Corrigé du devoir





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date de publication19.10.2016
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Corrigé du devoir

Etude de documents


Vichy : « un passé qui ne passe pas » ?


  • Qu’est-ce qui caractérise l’évolution de la mémoire savante sur Vichy entre 1945 et aujourd’hui ? (Documents 3 et 4)

La mémoire savante dépend pour faire simple : des choix opérés par les historiens, du rythme d’ouverture des archives publiques et de la demande sociale. Or, tous ces aspects ont joué contre une étude exhaustive et dépassionnée du régime de Vichy.

Voilà pourquoi, la mémoire savante a tardé à ausculter Vichy. Voilà pourquoi l’ouvrage d’histoire qui va dominer l’historiographie française « jusqu’au années 70 » est l’œuvre d’un journaliste et non d’un universitaire, n’est pas une autopsie mais un plaidoyer. « L’Histoire de Vichy » de Robert Aron (document 1) s’efforce de montrer que Pétain, le bouclier des Français, a su jouer double jeu avec Hitler. Ainsi, selon Robert Aron, « , négociations secrètes, télégrammes clandestins, mesures dilatoires, impossibles à percevoir par l’opinion, ne cessent de réduire la collaboration proclamée » (lignes 7 à 9). Certes, les preuves censées étoffer cette thèse sont loin d’être probantes mais Robert Aron profite ici d’un contexte de Guerre Froide marqué en France par une recrudescence de l’anticommunisme.

En fait, il faudra attendre l’exploitation méthodique des archives allemandes par Eberhard Jäckel (« La France dans l’Europe d’Hitler », 1968) pour voir les thèses d’Aron mises en pièces. Malheureusement pour cet historien allemand, son approche ne rencontre pas l’écho mérité ; ce qui ne fut pas le cas pour son successeur américain, Robert Paxton dont « La France de Vichy » (document 4) connut un réel succès (12 000 exemplaires vendus lors du premier tirage). Pour Paxton, si bon nombre de Français se font « complices » du Reich (ligne 2) ; c’est par attrait pour « la Révolution Nationale » (ligne 8). Avec Paxton, le verdict est sans appel : la collaboration est une initiative française perçue comme la condition politique nécessaire à l’établissement d’une dictature paternaliste et traditionaliste (le régime de Vichy).

Jackël comme Paxton n’étaient pas Français ; il leur était donc plus facile de prendre du recul par rapport à Vichy. En outre, l’arrivée à maturité d’un public jeune, nombreux (les enfants du baby-boom) et né après la guerre allait fait évoluer la demande sociale. Le désir d’oubli laissait peu à peu la place à l’envie de savoir. Reste que seules les archives allemandes avaient été exploitées et que nos deux historiens n’avaient fait que défricher le terrain. La « Révolution paxtonienne » pour reprendre l’expression de Rousso (« La syndrome de Vichy », 1990) ne pouvait être qu’un début et la mémoire savante devait encore s’affiner notamment sur la question très problématique de l’opinion des Français sous Vichy.

Ainsi, Pierre Laborie en s’appuyant sur l’étude des archives françaises nuancera fortement le fait que les « Français se [soient] laissés entraîner jusqu’au bout sur une mauvaise pente » (ligne 6)…Selon lui, l’opinion publique prend progressivement mais irrémédiablement ses distances avec le régime gardant en revanche son soutien pour la seule figure du maréchal (« L’opinion française sous Vichy », 1990).



  • Qu’est-ce qui caractérise l’évolution de la mémoire officielle sur Vichy entre 1945 et aujourd’hui ? (Documents 1 et 5)

En censurant « Nuit et brouillard » (Alain Resnais, 1956), un documentaire qu’il avait lui même souhaité (on retrouve parmi les producteurs de le Ministère des Anciens Combattants), l’Etat français faisait la démonstration de son incapacité à vouloir regarder Vichy en face.

Désireux de préserver l’unité nationale (Voir le discours de De Gaulle du 5 mars 1945 à Oradour : « Pour réparer et pour conserver le souvenir, il faut rester ensemble comme nous le sommes maintenant »), de chanter la grandeur éternelle de la France (naissance du « mythe résistancialiste », incarnation de la « vraie France » pour reprendre les mots de de Gaulle – discours à l’Hôtel de Ville du 25 août 1944 -), l’Etat français n’était toujours pas prêt en 1956 à accepter le képi sur cette photographie (document 1), c’est-à-dire, à accepter la Collaboration active de l’Etat vichyste dans la déportation.

En fait, il faudra attendre 1995 et l’arrivée au pouvoir d’un président de la République né trop tard pour avoir joué un rôle actif durant cette période pour voir enfin l’Etat français assumer son histoire. S’il fut tardif, l’aveu fut en revanche sans ambiguïté : « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondée par des Français, secondée par l’Etat français » (lignes 2 et 3). La mémoire officielle ne pouvait plus contenir une mémoire collective qui s’était enrichie des études savantes (voir ci-dessus), des productions audiovisuelles marquantes (voir ci-dessous) et les mises en accusation (Leguay inculpé en 1979, Papon en 1983) portées par une justice réveillée par des citoyens refusant l’impunité (Association des filles et fils des déportés juifs de France fondée par Serge et Béate Klarsfeld en 1979). En somme, l’Etat ne pouvait plus se permettre de « jeter le voile » (G. Pompidou en 1972).


  • Qu’est-ce qui caractérise l’évolution de la mémoire collective sur Vichy entre 1945 et aujourd’hui ? (Documents 2 et 6)

Les Français n’ont pas eu besoin de se forcer beaucoup pour reprendre à leur compte les thèses du moment : l’Etat maximisait le rôle de la Résistance et certains historiens nuançaient les responsabilités de Vichy. En somme, l’heure était à l’amnésie et les Français goûtaient sans difficultés les délices de l’oubli plébiscitant les oeuvres cinématographiques de René Clément de « La Bataille du rail » (1946) jusqu’à « Paris brûle-t-il ? » (1966). Après tout, la France vaincue, occupée et humiliée retrouvait des couleurs sous l‘œil de Clément ; les Français faussement anonymes, tranquilles et discrets (voir Affiche – document 2 -) cachaient leur jeu, un peu comme Pétain chez Aron ; soumis en plein jour et héros dans l’ombre (voir Synopsis – document 2 -). Pour séduisante qu’elle fut, cette vision ne correspondait guère à la réalité… Vichy pouvait être refoulé mais pouvait-il être totalement rayé de notre histoire (comme le souhaitait le juge Mornet) ?

En 1971, Marcel Ophuls livre sur les écrans un documentaire beaucoup moins plaisant pour les Français. Clermont-Ferrand n’abrite plus des « Pères Tranquilles » mais semble en revanche grouiller de « collabos ». En 1974, la milice occupe même tout l’écran avec « Lacombe Lucien » de Louis Malle. De toute évidence, la mémoire collective prenait petit à petit acte des évolutions de la mémoire savante…

Ainsi, le « Père Tranquille » allait un demi-siècle plus tard être effacé par un autre « héros très discret » (Document 6). Là, le portrait de ce Français ordinaire est beaucoup plus nuancé mais aussi beaucoup plus polémique. Ici, l’armée n’est plus dans l’ombre (Melville, 1969), elle cherche même à s’afficher au grand jour avec cet exemple de Vichysto-résistant (voir Affiche), c’est-à-dire d’opportuniste affabulateur. Ici Audiard a cherché à faire le procès du « mythe résistancialiste »  quitte à entacher quelque peu le souvenir que la France doit à cette poignée d’hommes ô combien héroïques (voir Synopsis). Nous avons là une sorte de moyen terme entre l’ode démesurée (« Le Père Tranquille ») et la critique bête et méchante (« Papy fait de la résistance », J.-M. Poiré, 1983).

La voie était donc ouverte pour une approche plus dépassionnée de la période et donc une mémoire collective capable non seulement d’intégrer Vichy mais aussi de le digérer dans sa globalité.



  • A l’aide des réponses fournies aux questions précédentes, des informations contenues dans les documents et bien entendu de vos connaissances personnelles ; vous rédigerez une réponse organisée au sujet donné : « Vichy, un passé qui ne passe pas » ?


Qu’est-ce que la mémoire pour un historien ? « Tout ce qu’une société veut retenir de son passé. » (Jean-Maurice Bizière et Pierre Vayssière « Histoire et Historiens » 1995). Qu’est-ce qu’une société souhaite retenir de son passé ? Il y a fort à parier que les souvenirs qui l’unissent auront plus de chance de passer l’épreuve du temps que des souvenirs qui la divisent…Voilà pourquoi Vichy risquait fort de finir aux oubliettes… Seulement, était-il possible de surmonter ainsi « Le syndrome de Vichy » ?

I) L’amnésie volontaire


a) Travestir

- « le mythe résistancialiste » (documents 2 et 6)

- Vichy comme bouclier (document 3)

b) Refouler

- Vichy effacé (document 1)

- Vichy minimisé (documents 2 et 3)
II) Le passé retrouvé

a) Le retour du refoulé

- la révolution paxtonienne (document 4)

- l’autruche comme politique (document 1)

b) Se regarder en face

- refuser les mythes (document 6)

- refuser l’impunité (document 5)
En fait, si la mémoire n’éclaircit pas nécessairement la nature du passé, elle nous apprend beaucoup sur notre temps présent. Ainsi, la mémoire de Vichy fut l’objet d’une occultation à une époque où primait dans un premier temps le désir de panser les plaies de la guerre et dans un second de profiter pleinement d’une prospérité retrouvé. Refoulé, Vichy ne demandait qu’à forcer une conscience coupable d’avoir trahie ses valeurs, oubliée les victimes et sous-estimée le danger que représente pour toute nation de fonder sa cohésion sur un mensonge car taire Vichy, c’était aussi faire le lit d’une extrême droite française revenue en force par les urnes (aux présidentielles de 1995, elle fit plus de 15% des voix).

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