Des «cataractes de l’érudition» à «l’intime infiltration»





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date de publication28.10.2016
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Editions HONORE CHAMPION - JOURNAL n° 2, mars 2009

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Sommaire

1. Editorial, par Jean Pruvost. / 2. Les publications récentes. / 3. Brèves du savoir, par Catherine Mayaux.  / 4. Le mot du Libraire, par Luc Englander. / 5. Chronique de langue, par Jean Pruvost : La virgule en forme de petit e renversé. / 6. Histoire éditoriale d'Honoré Champion : La Vérité et le Bien. 

1. EDITORIAL par Jean Pruvost, Directeur éditorial.

Des « cataractes de l’érudition » à « l’intime infiltration »

« Les murs du cabinet de travail, le plancher, le plafond même portaient des liasses débordantes, des cartons démesurément gonflés, des boîtes où se pressait une multitude innombrable de fiches, et je contemplai avec une admiration mêlée de terreur les cataractes de l’érudition prêtes à se rompre », s’exclame Anatole France, dans l’Île des Pingouins (1908).

L’Académicien qu’il était déjà, depuis 1896, avait eu effectivement force occasions de côtoyer des érudits, d’abord au cœur de la Librairie Thibault, la « librairie à chaises » de son père, Quai Voltaire, ensuite chez Honoré Champion, qui avait repris ladite librairie puis s’était installé ensuite Quai Malaquais. Les deux hommes s’appréciaient, le second avait encouragé le premier à se présenter à l’Académie française, et tous deux bénéficiaient de cette philosophie de l’honnête homme, éclairé par la raison et le savoir.

Faire en sorte que ces « cataractes d’érudition » se transforment en longs fleuves nourriciers, telle fut bien l’œuvre d’Honoré Champion et de la maison d’édition qu’il fit naître. Celle-ci, sans discontinuer, sous l’impulsion des père et fils Slatkine et de toute l’équipe rassemblée à cet effet, au moment de franchir la seconde décennie du XXIe siècle, offre de fait presque 200 ouvrages par an, pilotés par environ 60 (co-)directrices et (co-)directeurs de collection. C’est ainsi que les cataractes se régulent en fleuves puissants drainant le moindre ruisseau de savoir.

Il faut rendre hommage aux directrices et directeurs de collection, ils savent à la fois conseiller et encourager, choisir et faire parvenir à terme les plus beaux fruits du savoir. Chez Oresme en 1371, dans les Ethiques d’Aristote (livre VIII, chap. 13) la « colleccion », avec deux c, s’assimilait bien en effet à « l’action de cueillir les meilleurs fruits », en conformité avec le latin « collectio », fait de choisir et de rassembler ce qu’il y a de mieux. L’érudition structurée et attentionnée, telle que celle qui est offerte au lecteur dans les collections Honoré Champion, permet en effet de mieux percevoir les dynamiques de recherche, de profiter des savoirs les plus avancés pour pousser plus loin sa propre réflexion et ses recherches.

En latin, erudire signifiait « dégrossir » et son dérivé, l’eruditio, désignait le fait d’enseigner, en même temps que son corollaire, la connaissance. Le savoir brut a effectivement besoin des spécialistes qui savent le dégrossir, en dégager la moelle substantifique et bénéfique. Aussi est-il juste de mettre au premier plan les tenants et acteurs de l’érudition : ils sont effectivement à la source du progrès et de ce que Renan appelait « l’intime infiltration », comme en témoigne cet extrait de l’Avenir des sciences (1890) : « En supposant même que l’érudit ne dût jamais figurer dans la grande histoire de l’humanité », ce qui est pourtant légitime, « son travail et ses résultats, assimilés par d’autres et élevés à leur seconde puissance, y trouveront leur place par cette influence secrète et cette intime infiltration qui fait qu’aucune partie de l’humanité n’est fermée pour l’autre. »

Cette « intime infiltration » irrigue en effet discrètement, continuellement, inlassablement et ce faisant, de manière décisive, notre univers intellectuel. Que nos auteurs et nos directeurs de collection en soient remerciés. Tout comme nos lecteurs, premiers participants de cette « intime infiltration ».

De nouveaux directeurs, et de nouvelles collections à venir

Une maison d’édition spécialisée dans l’érudition est nécessairement en permanente évolution avec, d’une part, la présence de différentes générations de directeurs de collections, une représentation à laquelle sont attachés nos maîtres expérimentés, et d’autre part, de nouvelles collections, que nous évoquerons dans notre prochaine revue.

Ainsi, s’agissant des collections prestigieuses installées de longue date et riches de nombreux volumes, aux côtés du Professeur Philippe Sellier, allons-nous, pour Sources Classiques et Lumière classique, bénéficier des hautes compétences de Dominique Descotes et pour Le Classicisme comme pour la partie XVIIe siècle de la Bibliothèque des Correspondances de celles de Béatrice Guion.

Dès le mois de mai, nous entreprendrons avec vous un beau voyage érudit dans l'ordre du catalogue Honoré Champion, en présentant étape après étape chaque collection et leurs maîtres d'œuvre, les directrices et les directeurs de collection. C'est-à-dire celles et ceux qui se dévouent pour que les « cataractes d'érudition » deviennent de superbes fleuves navigables, propres à « l'intime infiltration qui fait qu'aucune partie de l'humanité n'est fermée pour l'autre ».

2. LES PUBLICATIONS RECENTES

Les Textes

Théodore de Banville. Oeuvres poétiques complètes. Edition critique publiée sous la direction de Peter J. Edwards. Tome IX. Compléments. Poèmes et manuscrits retrouvés, réception critique de l'oeuvre poétique. Texte établi, variantes et notes par Peter J. Edwards et Peters. Hambly (Textes de littérature moderne et contemporaine n°116. Relié)
Cercamon. Oeuvre poétique. Edition critique bilingue avec introduction, notes et glossaire par Luciano Rossi (Classiques Français du Moyen Âge n° 161. Broché)
Chateaubriand. Oeuvres complètes sous la direction de Béatrice Didier. Présentation des Œuvres complètes par Béatrice Didier. Tome I. "Préface" de l'auteur (Ladvocat, t. XVI). Édition établie par Aurelio Principato et Emmanuelle Tabet. Essai sur les révolutions. (Ladvocat T.I-II). (Textes de littérature moderne et contemporaine n°107. Relié)
Crébillon (Claude). Contes. Édition critique sous la direction de Régine Jomand-Baudry avec la collaboration de Véronique Costa et de Violaine Géraud. (Sources Classiques n°90, Série Bibliothèque des Génies et des Fées 17. Relié)
Anthony Collins. Discours sur la liberté de penser. Édition critique établie par Pascal Taranto et Jean-Michel Vienne. (Libre Pensée et Littérature Clandestine n° 33. Relié)
Maurice de La Porte. Les Epithètes (1571). Edition critique par François Rouget. (Textes de la Renaissance n°144. Relié)
Alain-René Lesage. Oeuvres complètes publiées sous la direction de Christelle Bahier-Porte et Pierre Brunel. Tome X. Oeuvres "adaptées" II. Nouvelle traduction de Roland l’Amoureux. Texte établi, introduit et présenté par Giovanni Dotoli et Marcella Leopizzi (sources classiques n°92. Relié).
Paul Scarron. Théâtre complet. Edition établie et présentée par Véronique Sternberg (Sources classiques n°76. Relié)

Les Etudes 
Philippe Andrès. Théodore de Banville. Un passeur dans le siècle. (Romantisme et modernités n°117. Relié)
Anne-Sophie Barrovecchio. Le complexe de Bélisaire. Histoire et tradition morale. (Moralia n°15. Relié)
Didier Boisson. Consciences en liberté ? Itinéraires d'ecclésiastiques convertis au protestantisme (1631-1760) (Vie des Huguenots n°47. Relié)
Sylvio de Franceschi. Raison d'Etat et raison d'Eglise. La France et l'Interdit vénitien (1606-1607) : aspects diplomatiques et doctrinaux. (Bibliothèque d'histoire moderne et contemporaine n°31. Relié)
Lauric Henneton. Liberté, inégalité, autorité : Politique, société et construction identitaire du Massachusetts au XVIIe siècle. (Vie des Huguenots n° 46, 2 vol. Reliés)
Marc Hersant. Le Discours de vérité dans les Mémoires du duc de Saint-Simon. (Les Dix-huitièmes siècles n°123. Relié)
Sylvain Ledda. Des feux dans l'ombre. La représentation de la mort sur la scène romantique (1827-1835). (Romantisme et modernités n°116. Relié)
Nicolas Lenoir. Étude sur la Chanson d’Aiquin ou la Conquête de la Bretagne par le roi Charlemagne (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge n°89. Relié)
Inventaire critique de la correspondance de Jean-Alphonse Turrettini. Edition par Maria-Cristina Pitassi. Avec la collaboration de Laurence Vial-Bergon, Pierre-Olivier Léchot et Éric-Olivier Lochard (Vie des Huguenots n°51. 6 vol. Reliés)
Ovide. Figures de l'hybride. Illustrations littéraires et figurées de l'esthétique ovidienne à travers les âges. Études réunies par Hélène Casanova-Robin. (Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance n° 64. Relié)
Paolo Quintili. Matérialisme et Lumières. Philosophies de la vie, autour de Diderot et de quelques autres. 1706-1789. (Les Dix-huitième siècles n°125. Relié)
Vieillir à la Renaissance. Textes réunis, présentés et édités par Colette H. Winn et Cathy Yandell (Colloques, Congrès et Conférences sur la Renaissance européenne n° 62. Relié)
Carlos Alberto de Moura Ribeiro Zeron. Ligne de foi. La Compagnie de Jésus et l’esclavage dans le processus de formation de la société coloniale en Amérique portugaise. XVIe-XVIIe siècles. (Les Géographies du Monde n°10. Relié)

Réimpression en version brochée :
Pierre Larousse. Du Grand Dictionnaire au Petit Larousse. Actes du colloque international organisé par Micheline Guilpain-Giraud et l’Association Pierre Larouse, Toury, mai 2000. Sous la direction de Jean Pruvost et de Micheline Guilpain-Giraud, avec la collaboration de Julie de Blois. (ISBN 978-2-7453-1937-1. 40 €)

3. BREVES DU SAVOIR par Catherine Mayaux, Directrice éditoriale adjointe et Jean Pruvost.

- Sur Canal Académie, à l'occasion de la parution aux Editions H. Champion des Souvenirs (1755-1842) d'Elisabeth Vigée Le Brun : Une émission proposée par David Gaillardon avec Geneviève Haroche-Bouzinac, éditrice des Souvenirs : "Elisabeth Vigée Le Brun, souvenirs d’une grande dame de la peinture" :  http://www.canalacademie.com/Elisabeth-Vigee-Le-Brun-souvenirs.html
- Colloque international Dictionnaire littéraire de cent classiques francophones organisé par le Centre de Recherche Textes et Francophonies (UCP) à l'Université de Cergy-Pontoise, le l5 mai 2009. Contact : Christiane Chaulet-Achour (ccachour@yahoo.fr).

- Colloque international Larousse dans son siècle organisé par Association Pierre Larousse les 15 et 16 mai 2009 à Toucy (89). Contact : Micheline Guilpain (guilpainmi@hotmail.com)
- Dans le cadre du semestre thématique "Le dictionnaire dans tous ses états " : Colloque international "Un dictionnaire... pourquoi ? Comment ? Pour qui ?" organisé à l’Université de Cergy-Pontoise les 10, 11 et 12 juin 2009 par le laboratoire LDI (Paris 13, UCP, CNRS). Ouverture par Bernard Cerquiglini. Contact : Annie Mollard-Desfour (annie.mollard-desfour@noos.fr).

- Colloque international Claude Louis-Combet, Mythe, Sainteté, Ecriture. Dix ans après organisé par le Centre ATST de l’Université de Franche-Comté, le Centre CPTC de l’Université de Bourgogne, le Centre GEMCA de l’Université catholique de Louvain les 5-6 novembre 2009 à Besançon et Dijon et le 29 janvier 2010 à Louvain. Contact et inscriptions auprès de France Marchal-Ninosque (france.marchal-ninosque@univ-fcomte.fr)

4. LE MOT DU LIBRAIRE, par Luc Englander.

Après la parution chez Honoré Champion en 2004 du dernier essai de Michel Crouzet, éminent spécialiste de Stendhal, Stendhal en tout genre, sur l’œuvre égotiste de l’écrivain, et la réimpression de son ouvrage important sur Stendhal et l’italianité en 2006 ; les éditions Slatkine Reprints offrent ce mois-ci la possibilité de redécouvrir les deux tomes de son remarquable essai sur la genèse du Romantisme. On ne trouvait plus en librairie depuis longtemps, ni le tome I, La Poétique de Stendhal. Forme et société. Le sublime, ni le tome II, Le Naturel, la grâce et le réel dans la poétique de Stendhal.

Dans la continuité de cette nécessité à rendre à nouveau accès aux écrits aussi denses et dansants –ainsi qualifierais-je la phrase de Monsieur Crouzet – il est à souhaiter que nous voyions un jour sur nos rayons la réimpression de sa riche et impressionnante biographie, Stendhal ou Monsieur Moi-même, introuvable actuellement.

Autre sujet. La nouvelle publication des Œuvres complètes de Rimbaud par André Guyaux dans la collection de la Pléiade génère des articles passionnants dans la presse française.
Comment ne pas se réjouir d’une troisième édition critique en Pléiade pour l’électron libre de la poésie française ?

Et sautons sur l’occasion pour rappeler que l’édition des Œuvres complètes* de Rimbaud sous la direction de Steve Murphy, en cours de publication, qui fait, depuis dix ans, office de référence, est toujours disponible rue Corneille.

Je vous invite donc à lire et relire Arthur dans les deux éditions !

Et pour les fervents passionnés des derniers travaux sur Rimbaud et Verlaine, vous trouverez exceptionnellement à la vente rue Corneille, un numéro spécial de la Revue d’études rimbaldiennes, intitulé Parade Sauvage. 650 pages par 48 spécialistes qui se sont réunis pour rendre hommage aux travaux de … Monsieur Steve Murphy !

Luc Englander

librairie@honorechampion.com

*Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Tome I : Poésies, 1999.

Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Tome II  : Œuvres diverses et lettres 1864/1865-1870, 2007.

Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Tome IV : Fac-similés, 2002.

 

5. CHRONIQUE DE LANGUE, par Jean Pruvost. 

La virgule en forme de petit e renversé

« Marque faite en forme de petit e renversé » déclare Furetière en 1690 au moment de définir la virgule dans son Dictionnaire universel. Mais quatre ans plus tard, dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, la lettre change, il s’agit cette fois-ci d’une « petite marque en forme de c renversé ». Choisira-t-on alors de retourner la voyelle ou la consonne ?

L’histoire semble donner raison à la consonne. Jusqu’à la septième édition du Dictionnaire de l’Académie (1878), perdure en effet l’assimilation à la troisième lettre de l’alphabet. « Petit signe fait à peu près en forme de c renversé, et dont on se sert dans la ponctuation, pour séparer les membres de phrases… » De son côté Pierre Larousse, dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (1865-1876), décide d’en finir avec la comparaison litigieuse et d’aller au plus simple en représentant ladite virgule dans la définition, sans autre forme de procès. Pour l’instituteur bourguignon, la virgule, qui tient son nom du latin virgula signifiant petite verge, représente donc un « petit trait un peu courbé vers la gauche (,), que l’on place à droite et vers le bas des mots, pour indiquer un léger repos dans la lecture, une légère suspension dans le sens. » Enfin, au début du XXe siècle, dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie (1935), place à la sobriété en faisant seulement état d’« un signe de ponctuation qui, dans une phrase, indique la moindre des pauses ».
Attention cependant, parce que cette « moindre des pauses » est réputée dangereuse, comme le rappelle P. Larousse à travers Jean-Baptiste Champagnac, auteur du Dictionnaire historique critique et bibliographique (1823). Ce dernier souligne ainsi qu’une virgule mal placée « répand de la confusion », tout comme Pierre de La Chaussée, auteur dramatique aujourd’hui oublié – Voltaire, son contemporain, disait perfidement qu’il était un des premiers après ceux qui ont du génie… – est sensible aux conflits qui peuvent découler de la virgule manquante. « On aura quelque part omis une virgule ; Que sais-je ? On n’aura pas mis les points sur les i ; Aussitôt cela forme un procès ridicule. »

C’est qu’il faut bien savoir « virguler », comme le déclaraient les typographes à qui Littré attribue ce verbe. La ponctuation et l’orthographe relevaient en effet jusqu’au XVIIe siècle davantage du typographe que de l’auteur du texte. Mais, la virgule judicieusement apposée par l’écrivain prendra ensuite tout son poids. On se souvient de Cyrano de Bergerac, mis en scène par Edmond Rostand dans un dialogue mémorable cité dans le Grand Robert de la langue française : « …il est des plus experts Il vous corrigera seulement quelques vers… – Impossible, Monsieur, mon sang se coagule En pensant qu’on y peut changer une virgule. »

Ce signe infime, mais qui compte, accède même au rang des noms propres. « Chère et stupéfiante Virgule, je passais par là et je me suis dit : je vais faire un cadeau à Virgule. Hop » s’exclame Achille Talon, le tonique héros de l’auteur de bandes dessinées, Greg, aux genoux de la belle, quelque peu compassée mais pas en reste d’émotion : « Oh ! Achille ! Grand fou ! Un cadeau ? Je palpite. » À la lecture de ce court dialogue sans virgule extrait du Trésor de Virgule (Dargaud, 1977), nous revient une formule qui avait cours au XIXe siècle : « C’est une virgule dans l’Encyclopédie », disait-on alors d’une personne qui ne compte pas. Ce n’est sûrement pas le point de vue d’Achille Talon tout enamouré de sa Virgule.

6. HISTOIRE EDITORIALE D'HONORE CHAMPION

La Vérité et le Bien

Jacques Monfrin, dans l’ouvrage qu’il consacre à Honoré Champion en 1978, ne manque pas de rappeler avec élégance les deux mots qui revenaient constamment sous la plume d’Honoré Champion : « la Vérité et le Bien ».

Il semble que ce soit au moment des élections de 1893, lorsqu’Honoré Champion fit acte de candidature sous l’étiquette « libéral et indépendant », qu’on retrouve pour la première fois cette formule, associée d’emblée au monde universitaire auquel il rend sans cesse hommage. Qu’on en juge sur pièce en relisant son affiche électorale :

« Messieurs, j’espérais que dans ce quartier, qui est resté malgré tout l’Université, on aurait à vous présenter un candidat nouveau. Je n’ai encore rien vu de ce qui nous aurait été si cher à tous : un doyen d’une de nos facultés, où il y a tant d’hommes distingués de l’École des Hautes-Études, œuvre d’un enseignement tout moderne, se présenter à nous, et cependant à la prochaine Chambre, nous aurions tant besoin d’hommes instruits qui nous aideraient de leurs lumières et de leur savoir, dans les nombreuses réformes des lois que nous aurons à faire. »

À la suite de cet hommage rendu à l’Université, Honoré Champion, propose alors sa candidature, avec cette modestie et cet honnêteté que tous les savants qui fréquentaient sa librairie lui reconnaissaient : « Puisque personne jusqu’à présent n’a pris cette initiative, permettez, chers concitoyens, à un libraire – cela touche de bien près à l’Université, autrefois même la corporation en faisait partie – d’oser cette tentative, croyez-le, il ne l’entreprend qu’avec le plus grand désintéressement, son but est la Vérité et le Bien ».

Trois ans, plus tard, en juillet 1896, on retrouvera ce même souci de moralité dans une lettre qu’il adressait au Recteur Gréard de l’Académie de Paris : « Monsieur, On m’a dit que vous étiez désireux d’avoir le volume que je viens de publier avec M. Longnon, Bréal et Bonet-Maury Les croyances et légendes du Moyen Âge : je suis heureux de vous en adresser un exemplaire. » Il offre alors six autres exemplaires dont « le livre de M. Crousié, Fénelon et Bossuet et la Jacquerie de Luce » pour les prix du Concours général, en y ajoutant un trait de cette élégance morale qui était sienne : « Vous savez que je ne tiens pas à être nommé, mes livres comme mes idées peuvent être appréciés, mais je ne tiens pas à en tirer ni honneur ni vaine réputation. Ce sont des idées qui me plaisent parce qu’elles sont l’expression de la Vérité et du Bien. »

C’est assurément un sentiment fort que continuent de partager, dans le sillage d’Honoré Champion, toute l’équipe éditoriale, tous les auteurs et tous les directeurs de collection de notre maison.

A bientôt, et merci.

Jean Pruvost
pruvost.jean@wanadoo.fr

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