Chateaubriand





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Itinéraire de Paris à Jérusalem’’

(1811)
Journal de voyage
Ce sont des notes et des impressions de voyage que Chateaubriand a rassemblées pour être en mesure de donner un cadre vivant et exact aux ‘’Martyrs’’. Il était allé autour de la Méditerranée « chercher des images ». Il avait accumulé, avant son départ, un grand nombre de renseignements historiques et géographiques sur les pays qu'il allait visiter ; c'est donc en connaissance de cause qu'il entreprit ce périple qui dura de juillet 1806 à juin 1807. Partout il alla à la recherche du passé, il l'appela et il l'évoqua ; c'est ainsi que bien des descriptions sont ponctuées par des exclamations et alourdies par un étalage d'érudition.

L'’’Itinéraire’’ est divisé en sept parties :

‘’Voyage en Grèce’’ (I)

‘’Voyage de l'archipel, de l'Anatolie et de Constantinople’’ (II)

‘’Voyage de Rhodes, de Jaffa, de Bethléem et de la mer Morte’’ (III)

‘’Voyage de Jérusalem’’ (IV et V),

‘’Voyage d'Égypte’’ (VI),

‘’Voyage de Tunis et retour en France’’ (VII).

C'est en fait un pèlerinage aux ruines des civilisations disparues que Chateaubriand accomplit ; il entendit remonter aux sources mêmes de la civilisation moderne ; aussi ses méditations sont-elles pleines d'admiration pour la grandeur passée, et de mélancolie face à l'état présent. Aux descriptions se joignent les réflexions morales, politiques, religieuses, l'évocation des souvenirs historiques sur les lieux mêmes où ils sont nés, et de poétiques rêveries. L'archéologie, l'histoire générale, celle des beaux-arts tiennent une place importante, mais aussi les aventures et les anecdotes dans lesquelles il se détend et fait preuve d'une bonne humeur, d'une bonhomie qu'on ne retrouvera plus que dans ‘’Mémoires d'outre-tombe’’. Chateaubriand, qui pense avoir pénétré le secret du miracle antique, entend faire part de sa découverte. Il se préoccupe avant tout d'émouvoir et il y parvient.


Commentaire
Chateaubriand fit preuve de son talent de paysagiste et de ses émotions d’humaniste et de chrétien devant les lieux « les plus fameux de l’histoire ». Cela nous vaut de magnifiques évocations qui, bien qu’écrites avec recherche, sont moins pompeuses que celles des ‘’Martyrs’’. Un des charmes de l’’’Itinéraire’’ réside souvent dans la découverte d’un autre Chateaubriand, détendu, familier, volontiers humoriste : un voyageur qui se confie avec sincérité, qui semble avoir voulu rassembler les traits les plus représentatifs de son tempérament, de son talent et, peut-être à nos yeux, de ses faiblesses.

S’il s’inspirait d’une abondante tradition littéraire de « voyages en Orient », au point que ces emprunts ont fait mettre en doute qu’il ait réellement fait le voyage, le texte est vivant car il a su éviter toute lourdeur.

Une des plus belles pages est le tableau d’Athènes au soleil levant qui est décrite avec une grande précision pittoresque, le coloriste évoquant les nuances les plus délicates, le contraste étant marqué avec l’Athènes moderne ; l’artiste, l’humaniste et le philosophe (qui médite sur la fuite du temps) communient dans la même ferveur.

Dans l’évocation des Pyramides, qui sont à peine décrites, il marqua sa tendance à la méditation. Elles lui inspirèrent de graves variations sur le thème de l’immortalité et du néant : « Quand l’homme a passé, les monuments de sa vie sont encore plus vains que ceux de sa mort ; son mausolée est au moins utile à ses cendres ; mais ses palais gardent-ils quelque chose de ses plaisirs? »
L'’’Itinéraire’’ mit la Grèce et l'Orient à la mode. Il servit de guide de voyages à de nombreux touristes. Il est à l'origine des voyages des grands écrivains : Lamartine, Flaubert, Nerval (‘’Voyage en Orient’’).

De plus, Chateaubriand avait attiré l'attention sur le problème grec, il avait décrit le pays « triste, mais paisible » : « Le silence de la servitude régnait sur les monuments détruits. » Lors de la réimpression de l'’’Itinéraire’’, en 1827, dans les ‘’Œuvres complètes’’, la situation avait évolué du tout au tout : la Grèce s'était soulevée ; à Navarin, les flottes occidentales réunies avaient battu la flotte turque. Chateaubriand ne pouvait se désintéresser de ce pays où il avait ressenti de si douces émotions. Il défendit la cause de la Grèce à la Chambre des pairs et fit précéder la nouvelle édition de l'’’Itinéraire’’ d'une ‘’Note sur la Grèce’’, où il défend à la fois la nation grecque et le christianisme.

Chateaubriand était accompagné d'un domestique qui rédigea, lui aussi, son journal de route. Celui-ci a été publié en 1901 sous le titre de : ‘’Itinéraire de Paris à Jérusalem, par Jullien, domestique de Chateaubriand’’.

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Chateaubriand rédigea une tragédie, ‘’Moïse’’.

En 1812, il mit fin à sa liaison avec Natalie de Noailles.

Le 5 avril 1814, il publia :

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‘’De Buonaparte, des Bourbons

et de la nécessité de se rallier à nos princes légitimes

pour le bonheur de la France et celui de l’Europe’’

(1814)
Pamphlet
L’œuvre est divisée en trois parties .

Alors que « les Russes sont à Paris », que la « miraculeuse coalition » vient de mettre la France à genoux, se lève pour Chateaubriand ce qu'il appelle « le jour de la vengeance ». La première partie porte un jugement très dur sur la Révolution : « Alors commencèrent les grandes Saturnales de la royauté : les crimes, l'oppression, l'esclavage marchèrent d'un pas égal avec la folieAlors surgirent de leurs repaires tous ces rois demi-nus, sales et abrutis par l'indigence, enlaidis et mutilés par leurs travaux, n'ayant pour toute vertu que l'insolence de la misère et l'orgueil des haillons. » Mais Chateaubriand attaque surtout « Buonaparte » , « l’étranger » dont la famillle est « demi-africaine » qui, après la Révolution, était devenu le chef de la France et qui, comme « un faux grand homme », avait élevé son trône sur les ruines d’un peuple. Il s’est conduit comme « un assassin » avec le duc d'Enghien. Ses talents de stratège sont niés : «C’est en effet un grand gagneur de batailles ; mais, hors de là, le moindre général est plus habile que lui [...] Il n’entend rien aux retraites et aux chicanes du terrain.» Le bilan humain de ses guerres est terrible : «Il a fait périr dans les onze années de son règne plus de cinq millions de Français, ce qui surpasse le nombre de ceux que nos guerres civiles ont enlevés pendant trois siècles.» La France sous son règne a été une « caverne de brigands ». « L’ogre » est imaginé revenant de Russie où son armée agonise, s'installant aux Tuileries, au coin du feu, disant : « Il fait meilleur ici que sur les bords de la Bérésina. » Mais, ajoute Chateaubriand, « tous les diamants de la couronne ne pouvaient cacher le sang dont il était couvert. » Histrion et comédien, Bonaparte « a horreur des hommes », et « il n'aimerait pas même le cri d'un grand crime, si ce crime n'était pas son ouvrage. »

La deuxième partie porte sur les Bourbons et montre la nécessité pour la France de se rassembler autour des souverains légitimes qui seuls pourront donner la paix et l’ordre à la Nation.

La troisième partie porte sur les alliés des légitimistes et des Bourbons, cherche à justifier, avec une évidente difficulté, la politique de la coalition qui tentait d’affaiblir le prestige de la France et, comme cela devait bientôt arriver, d’envahir son territoire.
Commentaire
Chateaubriand composa ce pamphlet maladroit, outrancier et vengeur pendant la campagne de France, pendant ce qui fut chez les royalistes des semaines d'une attente passionnée, et il est certain qu'il y mit la dernière main après la chute même de Paris. Il le publia le 30 mars 1814 et n'a donc pas contribué à la chute de « l'ogre », comme il l’a prétendu, de Bonaparte dont il s’est plu à italianiser le nom pour faire de lui un « étranger ».

Animé par la passion partisane, il voulut frapper un grand coup, fort et vite, et prendre date. « C'est une bataille qu'il fallait gagner ou perdre », a-t-il dit plus tard, pour excuser ses coups bas. Bonaparte vaincu, la France envahie, tout devenait possible, et Chateaubriand rêva que son destin allait changer. Avec le frémissement de l'ambitieux qui croit enfin son heure venue, il osa pour la première fois désigner chaque chose par son nom : les mots lui vinrent enfin du coeur. Jamais portrait plus injuste et plus cruel ne fut fait de Napoléon. Il est évident que si on veut connaître l'oeuvre de l'Empereur, son histoire, son caractère et son génie, ce n'est pas dans le pamphlet de Chateaubriand qu’il faut chercher un document sûr. On mesure l'aveuglement où conduisent les passions politiques, les bassesses et la sottise qu'elles suscitent tout naturellement.

Dans cet écrit si bref, si différent de tout ce qui avait fait sa gloire littéraire, l'extrême vivacité du trait révèle une exécution rapide. Il en résulta un ton nouveau, un style heureux ou amer, direct, violent, éloquent ou familier, où il fut enfin lui-même, où, pour la première fois, il écrivit à la diable. Il l’a reconnu lui-même : « À cette époque de trouble et de passion, les paroles ne pouvaient être rigoureusement pesées. »

Mais, à notre époque, on a toujours jugé sévèrement ce libelle. Pour Henri Guillemin, qui ne badinait pas avec la moralité : « Il y a peu de choses pires, dans la conduite de Chateaubriand, que sa conduite en 1814. » François Mauriac aussi le condamna dans ses "Nouveaux mémoires intérieurs".

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Le 8 juillet 1814, Chateaubriand fut nommé ambassadeur en Suède mais il ne rejoignit pas son poste.

Il fut déçu par Louis XVIII qui, lui, n'aimait guère ce romantique plein d'orgueil et d'ambition. Il le suivit néanmoins à Gand pendant les Cent-Jours, lui attribuant alors, du moins dans ‘’Mémoires d’outre-tombe’’, le sentiment à la fois charnel et métaphysique de la légitimité bourbonienne : « Il était roi partout, comme Dieu est partout, dans une crèche, dans un temple, sur un autel d’or ou d’argile. L’idée fixe de la grandeur, de l’antiquité, de la dignité, de la majesté de sa race donnait à Louis XVIII un véritable empire. On en sentait la domination. Les généraux mêmes de Bonaparte le confessaient : ils étaient plus intimidés devant ce vieillard impotent que devant le maître terrible qui les avait commandés en cent batailles

Il fut nommé ministre de l’Intérieur par intérim. Il vota la mort de Ney. Mais, comme il le raconta encore dans ‘’Mémoires d’outre-tombe’’, il aurait entendu avec douleur la canonnade de Waterloo.

À son retour, il fut nommé pair de France mais non ministre comme il l'espérait. Il céda alors à sa vocation d'éternel opposant et, «bourboniste par honneur, royaliste par raison et républicain par goût», il devint par dépit un des chefs des ultra-royalistes, écrivant alors :

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‘’La monarchie selon la Charte’’

(1816)
Essai
Dans ce libelle, Chateaubriand défendait la Charte constitutionnelle, grâce à laquelle les libéraux de France avaient accueilli le retour de Louis XVllI et le début de son gouvernement. Un retour à l'Ancien Régime n'était plus possible. Comme ministre, il voulut, dans cette publication, dire la « vérité au roi » ; car le Conseil dont il faisait partie ne se réunissait malheureusement point dans le but de permettre à ses membres de faire valoir leur opinion personnelle sur les questions les plus importantes de la nation. C'est précisément parce qu'il entendait défendre la légitimité qu'il se sentit le devoir d'affirmer une fois de plus la nécessité où était la monarchie d'être constitutionnelle (retour des partis, liberté de presse et autres prérogatives parlementaires). Les maux du despotisme seraient en fait pires que ceux d'un libéralisme qui, guidé sainement, à la façon anglaise, apporterait une nouvelle gloire au roi et au pays.
Commentaire
Chateaubriand qui avait montré, notamment dans son écrit ‘’De Buonaparte et des Bourbons", son attachement à la cause des souverains « légitimes » de la France, ne pouvait pas, après les déceptions apportées par la Restauration et spécialement par la politique réactionnaire des ultra-royalistes, ne pas montrer son esprit de rébellion, en se faisant le défenseur de nouvelles idées sociales ; certes, il le fit d'une manière toute personnelle, se laissant emporter par l'impétuosité de sa vision fortement égocentriste des choses.

L'ouvrage, publié quelques jours après la dissolution de la fameuse « Chambre introuvable », souleva l'indignation de Louis XVIII qui, sous l'influence de ses partisans ultras, fit immédiatement interdire la brochure par sa police et destitua tout simplement l'auteur de son poste ministériel.

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En 1817, Mme Récamier devint la maîtresse de Chateaubriand. En 1818, elle loua la propriété de la Vallée-aux-Loups qu’il avait dû vendre parce qu’il était complètement ruiné, étant privé de traitement à la suite de disgrâces successives et dépensant beaucoup plus qu’il ne gagnait. Puis elle allait s’installer à l’Abbaye-aux-Bois, rue de Sèvres.

Avec des collaborateurs d'élite comme Bonald, Villèle, Polignac, Nodier, Lamennais, il fonda un journal ‘’Le conservateur’’ où, polémiste redoutable, il attaqua le ministère Decazes et provoqua sa chute en le rendant responsable de l'assassinat du duc de Berry (1820). Pour l'éloigner, le roi le nomma ministre plénipotientaire à Berlin, poste dont il démissionna en juillet 1821. En 1822, il fut nommé ambassadeur à Londres. Il y connut de nombreuses liaisons féminines. Il fut envoyé au Congrès de Vérone où il contribua à faire confier à la France la mission de réduire la révolte des Espagnols contre leur roi. Peu après, il devint ministre des Affaires Étrangères et s'empressa de monter l'expédition d'Espagne qu’il appelait « ma guerre d’Espagne » : il la considérait comme un acte de haute politique destiné à rétablir la France à son rang de grande puissance (1823). Tout en travaillant à ses ‘’Mémoires’’, il eut aussi une liaison avec Cordélia de Castellane. Le succès rapide de la campagne et l'orgueil qu'il en tira le poussèrent à tenter de renverser le ministère Villèle afin de le remplacer, mais on saisit la première occasion de le «chasser» : en 1824, il fut destitué mais proclama : «J’ai quitté le ministère en rugissant».

Il revint alors à ses vraies convictions, celles d'un monarchiste modéré et soucieux des libertés publiques : dans le ‘’Journal des débats’’, il combattit activement le ministère Villèle, signant en septembre un article intitulé : ‘’Le roi est mort : vive le roi !’’.

En 1826, il s’installa à Paris, rue d’Enfer. Pour essayer de résoudre ses difficultés pécuniaires, il vendit ses ‘’Oeuvres complètes’’ à Ladvocat et publia :

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‘’Les Natchez’’

(1826)
Épopée en prose en deux parties
Le Français René, ayant quitté son pays après la prise de voile de sa soeur Amélie, vient demander l'hospitalité à la tribu des Natchez, en Louisiane. Il y est protégé par le vieux Chactas (Livre I). Il s'éprend de la nièce de Chactas, Celuta ; mais celle-ci est aimée d'Onduré, chef de la tribu de la Tortue, qui jure la perte de René. Au livre III, Onduré tente de l'assassiner ; René triomphe, mais laisse la vie à son agresseur.

Le livre IV est occupé par un intermède céleste. Puis René, adopté par la tribu, écoute le récit que lui fait Chactas des événements de sa vie survenus après la mort d'Atala. Envoyé comme ambassadeur de sa nation vers le gouvernement français, il est pris pour un traître et envoyé au bagne de Marseille. Il est délivré par ordre de Louis XIV et amené à Versailles. (Livres V à IX).

Sur les conseils du traître Onduré, les Illinois, tribu voisine, déclarent la guerre aux Natchez. Fait prisonnier, René est délivré et retrouve Celuta (Livres IX à XII).
La seconde partie, qui n'est plus qu'un récit continu, sans divisions, s'ouvre sur le mariage de René et de Celuta : mais, malgré l'amour que lui porte son épouse et la naissance d'une petite fille qu'il appelle Amélie en mémoire de sa sœur, René n'est pas heureux. Dénoncé par Onduré, il est arrêté par les Français et mis en prison. Libéré, il retourne chez les Natchez, où il apprend la mort de sa sœur. Chactas, voyant son affliction, lui demande le récit de ses malheurs. Ce récit, c'est ‘’René’’.

Mais Onduré, qui poursuit toujours le Français de sa vengeance, trouve le moyen de l'écarter et, pendant son absence, fait jurer aux Indiens de massacrer les Blancs. René envoie à Celuta une lettre qui est son adieu et un véritable testament.

Le massacre approche et l'on ne peut prévenir René. Onduré l'assassine. Le frère de Celuta, Outougamiz, fidèle ami de René, meurt de douleur. Quant à la jeune femme, outragée par Onduré, elle suit de peu son frère dans la tombe. Enfin, la tribu des Natchez s'éteint tout entière au cours de sa lutte contre les Iroquois, et l'œuvre se clôt sur cette invocation emphatique : « Puisse mon récit avoir coulé, comme tes flots, ô Meschacébé ! »
Commentaire
Le point de départ de cette « épopée indienne », de cette « épopée de l'homme primitif », est un événement historique : le massacre par les Français en 1727 de la tribu rebelle des Natchez, en Louisiane, en représailles du massacre de colons français.

Cet ouvrage de jeunesse, le deuxième écrit par Chateaubriand, aussitôt après l'’’Essai sur les révolutions’’, qu’il avait composé à partir de souvenirs de son voyage en Amérique que l'écrivain, qu'il avait achevé quand il quitta Londres en 1800, ne vit le jour qu'en 1826, dans l'édition des ‘’Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand, pair de France’’, en 31 volumes (1826 - 1831), où il formait les tomes XIX et XX. Cet énorme manuscrit, de plus de deux mille pages in-folio, resta enfermé dans une malle chez sa propriétaire anglaise. Tant que durèrent les démêlés politiques entre la France et l'Angleterre, il ne put le récupérer. Ce fut seulement à la Restauration que des amis de l'auteur le retrouvèrent là où il l'avait laissé. Il ne put résister au désir de publier cette œuvre, qui était pourtant depuis longtemps dépassée.

‘’Les Natchez’’ sont une œuvre énorme, assez informe et hétérogène, comprenant deux parties bien distinctes. La première est composée dans le style de l'épopée en prose, que l'écrivain devait développer dans ‘’Les martyrs’’ ; on y voit figurer les dieux de la mythologie des Anciens, ceux des Indiens, le Dieu du christianisme, ses saints et ses anges, ainsi que des êtres allégoriques tels que la Renommée, la Mort et l'Amitié. Si certaines des descriptions d'une grande fraîcheur font penser à ‘’Atala’’, les interventions surnaturelles et les peintures du ciel et de l'enfer sont plus froides encore que celles des ‘’Martyrs’’. De plus, Chateaubriand y use et y abuse des formules les plus conventionnelles du néo-classicisme. Dans la seconde partie, le merveilleux disparaît et le poème en prose devient un roman. Chateaubriand, qui ne sait pas encore éviter la bizarrerie, la confusion et le sentimentalisme fade, s'y révèle déjà, par endroits, un grand écrivain. Parmi les meilleures pages du livre figurent :

- la description des fastes de la cour et de la vie française, à la fin du XVIIe siècle, par ce « bon sauvage », où, sous l'idéologie de Jean-Jacques Rousseau, on retrouve la malice de Voltaire (dans ‘’L’ingénu’’) et de Montesquieu (dans ‘’Les lettres persanes’’).

- le testament de René où il résume sa vie et analyse son caractère avec autant de pénétration que d'éloquence.

Cette œuvre, inspirée par cette imagination colorée, par cette originalité de la langue et du style qui fera le prix des écrits de Chateaubriand, offre l'intérêt d'être le point de départ des deux grands romans de l'auteur : ‘’Atala’’, qui parut isolément en 1802, et ‘’René’’, publié d'abord dans ‘’Le génie du christianisme’’ en 1802, puis en édition séparée en 1805. ‘’Les Natchez’’ sont comme la source, encore trouble, d'où allaient sortir les grandes œuvres de Chateaubriand.

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