2. 4 Bon grain et ivraie. À propos de nos ambigüités et de nos question





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INDEX

Avant Propos 3-4


  1. Bukavu, terre de réfugiés


    1. Chronique de Bukavu 5-14



    1. Images de Bukavu 15-23


  1. Accompagner, servir et plaider la cause des réfugiés


2.1 Visages de réfugiés 24-32

2.2 L’aventure de Panzi


  1. Construire Ensemble 33-38



  1. L’ecole comme lieu d’esperence 39-42

2.3 Semences 43-50
2.4 Bon grain et ivraie. À propos de nos ambigüités et de nos question……………………………….. 51-59


2.5 Compassion, parole et prière : Proposition d’une Pastorale Chretienne

dans un camp de réfugiés 60-73


  1. La rencontre des réfugiés, expérience de Dieu 74-80


Anexe, Chronologie Somaire

Le Service Jésuite des Réfugiés (JRS - Jesuit Refugee Service) fut créé en 1980 par le Père Pedro Arrupe, alors Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, dans le souci de donner une réponse spirituelle et pratique à la situation critique des réfugiés de cette époque, et de coordonner les efforts des Jésuites. Face à la fréquence croissante des déplacements forcés de populations dans les années 1980 et 1990, la Compagnie de Jésus a réaffirmé à maintes reprises son engagement au service des réfugiés.
La mission du JRS est celle d'accompagner les réfugiés et les personnes déplacées de force, de les servir et de défendre leurs droits. Le JRS aide les individus et les communautés à s'engager dans cette tâche et promeut, régionalement et au niveau global, la collaboration et la constitution de réseaux au nom des réfugiés. Il entreprend et assure divers services aux niveaux national ou régional, avec l'appui d'un bureau international à Rome.
La mission du Service Jésuite des Réfugiés est intimement liée à la mission de la Compagnie de Jésus (Jésuites), à savoir le service de la foi et la promotion de la justice du Royaume de Dieu, en dialogue avec les cultures et les religions.
Le JRS participe aux réponses apportées par l'Église aux niveaux paroissial, diocésain et international. "Par sa nature, l'Église est solidaire du monde des migrants qui, avec la diversité de leurs langues, races, cultures et traditions, lui rappellent sa propre condition: celle d'un peuple de pèlerins venus de toutes les parties du monde, en marche vers leur patrie définitive"
Le JRS donne priorité aux situations où les besoins sont plus grands, aux endroits où l'on peut atteindre un bien plus universel, aux besoins dont d'autres ne s'occupent pas. Le JRS choisit les situations qui lui permettent d'apporter une contribution spécifique, en raison de ses compétences, ou parce qu'un partenaire est déjà présent, ou parce que ses initiatives pourront rendre d'autres personnes capables de s'engager.

En conformité avec l'esprit ignatien, le JRS est très favorable à l'engagement de laïcs ainsi qu'à la coopération et au partenariat avec des congrégations religieuses. Tous ceux qui sont engagés dans l'oeuvre [du JRS] doivent exercer une coresponsabilité et être associés au discernement et aux prises de décision, là où cela convient.
Accompagner les réfugiés, c'est affirmer que Dieu est présent dans l'histoire des hommes, même dans les épisodes les plus tragiques. Jésus enfant a fui en exil avec toute sa famille. Pendant sa vie publique, il est passé en faisant le bien, en guérissant les malades, sans avoir où reposer la tête. Finalement il a souffert la torture et la mort en croix. En compagnie de Jésus Christ et en étant serviteurs de sa mission au milieu des réfugiés, le JRS peut être un signe efficace de l'amour de Dieu et de la réconciliation. Pour le JRS, le modèle du service pastoral authentique est l'accueil biblique offert à la veuve, à l'orphelin et à l'étranger.
(extraits de la Charte du JRS)

AVANT PROPOS

Les changements géopolitiques survenus pendant les années quatre vingt dix ont changé, tant soit peu, le visage du monde. La fin du régime marxiste et de la guerre froide, la chute du mur de Berlin ont remis en question les anciens équilibres et plongé l’Afrique dans une aventure plus ardue que celle de l’indépendance : celle de se réinventer elle-même à partir d’ elle-même. Les anciens «tuteurs» font semblant d’être fatigués du Continent Noir et de se désintéresser de lui, tout en veillant jalousement à leurs anciennes zones d’hégémonie et en cherchant la création de nouveaux espaces d’influence économique. Ces mutations profondes ont secoué et secouent encore l’Afrique, et d’une manière toute particulière son cœur, la Région des Grands Lacs.
Nous savons tous comment, en avril 1994, le drame rwandais a frappé le monde entier. Un premier sursaut de violence a provoqué un horrible génocide marqué autant par la perte de centaines de milliers de personnes innocentes, que par la cruauté et la sauvagerie avec laquelle il a été planifié et perpétré. Après avoir parcouru les « mille collines » de ce beaux pays, comment oublier le spectacle apocalyptique des églises de Nyamata ou de Kibuye, remplies d’ossements, les dépouilles des personnes de bonne volonté qui avaient cru pouvoir se protéger contre la haine et la machette dans la Maison du Tout Puissant ? Comment oublier les yeux, de milliers d’orphelins que nous avons rencontrés, où dansaient encore les fantômes de l’horreur, et les yeux remplis de désespoir et d’impuissance de tant de veuves et veufs qui ont versé leurs larmes devant nous?
Malheureusement l’absurde ne s’est pas arrêté là. Un deuxième séisme a fait trembler les Grands Lacs provocant un des déplacements de population les plus douloureux de l’histoire de l’Humanité. Le Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo), la Tanzanie et le Burundi ont vu leurs frontières débordées par des centaines de milliers de personnes fuyant, affolées, devant les « chevaux de la guerre » non moins affolés. Et ce qui avait été considéré par un grand nombre de rwandais comme une promenade, incommode certes, en attendant en retour victorieux dans leurs collines, est devenu un drame humanitaire aussi long, large et profond que les Lacs de la Région : les victimes du choléra, l’installation de camps pour les réfugiés et partout les mêmes yeux orphelins remplis de fantômes, de panique, de désespoir.
Quand le JRS s’est rendu présent en 1994 dans la Région, il a trouvé partout la même réalité : au Nord, au Sud, à l’Est et à L’Ouest de l’ensorcelant Lac Kivu, nous avons vu la même détresse physique, les mêmes poussées d’intolérance et de haine, les mêmes visages surpris, méfiants, frustrés et déçus.
Devant un tel spectacle d’incohérence humaine, le piège était là, béant, devant nous : pourquoi ? qui en est le responsable ? qui sont les bons ? qui sont les mauvais ? de quel côté faudra-t-il se pencher …  ? Devant ces Lacs de souffrance physique et spirituelle, le JRS a perçu dès le début quel était le parti à prendre. Au-delà de tout jugement, nous avons voulu, et je pense, réussi en grande partie, bien qu’avec nos propres incohérences, à pencher, à la lumière de l’Evangile, du bon côté : du côté de L’HOMME DES DOULEURS, quelle que soit sa condition sociale ou son origine ethnique, avec une sympathie préférentielle envers ceux que nous considérions les victimes parmi les victimes, les enfants, les orphelins et les veuves.
Au-delà de l’aide matérielle fournie à travers nos activités, notre objectif primordial était de partager humblement leurs souffrances et d’être avec eux. Leur détresse nous a toujours sollicités. Elle nous a invités à offrir tout ce qu’il y avait de meilleur dans notre pauvreté : une expérience nouvelle d’HUMANITE, une semence d’ESPERANCE, et un témoignage de la sollicitude de Dieu le PERE envers tout Homme.
Guidées par ces références, les équipes du JRS Grands Lacs, ont accompagné au Zaïre avec leurs projets pédagogiques et psychologiques 20.000 enfants rwandais, 4.000 orphelins au Rwanda, et 800 enfants non accompagnés dans le camp de Rukuramigabo, au Burundi. Une trentaine de «paroisses» en plastique ont été construites, des mutilés et de personnes vulnérables sans nombre ont été l’objet de notre attention.
Cette option pour les plus vulnérables parmi les réfugiés a été vécue par une vingtaine de personnes, d’ une manière toute particulière, à Bukavu pendant deux ans. Il nous a été donner d’aimer des personnes concrètes, dans des situations concrètes. Dans les camps, il y avait des réfugiés de toute sorte: des innocents, des moins innocents et des personnes qui, après avoir participé dans le génocide étaient encore animées par de ténébreux sentiments de revanche. Conscient de l’ambiguïté de ses gestes et de sa présence, le JRS n’en a jamais été dupe. Nous savions bien que le champ de notre moisson était semé d’ivraie et de bon grain. S’efforçant de rester toujours libres vis-à-vis de toute manipulation venant des personnes rongées par le feu de la revanche, et dégagés de toute récupération idéologique, nous avons eu malgré tout à respirer l’air pollué des camps et à prendre notre ration de la « boue » que nous rencontrions dans les chemins parcourus aux côtés des réfugiés. Le drame du Rwanda a été un péché de cette Humanité qui est la nôtre, et en tant que membres de cette humanité nous avons eu à assumer, aux yeux de ceux qui nous contemplaient, notre part d’opacité Nos activités ont été toujours et uniquement animées, au delà de toute ambiguïté, par l’honnête désir d’accompagner et servir ceux qui nous avaient été confiés dans les trois pays de la région.
Dans notre expérience, il y a eu comme trois moments forts.

Les premiers mois de l’année 95 ont marqué le temps de la naissance du JRS dans la région. Il a fallu prendre contact avec la réalité des réfugiés, avec l’Eglise Locale et le monde humanitaire. C’était le temps passionnant du discernement des priorités, de l’élaboration de projets, de la recherche de solidarités, de la constitution des équipes, du démarrage des activités. Un temps merveilleux, enrichi par des nouvelles relations, par la découverte de mille bonnes volontés et la rencontre d’autant de mains ouvertes. Ce fut aussi, parfois, un temps austère et rude, à cause des lenteurs, méfiances, maladresses, rivalités rencontrées autour de nous.
Le reste de 1995, et les débuts de 1996 ont été des mois pleins de créativité et de fécondité où les équipes, en donnant le meilleur d’elles-mêmes, ont trouvé leur plénitude.
A partir de juillet 1996, l’horizon s‘est obscurcit. Les tensions politique et militaires ont augmenté. La peur et l ’inquiétude ont réapparu dans les yeux des réfugiés et de la population que les accueillait. Et à la fin du mois de septembre la violence a recommencé : des nuits de bombardements nous ont fait goûter à l’insécurité, les brimades des militaires nous ont souvent humiliés et terrorisés, et la fin du mois d’octobre la guerre a emporté et détruit, avec l’espérance et la vie de beaucoup de réfugiés, la vie de beaucoup d’entre eux, le fruit de nos efforts et de notre travail. Une expérience forte d’insécurité, de dépouillement, de douleur et …de révolte.
Ainsi, le temps de la naissance, de l’euphorie et de la fécondité a dû céder la place à l’expérience de la mort. Les blessures ont été profondes. Vivre l’insécurité et la peur dans sa propre chair, le sentiment trouble d’avoir vu des bonnes volontés, dont les nôtres, emportées par le tourbillon de la guerre, le sentiment d’avoir travaillé « pour rien », de l’échec, l’expérience du cynisme et du mensonge, de la manipulation et de l’indifférence internationales, a laissé dans les cœurs un goût très amer. Dans les yeux de beaucoup d’entre nous est resté l’image d’une Humanité inhumaine.
Aujourd’hui s’ouvrent pour nous d’autres temps : le temps du souvenir, le temps du témoignage. Nous avons eu à faire nos propres deuils, à enterrer nos douleurs, à faire passer notre vécu par le tamis de la Foi et à relire notre passé, dans la paix, à la lumière de l’Evangile. Les pages qui suivent veulent tout simplement être un hommage de fidélité à ces personnes – beaucoup d’entre elles ont disparu - , qui nous ont tellement enrichis. Elles veulent aussi être un moment de partage, avec vous tous, de ce que nous avons vu. Enfin, nous souhaiterions vous dire aussi, pauvrement et simplement, comment et pourquoi nous l’avons vécu.
La Région des Grands Lacs est toujours confrontée aux mêmes problèmes : les mêmes fantômes chargés de haine et de violence continuent à roder autour des Grands Lacs. Nous voulons redire aujourd’hui sans aucune prétention, ce que nous a animés hier: notre certitude que ce qu’il y a de bon dans l’Homme est plus fort que ce qui le détruit, notre confiance dans la force de l’amour, de la vérité, du respect de la justice et de la solidarité, comme seuls éléments de solution aux conflits entre les hommes, et notre conviction que la haine, la violence, l’esprit de revanche, au lieu d’engendrer justice, paix et dignité, ne font qu’engendrer haine, violence, et vengeance à l’infini…

Et tout cela, pour que les souffrances déjà endurées par les Hommes, les Femmes et les Enfants des Grands Lacs ne soient pas stériles…

Mateo Aguirre SJ



  1. BUKAVU, TERRE DE REFUGIES



1.1 CHRONIQUE DE BUKAVU


Bukavu a cette vocation “malheureuse” d’être une terre d’accueil pour les réfugiés. Située, à l’extrémité Sud du lac Kivu, frontière naturelle entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo, à l’opposé de sa jumelle Goma, Bukavu est comme le “goulot” par lequel se pressent ceux qui fuient la violence ethnique qui secoue la petite république du Rwanda, enclavée aux coeur de l’Afrique. Déjà, aux débuts des années 60, les violents soubresauts qui précédèrent l’indépendance du pays, provoquèrent l ’exil de plusieurs centaines de milliers de personnes de l’ethnie tutsi, principalement en Ouganda et au Congo. D’autres vagues de violence déferlèrent au Rwanda au cours des années 70, grossissant à chaque fois le nombre des hôtes rwandais au Kivu, et en particulier dans la région de Bukavu. Au Burundi voisin, l’oppression d’un régime militaire monoethnique, la lutte souvent aveugle de la guerilla, les massacres perpétrés au cours de trois décennies d’indépendance, furent aussi autant de causes du déplacement important de populations vers le Kivu.
En 1995, la 34e Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus a attiré l'attention sur plusieurs situations critiques, entre autres "sur plus de 45 millions de réfugiés et personnes déplacées dans le monde d'aujourd'hui, dont 80% sont des femmes et des enfants. Souvent accueillis dans les pays les plus pauvres, ces réfugiés font face à une pauvreté croissante, à la perte du sens de la vie et de la culture, causes de découragement et de désespoir" .

La 34e Congrégation Générale a confirmé le JRS comme un des moyens par lesquels la Compagnie remplit sa mission de service de la foi et de promotion de la justice: "Le Service Jésuite des Réfugiés accompagne un grand nombre de ces frères et soeurs, les servant en compagnons et plaidant leur cause dans un monde qui n'en a cure" La mission donnée au JRS s'étend aux personnes chassées de leurs foyers par les conflits, les désastres humanitaires ou les violations des droits de l'homme, suivant en cela l'enseignement social de l'Église catholique, qui applique la notion de "réfugié de facto" à diverses catégories de personnes dans des situations analogues.

Charte du JRS
c Avril juin 94 : le génocide

Avec les années 1993-1994, la violence atteignit des proportions jusque-là inimaginables. Au Burundi, l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement, replongea le pays dans une cruelle guerre civile qui dure encore. Au Rwanda, après plus de trois ans de guerre, le 6 avril 1994, l’attentat contre l’avion qui transportait les présidents Habyarimana du Rwanda, et Ntaryamira du Burundi, scellait l’échec de la transition multipartite prévue par les accords de paix d’Arusha, signés entre l’opposition armée – le FPR (Front Patriotique Rwandais) – l’opposition non armée et le gouvernement de l’ ancien parti unique. C’est le début des interminables semaines du trop fameux génocide.

Alors que les combats reprennent entre les le FPR et les FAR (Force Armées Rwandaises), commence une chasse impitoyable contre toutes les personnes de l’ethnie tutsi et les opposants au régime. C’est la triste oeuvre des milices Interhamwe, fer de lance de l’extrémisme hutu. Semaines d’une violence inouie, dans un climat de folie populaire, sous les yeux éberlués de la communauté internationale, incapable de mettre fin à ces massacres à grande échelle. Jamais on ne saura le nombre exact de victimes de ces trois mois de violence: les chiffres oscillent entre 500.000 et le million de morts ... au premier rang desquels trois jésuites rwandais, Innocent Rutagambwa, Patrick Gahizi et Chrysologue Mahame, assassinés avec d´autres religieux et religieuses et membres du personnel du Centre Christus à Kigali, à l’aube du 7 avril 1994. D’avril à juin, Bukavu accueillit déjà plusieurs centaines de réfugiés tutsi qui réussissaient à gagner le Zaïre 1 clandestinement, souvent de nuit, pour échapper aux massacres.
Sur le front militaire, le FPR allait remporter une rapide victoire qui le conduirait à prendre le pouvoir à Kigali le 4 juillet 1994. Comme conséquence de cette campagne militaire commencée dans l’est du pays où étaient concentrées les troupes du FPR, se déclencha l’un des mouvements massifs de population les plus rapides de l’histoire. En raison et des actes de vengeance et de représailles commis par les soldats du FPR, et de la propagande de l’ancien régime et des menaces des miliciens Interhamwe, un large secteur de la population rwandaise, casi exclusivement de l’ethnie hutu, pris la fuite vers les pays voisins. Entre avril et mai 1994, près de 600.000 rwandais franchirent la frontière pour se réfugier en Tanzanie. Le Burundi, en proie à une grande instabilité, accueillit aussi plusieurs dizaines de milliers de réfugiés rwandais en juillet 1994.

Juillet – août 1994: le chaos

Mais l’exode le plus dramatique eut lieu à la mi-juillet 1994, lorsque s’avéra définitive la défaite des FAR. En quelques jours, une avalanche de près d’un million de personnes en fuite déferla sur la ville de Goma, au Zaire, dans le plus grand désordre, provocant une crise humanitaire sans précédent, amplement couverte par les médias internationaux (on estima a 70.000 le nombre de victimes du choléra).

A Bukavu, à partir du 15 juillet, les réfugiés commencèrent à franchir par milliers le pont de la Ruzizi, rivière qui fait office de frontière entre Cyangugu au Rwanda et Bukavu au Zaïre. Toutefois, la situation humanitaire, en dépit de nombreuses victimes, n’atteignit pas les mêmes proportions que celle de Goma. La communauté jésuite du collège Alfajiri, qui avait déjà accueilli au mois de juin des religieux et religieuses qui fuyaient les massacres, fut un témoin particulièrement direct de cette situation. Voici comment Jean-Claude Michel, jésuite collaborant avec le JRS au Burundi, rendait compte de la situation en date du 1er août 1994:
Le Collège Alfajiri, situé à quelques kilomètres de la frontière, dans le quartier Est de la ville de Bukavu, fut et reste toujours encerclé par un nombre considérable de réfugiés: les terrains de récréation et de sports, et tout petit morceau de terrain où poussait un peu d’herbe ou de taillis, sont devenus des campings, avec nattes, huttes de branchages, tentes, abris improvisés; et la nuit, des gens dorment partout sur des nattes, jusque sur les chemins, contre les murs, dans les épaves de voitures. Combien sont-ils? Entre dix et douze mille sans doute. Veulent-ils s’installer là? Certainement pas: chaque matin, hommes et femmes se coagulent devant la porte du collège pour se faire inscrire et pour obtenir une place dans un camion qui les transportera vers un camp plus à l’intérieur du Kivu. Le Haut Commissariat au Réfugiés transporte de 500 à 1000 réfugiés par jour; mais le nombre de présence ne semble jamais diminuer. Certains ont encore leurs propres provisions, mais ils ravagent les arbres, les uns après les autres, pour alimenter leurs petits feux de cuisine. Les latrines de fortune ne suffisent pas, et l’insalubrité des lieux va croissante. Depuis quatre jours, une équipe de ‘Médecins sans frontières’ a établi une tente dispensaire au milieu de cet immense caravansérail. Les religieuses infirmières (pour la plupart des réfugiées venues du Rwanda) se démultiplient de tous côtés pour les aides les plus urgentes. Des enfants orphelins sont réunis sous une même tente, et nourris quotidiennement. Tout est pauvre, misérable et sale; mais il ya de l’argent qui s’échange, de la bière qui coule, et des jeux de cartes qui ne sont pas toujours paisibles. Les bâtiments du collège reste un ‘no man’s land’ où se trouve un bon nombre de religieuses réfugiées, où vont et viennent des quantités de volontaires (ONG, élèves, société civile, tentes, prêtres), pour aider, informer, aller dans les camps, monter des tentes, soigner des malades, recueillir des orphelins, et parfois aussi séparer les adversaires d’une rixe, ou conduire un mort au cimetière.”
Au cours du mois d’août, tandis qu’à Goma, une minorité des réfugiés retourne au Rwanda, laissant 700.000 de leurs compatriotes dans d’immenses camps dont certains d’une capacité de près de 200.000 personnes, à Bukavu, les réfugiés continuèrent à affluer jusqu’à la fin du mois d’août 1995. Le nombre total des réfugiés s’élève alors à environ 300.000 dans la région de Bukavu. Le JRS, grâce à l’appui de la communauté jésuite du Collège Alfajiri, tente d’évaluer les besoins. Rigobert Minani , jésuite zairois, sera particulièrement actif dans l’assistance aux réfugiés, avec le groupe Jérémie, association locale de défense des droits de l’homme. Ensemble, mandatés par le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) et faisant preuve d’une grande capacité d’initiative, ils prennent en main l’organisation du plus grand camp de réfugiés de la région (56.000 personnes), à Inera, à une trentaine de kilomètres de Bukavu, jusqu’à ce que Caritas en assume la responsabilité en septembre 1994.

Pendant plusieurs mois, la communauté jésuite du Collège Alfajiri accueillera en ses murs plus de 150 religieuses ayant fui le Rwanda. Au cours de ces semaines de résidence au colège, faites d’attente et d’incertitude, elles purent bénéficier de l’accompagnement de Jacqueline Martin, soeur canadienne missionaire de Notre-Dame d’Afrique. Formée à l’Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal (IFHIM), Jacqueline était venue spécialement à Bukavu pour aider, par un travail d’écoute, celles qui le souhaitaient à relire leur expérience. Ces premières actions en faveur des réfugiés à partir du collège Alfajiri, constituèrent le préambule à une action plus structurée du JRS.


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