Notes du cours de Michel Murat 1





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3 – Les avant-gardes littéraires de l’entre-deux-guerres en France : dadaïsme et surréalisme

a) la Grande Guerre

- pour soutenir l’effort de guerre à l’arrière, Maurice Barrès écrit des chroniques. A côté de cette propagande officielle (commentée par Breton dans ses Entretiens de 1962, où il parle de « chair à canon » et « bourrage de crâne »), se situe Apollinaire, qui fait la guerre comme artilleur au front, tout en écrivant Calligrammes et les Poèmes à Lou. Témoignages de son vécu quotidien à la guerre (« Un territorial mange une salade à l’anchois/en parlant de sa femme malade »), les poèmes s’assombrissent au fur-et-à-mesure que la guerre dure, tout en jouant du décalage de ton de la pratique antiphrastique (« Ah Dieu que la guerre est jolie ! »).

- Eluard jeune écrit Le devoir et l’inquiétude ; Drieu la Rochelle écrit des poèmes de guerre (Fonds de cantine) ; Henri Barbusse décrit les combats dans son roman Le feu ; Louis Guilloux raconte dans Le sang noir les visites du maire aux familles des soldats morts pour la patrie au front.

- Apollinaire meurt de la grippe espagnole (1918), sa mort crée une vacance : qui est susceptible de lui succéder ?

. la « grande réalité » : Reverdy, Braque, Juan Gris, le Corbusier…

. Gide, sorti de la marginalité par la publication des Nouvelles nourritures, Paul Valéry, qui a publié en 1916 La jeune Parque, Claudel, la NRF animée par Jacques Rivière

. un jeune groupe émergent : Breton, Aragon, Soupault, Eluard, qui se sont rencontrés dans la revue Nord-Sud et se regroupent autour de la revue Littérature dirigée d’abord par Paul Valéry, dont la première publication est Les nouvelles nourritures de Gide. C’est ce groupe qui emporte la succession d’Apollinaire.

- Breton est d’abord un post-symboliste : ses premiers poèmes sont des pastiches mallarméens. Il subit l’influence d’un courant anarchiste, qui se réclame de Rimbaud/Lautréamont, Rémy de Gourmont, Marcel Schwob et Jarry.

- Breton est aussi sous la coupe de Jacques Vaché, dandy provincial nantais, esthète fin-de-siècle, style Wilde, anglomane, marginal, mondain, opiomane, maître-à-penser sarcastique anti-romantique, anti-baudelairien, qui ne se revendique que de Jarry : après son suicide, Breton publiera ses lettres. Jacques Vaché déclare : « j’objecte à être tué en temps de guerre », écrit humour sans h et le définit comme « le sens de l’inutilité théâtrale et sans joie de tout ». Ce personnage est intériorisé en Breton comme une instance critique : « Vaché est surréaliste en moi », « c’est à lui que je dois de n’être pas devenu un poète ». Breton écrit le tombeau de Jacques Vaché, La confession dédaigneuse (1923).

- Breton est médecin. Se destinant à la psychiatrie, formé à l’école de Charcot (Salpêtrière), il est affecté au centre neuro-psychiatrique de Saint-Diziers en 1916 où il pratique auprès des malades de guerre les techniques d’écoute freudienne. Il est frappé d’entendre des sujets dire que la guerre est une immense simulation, une représentation comme au théâtre. Il montre un intérêt passionné pour les travaux sur la valeur humaine des œuvres des fous et malades mentaux. Fascination-répulsion de Breton pour la folie (Nadja).

- pour Breton, les frontières de la réalité sont instables. Repensant cela dans une perspective hégélienne, il pose que la folie est une forme densifiée (limite) de l’état psychique normal. Grand intérêt pour le crime des sœurs Papin, évoqué par Genêt dans les Bonnes.

- 1919 : Breton et Soupault publient des fragments des Champs magnétiques, en mettant les techniques qu’utilisent les psychiatres pour faire parler les patients au service de l’exploration littéraire.
b) dadaïsme

- 1918 : manifeste Dada (nom qui est une pure onomatopée)

- 1920 : saison parisienne de Dada dominée par deux artistes, le poète Tristan Tzara et le peintre Francis Picabia, qui publient une revue Dada.

- mouvement qui procède de l’expressionnisme (pathos, ironie et agressivité violente sont ses façons de s’extérioriser), partisan du nihilisme, marqué par la pensée de Nietzsche et par un anti-intellectualisme qui le conduit à refuser de se théoriser en mouvement d’avant-garde d’une part et d’autre part à prôner une esthétique du corps, exaltant la puissance d’expressivité physique.

- mélange poésie et musique : invention de musiques imaginaires, Ursymphonie de Kurt Schnitters. Parapluie et machine à coudre sont les deux acteurs d’une pièce de Soupault et Breton. Les personnages sont des marionnettes et des mécaniques. Goût du travestissement et du cirque.

- production exclusivement poétique. Dans la Grande complainte de mon obscurité, Tzara se peint sous les traits d’un géant couvert de poux et mangé par la vermine.

- production de manifestes : Dada est doué pour ce type de production, usant d’une phraséologie un peu gauche. Dans ces discours, le nihilisme se retourne en affirmation vitaliste de la force et de l’énergie.

- Moi Aragon, discours du solipsisme : « il n’y a que moi au monde » ; mouvement de crachat, d’éructation, de dégoût.
c) surréalisme

  • 1922 : la rupture entre Breton et Tzara

-Breton forme en 1922 le vaste projet de réunir un congrès « Défense et détermination des esprits modernes », car il avait l’impression que le réactionnisme était de retour (cf. Cocteau, Retour de la réaction, 1922). Tzara ne se reconnaît pas dans ce projet qu’il fait capoter.

- en réaction contre des procès réels, des parodies de procès sont organisés. Benjamin Péret défile déguisé en soldat allemand, il entend faire le procès de Barrès, idéologue du nationalisme français et auteur de la trilogie Le culte du moi, pour « atteinte à la sûreté de de l’esprit ». Or Tzara cité comme témoin à décharge s’exclame que Breton et lui-même ne valent pas mieux (« nous sommes des crapules ! ») et torpille le procès.

- la rupture entre Tzara et Breton est consommée. Breton crée alors son propre mouvement qu’il baptise « surréalisme », mot mis en circulation par Apollinaire dans les Mamelles de Tirésias (1917) et que Breton se réapproprie, suscitant une querelle avec Yvan Goll.

- la manifestation de l’inconscient est le centre unificateur du mouvement. La pratique des « sommeils hypnotiques » donnant accès aux manifestations de l’inconscient humain, ainsi que d’autres moyens comme le récit de rêves, l’hypnose, le travail sur le signifiant et les jeux de langage (Desnos) ont valeur d’expérimentation et de connaissance. Breton théorise ces orientations sous la formule « automatisme psychique pur », pratiques qui solidarisent le groupe autour d’une expérience commune.


  • 1924-29 : apogée du surréalisme

- expansion progressive dans des domaines autres (peinture, musique…) puis internationalisation.

- 1924 : premier Manifeste du surréalisme, en tête du recueil de poèmes automatiques Poissons solubles

- développement du groupe à partir de pratiques collectives autour de la revue La révolution surréaliste (12 n° de 1924 à 1929) et avec la création d’une Centrale surréaliste, d’un Bureau de recherches surréalistes, lieux de production de tracts.

- grande floraison littéraire et artistique :

Breton, Nadja (1928), Le surréalisme et la peinture (1928)

Aragon, Le paysan de Paris (1925)

Eluard, Capitale de la douleur (1926)

Antonin Artaud, L’ombilic des limbes

Desnos, La liberté ou l’amour

René Crevel, Mon corps et moi

- entrée en politique (1925) : position de dialogue critique avec le PC autour d’une cause constante, l’anti-colonialisme, déclenché par la révolte du Maroc réprimée par la France. Le fonctionnement du groupe se bolchevise : une ligne de conduite officielle est arrêtée, entraînant l’obligation de rendre des comptes. Procès et exclusions commencent dès 1926.

- radicalisation du mouvement, qui se marginalise de façon drastique : les tensions internes se cristallisent autour de querelles de femmes (divorce de Breton et de Suzanne Muzard)


  • crise du groupe surréaliste (1929)

- déclarée par le second Manifeste du surréalisme de Breton, dans lequel il prononce l’exclusion de Bataille, Artaud, Desnos et Naville.

- réaction des exclus avec Le cadavre, photomontage de Breton en Christ aux outrages, saignant sous une couronne d’épines.

- réinscription du mouvement dans la lignée des hérésies gnostiques du 1er siècle de l’ère chrétienne (présence de Nicolas Flamel dans le manifeste) : « je demande l’occultation du surréalisme ». Cette tentation ésotérique réoriente le surréalisme dans le fantasme de la société secrète (qui hantera l’imaginaire des années 1930).

- entrée du surréalisme dans une crise politique : tension et rupture avec le PC (1935). Aragon brûle son manuscrit de La défense de l’infini et tente de se suicider ; Eluard est perturbé par l’arrivée de Salvador Dali qui va lui ravir Gala.

- changement du paysage surréaliste. Autour de Breton se produisent en 1930-31 les œuvres les plus violentes et les plus radicales de l’histoire du mouvement :

. L’Immaculée Conception de Breton/Eluard (1930) se décompose en trois parties :

. « Histoire de l’être humain », mais la vie de l’homme est escamotée par la vie intra-utérine, la naissance et la mort

. « Les possessions », essais de simulations des délires pathologiques et psychiatriques à partir d’une mimésis des phénomènes langagiers, etc propres à ces pathologies. Perspective hégélienne : les états pathologiques conçus comme états-limites de la conscience.

. développement sur la notion hégélienne de la « médiation », suivi d’un « jugement originel », recueil d’aphorismes compilés

. L’âge d’or, film de Bunuel (1930) sur un scénario de Bunuel et Dali, est projeté aux studio des Ursulines : le cinéma est saccagé par les ligues d’Action Française et les Jeunesses Patriotes.


  • constitution d’un second pôle de l’avant-garde autour de Bataille, Desnos, Masson, Leiris et Blomet

- mouvement alternatif autour d’une revue à la vie brève Documents (1929-1930), contenant des documents d’ethnographie et manifestant un penchant pour les arts dits mineurs et primitifs, dans une perspective anti-artistique. Marcel Griaule, grand ethnographe français, en est membre : s’y élabore la doctrine de l’ethnographie française, qui donnera sa direction à la fondation du Musée de l’Homme. Bataille était chartiste, spécialiste de numismatisme : la revue présente les premières pièces gauloises, reproduit le manuscrit des 120 journées de Sade… Le groupe considère les objets d’art non pas comme des objets de contemplation esthétique mais comme des objets d’usage, dont l’usage est recontextualisé (rituels…)

- le mouvement connaît deux phases : phase exotérique (Collège de Sociologie) / phase ésotérique (groupe Acéphale, autour de Bataille obsédé par les sacrifices humains, étudiés à partir des sacrifices Aztèques)


  • période 1932 jusqu’au déclin, marquée par des phénomènes majeurs

- réorganisation du système de pensée surréaliste autour de la notion de « hasard objetcif » avancée par Breton dans les Vases communicants et dans L’amour fou (1934-36) à propos de la rencontre amoureuse. Le hasard est défini comme la rencontre de séries causales indépendantes, articulée à une nécessité intérieure, autour de la configuration des lois du désir. Breton parlait de « faits-glissades » et de « faits-précipices ».

- déplacement de champ en direction des arts plastiques, avec une réflexion sur l’objet (la photo, à la mode dans les années 1930 devient un objet d’étude)

- internationalisation du mouvement via les arts plastiques (les tableaux ne se heurtent pas aux frontières linguistiques), d’abord à un niveau européen (Magritte en Belgique, grande expo surréaliste à Londres en 1936, Espagne) puis Mexique (Frida Kalo, Diego de Rivera), Pays de l’Est et Chine, Brésil, Argentine (où se constituent des noyaux locaux)

- clarification politique : après la rupture avec le PC (1935), Breton affiche un anti-stalinisme déclaré et condamne exprésseément la dérive stalinienne. Rencontre Trotsky au Mexique (1938) où il rédige sous son contrôle Pour un art révolution indépendant.

- 1938 : expo à la galerie des Beaux-Arts > apothéose du mouvement avant la rupture du noyau fondateur : Eluard passe au PC, Char, Aragon et Soupault s’éloignent ou rompent. Breton se retrouve seul avec Max Ernst. Privé de son ancrage historique, le surréalisme se disperse sur le sol américain et décline.

- après la Guerre, Breton tentera de redonner de l’élan au mouvement mais en vain : le surréalisme a perdu le leadership de l’avant-garde et « est devenu à son tour surréel » selon Blanchot.

- dans les années 1950, sous l’influence de femmes peintres, de plasticiens, le surréalisme s’intègre à l’érotisme lors de la grande expo ; Aragon fait en 1956 un retour fracassant en littérature avec Le roman inachevé, sorte d’autobiographie intellectuelle, dans laquelle il réécrit par fragments l’Histoire du surréalisme, ainsi que dans une série de préfaces pour ses Œuvres Complètes, qui constituent une sorte de second grand corpus historique sur le surréalisme (Lautréamont et nous, L’homme coupé…).
d) manifestes

- quelques dates :

. 1886 : manifeste du symbolisme de Morréas

. 1909 : manifeste du futurisme de Marinetti

. 1918 : manifeste Dada

. 1924 : premier manifeste du surréalisme

. 1929 : second manifeste du surréalisme

- concilient deux aspects indissociables : une critique des formes antérieures / des propositions programmatiques (fonction thétique), car les manifestes sont avant tout des actes qui visent à des effets, à une reconfiguration du champ littéraire actuel (tension vers le futur), autour de mots d’ordre entendus comme des points de convergence, des thèses communes pour former une communauté d’accord.

- ce n’est pas un paratexte, mais la rédaction d’un geste dans une perspective interventionniste. Il revêt une dimension collective, invite à la signature en vue de constituer un groupe. Tandis que la préface est une tentative d’explication a posteriori d’une œuvre, le manifeste procède d’une démarche a-priori : c’est l’intention de définir des choses à faire qui le commande.

- calque sur le fonctionnement des groupes activistes officiels et clandestins, donc trnsferts des moyens politiques à la littérature. Les supports de publication ne sont pas littéraires, mais culturels (Morréas et Marinetti publient dans le Figaro).

- le manifeste est une œuvre, qui constitue l’énoncé du problème et la démonstration de sa résolution. le manifeste neutralise l’opposition poème/pamphlet : jeu de vases communicants de l’un à l’autre.

- le manif de Marinetti souffre d’un langage d’exposition archaïque et daté inadapté au contenu qu’il avance, d’où son inopérance et son ridicule. Au contraire, le manif de Tzara s’avance avec évidence : « Je ne veux rien, je suis par principe contre les manifestes… » Il faut noter le caractère radicalement individualiste du mouvement Dada : chaque membre écrira son propre manifeste (le moi plutôt que le groupe).

- 1924 : manif du surréalisme signé Breton. Œuvre unique d’un auteur a l’ego massif (pas de collectif) ; texte ouvert, polygénérique, qui inclut un ensemble de dispositifs constitutifs de la vie de groupe (un seul écrit valable pour tous).

- contexte de ce manif : reprise de l’écriture automatique pratiquée par Breton et Soupault en 1919 dans les Champs magnétiques et abandonnée par la suite. Comme en 1922 convergent plusieurs phénomènes : l’échec du congrès de Paris (sur la défense de l’esprit moderne) dû à la rivalité avec Tzara ; la volonté de Breton de faire un mouvement dont il serait le créateur original ; le regain d’intérêt pour les processus de l’inconscient (grâce à Desnos et aux travaux sur les sommeils hypnotiques). Dès 1923, Breton se remet à l’écriture automatique et reprend son écriture poétique (Clair de terre)

- ses cahiers sont noircis de poèmes et d’historiettes en prose, mais il se demande dans quel cadre générique les rendre lisibles. Il conçoit donc pour ces textes une préface qui servira de guide de lecture. Cette préface s’amplifie, par des greffes de divers textes ; l’ensemble s’autonomise par rapport au texte qui le suit et change de statut : Breton rééditera le manifeste mais pas le texte Poisson soluble qu’il préfaçait au début.

- le noyau conceptuel et terminologique du manifeste est l’appropriation du mot introduit en 1917 par Apollinaire et revendiqué en 1923 par d’autres (d’où querelle avec Ivan Goll) > deux usages concurrents du mot « surréalisme ».

- s’étant assuré de la possession de cette étiquette, Breton l’assortit d’une définition parodiant celle des dictionnaires : « automatisme psychique pur », alliage de termes qui renvoient à deux traditions concurrentes de la philosophie : « automatisme » renvoie à la tradition psychanalytique française (Janet), « psychique » marque une allégeance freudienne et « pur » ressortit d’un trait d’époque (l’abbé Brémont écrit sur la « poésie pure », Gide parle de « roman pur » dans les FM…) et a une référence éthique (lecture des moralistes du 17ème)

- après la définition, le récit de fondation : Breton raconte qu’il a été touché par une phrase qui affleurait à sa conscience, « il y a un homme coupé en deux à la fenêtre », et a importé en poésie les techniques psychanalytiques qu’il avait mises en pratique auparavant. Cette phrase est accompagnée d’une présentation visuelle (effet d’optique de la fenêtre à guillotine), autrement dit, il incorpore la phrase à son matériau poétique, ce qui entraîne alors une coulée verbale qu’il perçoit comme la dictée d’une voix extérieure à lui-même.

- le manifeste inclut la liste des signataires (« ont fait acte de surréalisme absolu Messieurs… ») et constitue le groupe en nommant ses membres et en faisant suivre le tout d’une anthologie de phrases-échantillons produites par le groupe représenté par l’image du château, sorte d’utopie déjà réalisée d’une communauté existentielle, car le château est intérieur (« c’est à notre fantaisie que nous y vivons quand nous y sommes »).

- incluse également la généalogie « le catalogue des ancêtres », mention d’une série de noms de gens qui ont été surréalistes en quelque chose : Swift pour la Modeste proposition (surréaliste dans la méchanceté), Sade (surréaliste dans le mensonge) et Hugo, « surréaliste quand il n’est pas bête ». Volonté de signifier le caractère transteporel du surréalisme en lui donnant un point d’inscription dans l’Histoire, la naissance du romantisme, le « tournant des Lumières » selon la formule de Michel Delon.
e) politique des avant-gardes

- comment être surréaliste en politique ? On peut établir un scénario typique des mouvements d’avant-garde en trois étapes :

. moment romantique : « il faut aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l’homme » se trouve en tête de la revue La révolution surréaliste, l’idée étant d’en finir avec l’ancien régime de l’esprit - le rationalisme - au moyen du surréalisme entendu comme arme absolue pour modifier notre relation au monde en changeant notre manière de le voir. Il faut « introduire la révolution dans l’esprit ».

. moment paroxyste, révolte métaphysique incarnée par Antonin Artaud, en charge du n°3 de la revue : il définit le surréalisme comme un cri de l’esprit qui se retourne désespérément vers ou contre lui-même (Münch, Le cri). La révolution est dans cette conscience tragique une révolté désespérée. Artaud prône l’anarchisme actif, la subversion radicale, faisant l’éloge de Germaine Bertrand qui a pratiqué l’assassinat politique > terrorisme individuel, et l’acte collectif par tracts « ouvrez les prisons, licenciez l’armée ».

. tournant politique : signature collective d’une pétition contre la guerre du Maroc (1925) rédigée par Henri Barbusse, intellectuel sympathisant du PC ; prise de conscience doctrinale à travers la lecture du livre de Trotsky sur Lénine ; rédaction en commun avec le groupe Clarté para-communiste d’un tract intitulé La révolution d’abord et toujours : « cette révolution, nous ne la concevons que sous sa forme sociale. »
- l’histoire des liens PC/surréalisme forme un paradigme structural pour les liens entre les partis politiques et les mouvements littéraires des avant-gardes au 20ème.

- le jeu est toujours mené par le PC, selon la logique du « qui n’est pas avec moi est contre moi » : incorporation (Aragon 1932, Eluard 1938), exclusion ou démission provoquée, association contractuelle dans un front anti-fasciste et anti-colonial

- pour les surréalistes, ce partenariat politique permet de déterminer le ligne culturelle du PC au plan de l’art et des usages > lutte contre la « morale bourgeoise ». Le groupe essaie d’obtenir la reconnaissance du surréalisme comme art révolutionnaire, objectif exposé par Breton dans une brochure en 1935 intitulée Du temps que les surréalistes avaient raison. Tactiques : alliances à l’extérieur avec Clarté par ex, entrisme (adhésion au PC et influence de l’intérieur), relation avec le mouvement trotskyste lors de la venue de Trotsky au Mexique en 1938 (manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant rédigé par Breton sous la coupe de Trotsky fait converger actions artistiques et actions politiques, tout en insistant sur la paradoxale indépendance de chaque voie).

- sur le plan esthétique s’opposent une esthétique d’avant-garde et les orientations reprises au sein du PC conservateur, où dominent des goûts petits-bourgeois et des esthétiques archaïsantes. Réalisme socialiste orienté vers la glorification des lendemains qui chantent, art mythologique entièrement fictif que Breton qualifie de « moyen d’extermination morale » à caractère répressif, d’étouffoire et qu’il rejette. En 1931-33, revue éphémère Le surréalisme au service de la révolution.

- 1925 : bolchevisation des modèles de groupe, modification du fonctionnement interne, application des usages des groupes politiques clandestins à des mouvements littéraires. Ceci durcit les clivages internes, alourdit l’atmosphère et pousse à la dissidence = constitution d’un contre-groupe autour de Bataille et de la revue Maxima, suicide de René Crevel (1935), suicide de Maïakovsky (1930) dont Breton donne une interprétation sentimentale à tort.

- critique libérale et libertaire du PC et du stalinisme : le surréalisme essaie d’hégélianiser, de théoriser au max, alors que l’anarchisme est très anti-intellectuel. C’est pourquoi les interlocuteurs des surréalistes ne sont pas les leaders ouvriers des anarchistes mais la frange intellectuelle qui gravite autour du PC.

4 – avant-garde, après-guerre
a) le nouveau roman

b) Tel quel
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