milieux artistiques des deux côtés du Rhin, il est urgent de ne pas revenir sur les pesanteurs de l’histoire et de tourner résolument la page. Comme P.P. Sagave en son temps, il fait l’apologie du milieu juif culturel d’Outre Rhin au cours des deux derniers siècles.

H.G. Clement et U. Krempel ont décrit avec ferveur les multiples relations - et influences réciproques - entre artistes allemands et français au cours du XXème siècle, insistant sur le rôle essentiel de l’émigration allemande en France (Max Ernst, W. Benjamin, …).
Consacrée aux conclusions du colloque, l’après midi du samedi reposait sur un triptyque : guerre et philosophie, dialogue avec René Girard, synthèse par le directeur du Collège des Bernardins, J. Beau.

Benoit Chantre, responsable de la première table ronde l’avait organisée en trois temps, par rapport à l’œuvre de R. Girard : thèse par W. Palaver, Directeur du département de recherche « Religion-politique-ordre mondial » de l’Université d’Innsbrück, antithèse par P. Manent, Directeur à l’EHESS et spécialiste de philosophie politique, et synthèse par J. V. Holeindre, doctorant de P. Manent.

W. Palaver aborde le sujet sous un angle original, puisqu’il s’agit de la pensée de C. Schmitt, dont il est lui-même spécialiste : il est vrai que C. Schmitt avait écrit, en 1936, un article sur la conception du politique chez Clausewitz…Cet étrange détour n’a pas manqué de confirmer le côté apocalyptique, par nature, de la guerre moderne. P. Manent, inspiré des thèses de R. Aron, nie à l’hypothèse mimétique un pouvoir explicatif général en matière de relations franco-allemandes. Il insiste sur les divergences historiques qui caractérisent les évolutions des deux pays au cours de la première moitié du XXème siècle. Tentant une synthèse avec l’aide de B. Chantre et J.P. Dupuy, J. V. Holeindre souligne l’opposition entre la guerre traditionnelle, suscitant duels et attitudes héroïques, et la dimension planétaire des rivalités réciproques qui alimente les formes modernes de la guerre.
Face à ces graves interrogations sur le sens de l’histoire franco-allemande, René Girard n’a pas manqué, en conclusion, d’exprimer une attitude dubitative à propos des réflexions échangées, voire sa perplexité croissante  à l’égard de la « spirale rivalitaire » qui prend désormais une dimension planétaire.

Gérard Valin



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