Dialogues et phraséologie dans quelques dictionnaires plurilingues du xvie siècle (Berlaimont et Solenissimo Vochabulista) Maria Colombo Timelli





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Dialogues et phraséologie

dans quelques dictionnaires plurilingues du XVIe siècle

(Berlaimont et Solenissimo Vochabulista)

Maria Colombo Timelli

Université de Milan



« La forme dialoguée est sans doute aussi vieille que l’institution scolaire » écrit Louis Holtz (Holtz 1981 : 100). De fait, le recours au dialogue comme stratégie didactique a une tradition ancienne dans la culture occidentale. Pour ce qui est de l’enseignement des langues, du latin en l’occurrence, la première attestation d’une pratique scolaire entièrement fondée sur le dialogue remonte au IVe siècle : il s’agit, bien entendu, de l’Ars minor de Donat1, manuel célèbre dont la trans­mission ininterrompue tout au long du Moyen Age a assuré en même temps la survie d’un contenu rigidement structuré et hiérarchisé (la morphologie des huit parties du discours) et d’une forme (l’organisation catéchétique de ce contenu) appliquable, et appliquée, à tous les domaines du savoir2. Dans le cas spécifique de l’Ars minor le procédé question/réponse est cependant loin de refléter une si­tuation de communication réelle : il ne constitue qu’un outil mnémotechnique susceptible d’aider la mémorisation de la part des élèves, appelés à apprendre par cœur et à répéter leurs cours (cf. Riché 1985).
Pour ce qui est, en revanche, de l’enseignement des langues modernes, et du fran­çais tout spécialement, la tradition du dialogue remonte, cela aussi est bien con­nu, au XIVe siècle3. Ce qui différencie profondément ces dialogues, élaborés en Angleterre et aux Pays-Bas, de la tradition donatienne que l’on vient de rappeler, c’est qu’ils se proposent comme « modèles » à reproduire dans la réalité lorsque des situations analogues de communication se présentent. Ce sont de fait des né­cessités concrètes d’apprentissage d’une L2 (commerce, voyages surtout) qui déterminent le recours au dialogue-modèle dans les manuels groupés sous la dénomination de « manieres de langage » (Lusignan 1986 : 91-127)4.
A la fin du Moyen Age, sous l’influence de l’humanisme, le recours à ce genre de dialogues se généralise en tant que pratique didactique et s’introduit dans les cours de latin même : rédigés par des maîtres allemands, flamands, espagnols, français et suisses, ces « colloques scolaires » se proposent de ressusciter la langue de Cicéron et de l’adapter aux besoins de communication quotidienne des étudiants des Universités (Massebieau 1878).
D’autre part, entre le XVe et le XVIe siècle, l’enseignement des langues vulgaires se pourvoit de nouveaux instruments, souvent plus complexes sinon plus com­plets, que leurs homologues médiévaux : les dictionnaires plurilingues, véritable phénomène culturel et éditorial de la Renaissance, constituent en réalité des ma­nuels de référence pouvant comprendre une « section dialogues » à côté de la partie plus spécialement consacrée au lexique.
C’est à ce genre d’ouvrages que nous nous arrêterons, et en particulier à ces dic­tionnaires qui ont pu être définis « pratiques » par contraste avec les diction­naires « doctes » compilés au cours des mêmes décennies5. Publiés les uns et les autres d’innombrables fois dans l’Europe entière, surtout au XVIe, mais encore au XVIIe voire au XVIIIe siècle, ils se différencient essentiellement par le public qu’ils visent : œuvre d’humanistes, les dictionnaires doctes (Calepinus, Nomenclator, Decimator) s’adressent à un public homogène, imbu de culture classique, maî­trisant les langues de l’Antiquité, le latin surtout, mais également le grec. En rapport plus direct avec les manuels médiévaux, les dictionnaires dits pratiques (Solenissimo Vochabulista, Berlaimont) visent un public plus différencié : mar­chands, voyageurs, mais aussi femmes et « artisans », étudiants parfois (Finoli 1989 : 336). Ni le latin ni le grec ne sont exclus de ces ouvrages, preuve, d’une part de l’intérêt renouvelé de la Renaissance pour les langues anciennes, d’autre part, et pour le latin surtout, du rôle véhiculaire que cette langue continue de jouer même en dehors du monde de l’école6.
Le Solenissimo Vochabulista7 et le Berlaimont8, objets de nos observations, ont une histoire analogue, qui se répète à quelque 50 ans de distance : nés comme dictionnaires bilingues comprenant la langue locale (l’italien, ou, mieux, le véni­tien, pour le Vochabulista, édité à Venise ; le flamand pour le Berlaimont, publié à Anvers) et la langue étrangère la plus nécessaire pour les échanges quotidiens (l’allemand pour le premier, le français pour le second), ils évoluent princi­palement par ajouts successifs  éventuellement par substitution  de langues, présentées sur colonnes juxtaposées9.
Cependant, le contenu de ces deux ouvrages, ainsi que la distribution interne de celui-ci, diffèrent sensiblement. Le Vochabulista est dès ses débuts (la première édition apparaît en 1477) et demeurera pendant toute son histoire (dernière édi­tion : Rouen, 1636) presque exclusivement un dictionnaire, un répertoire lexical, où la matière est divisée en deux livres : dans le premier, le lexique est organisé par champs sémantiques10 ; cette partie, qui rappelle de près les « nominalia » mé­diévaux, exclut toute phraséologie. Le second livre comprend, au moins à partir de 153411, quatre chapitres où les lemmes sont rangés par catégories morpho­logiques (« des verbes ou raisons », « des noms », « des adjectifz et pronoms et adverbes », « d’oraisons »). C’est sur ce dernier chapitre, où sont mêlés de brefs dialogues, de la phraséologie, des conjugaisons verbales, plus rarement des mots isolés, que porte mon étude.

Quant au « dictionnaire » de Berlaimont, publié entre 1530 et 1759, cette déno­mination ne lui convient que très partiellement, puisque le lexique  disposé par ordre alphabétique sur la langue d’entrée  ne constitue que la deuxième partie de l’ouvrage. De fait, le Berlaimont est plutôt un véritable manuel, qui réunit dans une première section une série de dialogues, des lettres, des contrats, quittances, proposés comme modèles. Au cours des années, la « méthode » s’enrichit de parties complémentaires : traités d’orthographe ou de phonétique, prières, conju­gaisons verbales etc. (Colombo Timelli 1992 : 412-413). On aura reconnu sans peine la typologie des textes élaborés en Angleterre entre le XIVe et le XVe siècle pour l’enseignement du français : une « maniere de parler » (les dialogues), un « ars dictaminis » (les lettres), un « nominale » (lexique), un traité d’orthographe. Les « colloques » qui inaugurent l’ouvrage de Berlaimont en constituent sans aucun doute la partie marquante, comme le prouve indirectement le changement du titre dans une série importante d’éditions à partir de 1576 : « Colloques Ou Dialogues Avec Un Dictionaire... »12. Les trois dialogues originaux du Berlaimont fourniront le deuxième volet de notre tableau13.
Parmi les très nombreuses éditions du Solenissimo Vochabulista (90 environ) et du Berlaimont (ca. 150), il fallait choisir des textes de référence. Pour le Vochabulista, j’ai opté pour la première édition française (Le dictionaire des huict langages..., Paris, Le Tellier, 1546), celle où, d’après une analyse lin­guistique détaillée, le français se présente sous une forme soignée et en tout cas plus correcte que dans les éditions précédentes14.
Pour le Berlaimont le même critère ne pouvait être automatiquement appliqué, les éditions françaises étant en même temps très rares (deux, si l’on excepte les 16 éditions bretonnes, qui forment un groupe à part) et tardives (Saint-Omer 1623, Lille 1703 ; les éditions bretonnes ont paru entre 1626 et 1759). Il s’agissait donc de choisir une édition parue vers la moitié du XVIe siècle, pour ne pas fausser une éventuelle comparaison avec le Vochabulista de Le Tellier, chez un éditeur, sinon français, ce qui s’avérait impossible, dont la production en langue française pourrait garantir une langue soignée sous ses différents aspects ; Barthélemy De Grave, qui publia à Louvain 4 éditions du Berlaimont entre 1551 et 1560, semblait répondre à toutes ces exigences : je me suis donc arrêtée au Vocabulaire en quatre langues de 155115.
* Le dictionaire des huict langages, livre II, chapitre IV : analyse
Les critères ayant présidé au tri linguistique et à l’organisation des locutions dans le tout dernier chapitre du Dictionaire demeurent, c’est le moins qu’on puisse dire, mystérieux16.
Cependant, on peut reconnaître des groupements minimaux, correspondant à :
  des séries construites par simple analogie :
il souspire profondement / il est troublé ;

j’ay esperance / je suis content ;

c’est trop cher / il me desplaist (n7v).
Rien que l’association des idées ne peut expliquer ces chaînes de locutions, le même critère ayant d’ailleurs déterminé en grande partie l’agencement du lexique dans les champs sémantiques du premier livre du Dictionaire17.
  des sortes de binômes où un lemme est proposé une première fois isolément, et une seconde fois à l’intérieur d’une brève réplique :
mal content / je suis mal content (n1v).
  des séries où les locutions successives répondent au critère sémantique de l’opposition, réalisée soit par la forme affirmative/négative du verbe, soit par l’emploi d’antonymes :
il ne me plait pas / il me plait bien (n1v) ;

c’est mal faict / c’est bien faict (n3v) ;

baisse toy / lieve toy (n3v) ;

je l’ay faict / je ne l’ay pas faict (n4v)18 ;

il est plein / il est vuide (n4v) ;

la main dextre / la main senestre (n5v) ;

va t’en / demeure (n8v).
  des séries où, en revanche, le principe suivi semble plutôt être celui de la (pseudo-)synonymie :
ce n’est pas vray / il ne me semble pas (n2v) ;

cestuy là me veult tuer / cestuy là est mon ennemy mortel / cestuy me veult mal, et sy ne sçay pourquoy (n6v) ;
ou, malgré le changement du temps verbal :
il me convient de plourer / il m’estoit besoing de plourer (n8v).
  des listes de locutions proposant des changements paradigmatiques, ce groupe pouvant naturellement recouper en partie les deux précédents :
viens avec moy / ayde moy / monstre moy (n4v) ;

Dieu vous salve / Dieu vous doint bon jour / bon an / Dieu vous ayde (n8v) ;

mon nom / ton nom / en vostre nom / le nom de Dieu (o4v) ;

toute chose / une chose (o5v).
  de brefs dialogues. Sans être nombreux, ils constituent le groupe le plus inté­ressant à nos yeux. Ils peuvent se réduire à deux petites répliques, le plus sou­vent question/réponse :
je ne vueil pas / pourquoy ne veulx tu pas ? (n1v) ;

il me poise de ces choses / ayez patientes19 (n2v) ;

où est il ? / je ne sçay (n3v) ;

que veulx tu ? / je ne vueil rien (n3v) ;

n’as tu pas encore vendu tes biens ou marchandises ? / ouy, grace à Dieu (o5v) ;
ou s’étendre à un nombre plus important de répliques :
je suis trompé / de qui ? / d’un belistre (n1v) ;

tu mens / non certes / je ne le croy pas / pourquoy non ? (n2v) ;

tu ne m’as pas encore rendu ma chose / je te la rendray tantost / regarde que le faces tost, car je ne puis attendre plus longuement (n5v) ;

tu ne laisse nulluy dormir / pourquoy ? / pource que tu ne fais toute la nuit autre chose que ronfler (n8v-o1v) ;

vas coucher / point encore / vas, car il te fault demain lever bien matin / à quoy faire ? / il te fault porter lettres à Milan (o1v) ;

la jambe me faict si mal que je ne sçay cheminer à pié / prens un cheval / cherchez m’en un (o1v) ;

tu lie le fardeau trop grand, tu ne le pourras porter / je le porteray aisément (sic) (o2v) ;

que veulx tu achepter, je vouldroye aussi achepter quelque chose / si vous sceussiez quelque chose bonne / ouy, je sçay espices et autres choses (o5v - o6v).
Bien que toutes proposées hors contexte, ces petites conversations nous renvoient incontestablement aux deux sujets-clé des « manieres de parler » médiévales : le voyage et le séjour à l’hôtel d’une part, le marché de l’autre.
Au delà de cette première classification des entrées – valable pour toutes les langues proposées dans le Dictionaire – l’analyse linguistique du français pré­sente un intérêt certain20. On relève donc des constantes :
– recours systématique au sujet je :
je suis mal content / je ne suis pas digne / je ne vueil pas / je suis trompé (n1v) ; je m’esmerveille / je ne le croy pas / je ne le vueil pas faire... (n2v)21.
Même dans des locutions a-verbales ou à verbe impersonnel et en dehors des répliques en dialogue, le je constitue la seule personne de référence :
selon ma coustume / fais selon mon sens / il ne me plait pas / il me plait bien / laisse moy faire (n1v) ; il me poise / il ne me semble pas22.
– emploi très fréquent de l’impératif, reflet sans doute de la communication orale. La forme du singulier l’emporte de loin sur celle du pluriel (34 exemples contre 7), ce qui n’est pas sans rapport avec le registre familier qui caractérise ce chapitre dans son ensemble :
fais selon mon sens / attens / laisse moy faire (n1v) ; ayez patientes (sic) (n2v) ; baisse toy / lieve toy / va t’en d’icy / siedz toy / fais moy place / siedz toy coy (n3v)23.
– recours aux « mots vides », sans doute dans le but implicite de permettre un emploi très étendu de la locution :
chose : en faisant telle chose (n1v) ; il me poise de ces choses (n2v) ; tu ne m’as pas encore rendu ma chose (n5v) ; il signifie quelque chose (o4v) ; je vouldroye aussi achepter quelque chose, si vous seussiez quelque chose bonne / ouy, je sçay espices et autres choses (o6v).
ceci / cela : qui eust creu cela ? (n2v) ; je vueil faire cela (n4v) ; cherche cecy (n6v) ; comment s’appelle cela ? (n7v) ; laisse moy avoir soing de cela (o2v) ; tenez cecy (o3v) ; que signifie cela ? (o4v).
Cette « banalité » lexicale est confirmée par l’emploi fréquent de verbes passe-partout : être et avoir, aller, venir, donner, dire, faire, vouloir, savoir – bien que des verbes au sens plus restreint soient aussi présents24 – proposés dans des formes, modes, temps, personnes, très divers25. Ce choix est sans doute déter­miné par la très haute fréquence de ces verbes dans la communication courante et répond donc à un double critère d’économie et de productivité linguistique. Cependant, il contraste bizarrement avec quelques expressions très précises pro­posées soit isolément soit à l’intérieur des brefs échanges rappelés plus haut, et par conséquent difficilement utilisables telles quelles dans des situations de communication réelle :

je suis seur que ceulx ci parlent de toy et de moy (n4v-n5v) ;

il luy souvenoit bien quand il le veoit devant ses yeulx (n6v) ;

regardes que tu ne chees en quelque maladie (n7v) ;

tu ne fais toute la nuit autre chose que ronfler (n8vo1v).

* Le Berlaimont de 1551, livre I, dialogues : analyse
Les trois dialogues de Noël de Berlaimont, de longueur et complexité décrois­santes, sont organisés comme autant de petites pièces de théâtre pour lesquelles on imagine sans difficulté des représentations en classe26. Dans le prologue au deuxième livre (N1v), ils sont définis « comme patrons et figures », des modèles de communication en somme, que l’élève pourra adapter à des situations différentes grâce au lexique alphabétique qui suit, et qui offre « matiere pour for­mer et composer aultres propos et sentences ».
L’aspect théâtral de ces textes, qui annoncent en ouverture le nombre et le nom des protagonistes, est particulièrement frappant dans le premier dialogue (« Ung convive de dix personaiges... »), où plusieurs scènes se succèdent, au rythme des entrées et sorties. D’autre part, c’est peut-être en didacticien que Berlaimont a attribué à quelques-uns de ses personnages un prénom dont la lettre initiale coïncide avec celle de son rôle dans la pièce : le père s’appelle Pierre, la mère Marie, un frère François. C’est ainsi que les répliques précédées d’un P. sont tout de suite rapportées au père plutôt qu’à un prénom parmi d’autres.

Le dialogue, qui s’étend sur 21 colonnes, s’ouvre sur la brève rencontre dans la rue de deux jeunes garçons, élèves dans la même classe. L’un des deux rentre à la maison, où sa mère lui donne toute une série d’ordres pour le dîner (il s’agit de dresser la table et de s’occuper des derniers achats) ; les premiers convives se présentent : chaque arrivée est l’occasion de salutations et de conversations sur des sujets d’intérêt plutôt général (la santé, les études des enfants...). Finalement on s’assied à table, non sans s’être préoccupé auparavant de l’attribution des places et avoir récité le Benedicite : les propos concernent alors nécessairement les mets et le service de table. Le dîner subit cependant quelques interruptions : un serviteur qui présente une invitation pour le lendemain, un des enfants qui rentre en apportant du vin, un deuxième serviteur qui amène un cadeau pour le maître de la maison. Les répliques se succèdent encore sur les études des enfants  inutile de préciser que ceux-ci étudient le français , la qualité du vin, les nou­velles de la guerre. On porte aussi des toasts. Après les « grâces » et quelques dernières politesses, tout le monde prend enfin congé.
Si l’intérêt de l’historien de la langue est sollicité par le témoignage que les dialogues de ce genre offrent sur la langue parlée27, l’attention de l’historien de la didactique des langues  du français, en l’occurrence28  est plutôt stimulée par l’analyse du lexique et des fonctions linguistiques présentés. Le lexique mis en œuvre dans ce premier dialogue se groupe autour de quelques noyaux faci­lement reconnaissables : les meubles, les ustensiles de table, les mets, le vin d’abord, mais aussi l’argent et les prix, domaines ceux-ci qui seront massive­ment illustrés dans les deux dialogues qui suivent. Les différentes situations déterminent en outre une série de fonctions linguistiques fondamentales souvent en rapport avec les champs sémantiques cités : dire bonjour / prendre congé, de­mander des nouvelles, offrir, servir à boire / à manger, demander / dire le prix.
Dans l’ensemble, plusieurs réalisations langagières peuvent être proposées pour la même fonction ; par exemple, pour ce qui est des salutations, les différentes expressions s’adaptent au moment de la journée et/ou à l’interlocuteur envisagé :
Dieu vous doint bon jour ; bon jour vous doint Dieu (A3v) ;

Dieu vous conduyse ; Dieu vous doint bon vespre (A4v) ;

soyez (le) bien venu (B2v, B3v, D2v) ;

bon soir, mon amy (D1v) ;

Dieu benie toute la compaignie (D1v-D2v) ;

Dieu vous doint bonne nuict (D2v, E3v) ;

Dieu vous benie (E3v) ; à Dieu vous commande (F3v).
Analoguement, on relève des expressions quasi synonymes, se suivant soit dans la même réplique soit à quelques lignes de distance, et qui répondent sans doute au désir de fournir un répertoire riche en formules presque interchangeables :
comment vous portez vous ? comment vous est il ? (A3v) ;

il m’en fault aller ; je ne puis rester plus longuement (A4v) ;

où avez vous attendu sy longuement ? pourquoy venez vous sy tard ? (A4v) ;

voulez vous là demeurer ? pourquoy n’entrez vous point dedens ? (B3v) ;

pourquoy ne venez vous point ? fault il qu’on vous appelle ? (C1v) ;

dictes luy que je suis le serviteur de son oncle, ou dictes luy que je viens de son oncle (D1v).
L’aspect didactique du dialogue émerge encore à d’autres occasions. Il est surtout sensible là où les répliques s’enchaînent dans un jeu de répétitions, de reprise de la réplique qui précède :
Comment vous portez vous ? / Comment je me porte ? Je me porte bien. (A3v)

Jeusnez vous encoire ? N’avez vous point desjeuné ? / ...Et vous, avez vous desjeuné ? / ...jeuneroy je sy longuement ? (A3v)

D’où venez vous ? / D’où je viens ? Je viens de... (A3v) etc.
Nul doute, d’autre part, que le désir d’offrir un lexique tant soit peu étendu dans le domaine visé est à l’origine des listes aussi bien d’actions que d’objets qui rendent le dialogue, de temps à autre, fort peu vraisemblable :
allez querre des trenchoirs, des goblets et des serviettes (B1v) ;

allez querre du bois..., allez esguiser les couteaux et versez de l’eaue dans le lavoir, et pendez là une blance touaille, faictes brusler le feu (B2v) ;

apportez nous à manger. Apportez la salade et la chair salée (C1v) ;

entamez ceste espaulle, apportez icy des radis, des carottes et des capres. Taillez... de ce lievre et de ces coniins. Entamez ces perdris (C3v) ;

aportez en ung lot, ung pot et une pinte (C4v) ;

Apportez des beaulx trenchoirs, et apportez nous le fruict, et apportez nous le frommaige (E4v).
Remarquablement plus simples que le premier, les deux autres dialogues de Berlaimont ont pour titre respectivement « pour aprendre à vendre en françois » et « pour demander une debte » ; trois seuls personnages (deux marchandes et un client dans le premier, un débiteur, son créancier et un garant dans le deuxième) permettent de présenter « en situation » la phraséologie et le lexique du marché d’une part (liste de marchandises, discussion d’un prix), du prêt d’autre part (argent, offre d’une garantie).
Les stratégies ayant présidé à la construction de ces deux textes sont sensiblement les mêmes que l’on vient de relever :
– nombreuses réalisations synonymiques pour la même fonction linguistique :
combien payeray je... / combien me coustera... / combien vault... / que vault... / combien faictes vous... / que donneray je... (G1v) ;
– enchaînement par reprise partielle des répliques :
vous le m’avez... dict / Le vous ay je dict ? Non ay. / Sy avez. (I1v)
– listes de mots ayant trait au même champ sémantique ; ainsi pour les nombreuses marchandises proposées à l’acheteur :
bon drap, bonne toille de toute sorte, bon drap de soye, camelot, damas, velours / bonne chair, bon poisson et des bons harengz... bon beure... bon frommaige de toutes manieres / ung bon livre en françoys ou en alleman ou en latin, ou ung livre à escripre (F4v),
mais aussi, plus subtilement, pour les unités de mesure (aune, livre, pot, pièce) ou les monnaies (patart, florin, livre, sou, denier).
Peut-on, malgré la grande diversité qui existe entre la phraséologie du Dic­tionaire et les dialogues de Berlaimont, ébaucher une comparaison ? Celle que je propose ici a porté sur le lexique utilisé dans les deux tranches de texte con­sidérées29.
Le chapitre « d’oraisons » du Dictionaire emploie donc 177 mots au total contre les 408 des trois dialogues de Berlaimont. Le groupe commun comprend 98 mots, soit plus de la moitié du lexique du Dictionaire et un quart de celui de Berlaimont, dont 43 verbes, 24 substantifs, 22 adverbes, 9 adjectifs30. Bien sûr, il s’agit pour la plupart de mots de grande fréquence et/ou en rapport avec la vie quotidienne ; parmi les verbes je signalerai : acheter, aimer, aller, avoir, connaî­tre, dire, donner, être, faire, manger, parler, penser, porter, pouvoir, prendre, re­garder, savoir, tenir, venir ; parmi les substantifs : chose, homme, jour, maison, matin, nuit, temps. Les noms abstraits sont très rares (entendement, grâce, honte, vérité), de même que les adjectifs.
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