RÉgine pernoud article paru dans l'édition du Monde du 25 avril 1998 Une ardente spécialiste du Moyen Age





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RÉGINE PERNOUD
Article paru dans l'édition du Monde du 25 avril 1998
Une ardente spécialiste du Moyen Age
Avec l’historienne Régine Pernoud, décédée mercredi 22 avril 1998 à Paris, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, c'est l'une des plus ardentes spécialistes du Moyen Age qui disparaît.
Née le 17 juin 1909 à Château-Chinon (Nièvre), cette fille de géomètre arpenteur rencontre, dès ses études secondaires à Marseille, au cours Notre-Dame-de-France, les deux sujets qui vont déterminer ses engagements d'historienne : le Moyen Age et Jeanne d'Arc. Deux débuts pourtant bien difficiles : le petit collège privé lui inculque le culte de l'Antiquité classique, qui pousse à sous-évaluer le monde médiéval, successeur indigne ; et la Pucelle d'Orléans, dont Benoît XV venait de faire une sainte (1920), est alors l'otage de récupérations politiques, discours et cortèges bruyants la métamorphosant en figure académique, sinon en héroïne cocardière.
C'est moins son passage par la faculté des lettres d'Aix-en-Provence que son entrée à l'Ecole nationale des chartes qui décide de ses futurs combats. Découvrant l'art et la littérature du Moyen Age la « formidable liberté » d'un « extraordinaire foisonnement », Régine Pernoud change de regard sur ces moments prétendument obscurs dont elle va désormais s'attacher à restaurer l'image ; plus décisif encore, le contact de la jeune chartiste avec un professeur de droit, Roger Grand, dont le cours la passionne. Elle qui pensait détester l'histoire, avec sa kyrielle de dates et ses fracas de batailles, se découvre un goût pour la comparaison des coutumes, multiples et « astucieuses », qui requalifient à ses yeux « l'ancienne France ». Des maîtres comme Marcel Aubert, Henri Focillon, Henri Pirenne, Gustave Cohen, Reto Bezzola lui font réaliser qu'elle est en fait « amoureuse d'un millénaire ».
Si le diplôme vient, le poste se fait attendre elle incriminait à la fois sa naïveté, une sorte de timidité et une surdité gênante. Avant de devenir conservateur au Musée de Reims (1947), elle entreprend mille « aventures » : classant dans un grenier de la mairie de Sens des plans cadastraux, traquant dans des archives privées des ancêtres perdus, faisant office de bibliothécaire pour un riche industriel du sucre, tentant même de monter un collège bilingue près de Carcassonne ou travaillant au service de presse du Touring Club de France... Une indépendance et une liberté qui la font à peine vivre mais comblent son goût des voyages.
Conservateur, elle ne renonce pas à ces audaces. Ainsi, à peine nommée à Reims, elle engage pour sa première exposition un décorateur et fait de la publicité à la radio ou, en 1951, figure au sommaire du premier magazine de la radiophonique « Tribune de l'Histoire ». Entre-temps, elle est devenue conservateur aux Archives nationales à Paris. Mais c'est désormais dans l'écriture que Régine Pernoud s'accomplit.
RÉHABILITATION DE JEANNE D'ARC
Depuis le pionnier Lumière du Moyen Age (1946), elle ne cessera de visiter la galerie nostalgique des grandes dames du temps : La Reine Blanche, Aliénor d'Aquitaine, Héloïse et Abélard, Christine de Pisan et récemment Hildegarde de Bingen. Seules exceptions masculines : Saint Louis et Richard Coeur de Lion. Elle livre même deux synthèses sur La Femme au temps des cathédrales et La Femme au temps des croisades, préfaçant encore La Chambre des dames, de Jeanne Bourin. Sans doute cet hommage appuyé à la femme médiévale est-il pour l'historienne une façon de réparer l'injustice du temps, puisque Régine Pernoud la pense victime de la montée de la puissance bourgeoise telle qu'elle s'est accomplie depuis la Renaissance (Histoire de la bourgeoisie en France, 2 vol., 1962).
Mais c'est la silhouette d'une certaine bergère de Domrémy, à laquelle elle consacre plus d'une douzaine d'ouvrages, qui reste la plus liée à Régine Pernoud. La rencontre fortuite en 1953 du texte, alors non traduit, du procès en réhabilitation de Jeanne d'Arc scelle l'image de l'historienne, qui crée plus tard le Centre Jeanne d'Arc d'Orléans, riche de plus de treize mille documents, et signe même avec Marie-Véronique Clin un CD-Rom sur la Pucelle. Son offensive pugnace pour réhabiliter encore l'ensemble de l'époque et particulièrement « son cher XIIe siècle » d'une jeunesse et d'une capacité d'invention inouïe (elle le saluait comme « le moment américain de l'Europe ») complétera le portrait. Signant un provocant Pour en finir avec le Moyen Age (1977) ou contribuant au tout aussi tonique Le Moyen Age pour quoi faire ? (1986), Régine Pernoud savait rompre des lances avec fougue, contaminée peut-être par l'énergie farouche des Hommes de la croisade qu'elle avait célébrés.
Une posture peu orthodoxe qui ne l'empêche pas de recevoir le prix de la Ville de Paris (1978) et d'être saluée à deux reprises par l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre (1981 et 1997 avec le grand prix Gobert). Ces honneurs ne la détournent pas de partages plus simples avec les enfants, pour lesquels elle écrit de nombreux livres, d'un volume phare de « La vie privée des hommes » (A l'abri des châteaux forts) à saint Martin, sans oublier l'inévitable Jeanne.
Rien d'étonnant à cela. Au coeur d'une fratrie si soudée que les discussions animées y remplaçaient les jeux sa mère ouvrait les fenêtres en priant les six enfants de rire aux éclats pour rassurer le voisinage, Régine Pernoud confesse le rôle essentiel que ses proches ont joué dans un volume de souvenirs recueillis par son neveu Jérôme (Villa Paradis, 1992). A la suite d'un dîner particulièrement « coincé » un 14 octobre, la tribu avait juré de s'appeler au jour anniversaire pour s'assurer qu'aucun d'eux n'était devenu « subrepticement bourgeois ». Le miracle, c'est que malgré le passage du temps et les disparitions, le téléphone sonnait toujours chez l'ultime survivante ce jour-là... Les amis veillaient au nom du serment passé.
Par son enthousiasme, sa véhémence aussi, dans la croisade qu'elle menait pour faire acquitter en appel ce Moyen Age de caricature, obscurantiste et fanatique, qui perdurait dans le langage commun, Régine Pernoud était parvenue à se tailler une réelle popularité. Une gageure que la chartiste passionnée était peut-être la seule à pouvoir relever.
PHILIPPE-JEAN CATINCHI

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