Chateaubriand





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René’’

(1802)
Nouvelle de 30 pages
L'épisode est présenté comme la suite d'’’Atala’’. Le lecteur y a appris que René se trouve en Amérique où, accueilli dans la tribu de Chactas, il s’y est marié. Mais, atteint de mélancolie, pour tenter de la soigner, il se réfugie dans les bois, vit loin des humains. Au vieux chef aveugle Chactas, qui se demande quelle en est la cause, il raconte à son tour sa douloureuse histoire, confie le secret de sa tristesse : il est une âme « trouble et agitée », prétend être plaint et non condamné. Pour décrire la maladie morale dont il souffre, il commence son récit à son enfance.

Sa naissance a coûté la vie à sa mère. Dans le château de sa jeunesse, l'influence d'une sœur mélancolique, les spectacles de l'automne, la solitude dans la nature, son extrême sensibilité, ont plongé son âme inquiète dans la rêverie. Il était déjà un être grave, hanté par le spectacle de la mort. Bouleversé par celle de son père, il songea à s'enfermer dans un couvent ; puis, tout à coup, désireux de rompre avec l'envoûtement qui le retenait dans son pays, il décida de voyager, de s'intéresser aux « monuments de la nature ». Il gravit l'Etna, mais ce fut pour éprouver encore plus fortement le néant de la vie. Il visita aussi la Grèce, l'Angleterre, les ruines du passé, rien ne parvint à calmer son inquiétude : «L'étude du monde ne m'avait rien appris, et pourtant je n'avais plus la douceur de l'ignorance. [...] Mon âme, qu'aucune passion n'avait encore usée, cherchait un objet qui pût l'attacher.» Mais il ne savait pas ce qu’il désirait. À son retour, il retrouva cette sombre mélancolie. C'est alors qu'il lança la fameuse invitation : «Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !» En vain, il se retira dans un faubourg de Paris : il n'y trouva que l'ennui et le sentiment plus aigu de sa solitude ; en vain, il se réfugia à la campagne : la nature exalta en lui la tendance au rêve. Il était torturé par un besoin tyrannique de s'abandonner à la violence des passions, mais était incapable de fixer sur un objet cette «surabondance de vie» : il savait d'avance que rien dans la réalité ne saurait répondre à l'infini de ses aspirations et à la richesse de son imagination. Aussi, rassasié sans avoir goûté et «détrompé sans avoir joui», il ne croyait plus au bonheur, était en proie à l’ennui, avait une conscience aiguë du néant des choses terrestres. S’il éprouvait une amère jouissance à analyser son désespoir («On jouit de ce qui n’est pas commun, même quand cette chose est un malheur»), sa vie n'ayant plus de sens, il ne lui restait plus, séparé qu’il était de sa dernière consolation, sa sœur Amélie, qu'à se suicider. La jeune femme, à laquelle il écrivit, devina son projet et le rejoignit.

Pour l’en détourner, elle lui apporta le réconfort de sa présence ; mais elle commença à dépérir elle aussi d'un mal inconnu. Après lui avoir fait promettre de renoncer à se donner la mort, elle le quitta brusquement, en lui laissant une lettre où elle lui annonçai qu'elle allait entrer au couvent. René accourut auprès d'elle pour la dissuader de prononcer ses vœux. Mais il était trop tard, et elle lui demanda de l'accompagner à l'autel à la place de son père défunt. Il assista, la mort dans l'âme, à l'émouvante cérémonie de ses vœux, et surprit le secret du mal étrange d’Amélie : elle s'était prise pour lui d'une tendresse excessive et était torturée de remords. Le désespoir du jeune homme vint enfin combler le vide de son existence : «Mon chagrin était devenu une occupation qui remplissait tous mes moments : tant mon cœur est naturellement pétri d'ennui et de misère !» Laissant sa sœur repentante et apaisée par la vie du couvent, il prit la résolution de passer en Amérique. Alors qu’il y abordait, une lettre lui apprit qu'elle était morte comme une sainte «en soignant ses compagnes».

Chactas s'efforce de consoler René. Cependant un missionnaire qui se trouve au fort Rosalie, le père Souel, tire de cette histoire une leçon plus sévère : «Je vois un jeune homme entêté de chimères, à qui tout déplaît, et qui s'est soustrait aux charges de la société pour se livrer à d'inutiles rêveries. On n'est point, monsieur, un homme supérieur parce qu'on aperçoit le monde sous un jour odieux. On ne hait les hommes et la vie que faute de voir assez loin. Étendez un peu plus votre regard, et vous serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont de purs néants. [...] Que faites-vous seul au fond des forêts où vous consumez vos jours, négligeant tous vos devoirs? [...] La solitude est mauvaise à celui qui n'y vit pas avec Dieu ; elle redouble les puissances de l'âme en même temps qu'elle leur ôte tout sujet pour s'exercer. Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service de ses semblables ; s'il les laisse inutiles, il en est d'abord puni par une secrète misère, et tôt ou tard le ciel lui envoie un châtiment effroyable». La maladie de René, c'est donc l'orgueil comme le lui dit aussi Chactas : «Il faut que tu renonces à cette vie extraordinaire qui n'est pleine que de soucis ; il n'y a de bonheur que dans les voies communes. » Et le récit s'achève sur le retour au grand silence de la nature, rendu plus perceptible encore par « la voix du flamant qui, retiré dans les roseaux du Meschacébé, annonçait un orage pour le milieu du jour».
Commentaire
À l’origine, épisode détaché des “Natchez” comme “Atala”, ‘’René’’ fut englobé en 1802 dans la première édition du ‘’Génie du christianisme”, pour illustrer «le vague des passions», puis fut publié à part en 1805 et fut ensuite uni à ‘’Atala’’ dans l'édition des ‘’Œuvres complètes’’. C'est qu'en effet ‘’René’’ et ‘’Atala’’ sont étroitement liés dans l'œuvre de Chateaubriand.
Selon Marc Fumaroli, Chateaubriand aurait été, avec ‘’René’’, l’«inventeur de la jeunesse», mais, en fait, dans l'Antiquité déjà, Sapho, Platon, Lucrèce, Virgile, Tibulle, saint Augustin, donnèrent des exemples de mélancolie, et Sénèque analysait « cet ennui, ce dégoût de soi, ce tourbillonnement d’une âme qui ne se fixe à rien, cette sombre impatience que nous cause notre propre inaction » [‘’De la tranquillité de l’âme’’]). Chateaubriand a, en partie sans doute pour se disculper, indiqué lui-même, dans la ‘’Défense du ‘’Génie du christianisme’’, certains de ses précurseurs : «C'est Jean-Jacques Rousseau qui introduisit le premier parmi nous ces rêveries si désastreuses et si coupables. En s'isolant des hommes, en s'abandonnant à ses songes, il a fait croire à une foule de jeunes gens qu'il est beau de se jeter ainsi dans le vague de la vie. Le roman de Werther a développé depuis ce genre de poison. L'auteur du ‘’Génie du christianisme’’ a voulu dénoncer cette espèce de vice nouveau, et peindre les funestes conséquences de l'amour outré de la solitude.» Le besoin d'infini avait en effet été exprimé par Rousseau dans les ‘’Rêveries du promeneur solitaire’’ : «J’étouffais dans l’univers, j’aurais voulu m’élancer dans l’infini», mais ce sentiment le ravissait au lieu de le torturer. Chateaubriand a été influencé aussi par Mme de Staël (pour qui « la mélancolie est la véritable inspiration du talent » et qui pensait que les Grecs ne l’ont pas connue parce que les femmes n’avaient guère de place dans leur société).
René nous apparaît plus orgueilleux qu'accablé de son état singulier, car «une grande âme doit contenir plus de douleur qu'une petite» ; il s'enchante lui-même des chimères de sa brillante imagination ; il se drape dans sa douleur et dans cette attitude d'homme fatal qui porte avec lui le malheur. Sainte-Beuve a défini cette première figure du héros romantique : pour lui, René «a tout dévoré par la pensée, par cette jouissance abstraite, délicieuse, hélas ! et desséchante du rêve ; son esprit est lassé et comme vieilli ; le besoin du cœur lui reste, un besoin immense et vague, mais que rien n’est capable de remplir» ; il voyait en lui un «beau ténébreux» avec sa «haute coquetterie», trop artiste et trop fier de lui-même pour être un désespéré ; perfidement, il ajoutait : «On sent en le lisant qu'il guérira, ou du moins qu'il se distraira».

Chateaubriand a mis beaucoup de lui-même dans cette âme instable, avide et toujours inassouvie, qui trouve une jouissance presque morbide dans l'analyse de son mal, qu’il mène avec autant de complaisance que de sévérité. L’enfance rêveuse du héros ressemble beaucoup à la sienne à Combourg, entre un père trop austère et une sœur qu'il aimait tendrement, Lucile qu’Amélie rappelle à beaucoup d'égards ; le mal de René semble être la peinture d’un état d’âme réellement éprouvé par l’auteur lors de son adolecence et aussi dans la solitude de son exil à Londres et dans le refoulement de son impossible amour pour la jeune Charlotte Ives. Mais la part de la fiction romanesque, qui apparaît déjà dans le récit de l’enfance, devient prépondérante dans l’évocation des grands voyages en Méditerranée qu’il n’avait pas encore faits. Surtout, dans la seconde moitié du roman, il n’y a plus rien de commun entre Lucile et Amélie dont la passion, plus ou moins reconnue comme telle, qu’elle éprouve pour son frère semble uniquement inspirée par des souvenirs littéraires. Et par là Chateaubriand introduisit une note quelque peu ambiguë qu'on ne trouverait pas dans Goethe, par exemple.

On ne peut douter de la sincérité de Chateaubriand. Il est possible qu'il ait cru condamner sincèrement ses propres erreurs de jeunesse. Il est fort possible qu'il ait cru guérir en le dépeignant ce mal qu’il n'a pas inventé, mais auquel il a donné une nouvelle forme, la forme qui convenait à son temps.

Le chapitre du ‘’Génie’’ sur le «vague des passions» est l'analyse la plus pénétrante de ce mal qui serait le mal de l'homme moderne : fils d'un siècle qui a tout examiné, et revenu de toutes les illusions, il a perdu le sens de l'action. Vers la fin du roman, par les dures paroles du père Souel, Chateaubriand a voulu condamner ces «inutiles rêveries», cette «coupable mélancolie qui s’engendre au milieu des passions lorsque, sans objet, elles se consument d’elles-mêmes dans un coeur solitaire», ce spleen où «on est lassé de tout sans avoir joui de rien». Et il proposait comme remèdes la vie chrétienne et la pratique des vertus sociales.
L’ouvrage était en effet destiné à montrer «la nécessité des abris du cloître pour certaines calamités de la vie auxquelles il ne resterait que le désespoir et la mort», car, selon Chateaubriand, la suppression des ordres religieux par la Révolution priva les âmes inquiètes de leur dernière consolation, de leur refuge, la solitude du couvent. Il s’agissait aussi de fustiger l’orgueil et de proposer la simplicité.

Mais, comme cela s'était déjà produit pour ‘’Atala’’, on négligea la portée édifiante du roman et l'on fut séduit par le charme poétique du vague des passions et par les élans lyriques d'une sensibilité exaspérée.
‘’René’’ n'est pas une œuvre composée comme ‘’Atala’’ de divisions symétriques, c'est un texte continu, composé en strophes, marqué par l'harmonie solennelle et plaintive de l’ode au désespoir qu’est le récit de René qui en occupe la presque totalité. Le style, s’il ne déconcerta pas les contemporains par les mêmes hardiesses que celui d'’’Atala’’, n’en est pas moins constamment lyrique, particulièrement, le passage où René constate l'harmonie entre les aspects de l'automne et sa mélancolie qui est une sorte de poème en prose : «Un secret instinct me tourmentait : je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : ‘’Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande.’’»

«Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !» Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur.»

La nuit, lorsque l'aquilon ébranlait ma chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuages amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur, que j'aurais la puissance de créer des mondes.» 

Ces accents rappelaient ceux d’Ossian : «Levez-vous, ô vents orageux d'Érin ; mugissez, ouragans des bruyères ; puissé-je mourir au milieu de la tempête, enlevé dans un nuage par les fantômes irrités des morts.»
Cette première figure du héros romantique eut une influence considérable. Dès la parution, ce fut le succès, l'enthousiasme surtout, auprès de la jeune génération. On préféra ‘’René’’ à ‘Atala’’ d’abord à cause de ce qu'il faut bien appeler son actualité. En fait, ce n'est pas un remède à la mélancolie qu'apporta Chateaubriand ; au lieu d'en guérir son temps, il la mit à la mode. À la chute de l'Empire, toute une génération déchue de ses rêves de gloire, désorientée et réduite à l'inaction, crut s’y reconnaître. Le mal de René devint le «mal du siècle». Cet ennui, cette inquiétude, cette désespérance se retrouvèrent avec des nuances diverses non seulement dans des ouvrages immédiatement contemporains, comme ‘’Obermann’’ de Sénancour (publié en 1804, mais commencé un an avant la publication de ‘’René’’), ‘’Adolphe’’ de Benjamin Constant, ‘’Édouard’’ de Mme de Duras, mais principalement sur les grands écrivains romantiques : Musset tel qu'on le retrouve dans ‘’Les nuits’’ et dans ‘’La confession d'un enfant du siècle’’ qui est directement inspirée de ‘’René’’ ; Vigny, dans certaines pièces des ‘’Destinées’’, ainsi que dans le personnage de Satan d'’’Éloa’’ (‘’Poèmes antiques et modernes’’) ; Hugo dont un grand nombre de personnages sont des descendants de René ; Alexandre Dumas père qui a donné son ‘’René’’, en composant ‘’Antony’’ ; Stendhal dans ‘’Armance’’ et ‘’Le rouge et le noir’’ ; Baudelaire et son spleen.

Dans ‘’Mémoires d'outre-tombe’’ (deuxième partie, livre l, chapitre11), Chateaubriand désavoua ironiquement cette postérité, mais un peu à la manière de son héros qui ne parvient pas à confesser ses erreurs sans en tirer quelque orgueil : «Si ‘’René’’ n'existait pas, je ne l'écrirais plus ; s'il m'était possible de le détruire, je le détruirais : il a infesté l'esprit d'une partie de la jeunesse, effet que je n'avais pu prévoir, car j'avais au contraire voulu la corriger. Une famille de Renés poètes et de Renés prosateurs a pullulé ; on n'a plus entendu bourdonner que des phrases lamentables et décousues ; il n'a plus été question que de vents d'orage, de maux inconnus livrés aux nuages et à la nuit ; il n'y a pas de grimaud sortant du collège qui n'ait rêvé d'être le plus malheureux des hommes, qui, à seize ans, n'ait épuisé la vie, qui ne se soit cru tourmenté par son génie, qui, dans l'abîme de ses pensées, ne se soit livré au vague de ses passions, qui n'ait frappé son front pâle et échevelé, qui n'ait étonné les hommes stupéfaits d'un malheur dont il ne savait pas le nom, ni eux non plus».

La part de Chateaubriand dans la formation de la mélancolie romantique qui devait envahir pour plusieurs décennies la littérature est considérable, comparable à celle de Goethe et de Byron, qu'elle dépasse même, du moins en France.

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‘’Le génie du christianisme’’ souleva un tel enthousiasme que Fontanes en profita pour faire nommer son ami secrétaire de légation à Rome (1803) car Chateaubriand s’était rallié à Bonaparte, s’était entretenu avec lui au cours d’une réception chez Lucien Bonaparte, la deuxième édition du ‘’Génie’’ comportant même une vibrante dédicace au « Citoyen Premier Consul ». Mais il espérait mieux et fut tellement vexé qu’il offrit même ses services au tsar !

Cependant, il se rendit à Rome où, s’il commit les pires bévues, heureusement réparées par Fontanes, il allait enrichir son talent d'impressions nouvelles dont il para deux oeuvres :

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