Lettre d’informations de l’association lucie delarue-mardrus numero 3 octobre 2010





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LETTRE D’INFORMATIONS DE L’ASSOCIATION LUCIE DELARUE-MARDRUS NUMERO 3 OCTOBRE 2010


LETTRE D’INFORMATIONS DE L’ASSOCIATION LUCIE DELARUE-MARDRUS n°3 OCTOBRE 2010

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SOMMAIRE :

  • Evénement festif autour du film « Le Diable au cœur »

  • Découverte de l’œuvre de Lucie Delarue-Mardrus : la recherche de Detlev Gohrbandt

  • Collectif : rappel de l’appel à contribution

  • Focus : les éditions Alexandrines

  • « Lucie Delarue-Mardrus et l’affaire Dreyfus » article de Nelly Sanchez

  • Parutions : Femmes poètes du XIXè siècle et Des femmes en littérature et ouvrages de Nelly Sanchez

Evénement festif autour du film « Le Diable au cœur »

« Le Diable au cœur » est un film réalisé par Marcel L’herbier sorti en 1926. C’est l’adaptation cinématographique du roman de Lucie Delarue-Mardrus L’Ex-Voto paru chez Fasquelle en 1922 et réédité par les éditions de La Lieutenance en 2000, avec de superbes illustrations qui reprennent des photographies du tournage du film, dans un cahier central (voir le site et notamment cette page qui présente les illustrations du « Diable au cœur » : http://www.editionsdelalieutenance.com/page0001014f.html) qui appartiennent à la collection de Marie-Ange l’Herbier.

Il est possible aujourd’hui d’acheter une copie de ce film. La bibliographie de la Bibliothèque nationale de France présente cette notice :

Véray, Laurent. Éditeur scientifique Marcel L'Herbier [Multimédia multisupport] : l'art du cinéma / sous la direction de Laurent Veray ; Marcel L'Herbier, réal. - Paris : Association française de recherche sur l'histoire du cinéma, DL 2007. - 1 vol. (414 p.) : ill. en noir et en coul., couv. ill. ; 24 cm. - 1 DVD vidéo monoface : n. et b. et coul., son.. Films issus des collections des Archives françaises du film du CNC. - Archives et bibliogr. p. 369-382, filmogr. p. 383-392. Index. - Le DVD contient : "Phantasmes" (1918), "Prométhée... banquier" (1921), "Le diable au coeur "(1926), bonus avec le musicien Pierre Mancinelli.ISBN 978-2-913758-73-5 : 29 EUR. - EAN 9782913758735. L'Herbier, Marcel (1890-1979) Thème(s) : Cinéma Genre(s) : non fiction Typologie : édition commerciale ; document d'origine : salle de cinéma commerciale ; court métrage DLM-20080709-1196. - FRBNF41228533 09-07545.

L’association s’est procuré un exemplaire de cet ouvrage agrémenté du dvd (n° ISBN : 9782913758735).

A la dernière assemblée générale, nous avons imaginé une animation autour de la projection de ce film, sans doute à Honfleur pendant la semaine festive de Pâques 2011. A suivre…

Découverte de l’œuvre de Lucie Delarue-Mardrus : la recherche de Detlev Gohrbandt

M. Detlev Gohrbandt (gohrbandt.detlev@schlau.com), est un ancien professeur de l’Université Koblenz-Landau à Landau, (Langues Modernes: Section d'Anglais, chaire d'études culturels anglais, Cultural Studies). Il effectue actuellement une recherche très intéressante sur le roman populaire illustré de bois originaux, et il a accepté de nous en livrer ici quelques éléments à propos notamment de Lucie Delarue-Mardrus. Je l’en remercie.

Detlev Gohrbandt: European Popular Illustrated Fiction (EPIF) Octobre 2010

Le projet EPIF (Le Roman populaire illustré en Europe, 1920-40) vise à une étude culturelle du roman (et d'autres formes narratives) et de son illustration tel qu'ils sont documentés dans les collections populaires demi-luxe en France, Grande Bretagne et Allemagne pendant les années entre les grandes guerres. Les catégories comme "demi-luxe" et "populaire" sont culturelles, c'est à dire qu'elles expriment, renforcent et même développent des notions fluides de valeur, de rang et d'identité dans les champs économiques, éducatifs, sociaux, etc. à cette époque.

En France, les collections comme Le Livre de Demain (Arthème Fayard, 1923-47, 235 numéros), Le Livre Moderne Illustré (Ferenczi, 1923ff., 364 numéros et d'autres non numérotés) et Les Maîtres de la Plume (Librairie Baudinière, c. 1920ff., une trentaine de volumes) sont d'un intérêt particulier parce qu'ils continuent la tradition du livre populaire illustré. Et en même temps elles imitent les collections illustrées de luxe et de tirage limité parues en assez grand nombre après 1918 (chez Crès, Pichon, les Éditions de la Banderole, Hachette, la Collection Marpon, Émile-Paul etc.) mais avec un niveau de qualité moyen et des prix très compétitifs. Ce sont les illustrations qui sont particulièrement remarquables dans ces collections. Pour la plupart, ce sont des bois originaux, c'est à dire des images dessinées et gravées par un seul artiste.

Les œuvres de Lucie Delarue-Mardrus sont bien représentées dans les collections illustrées demi-luxe, surtout chez Ferenczi dans le Livre Moderne Illustré, avec 16 titres :

LMI n°

titre

date

illustrateur

11

Le Pain blanc

1924

Jean Buhot

23

La Mère et le Fils

1925

Robert Haardt

59

Graine au Vent

1928

(Jean-) Paul Dubray

91

Le Beau Baiser

1929

Gérard Cochet

110

La Petite Fille comme ça

1930

Maurice Delavier

139

Rédalga

1931

Emmanuel Poirier

158

Anatole

1932

Henry Barthélémy

171

Hortensia dégénéré

1933

Michel Jacquot

198

L’Ange et les Pervers

1934

Émilien Dufour

218

L’autre Enfant

1935

Pierre Dubreuil

237

François et la liberté

1936

Claude-René Martin

275

L’Enfant au coq

1937

Henry Barthélemy

288

L’Hermine passant

1938

Roger Grillon

313

Le bel amour de Jeanne de Navres (Rosny aîné ?)

1939

1933 ?

Claude-René Martin

326

Une Femme mûre et l'amour

1939

Guillaume Monin

353

Chênevieil

1941

Henry Barthélémy

Chez Fayard, un seul titre a été inclus dans le Livre de Demain, La Cigale, n° 13, 1924, avec des bois de Raymond Renefer. Entre les deux guerres, aucun des livres de Lucie Delarue-Mardrus n'a été traduit en allemand, et seules ses biographies de Sainte Thérèse de Lisieux et de Guillaume le Conquérant ont été traduites en anglais (en 1929 et 1932). Il faut admettre que les collections populaires et bourgeoises dans ces trois pays sont restées plus ou moins imperméables aux auteurs contemporains étrangers. Ils servaient plutôt à rendre accessibles au grand public les écrivains contemporains ou récents de leur propre pays. À cet égard, la fonction culturelle des collections illustrées françaises ressemble de très près, bien sûr à un niveau adulte, à l'effet éducatif des livres d'"instruction et morale civique" comme Le Tour de la France par deux enfants (1877) par G. Bruno (= Augustine Fouillée), ou La douce France (1911) et Il était quatre petits enfants (1922) de René Bazin: ensemble, ils représentent une encyclopédie des gens et régions de la France, de leur vie et leurs idées, dans le passé, le présent et même le futur. Les collections offraient tous les mois (même deux fois par mois, chez Ferenczi, entre 1929 et 1939) des textes et des illustrations de bonne qualité, de telle manière que progressivement les lectrices et lecteurs pouvaient acquérir un répertoire de narrations, d'idées, d'arguments et d'images. Les collections du Livre de Demain, du Livre Moderne Illustré et des Maîtres de la Plume (dans la Librairie Baudinière) rassemblaient plus de 600 textes de presque 200 écrivains et 140 artistes, toute une bibliothèque qui comprenait aussi un musée d'art moderne.

Pour une auteure comme Lucie Delarue-Mardrus, le projet EPIF vise à analyser les relations entre le texte verbal et le texte visuel des illustrations. On essaiera d'identifier la rhétorique des différents types d'illustration dans l'ensemble du livre, et aussi la rhétorique et sémiotique des illustrations individuelles. On étudiera l'expression verbale des concepts et idées, pour la comparer avec l'expression visuelle. L'analyse de la narration verbale mènera à l'analyse de la narration visuelle et à la comparaison des deux modes. On trouvera toujours impliqués dans ces formes de représentation des jugements et des valeurs morales et esthétiques qui sont au cœur du projet du livre illustré.

COllectif : rappel

A la dernière assemblée générale de l'Association, à Honfleur, le 17 avril dernier, a été décidée la publication en ligne, sur notre site, d'un collectif consacré à Lucie Delarue-Mardrus, sur le thème "La Normandie, Honfleur". Cette approche volontairement transgénérique, voire transartistique, permet de décliner ce leitmotiv essentiel dans toute l'œuvre littéraire et plastique de Lucie Delarue-Mardrus (poésie, romans, écrits autobiographiques, peinture, sculpture...).

Chacun, spécialiste ou non, universitaire ou non, peut proposer une contribution. Il est encore temps, dépêchez-vous ! Merci de lire attentivement l'appel à contribution rappelé ci-dessous :
La Normandie, Honfleur dans l’œuvre de Lucie Delarue-Mardrus

Appel à contribution pour une publication en ligne sur le site de l’Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus

Ce collectif est dirigé par Nelly Sanchez, secrétaire de l’Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus. Le comité de lecture est composé de Nelly Sanchez, Patricia Izquierdo et Patrick Dubuis.

Date limite pour l’envoi d’un résumé : 16 novembre 2010

Date limite pour l’envoi de la contribution : 15 avril 2011

Suite au succès du colloque « Genre, Arts, Société : 1900-1945 » qui a eu lieu les 22 et 23 janvier 2010 à Reid Hall (Paris), l’Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus a décidé d’initier une série de collectifs ayant trait à l’œuvre littéraire, musicale et plastique de cette figure emblématique de la Belle Epoque.

Pour ce premier collectif, nous invitons les participants à s’intéresser à un thème cher à Lucie Delarue-Mardrus : la Normandie, et plus particulièrement Honfleur.

Toute approche stylistique, narratologique, intertextuelle ou sociologique est bienvenue.

Les résumés, de 250 à 300 mots, sont à envoyer jusqu’au 16 novembre 2010, ainsi qu’une brève notice biobibliographique (où apparaîtront notamment nom, prénom, éventuellement université de rattachement, numéro de téléphone et adresse mail), à Nelly Sanchez (nellysan74@yahoo.fr.) Ils devront présenter le sujet et la problématique proposés. Les doctorants sont les bienvenus.

Le comité de lecture fera connaître les contributions retenues avant le 15 janvier 2010. Les articles retenus comporteront entre 25000 et 30000 signes maximum (notes incluses). Ils seront envoyés à Nelly Sanchez avant le 15 avril 2011 et seront publiés sur le site de l’Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus courant juin 2011.

Une publicité a été faite à ce propos dans les médias honfleurais (papier et électroniques).

Focus : les éditions Alexandrines

http://www.alexandrines.fr/

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J’ai inséré sur notre site à cette page (http://www.amisldm.org/liens/) un lien vers celui des éditions Alexandrines qui ont consacré de belles pages à Lucie Delarue-Mardrus dans l’ouvrage Balade en Calvados, sur les pas des écrivains (ouvrage collectif dirigé par Marie-Odile Laîné, paru en 2004). Est soulignée la contribution d’André-Albert Sorel qui avait rédigé une belle présentation de Lucie Delarue-Mardrus à Honfleur dans un texte intitulé "Lucie Delarue-Mardrus, la sirène de l'estuaire".

Depuis douze ans, ces éditions explorent le patrimoine littéraire français dans une collection de géographie littéraire. Ces ouvrages partent à la recherche des grandes figures littéraires - passées ou présentes - d’un département et racontent la vie de ces écrivain(e)s dans leur environnement. Depuis 1997, plus de 500 biographies des grands auteurs d’hier et d’aujourd’hui dans leur région d'appartenance ont été recueillies, dont celles de Balzac, Flaubert, Zola, Dumas, Hugo, Daudet, Proust, Claudel, Delarue-Mardrus, Cocteau, Cendrars, Claudel, Duras, Mauriac, Ernaux, Decoin… Les biographes qui racontent l’histoire de ces écrivains dans les départements sont des spécialistes comme Pierre Brunel (Rimbaud), Patrick Dandrey (La Fontaine), Guy Goffette (Verlaine), Arnaud Laster (Victor Hugo), Olivier Barbarant (Claudel), Jacques Réda (Jean Follain), Gérald Antoine (Sainte-Beuve), Olivier Barbarant (Aragon), Yvan Leclerc (Flaubert), Roger Grenier (Freustié)... Ces ouvrages sont préfacés par des auteurs du "pays" : Claude Duneton en Limousin, Philippe Delerm en Seine Maritime, Christian Giudicelli dans le Gard, Michel Chaillou en Loire-Atlantique, Jacques Serena dans le Var...

En retour le site des éditions Alexandrines a créé un lien vers celui de notre association.

« LPONTOY

ucie Delarue-Mardrus, une adolescente pendant l’Affaire Dreyfus »
Par Nelly Sanchez, docteur es lettres et secrétaire de l’Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus
Dernière née d'une famille de six filles, Lucie Delarue reçut l'enseignement que la bourgeoisie conservatrice de cette fin du 19e siècle dispensait classiquement aux filles : leçons de français, de dessin et de piano, sans oublier les devoirs religieux le dimanche. Les règles de la bienséance étaient également scrupuleusement respectées, Lucie ne pouvait sortir qu'accompagnée de sa mère ou d'une domestique, et ne fréquentait aucun autre jeune homme que les fiancés de ses sœurs aînées. Il convient de s'attarder sur cette éducation traditionnelle dans la mesure où elle a conditionné, jusqu'à son mariage en 1900, le comportement de Lucie. Son isolement social était total étant donné que son père ne cessait de répéter qu'il « détestait les enfants des autres »1, elle n'eut par conséquent que très peu d'amies. Dans Mes mémoires, elle a décrit l'atmosphère de cette enfance surprotégée :

« je faisais, d'un romantisme déjà reculé du côté de l'oubli, ma respiration quotidienne, mon actualité. Je ne vivais, si l'on peut dire, qu'en vers, et le plus naturellement du monde. Les événements de l'existence ordinaire passaient sans m'atteindre, sinon pour gêner ma vie intérieure faite de rêves poétiques, d'appels à l'amour et d'étude solitaire »2.
Vivant dans un tel vase clos, seulement préoccupée par la préparation de son brevet à l'Institut Normal Catholique et par la composition de ses premiers poèmes, ce ne furent pas les débuts de l'Affaire Dreyfus qui la tirèrent de ses rêveries. Elle-même se souvient de son désintérêt pour l'actualité, « On était en pleine affaire Dreyfus. (...) Orientée seulement vers la poésie, le reste n'était autour de moi qu'un nuage, aussi bien la vie pratique que les événements racontés par les journaux, ou les potins particuliers »3. Lucie incarnait, on le voit, l'archétype même de « l'oie blanche » attendant d'être mariée, et cette éducation qui devait la préserver de tout contact avec la société allait pourtant l'entraîner au cœur même de l'Affaire dans le camp « du traître », comme son père et ses beaux-frères se plaisaient à désigner le capitaine Dreyfus.

1896 marque les débuts de Lucie en littérature, un de ses sonnets est en effet publié dans Le Gaulois. Ce fut par l'intermédiaire d'un des rédacteurs de ce journal qu'elle fit la connaissance de Sarah Bernhardt. Elle eut plusieurs fois l'occasion d'être invitée dans la loge de la grande actrice, ce qui lui donna l'idée de faire un article sur ces visites, intitulé « Avant la première ». Elle alla proposer sa première chronique à ce nouveau journal, La Fronde, que la critique -et sans aucun doute l'opinion familiale- gouailleuse présentait comme un journal frivole, parce que féminin. Son article parut le 15 décembre 1896, sous la signature de Luce Dalrue. Elle donna encore quelques chroniques sur l'activité théâtrale du moment, et sa qualité de collaboratrice de La Fronde lui valut d'être invitée à la première soirée que Marguerite Durand organisait pour fêter, en décembre 1897, la naissance de son journal. Lucie Delarue s'y rendit, inconsciente du caractère militant que pouvait avoir cette réunion en pleine polémique au lendemain du non-lieu prononcé en faveur du commandant Esterhazy. Aussi fut-elle surprise de rencontrer à cette soirée Joseph Reinach venu soutenir Marguerite Durand dans sa campagne pour la révision du procès du capitaine Dreyfus.

« Je savais tout de même que Joseph Reinach était une des âmes de l'affaire Dreyfus, et, connaissant les opinions des hommes de ma famille, je fus saisie d'effroi comme si j'étais tombée en enfer. « Que papa ne sache pas ça !... » pensai-je. Heureusement je n'avais pas signé de mon vrai dans mes articles. Ma résolution fut prise à l'instant. Jamais plus je n'écrirai à La Fronde »4.
Elle cessa donc toute collaboration, n'osant braver davantage l'autorité d'un père antidreyfusard que ses courses dans les théâtres et la liberté qu'elle prenait de se rendre seule à des « thés littéraires » impatientaient.

Ce refus de prendre parti n'empêcha pas Lucie Delarue de se faire rattraper par l'Affaire. En 1900, elle épousait le docteur Joseph-Charles Mardrus, traducteur des Mille et Une Nuits. Un mariage tout à fait ordinaire s'il n'avait dégénéré en bataille rangée car

« au déjeuner qui suivit, (...) les miens, indisciplinés jusqu'au bout, trouvèrent le moyen d'élever entre eux une dispute violente, avec invectives et pleurs, qui mit aux prises le mari de ma sœur aînée, mon père, ma seconde sœur et ma sœur Georgina, dispute (...) qui gâta la fin du repas, dispersa la noce en panique et bouleversa les pauvres mariés »5.
Si les raisons de ce démêlé familial sont passées sous silence, celles-ci sont aisément devinables quand on sait que Lucie remarquait que, peu après ce houleux repas de noces, « mon mari se défiait maintenant de ma famille et ne demandait plus qu'à l'éviter »6. Le Dr. Mardrus se trouvait en effet, du fait de ses amitiés, appartenir au camp dreyfusard. Sa traduction des Mille et Une Nuits était publiée dans La Revue Blanche, et il était un proche collaborateur d'Octave Mirbeau et de fervents défenseurs du capitaine Dreyfus comme Léon Blum et Joseph Reinach. La famille Delarue étant de sensibilité antidreyfusarde, rien d'étonnant donc à ce que ces divergences aient dégénéré en dispute. Toujours inconsciente de la gravité de l'Affaire, Lucie voulut réconcilier les champions des deux camps, et incita son mari à venir passer quelques temps en Normandie dans la maison de campagne familiale. Mal lui en prit car « bientôt des heurts de caractères devaient faire éclater des orages entre mon père et lui, scènes qui révolutionnèrent la maison et nous décidèrent à repartir pour Paris bien avant la fin des vacances »7. Cette brouille fut définitive, Lucie Delarue-Mardrus ne devait plus revoir sa famille, étant obligée de suivre son mari et d'obéir, suivant les principes de l'époque.
Bibliographie :
DELARUE-MARDRUS, Lucie : Mes Mémoires, Gallimard, Paris, 1938.

PLAT, Hélène : Lucie Delarue-Mardrus, une femme de lettres des années folles, Grasset, Paris, 1994.
Parutions
Deux ouvrages très intéressants sont parus cette années : Femmes poètes du XIXè siècle une anthologie (PUL, février 2010) sous la direction de Christine Planté ; et Des femmes en littérature (Belin, juin 2010) de Martine Reid.

L’anthologie de Christine Planté est une réédition revue et augmentée de l’édition épuisée de 1998.

Un avant-propos riche et précis fait le point sur l’état actuel de la recherche sur les femmes et le genre en France et ailleurs, notamment en Angleterre et au Etats-Unis. Beaucoup d’ouvrages et d’articles sont parus depuis 10 ans, précisant la place des femmes dans la poésie française. Une longue introduction justifie l’existence de cette anthologie, explicite les choix effectués, la démarche et trace un « parcours » passionnant et problématisé des femmes poètes.

Suivent 19 courtes présentations monographiques de femmes poètes très diverses qui réfutent à elles seules l’existence d’une poésie féminine instituée. Quatre périodes « Entre deux siècles », « Romantismes », « Modernités » et « Sapho fin de siècle » jalonnent cette chronologie, de Constance de Salm (1767-1845) à Marguerite Burnat-Provins (1872-1952). Lucie Delarue-Mardrus figure dans cette dernière section, avec un propos biographique intéressant de Merete Stistrup Jensen, six poèmes rarement cités et une bibliographie actualisée. Notre site et notre association sont nommés à plusieurs reprises dans l’ouvrage.

Un répertoire des femmes poètes du XIXè siècle non retenues ainsi qu’une chronologie et des textes de réflexion très intéressants (notamment « Vers une redécouverte ? ») terminent l’ouvrage.

C’est une anthologie précieuse qui a le mérite de rendre accessibles certains textes et de faire un bilan positif et encourageant sur les recherches actuelles.

J’en profite pour signaler les activités du laboratoire LIRE, et plus précisément du projet de Christine Planté « Genre et culture » (http://cluster13.ens-lyon.fr/spip.php?rubrique5).
Des femmes en littérature de Martine Reid s’intéresse aux romancières et analyse la place que les femmes ont dû conquérir au sein du champ littéraire et la réception de leurs œuvres de la Révolution à aujourd’hui. Une introduction nourrie remet en question l’appréhension de l’écriture féminine et l’approche essentialiste des femmes auteurs. La première partie revient sur les différents discours tenus à propos des bas bleus de 1797 à 2009, permettant l’accès à des textes rares ; la deuxième partie intitulée « Fictions » parle des représentations souvent erronées des femmes auteurs. De nombreux lieux communs sont dénoncés (le nécessaire pseudonyme, le grand nombre de romancières par exemple, l’association entre les femmes et le roman qui est plus le résultat d’une « construction critique », et entre le genre féminin et certains genres de romans ou l’épistolaire). Des analyses de fictions plus monographiques suivent. Lucie Delarue-Mardrus apparaît à plusieurs reprises.

Cet ouvrage sérieux pose que « seul un inventaire complet de cette production, accompagné de lectures conséquentes et systématiques permettra d’émettre sur ce point des jugements solides, dénués de préjugés » (149). « Il faut […] que s’émoussent et disparaissent les idées reçues » (p. 259).
Autres parutions intéressantes :
Deux ouvrages de Nelly Sanchez sont parus cette année :

Images de l’homme dans les romans de Rachilde et de Colette, Editions universitaires européennes, (http://www.editions-ue.com/) dont voici la présentation : « Alors que la représentation féminine en littérature a inspiré de nombreux ouvrages, celle de l’Homme, tout aussi difficile à cerner, est rarement étudiée. Pour découvrir les différentes facettes du "sexe fort", nous avons choisi d’étudier les romans de Rachilde et de Colette couvrant la période 1884-1943. Leur existence et leur écriture si différentes font cependant oublier qu’elles furent contemporaines et donc, chacune à leur manière, témoins d’une époque en pleine mutation.

Notre étude comparative nous a permis de révéler l’existence de figures communes à ces deux romancières. Confrontées aux discours médicaux et intellectuels du moment, il est apparu que ces peintures du Masculin, loin d’illustrer un discours féministe, reprenaient au contraire les représentations alors en cours.

Pour étayer notre propos, nous avons établi des parallèles entre roman féminin/roman masculin. Plus largement, nous avons voulu démontrer que l’intérêt du roman féminin ne se limitait pas à la seule expression de la féminité de son auteur, il peut être appréhendé comme un reflet fidèle de la société ».

Lettres de Camille Delaville à Georges de Peyrebrune (1884-1888), édition préfacée et annotée par Nelly Sanchez, est paru aux éditions du CNRS. Cet ouvrage est entièrement disponible en ligne à cette adresse :

http://www.ccji.cnrs.fr/z-outils/Ressources%20en%20ligne/Lettres%20de%20C.%20Delaville%20%E0%20G.%20de%20Peyrebrune.pdf
Il faudrait faire la même chose pour Lucie Delarue-Mardrus.


Coordonnées de l’Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus :

  • Pour nous écrire :

Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus

C/O Patricia Izquierdo

27 rue Principale

57420 PONTOY

Adresse électronique : assoldm@yahoo.fr

  • Pour être informé(e)(s)

Adresse de notre site : http://www.amisldm.org

  • Pour adhérer, voir sur notre site la page suivante :

http://www.amisldm.org/espace-adhérents/
Rédactrice de cette lettre : Patricia Izquierdo

1 Lucie Delarue-Mardrus, Mes Mémoires, p. 72

2 Ibid, p. 90

3 Ibid., p. 96-97

4 Ibid., p. 97

5 Ibid., p. 117

6 Ibid., p. 118

7 Ibid., p. 120


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