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Ministère des Affaires étrangères

et européennes
Direction de la coopération culturelle et du français
L’HARMONIE COSMIQUE

de Jean-Marc Rohart


Génération animée

DVD2




Réalisation : Michel Boiron (CAVILAM), Tatiana Bésory (CAVILAM)
Rédaction fiche cinéma : Bartlomiej Woznica (Agence du court métrage)
Rédaction fiche pédagogique : Tatiana Bésory (CAVILAM)
Coordination : Elyane Daniel (Sous-direction du français, Audiovisuel éducatif, octobre 2008)



L’HARMONIE COSMIQUE de JEAN-MARC ROHART, 2005 - 6’17


Prix du jury et prix du public au festival des 24 courts de Moncé en Belin et Bouloire en 2008
Le réalisateur

Après des études aux Beaux Arts de Nancy et l’obtention d’un diplôme d’architecture d’intérieure à l’école Boule de Paris, Jean-Marc Rohart se consacre à la peinture durant plusieurs années et il collabore avec diverses galeries en France et en Belgique. À présent, son travail se concentre sur la réalisation de courts-métrages. Vous pouvez consulter son travail sur le site internet http://jeanmarc-rohart.magix.net/website/
Transcription
[Bruit de gong]

Alors nous sommes aujourd’hui au Louvre au l’œuvre… et nous allons voir comment arborer, aborder… comment se comporter devant une peinture… faut-il se mettre à genoux ? Ou alors sauter en l’air de joie ou… si vous voulez en fait, chaque, tout est permissible, possible et chacun peut enfanter, inventer sa propre manière de voler, de vouloir, de voir l’art… on peut faire un petit saut… voilà

Oh ! Je me souviens de la première fois que je suis allé m’amuser, au musée, je ne pouvais plus m’arrêter, me freiner dans une course effrénée de… oh ! un Roubrun, un Rabrin… oh Henroue, c’est en roue motrice, la maîtresse de Matrice… oh un Chougrall… et ça c’est Ubu roi, Dubufroid, l’art bruste… et là c’est Dingre, c’est Ingre dringue… et là c’est le Crunch, le cri de Mrunch…

[sonnerie de téléphone]

Oh ! Excusez-moi ! Ce n’était pas prouvé, pas prévu… Où est-ce que je l’ai mis ce… (Allô… allô… oui, mais oui, mais non écoute, je suis en pleine confergence là… Mais non je ne peux pas, mais quoi les clés ? Attends une seconde, attends, attends une seconde…) Alors là Paul Klee, 1900… (Mais non, j’ai dit Paul Klee le peintre, mais je ne sais pas moi, elles ont disparu. Regarde dans le tableau, mais oui en cherchant bien, elle doit être cachée dans le tableau, j’pense… En quoi tu te déguises ? Écoute c’est pas le moment ! Je ne sais pas moi, en ce que tu veux, en Robrin des bois si tu veux… Attends une seconde…) Alors là donc, Rembrant des bois, 1600… (Mais ! Quoi ? Oh le coquin…) Attends une seconde… Paul Gauquin, 1848… (Quoi, tu dis ? il a cassé le pot…) Alors hum… donc Pocass… Picassien, le Kubrik… (Tombé du quoi tu dis ? Du buffet ? Oh là là, la brute celui là, ben tu parles qu’il a intérêt à se cacher parce qu’il va m’entendre alors là…) Alors, vous voyez en tant que spectacle-acteur il faut rentrer dans le tableau pour bien comprendre ce que… Oui voilà voyez, se rentrer dans le tableau pour se l’approprier ; comme une fusion, une union, se mettre dans la peau, pour ressortir, ressentir le cheminement métaphysique du peintre… Voyez… (Mais non, je t’avais expliqué, c’est comme quand on se déguise en Roubrin des bois, c’est pareil, tu te souviens ?.. Mais oui si tu veux voilà, prendre, pendre les riches pour damner les pauvres, un truc comme ça, voilà…) Attendez, alors je vous explique, donc Roubrin, le clair obscur, la fronde de nuit, la méditation sur la dessinée, la destinée humaine, la composition circuloïdale, alors Roubrin 1606… Oh, mais qu’est-ce que je fais moi, il est strictement interdit d’écrire sur les tableaux, ça va pas du tout… Alors, le temps d’effacer tout ça et de redessiner l’autoportrait de Roubrin à l’identique, voilà, voilà… (Oui ? allô… A ce soir Papa !)

Alors, en conclusion, il faudrait se mettre à plusieurs pour regarder les œuvres, voyez, nous pourrions participer nous-mêmes en tant qu’œuvre d’art regardant l’œuvre, et nous serions comme ça par groupes comme des harmonies fugitives, éphémères de l’art, nous-mêmes, tout ça pour dire que c’est la solidarité, la manière elle-même de regarder l’art qui est un acte artistique, et nous, humbles spectacle-acteurs nous serions les acteurs de l’éphémère, de l’harmonie cosmique…

[Bruit de gong]

Est-ce que quelqu’un a une question sur l’harmonie cosmique ?

Non, personne ? Alors bonsoir !

Analyse

Le film de Jean-Marc Rohart nous convie par l’entremise d’un bien étrange conférencier à une visite du Louvre peu commune. Dès l’ouverture du film, l’ambiance est insolite : l’obscurité entrecoupée par des taches de couleurs qui parcourent l’écran évoque immanquablement le faisceau de la torche de cambrioleurs. Impression renforcée par la réverbération de la voix qui donne à penser que nous sommes seuls dans le musée, sans nul doute en dehors des heures d’ouverture pour le public.

Nous entrons donc par effraction dans le monde de l’art. Et en effet, si c’est bien d’une visite guidée dont il va s’agir, elle se fera à l’écart des sentiers balisés par la critique d’art. En contrebande. L’harmonie cosmique se présente donc comme l’anti-Palettes, série de référence sur l’art réalisée par Alain Jaubert à laquelle fait par ailleurs allusion le réalisateur lorsque nous nous arrêtons devant l’autoportrait en jeune homme de Rembrandt et que l’écran vient à se couvrir de toute une série de signes qui rend bientôt invisible le tableau.
Ce trop-plein de signes est présent dès le générique du film où des arabesques en liberté semblant sorties des films de Norman McLaren1 viennent faire et défaire les titres pour devenir le visage de la Joconde ou celui de l’infante dans la version de Picasso du célèbre tableau de Velázquez Les Ménines. Trop-plein qui trouve un écho dans l’enchevêtrement des mots du conférencier qui lutte avec peine, mais non sans humour pour contenir la pression d’un langage prêt à se déverser à tout moment.
L’enjeu de la visite est posé d’emblée : nous allons chercher à savoir comment se comporter devant une peinture. La place du spectateur n’est en effet pas chose évidente. L’accès à l’art peut parfois donner l’impression de n’être réservé qu’aux seuls spécialistes, et l’on peut croire qu’il est nécessaire de maîtriser un savoir préalable pour pouvoir apprécier ce qui nous est proposé. Cette impression peut souvent apparenter l’art à une science occulte et on notera à ce propos le titre du film qui semble tout droit sorti des spiritualités orientales.
Après avoir posé la problématique et être revenu sur un souvenir de visite, c’est sur un tableau de Paul Klee que commence la visite proprement dite. Mais rapidement le guide est interrompu par un appel téléphonique : son père cherche des clés qui se trouvent être, aux dires de son fils, « cachées dans le tableau ». L’apparente trivialité de la conversation éclaire en fait la visite proprement dite au-delà du simple jeu de mots : si les clés sont dans le tableau, c’est donc qu’il ne faut pas les chercher dans les discours. Il suffit d’être à l’écoute de son propre ressenti, se défaire des mots et des savoirs préexistants pour faire confiance à la rencontre directe avec l’œuvre et à ce qu’elle va provoquer sur nos sens. Ce glissement est repris dans les différents traitements plastiques du personnage : tout d’abord fait d’un amas de mots, il va bientôt s’approprier la texture des œuvres jusqu’à se fondre en elles tel un caméléon.
Tout le film va se jouer du décalage entre les positions normalement attendues devant une oeuvre et le (mauvais ?) exemple que nous donne notre guide. À la langue précise et grave du conférencier vient se substituer une parole hachée par des bégaiements intempestifs. Au sérieux du professionnalisme, la conversation téléphonique qui vient parasiter (ou éclairer, c’est selon) le discours. Au respect de l’intégrité des œuvres, le vandalisme du raturage comme une invitation à se réapproprier des œuvres qu’on érige trop souvent en monuments. Aux attitudes policées, un corps en apesanteur. Une liberté de mouvement qui peut nous faire penser aux comédies musicales hollywoodiennes. L’harmonie cosmique n’est pas sans lien avec le film de Vincente Minnelli Un américain à Paris (1951) où l’on peut voir Leslie Caron et Gene Kelly virevolter dans un décor inspiré par les toiles impressionnistes. La légèreté est de fait le maître mot du film et imprègne jusqu’à son esthétique à la ligne claire et aux couleurs vives.
L’harmonie cosmique se trouve être en définitive l’exact contrepoint à Francis Ponge qui dans Proêmes appelait les mots « au secours de l’homme qui ne sait plus danser, qui ne connaît plus le secret des gestes, et qui n’a plus le courage ni la science de l’expression directe par les mouvements. »

Un regard sur les arts libéré des a priori académiques, une invite à redécouvrir en quoi les œuvres nous concernent intimement au risque, pourquoi pas, d’y reconnaître jusqu’à notre propre visage.
Motif

Troublante image

Le désir d’entrer dans l’image est une figure récurrente au cinéma. Elle vient questionner les rapports entre la réalité et la représentation et rendre floue une frontière qu’on pourrait croire imperméable, mais qui est en définitive bien poreuse. On peut citer La rose pourpre du Caire de Woody Allen (1984), Last Action Hero de John McTiernan (1993), Vertigo d’Alfred Hitchcock (1958), Existenz de David Cronenberg (1999), La jetée de Chris Marker (1962), La femme au portrait de Fritz Lang (1944) ou encore Dreams de Akira Kurosawa dans le segment « Les corbeaux » (1990).
La visite du musée

Le musée est une institution culturelle de tout temps décriée. On peut ainsi entendre dans Les statues meurent aussi de Alain Resnais et Chris Marker en 1953 que « quand les œuvres d’art meurent, elles entrent au musée ». Comment en effet l’oeuvre d’art qui se voudrait expérience inaccoutumée, imprévue pourrait-elle trouver une place dans le cadre d’une institution ? C’est sans doute la raison à la défiance vis-à-vis du musée du Louvre que l’on peut trouver au cinéma : de la visite du Louvre en nocturne et par effraction dans Les amants du Pont Neuf de Leos Carax (1991) à, dans un style plus déluré, la course folle de Bande à part (Jean-Luc Godard, 1964) où les personnages cherchent à battre le record de 9 minutes 45 secondes pour effectuer la visite du musée (record battu en 2003 dans Les innocents de Bernardo Bertolucci !)
Voir et revoir
Jeux de mots

Le narrateur n’arrête pas de se prendre les pieds dans le tapis du langage. Il confond par exemple m’amuser avec musée ce qui nous en dit long sur ce qu’est pour lui une visite. Relevez les lapsus commis par notre guide et cherchez à savoir ce qu’ils révèlent. On peut relever par ailleurs les jeux autour de voler, vouloir et voir ou celui autour de spectateur et spect-acteur qui revoient à la proposition qui nous est faite de devenir créateurs par le regard que nous posons sur les œuvres.

Fiche rédigée par Bartlomiej Woznica (Agence du court métrage)

DVD-MAEE « Génération animée », octobre 2008.


l’harmonie cosmique de JEAN-MARC ROHART - NIVEAU A2 – FICHE PROFESSEUR


Niveau

A2

Thèmes

L’histoire de l’art, la peinture, les goûts.

Approcher des œuvres d’art.

L’art de faire une conférence.

Objectifs

Communicatifs

- Repérer et nommer des informations visuelles et sonores.

- Compléter un dialogue.

- Relever et nommer des informations sonores et visuelles.

- Décrire un visage.

Linguistiques

- Travailler sur la polysémie des mots.

- Le lexique de la peinture.

- Le lexique des musées.

Culturels

- Découvrir la peinture.

- Découvrir des peintres célèbres.

Tâches

- Chercher les définitions d’un mot.

- Reconstituer une conversation téléphonique.

- Associer des tableaux à des noms d’artistes.

- Imiter un tableau.

- Rédiger la critique d’un tableau.


Notes

La Joconde ou le Portrait de Mona Lisa est un tableau de Leonard de Vinci, réalisé entre 1503 et 1506. Il est exposé au Musée du Louvre à Paris.

Le Louvre est le plus grand musée parisien. Il abrite une collection allant de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle.

Rembrandt (1606 – 1669) : Néerlandais, considéré comme le plus grand peintre de l’histoire de l’art baroque européen.

Henri Matisse (1869 – 1954) : Français, considéré comme le chef de file du fauvisme.

Marc Chagall (1887 – 1985) : Français, peintre surréaliste.

Jean-Philippe Arthur Dubuffet (1901 – 1985) : Français, peintre, sculpteur et plasticien. Théoricien de l’Art brut.

Dominique Ingres (1780 – 1867) : Français, peintre néoclassique.

Edvard Munch (1863 – 1944) : Norvégien, graphiste et peintre expressionniste.

Paul Klee (1879 – 1940) : Suisse, peintre.

Paul Gauguin (1848 – 1903) : Français, peintre postimpressionniste. Chef de file de l’école de Pont-Aven.

Pablo Ruiz Picasso (1881 - 1973) : Espagnol, peintre et sculpteur. Artiste majeur du XXe siècle. Cofondateur du mouvement cubiste.

Vocabulaire

Aborder : commencer à traiter une question.

Enfanter : mettre au monde.

Effréné : sans retenue.

Métaphysique : abstrait.

Éphémère : d’une très courte durée.


Matériel

- La fiche élève.

- La fiche « images ».

- La transcription.

- Des dictionnaires monolingues,

des encyclopédies sur l’histoire de l’art (ou si possible, un accès à Internet).

- Des crayons de couleur, des feutres.
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