La montagne ste geneviève colline du savoir et de la contestation





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LA MONTAGNE STE GENEVIÈVE

Colline du savoir... et de la contestation




C’est cette contestation même qui va présider, en 1108, à l’établissement par Guillaume de Champeaux, puis Abélard, d’une université dissidente de celle du Cloître Notre-Dame sur les pentes de l’ancien Mons Lucotitius. Une éminence marquée par la présence romaine dont on voit encore les traces aujourd’hui. Des traces pour certaines bien cachées, celles du Forum de Lutèce par exemple.

De la "Maube", une des places les plus animées de Paris, foyer d’agitation depuis le moyen âge, soigneusement effacée par le baron Haussmann et son bd St Germain… à la place du Panthéon, point de départ de la révolution de Juin 1848, ce quartier fut de tous temps un des plus "bouillonnants" de la capitale.
Rien d’étonnant à cela : nous sommes tout proches du Faubourg St Marceau et de la vallée de la Bièvre, quartiers industrieux de la rive gauche.

Mais l’activité de ce "Quartier Latin" fut d’abord intellectuelle. Nous y retrouverons les traces méconnues d’anciens collèges : les Trente-trois, Ste Barbe, celui de Fortet dont subsiste une tour médiévale, ceux de Dormans-Beauvais et des Irlandais avec leurs chapelles remarquables…

Il reste encore aujourd’hui un bastion de la connaissance, avec ses universités dont la vieille Sorbonne, le Collège de France, l’institut Curie, la bibliothèque Ste Geneviève, ses grandes écoles dont Normale Sup, et ses lycées réputés.

Lieu également de contestation religieuse. C’est là que germèrent les idées de Calvin. Mais là aussi que se constitua la "Sainte Ligue" et que furent brûlés vifs, sur la place Maubert, tant d’"hérétiques".

Nous découvrirons enfin ces vieilles cours tranquilles de la rue St Jacques, la via superior, l’une des plus anciennes rues de Paris : le cardo maximus de Lutèce.

Et puis comment ne pas évoquer notre jeunesse et ce beau mois de Mai qui souleva les pavés pour découvrir une plage de liberté !

Notre pérégrination partira de la :
Place Maubert

Ce qui n’est plus aujourd’hui qu’un carrefour fut, depuis le Moyen âge, une des places les plus animées de Paris. Sous Louis IX, Albert le Grand dit Maître Albert, y commenta la physique d’Aristote de 1240 à 1248 (le nom de la place pourrait venir d’une contraction de son surnom). Du fait de l’affluence des étudiants, les cours s’y tenaient en plein air.
C’est là que se trouvait la Croix Hémon ; lieu de supplices où l’on exécutait, entre autres, les "hérétiques".
Étienne Dolet y fut brûlé vif, le 5 août 1546, pour avoir nié l’immortalité de l’âme. Autour de sa statue, érigée sur cette place, se rassemblèrent au 19ème siècle des manifestations de Libres-penseurs dont une, le 3 Août 1896, réunit 20 000 personnes. La statue a été détruite par les nazis pendant l’Occupation.
La place Maubert fut un bastion de la “Sainte Ligue”, dirigée par Henri de Guise. Des échauffourées s’y produisirent lors de la journée des Barricades, le 12 mai 1588.
Elle était traditionnellement un lieu de rassemblement et d’ébullition populaire.
De violents combats s’y déroulèrent en Juillet 1830.
En Février 1848 également. Le corps de garde qui s’y trouvait fut incendié.
En Juin 1848, un insurgé bon tireur tint à lui seul, pendant des heures, une barricade qui barrait la rue des Noyers.
À la fin du 19ème siècle, s’y tenait le marché aux mégots où les clochards venaient vendre le tabac qu’ils avaient ramassé.
Rue de la Montagne Ste Geneviève
C'est l'ancienne voie romaine qui, passant par les actuelles rue Descartes et Mouffetard, menait vers l'Italie.

À l’angle de la rue des Écoles, des Communards furent massacrés pendant la Semaine sanglante.

32 : Le bar du Tonneau d’Or fut, de 1953 à 1957, le siège de l’Internationale Lettriste, fondée à Aubervilliers en décembre 1952 et animée par Guy-Ernest Debord, Gil J. Wolman, Ivan Vladimirovitch Chtcheglov (Gilles Ivain), Jean-Louis Brau, Serge Berna, puis celui de l’Internationale Situationniste jusqu’en 1962.

34 : Hôtel d’Albiac, abritant de 1654 à 1797 le collège des Trente-Trois, séminaire créé par le père Bernard, et réservé aux élèves indigents faisant des études ecclésiastiques. Une des plus belles cours du quartier !

En montant au 1er étage de la salle de sport par un escalier muni d’une rampe remarquable, on trouve une porte qui donne :
Impasse des Bœufs
Rue de Lanneau (aller-retour)
Ex rue St Hilaire ; une des plus vieilles de Paris, qui comptait en 1571 pas moins de 14 librairies.

1 bis : au fond de la boutique, vestiges de l’église St Hilaire du Mont dans laquelle se déroula, en 1513, à propos d’un tableau représentant le jardin d’Eden, une querelle sur le nombril d’Adam et Ève... Fallait-il ou non leur en dessiner un ? Grande question métaphysique ! La dispute dégénéra en rixe, le sang coula ; la chapelle fut déclarée profanée et fermée.

11 : Restaurant à l’enseigne du Coupe-Chou, ancienne échoppe d’un barbier dont certains clients ne ressortaient que sous forme de succulents pâtés confectionnés par son voisin, charcutier-traîteur réputé. Cela se passait en 1335.

Dans la cave de cet immeuble subsistent des traces du puits Certain.
Impasse Chartière 1-11 : Emplacement du collège de Coqueret, créé en 1439, où se rencontrèrent les auteurs de la Pléiade : Du Bellay, Ronsard, Baïf, Dorat, Jodelle, de Tyard, Belleau. Ils présidèrent à la naissance du français classique. Du Bellay Ronsard Baïf Dorat Jodelle De Tyard
Rue d’Écosse
Dans cette petite impasse se trouvaient trois collèges : de Reims, de Toul et de Coqueret, de 1333 à 1603.
Rue Valette
C’est une rue très ancienne. D’abord appelée rue des Sept Voies, elle constituait l’épine dorsale du Quartier Latin au Moyen Âge.
2 : C’est ici que se trouvait l’entrée de la chapelle St Hilaire, dépendant de l’abbaye de St Marcel où Abélard aurait repris son enseignement après avoir quitté, en 1110, l’île de la Cité et le cloître Notre-Dame.

4 : Collège Ste Barbe. Plus ancien établissement d’instruction publique de Paris, créé en 1460 par Geoffroy Lenormand. Collège d’où sortirent les fondateurs de l’ordre des Jésuites : Ignace de Loyola et François Xavier. Jean Calvin y étudia également en 1527.

8 : Collège des Aicels, puis de Montaigu, fondé en 1314, situé à l’emplacement de la Bibliothèque Ste Geneviève. Erasme et Rabelais y firent leurs études et en subirent la discipline particulièrement sévère. Désaffecté à la Révolution, il abrita de 1792 à 1800 le premier "Hôtel des Haricots", prison de la Garde nationale.

19-21 : Vestiges du collège de Fortet, où Calvin aurait demeuré dans la tour qui existe toujours et porte son nom. C’est de là qu’il s’enfuit, d’abord à Angoulême puis à Ferrare, alors qu’on venait l’arrêter pour luthérianisme, en 1532.
Le bâtiment possédait des caves gothiques où se réfugièrent des Huguenots pendant le massacre de la St Barthélémy, le 24 août 1572.
Ce lieu vit aussi, le 1er janvier 1585, la refondation de la "Très Sainte Ligue" — interdite une première fois par Henri III — par 80 personnes, dont le duc Henri de Guise, Jean Prévost, Jean Boucher et De Launay.
Rue Laplace

12 : Porte du collège des Grassins où fut élevé, en 1755, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, auteur d’un recueil de maximes. Il tint également la plume pour rédiger les discours de Mirabeau.

1 : Épicerie de l’Union des Coopératives en 1919.
Rue de la Montagne Ste Geneviève vers le bas
64 : Poste de commandement des insurgés du quartier, d’où partit l’insurrection, le 24 Juin 1848.
58 : Porte basse et escalier à vis. Rampe moulurée remarquable.
48 : Très bel escalier Louis XIII.
45-47 : Emplacement du collège de Huban.
40 : Emplacement de la ferme Ste Geneviève, rendez-vous des Sans-culottes en 1792 et 1793.
Rue Descartes
2 : Emplacement du cimetière St Pierre - St Paul, nécropole datant de l’époque mérovingienne.
5 : Collège de Navarre, fondé par Jeanne de Navarre, femme de Philippe IV le Bel, en 1304. Le plus prestigieux de Paris. Richelieu, Bossuet, Condorcet, entre autres… y firent leurs études.
Il fut mis à sac par les partisans des Bourguignons, dirigés par Benoît Gencien, suite au revirement de l’Université, le 29 mai 1417. Rabelais y fait vivre Panurge dans "Pantagruel".
François Villon est impliqué dans le vol de 500 écus qui y est commis en décembre 1456.
Son église abrite le siège de la Section de Ste Geneviève puis du Panthéon français, animée par Gadeau, Lorinet, Pâris, à partir du 21 mai 1790.

En 1804, l’École polytechnique, créée en 1794, y est transférée sur ordre de Napoléon 1er. Elle y restera jusqu’en 1977.

Le 13 avril 1816, elle est fermée et tous ses élèves sont licenciés pour sympathies envers l’Empire.
Elle est l’un des quartiers généraux de la révolution de Février 1848. Les élèves, consignés pendant deux jours, forcent les portes pour se joindre aux insurgés.
Pendant la Semaine sanglante, en Mai 1871, elle est transformée en cour prévôtale. Des centaines de Fédérés sont massacrés dans la grande cour, dont Maurice Treillard, directeur de l’Assistance Publique pendant la Commune. Le tas des cadavres faisait, selon des témoins, plus de 100 mètres de longueur.
La première femme admise à Polytechnique, le 29 avril 1970, sera Anne Chopinet, reçue major en 1972.

25 : Cabaret du Roi Clovis où se réunissaient Jean-François Bories, Charles Goubin, Jean Pommier, Charles Raoulx : les 4 sergents de La Rochelle, membres de la Charbonnerie, exécutés le 21 janvier 1822 pour complot contre la monarchie.
Rue Clovis
3-7 : Vestiges de l’enceinte de Philippe Auguste, construite vers 1209. On en aperçoit le chemin de ronde.

23 : Emplacement de l’abbaye de Ste Geneviève. Le clocher de son église est aujourd’hui la tour Clovis, comprise dans l’enceinte du lycée Henri IV.
Désaffectée pendant la Révolution, elle fut le siège, à partir de novembre 1795, du Club du Panthéon, aux réunions duquel participaient Gracchus Babeuf, Buonarroti, Sylvain Maréchal, Darthé, Félix Saint-Fargeau (frère du conventionnel assassiné), Drouet (le maître de poste de Varennes)… tous membres de la Conjuration des Égaux. Pour cette raison, on les a appelés aussi les "Panthéonistes". Ce club fut fermé le 28 février 1796.
Peu après, l’abbaye fut démolie et remplacée par l’école centrale du Panthéon, qui devint le lycée Napoléon en 1804, puis le lycée Henri IV.
Musset, Scribe, Viollet-le-Duc, Haussmann… y poursuivirent leurs études.
Olinde Rodrigues, futur saint-simonien qui y était répétiteur, y fit la connaissance du jeune lycéen Prosper Enfantin.
Le philosophe Émile-Auguste Chartier, dit Alain, fut le professeur de Simone Weil en classe de khâgne, en 1928.
Jean-Paul Sartre y fut interne en 1920 et s’y lia avec Paul Nizan.
Pendant le siège de Paris et la Commune, en 1870 et 1871, le lycée Napoléon fut transformé par le syndicat de métier des Tailleurs en atelier de confection de vareuses, tuniques et pantalons pour la Garde nationale.
On traverse l’église St Étienne du Mont en entrant par sa porte latérale
Elle recèle le dernier jubé de Paris, la châsse qui contient un morceau du sarcophage de Ste Geneviève, patronne de la ville, de très beaux vitraux du 13ème siècle et un buffet d’orgues de 1630 restauré par Cavaillé-Coll.
On y trouve aussi les tombes de Blaise Pascal et de Jean Racine.
Les cendres de Mirabeau, puis de Marat, y furent transférées provisoirement après leur éviction du Panthéon, l’un en 1793, l’autre en 1795.
Elle devint en 1798 le temple de la Piété filiale. Des cérémonies théophilanthropiques y étaient célébrées depuis 1795.
On y assiste, dans le roman éponyme de Balzac, aux funérailles du Père Goriot.
On débouche sur la place Ste Geneviève
Rue St Étienne du Mont (aller-retour)

18 : Crochets de chaînes anti-émeutes. Les manifestations estudiantines ne datent pas d’hier...
Rue Clotilde

1 : Emplacement de l’entrée de l’abbaye de Ste Geneviève, une des principales abbayes de Paris jusqu’à la Révolution.
Rue de l’Estrapade
3 : Demeure de Denis Diderot de 1747 à 1754, au 2ème étage. Il fit là la traduction en français d’une encyclopédie anglaise ; travail qui devait déboucher sur la rédaction de l’Encyclopédie des Lumières. C’est ici qu’il fut arrêté et conduit au château de Vincennes pour avoir écrit la "Lettre aux aveugles à l’usage de ceux qui voient", le 24 juillet 1749.
Demeure également d’Hippolyte Fizeau, physicien qui obtint le premier daguerréotype de la surface solaire, en 1845.

5-7 : Demeure de Louis Pergaud, auteur de "La guerre des boutons".
7 : Demeure, en 1896, de Charles Péguy, qui lutte aux côtés d’Émile Zola et de Jean Jaurès dans l’affaire Dreyfus.
9 : Ancienne brûlerie de café. Puits dans la cour visible depuis la rue.

11 : Demeure, de 1785 à 1791, du pamphlétaire Paul-Louis Courier qui sera un opposant à la Restauration.
19 : Maison d’enfance, en 1814, de Prosper Mérimée. Son père était professeur au lycée Henri IV.
29 : Demeure de Germain Soufflot, architecte de l’église Ste Geneviève qui deviendra le Panthéon.
De violents combats ont lieu dans cette rue, alors nommée rue de la Vieille Estrapade, en Juin 1848. Le général Damesme y est tué en donnant l’assaut à une barricade.
Rue des Irlandais
5 : Collège des Irlandais. Séminaire ouvert en 1755. Chapelle St Patrick et jardin remarquables.
Rue Lhomond
10 : Demeure de Jules Michelet en 1839.
18 : École des jésuites. Arrestation des prêtres accusés d’espionnage le 4 avril 1871. Transformé en poste des fédérés du 204ème bataillon de la Garde nationale.
La Commune prévoit d’y ouvrir, à l’initiative d’Édouard Vaillant, la première école professionnelle pour garçons. L’ouverture étant prévue le 22 mai 1871, elle ne verra jamais le jour, les versaillais étant rentrés dans Paris la veille.
26 : Création d’une seconde École Normale par Napoléon 1er, le 17 mai 1808.
27 : Hôtel Ménestrel de Hauguel, de 1736. Architecture remarquable. Cour intérieure, mansardes, puits dans le hall.
28-30 : Séminaire Colonial, construit par Chalgrin, créé en 1731 afin de former des missionnaires pour les colonies.
Établissement de la congrégation du Saint-Esprit. Bâtiments remarquables : chapelle, réfectoire, escalier de Soufflot.
31-33 : Demeure de Victor Hugo où il aurait commencé la rédaction des "Misérables".
34 : Puits sans margelle dans la cour servant de baie d’éclairage pour le sous-sol.
45 : Adresse où Balzac situe la pension Vauquer dans "le Père Goriot", écrit en 1819.
Pavillon remarquable de style Directoire. Cour pavée.
54 : Salle du Concert du Châtelet, où se tinrent 12 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.
68 : Puits communicant avec d’anciennes carrières dans le jardin.
Place de l’Estrapade
Autrefois appelée carrefour de Braque, cette place fut sous Louis XIV, de 1680 à 1687, un lieu de supplices où les soldats déserteurs subissaient l’estrapade. Cela consistait à leur briser les articulations en les jetant du haut d’un mât attachés les mains dans le dos.
Elle fut, à partir de 1778, le siège du bureau central des Falots, qui louait aux promeneurs nocturnes des porteurs de lampes chargés de les éclairer dans leurs déplacements.
11 : Pension Levêque et Bailly où Baudelaire est placé, le 2 novembre 1839, par son beau-père le général Aupick, après qu’il ait été renvoyé du lycée Louis-le-Grand. Le jeune poète feint d’y préparer l’école des Chartes.
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