La France face à l’islamisme : une guerre de religion





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date de publication10.05.2017
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La France face à l’islamisme : une guerre de religion
L’association Rencontres Démocrates vous a proposé mardi 27 septembre à 20h30, Maison des associations, à Vincennes, une conférence-débat sur le thème « La France face à l’islamisme : état des lieux et perspectives», avec le spécialiste de l‘Islam, Mathieu Guidère.

Quelles sont les réelles forces politiques et religieuses à l’épreuve dans le conflit en Syrie et en Irak ? Quelle en est l’issue ? Pourquoi ce conflit rejaillit-il sur les sols français et européen ? Quelle est la stratégie de ce nouveau djihadisme ? A quelle fin ? Quelles en sont les conséquences sur la place de l’Islam en France ? Telles étaient les questions posées.

Mathieu Guidère, professeur des universités à Paris 8, agrégé d’arabe, et auteur d’une trentaine d’ouvrages sur le monde arabe et musulman, nous a apporté ses réponses devant plus de 120 auditeurs. Un succès !  Avec un sens pédagogique appuyé, Mathieu Guidère nous a conduits à une nouvelle lecture des évènements du Moyen-Orient. Dans son dernier ouvrage (« Le retour du califat », Ed. Gallimard) il nous expliquait que « l’irruption de Daech signe le rêve de l’unité de la communauté musulmane à travers le califat et l’échec de l’Etat-nation par le nationalisme arabe et le retour d’un panislamisme conquérant ». Cette fois, il a suscité une réelle curiosité pour un sujet très contemporain dont on croyait avoir déjà toutes les clés en mettant en premier plan la guerre de religion au sein de l’Islam. La religion devient un acteur géopolitique. Et comme l’histoire nous l’enseigne, « les guerres de religion sont cruelles ». Les combattants sont persuadés que Dieu est avec eux. « Rien ne les retient moralement ». Une nouvelle situation devant une France qui s’est très fortement sécularisée (cf Marcel Gauchet). Il n’y a plus que 7% de pratiquants.
Nous avons ainsi bénéficié d’un regard sur les différentes branches de l’Islam en conflit, en avant-première de son prochain ouvrage qui sera publié aux éditions Gallimard au début de l'an prochain. Un regard qui se concrétise par un tableau précis de ces différentes branches comme une généalogie des violences en cours. Les branches les plus connues étant pour nous les sunnites (80%) et les chiites (minoritaires, 10%) mais n’épuisent pas la classification, sachant de surcroît qu’elles s’ancrent sur des territoires ou des Etats : Arabie Saoudite (wahhabisme), Egypte (Frères musulmans), Maghreb (malékite), Iran (chiite), etc… où l’une ou l’autre des écoles religieuses domine.

Pour ouvrir son propos, Mathieu Guidère n’hésite pas à nous proposer une semblable classification de la religion chrétienne entachée des évènements sanglants au fil des siècles dont la Saint Barthélémy est l’expression la plus connue. De 1562 à 1598, il y a eu 36 ans de guerre. In fine, ces conflits religieux ont provoqué la mort de 4 millions d’hommes. Comme si l’histoire se répétait avec le même décalage temporaire par rapport à la naissance de Mahomet (570), le malnommé par les Européens (il s’agit de Mohammed). Sa présence à La Mecque donnera certes le courant « soft » du Coran mais son exil à Médine, donnera le Coran « guerrier ». Le Coran actuel alterne des sourates de la période « soft » et de la période « belliqueuse ». Il n’y a pas de version originale du Coran, nous rappelle-t-il. Pour les chiites (Iran, Oman, Yémen, Syrie –alaouites-), l’imam doit être choisi parmi les descendants de la famille du Prophète. Ce sont en quelque sorte les « légitimistes ». C’est une différence essentielle avec les sunnites (Arabie Saoudite, Turquie, Egypte, Maghreb, Pakistan) pour qui n’importe quel croyant peut diriger la communauté des croyants. Ils sont « populistes ».
Deux évènements de l’époque contemporaine ont servi de déclencheurs. Le premier est la colonisation qui a réveillé le sentiment de l’islam contre l’envahisseur chrétien et attisé le versant « belliqueux ». Mais, en parvenant à leur indépendance, ces pays colonisés ont, pour une part d’entre eux, été gouvernés par des dirigeants éduqués dans des pays laïcisés (Grande Bretagne, France, Etats-Unis), dirigeants qui ont voulu à leur tour laïciser leur pays (Atatürk fait même supprimer les caractères arabes). Cette politique hyper-laïque a tenu un demi siècle jusqu’au printemps arabe mais a été traumatisante. C’est le début de l’islamisme. De son côté, l’Ayatollah Khomeiny qui a été soutenu par tous les pays, a instauré un régime sur le modèle de la Révolution française mais en a fait une révolution islamique dans laquelle « le religieux doit dominer le politique ». Plus tard, l’Iran va vouloir exporter sa révolution vers l’Irak, en entrant en guerre pendant huit ans, puis vers le Liban en soutenant le Hezbollah.
Deuxième évènement, la guerre d’Afghanistan qui ouvre une série de conflits. Les Etats-Unis demandent de participer à la lutte contre le communisme.

Dans les années 80, C’est le Hezbollah qui frappe la France parce qu’elle soutient l’Irak et, pendant ce temps, les sunnites se battent en Afghanistan contre les communistes, ce qui permettra à Ben Laden de rentrer chez lui avec un « carnet d’adresses » de 15000 combattants.

A la fin de la guerre Irak-Iran, Saddam Hussein est ruiné… Il demande de l’argent au Koweït qui refuse. Il envahit ce pays en 1990. Bush envahit l’Irak. Il aura contre lui et les chiites et les sunnites. L’opinion arabe s’enflamme, vivant mal la présence des troupes étrangères sur la « terre sainte de l’Islam ».

Ben Laden rentre dans son pays, l’Arabie Saoudite, propose son aide au roi qui l’envoie « balader » et lui retire sa nationalité. Il s’exile au Soudan et décide de se venger des Etats-Unis.
MALENTENDUS ET INCOMPREHENSIONS
Nous vivons des conflits entre croyants dont la violence est modulée selon les tendances. Mathieu Guidère prend soin cependant de ne pas s’en tenir au seul facteur religieux, n’écartant pas les enjeux politiques et économiques mais il éclaire les luttes à la hauteur d’une foi qui forge les identités. Au Yémen, nous dit-il, la comptabilité morbide peut atteindre 200 morts par jour.

Observateur de longue date de cette zone, Mathieu Guidère tente aussi de se mettre à la place des hommes ou des femmes ordinaires qui vivent le cauchemar quotidien de la guerre. Et de dire que ceux-là ou celles-là jugent les interventions étrangères dont celle de la France à l’aune d’un parti-pris religieux en fonction des pays soutenus. D’où les incompréhensions et malentendus, surtout lorsqu’une nation comme la France change de pied, autrement dit d’allié. Soutenir tour à tour le Qatar puis l’Arabie Saoudite et l’Egypte n’a pas la même interprétation religieuse.

Ces incompréhensions sont d’autant plus aigues que comme, chacun le sait, la religion et la politique sont intimement liées, même si ce lien diffère selon les pays. En Iran, le religieux prime sur le politique. En Arabie Saoudite, le pouvoir politique prévaut mais ne peut se passer d’une caution du religieux (fatwa). Illustration : sous François Hollande on ne parle plus du Qatar mais de l’Arabie Saoudite…qui soutient l’Egypte…Sissi qui ne veut plus des Frères musulmans envoie à la France la liste des imams des mosquées françaises formés par les Frères musulmans. Ils sont renvoyés et remplacés par des salafistes (wahhabites).

« Nous avons mis le doigt dans une guerre de religion qui s’importe sur notre territoire. Nous en subissons les dommages collatéraux », dit-il. Nous n’avons pas su expliquer la laïcité qui était censée nous protéger.
Il n’y a pas de principe de laïcité dans les pays concernés, notion éminemment française. La Turquie d’Atatürk n’aura connu qu’une parenthèse laïque. On a assisté dans ces pays à un retour du religieux. La situation en Tunisie est plus singulière après la période Bourguiba suivie du printemps arabe, et aujourd’hui avec la tentative du parti Ennahdha de différencier le politique du religieux.

Dans ce contexte, Al-Qaida ou les militants de Daech ne sont que les bras armés –extrémistes- de ce nœud de conflits. Et en Europe et en France nous payons le tribut des effets collatéraux de conflits violents dont la ville d’Alep est le symbole en ce moment. Mathieu Guidère pense que la ville sera détruite totalement.

Quand aux jeunes radicalisés issus de nos banlieues ou de campagnes françaises, ils ne seraient que l’expression d’ « une islamisation de la radicalité et non de la radicalisation de l’islamisation », pour se référer à la polémique en vigueur entre spécialistes du Moyen-Orient.

Interrogé sur la place que doit tenir la France dans ce conflit, Mathieu Guidère suggère une attitude gaullienne, privilégiant une certaine distance vis à vis des grandes puissances avec une inclination vers la protection des faibles. La France doit rester arbitre dit-il.

Yannick Guihéneuf
Des réactions à cette conférence


  • «Une excellente conférence qui nous a permis d’apprendre beaucoup sur le conflit du Moyen-Orient » (un auditeur de Paris)




  • «Je m'interroge sur le caractère subjectif des deux idées forces de Mathieu Guidère.

 1. Pour lui, la fragmentation de la religion musulmane conduit aux mêmes comportements barbares que celle de la religion chrétienne aux 16 et 17ème siècles. La comparaison est factuellement exacte. Toute religion connait tôt ou tard des schismes et des guerres internes. Mais sa comparaison fait l'économie de l'examen des messages respectifs des deux religions, à deux époques différentes. Le christianisme a produit l'individu ( Jésus est Dieu incarné dans un individu ordinaire), la raison et le libre arbitre ("je pense donc je suis" de Descartes), le contrat social, et en définitive la démocratie. La religion chrétienne a forgé des armes qui ont été retournées contre elle. C'est d'ailleurs ce qui a conduit à une époque certains ecclésiastiques à considérer le rationalisme comme l'abomination de la désolation. Il ne semble pas que le message de la religion musulmane produise les mêmes effets en termes de libertés individuelles et collectives.

 2. MG estime que les attentats perpétrés sur le sol français ne sont que les "dommages collatéraux " de guerres internes : dès que la France semble soutenir une faction, les ennemis de celle-ci s'estiment attaqués et organisent un attentat en représailles (les amis de mes ennemis sont mes ennemis). Cette explication laisse de côté les motivations et les oppositions d'ordre culturel chez ceux qui considèrent de tels attentats justifiés. (Denis Chartier).

  

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