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positive, c’est-à-dire, dans le cas qui nous occupe, vers une reconnaissance de la situation de fait et une accalmie de la lutte, qui se termine par une paix boiteuse.

Ce fut là le sort du mouvement pangermaniste qui n’avait pas attaché dès l’abord une importance prépondérante à la conquête d’adhérents dans les masses populaires. Il devint « bourgeois, distingué, radical-modéré ».

De cette faute résulta la seconde cause de son déclin rapide.

La situation des Allemands en Autriche était déjà désespérée à l’éclosion du mouvement pangermaniste. D’année en année, le Parlement était devenu l’instrument de la lente destruction du peuple allemand. Aucune tentative d’un sauvetage de la dernière heure ne pouvait avoir la moindre chance de succès, si l’on ne supprimait pas cette institution.

Cela posait au mouvement (pangermaniste) une question d’importance primordiale :

Pour détruire ce Parlement, devait-on y entrer, afin de le « miner de l’intérieur », selon la formule courante, ou bien devait-on mener la lutte en attaquant du dehors cette institution ?

On y entra et on en sortit battu.

Certes, on avait été obligé d’y entrer.

Pour mener à bien du dehors la lutte contre une telle puissance, il faut être pourvu d’un courage inébranlable, il faut être aussi prêts à des sacrifices infinis. On saisit le taureau par les cornes : on reçoit des coups sévères, on est maintes fois jeté à terre pour se relever peut-être les membres brisés ; et ce n’est qu’après la lutte la plus difficile que la victoire sourit enfin à l’intrépide assaillant. Seule, la grandeur des sacrifices gagne à la cause de nouveaux champions, jusqu’à ce que les efforts tenaces soient couronnés de succès.

Mais, pour cela, il faut prendre les enfants du peuple, dans la grande masse.

Eux seuls sont assez décidés et assez tenaces pour combattre jusqu’à l’issue sanglante de cette lutte.

Ces masses populaires manquèrent justement au mouvement pangermaniste ; il ne lui resta donc d’autre solution que d’entrer au Parlement.

Il serait erroné de croire que cette décision fut le résultat de longues hésitations intérieures ou même de longues délibérations ; non, on n’envisagea même pas une autre méthode. La participation à ce non-sens résulta de conceptions générales assez vagues sur la portée et l’effet du concours ainsi donné directement à une institution qu’on avait en principe condamnée. Dans l’ensemble, on en attendait des moyens plus faciles d’éclairer les masses populaires, grâce à la possibilité de prendre la parole « devant le forum de toute la nation ». On se persuadait aussi que l’attaque du mal à sa racine devait être plus efficace qu’une attaque venant du dehors. On pensait que l’immunité parlementaire raffermirait la position de chaque leader et que l’efficacité de son action s’en trouverait accrue.

En réalité, les choses se passèrent de tout autre façon.

« Le forum » devant lequel parlaient les députés pangermanistes, ne s’était pas agrandi, mais avait plutôt diminué ; car chacun parle seulement devant le public qui peut l’entendre directement, ou bien qui peut lire dans les journaux les comptes rendus des discours.

Le plus grand forum d’auditeurs directs, ce n’est pas la salle des séances d’un parlement, c’est la grande réunion publique.

Là seulement se trouvent des milliers d’hommes qui ne sont venus que pour écouter ce que l’orateur a à leur dire ; dans la salle des séances d’une chambre de députés, il y a seulement quelques centaines d’hommes qui ne sont là, pour la plupart, que pour encaisser leurs jetons et nullement pour se laisser éclairer par la sagesse de l’un ou de l’autre de MM. les « représentants du peuple ».

Et surtout c’est toujours le même public, qui n’apprendra jamais rien de nouveau, parce que, sans parler de l’intelligence, il lui manque la volonté – si modeste soit-elle – qui est nécessaire pour cela.

Jamais aucun de ces représentants du peuple ne se laissera convaincre par une vérité supérieure pour se mettre ensuite à son service. Non, pas un seul n’agira ainsi, sauf le cas où il aurait quelque raison, par une pareille conversion, d’espérer sauver son mandat pour une nouvelle législature. Ainsi, il faut qu’ils aient senti que l’ancien parti pourrait être mis à mal aux prochaines élections, pour que ces modèles de courage civique se mettent en quête d’un nouveau parti ou d’une nouvelle tendance, dont les chances électorales paraissent meilleures ; ces changements de position sont d’ailleurs précédé d’un véritable déluge de raisons hautement morales qui les justifient. C’est ainsi que toujours, quand un parti existant a encouru si manifestement la défaveur populaire qu’on prévoit pour lui une défaite écrasante, une grande migration commence : les rats parlementaires quittent le navire de leur parti.

Mais ces changements ne sont nullement en rapport avec une opinion mieux éclairée ou une volonté de mieux faire ; ils ne sont que la manifestation de ce don de clairvoyance qui avertit juste à temps une pareille punaise parlementaire et la fait retomber sur le lit chaud d’un autre parti.

Parler devant un pareil forum, c’est jeter des perles devant certains animaux. C’est vraiment peine perdue, car le résultat ne peut être que nul.

Et c’est ce qui arriva : les députés pangermanistes eurent beau s’enrouer à force de discours : leur action fut absolument vaine,

Quant à la presse, elle gardait sur leurs discours un silence de mort, ou bien elle les mutilait de façon à leur ôter toute cohésion, souvent même à dénaturer leur sens ou à ne leur en laisser aucun ; ainsi l’opinion publique ne recevait qu’une image très défavorable des intentions du nouveau mouvement. Ce que l’un ou l’autre des orateurs avait dit importait peu ; ce qui importait, c’est ce qu’on pouvait en lire. Et ce n’étaient que des extraits de leurs discours, qui ne pouvaient, dans leur état fragmentaire, que paraître dénués de sens : juste ce qu’on voulait. En réalité, le seul forum devant lequel ils parlaient, se composait juste de cinq cents parlementaires, et c’est tout dire.

Mais le pire fut encore ceci :

Le mouvement pangermaniste ne pouvait compter sur le succès que s’il comprenait, dès son premier jour, qu’il ne devait point se placer sur le plan d’un nouveau parti, mais d’une nouvelle conception philosophique. Elle seule pouvait donner la force intérieure de mener à bout cette lutte gigantesque. Et les meilleurs et les plus courageux pouvaient seuls en être les chefs.

Si la lutte pour une conception philosophique n’est pas menée par des héros prêts au sacrifice, bientôt on ne trouvera plus de militants qui osent affronter la mort. À celui qui combat pour sa propre existence, il ne reste que bien peu pour la communauté.

Pour s’assurer cette condition nécessaire, chacun doit savoir que le nouveau mouvement peut offrir honneur et gloire devant la postérité, mais qu’il ne donnera rien dans le présent. Plus un mouvement dispose de postes et de situations facilement accessibles, plus il est envahi par les arrivistes. Un jour, ces travailleurs politiques occasionnels arrivent à dominer par leur nombre dans le parti, et le militant honnête de naguère en vient à ne plus reconnaître son ancien mouvement, tandis que les nouveaux venus le rejettent lui-même comme un importun « indésirable ». La « mission » d’un pareil mouvement est alors finie, il est vrai.

Quand le mouvement pangermaniste limita son action au cadre du Parlement, il obtint des « parlementaires » au lieu de chefs et de militants. Il descendit au niveau d’un éphémère parti politique tout pareil aux autres, et n’eut plus la force d’opposer au destin hostile son défi de martyre. Au lieu de lutter, il apprit lui aussi à « discourir » et à « négocier ». Bientôt, le nouveau parlementaire se prit à penser que c’était un devoir plus beau – parce que moins risqué ! – de défendre les nouvelles conceptions par les armes « spirituelles » de l’éloquence parlementaire, que de se jeter, le cas échéant, au péril de sa propre vie, dans une mêlée dont l’issue était douteuse et qui, dans tous les cas, ne pouvait rien rapporter.

Quand on s’installa au Parlement, les partisans dans le pays se mirent à espérer et à attendre des miracles, qui ne vinrent naturellement pas, qui ne pouvaient venir. Bientôt on commença à s’impatienter ; car ce qu’on entendait dire des députés ne correspondait en aucune façon à ce qu’en attendaient les électeurs. C’est facile à comprendre, car la presse adverse se gardait bien de donner au peuple un tableau exact de l’action des députés pangermanistes. Cependant, plus les nouveaux représentants du peuple prenaient goût aux formes adoucies de la lutte « révolutionnaire » dans le Parlement et les diètes de province, moins ils se sentaient enclins à retourner à la tâche plus fertile en risques de la propagande dans les masses populaires.

Le grand meeting – seul moyen d’exercer une influence réelle, parce que personnelle et directe, sur des foules importantes, et de les conquérir – fut de plus en plus relégué à l’arrière-plan.

Aussitôt qu’on eut échangé définitivement la table de la brasserie qui sert de lieu de réunion, pour la tribune du Parlement, et qu’on eut commencé de déverser ses discours devant ce forum, dans les têtes des soi-disant élus du peuple, au lieu de les répandre dans le peuple lui-même, le mouvement pangermaniste cessa d’être un mouvement populaire et tomba en peu de temps au niveau d’un club plus ou moins sérieux de discussions académiques.

La mauvaise impression provoquée par la presse ne fut plus corrigée par l’action personnelle de chacun des députés au cours de réunions, et le mot « pangermaniste » finit par acquérir une très mauvaise réputation dans les milieux populaires.

Que les snobs et chevaliers de l’encrier de nos jours se disent bien que jamais les grandes révolutions de ce monde ne se sont jamais faites sous le signe de la plume d’oie !

Non, il fut seulement réservé à la plume d’en donner en chaque cas les causes théoriques.

La force qui a mis en branle les grandes avalanches historiques dans le domaine politique ou religieux, fut seulement, de temps immémorial, la puissance magique de la parole parlée.

La grande masse d’un peuple se soumet toujours à la puissance de la parole. Et tous les grands mouvements sont des mouvements populaires, des éruptions volcaniques de passions humaines et d’états d’âme, soulevées ou bien par la cruelle déesse de la misère ou bien par les torches de la parole jetée au sein des masses, – jamais par les jets de limonade de littérateurs esthétisants et de héros de salon.

Seule, une tempête de passion brûlante peut changer le destin des peuples ; mais seul peut provoquer la passion celui-là qui la porte en lui-même.

Elle seule octroie à ses élus les paroles qui, comme des coups de marteaux, ouvrent les portes du cœur d’un peuple.

Celui qui ne connaît pas la passion, celui dont la bouche est close, celui-là n’est pas élu par le ciel pour proclamer sa volonté.

Que chaque écrivailleur reste donc devant son encrier, à s’occuper de « théories », s’il suffit pour cela de savoir et de talent ; il n’est point né, il n’est point élu pour être un chef

Un mouvement qui poursuit de grands buts doit donc veiller anxieusement à ne pas perdre le contact avec la masse.

Il doit examiner chaque question en premier lieu sous ce point de vue, et orienter ses décisions dans ce sens.

Il doit ensuite éviter tout ce qui pourrait diminuer ou affaiblir ses possibilités d’action sur les masses, non pas pour des raisons « démagogiques », mais reconnaissant simplement qu’aucune grande idée, si sacrée et si élevée qu’elle paraisse, ne peut se réaliser sans la force puissante des masses populaires.

Seule, la dure réalité doit déterminer la voie vers le but ; vouloir éviter des chemins désagréables, c’est bien souvent, en ce monde, renoncer au but ; qu’on le veuille ou non.

Quand le mouvement pangermaniste, optant pour la voie parlementaire, développa le gros de son effort non plus dans le peuple, mais au parlement, il sacrifia l’avenir en contrepartie de quelques succès faciles d’un instant.

Choisissant la lutte la moins dure, il devint par cela même indigne de la victoire finale.

Dès mon séjour à Vienne, j’ai réfléchi sérieusement sur toutes ces questions, et j’ai vu dans leur méconnaissance l’une des causes principales de l’effondrement d’un mouvement qui, à mon avis, était naguère destiné à prendre le sort du germanisme entre ses mains.

Les deux premières fautes, causes de l’échec du mouvement pangermaniste, étaient apparentées l’une à l’autre. Le manque de connaissance des mobiles profonds des grandes révolutions conduisit à mésestimer l’importance des grandes masses populaires ; il en résulta le faible intérêt pour la question sociale, l’insuffisance ou la carence des tentatives destinées à conquérir l’âme des couches inférieures de la nation ; enfin l’attitude envers le Parlement aggravait encore ces tendances.

Si l’on avait compris la force inouïe qui, de tout temps, appartient à la masse dans une résistance révolutionnaire, on aurait travaillé d’une autre façon au point de vue social comme au point de vue de la propagande. On aurait aussi porté l’effort principal du mouvement non pas dans le Parlement, mais dans l’usine et dans la rue.

Mais la troisième faute remonte, elle aussi, en dernière analyse, à cette incompréhension de l’importance des masses, que des esprits supérieurs doivent mettre en mouvement dans une direction déterminée, mais qui, mises une fois en branle comme le volant d’une machine, donnent ensuite à l’attaque la force régulière et la durée.

Le dur combat que le mouvement pangermaniste livra à l’Église catholique n’a pas d’autre cause que le manque de compréhension des états d’âme du peuple.

Les raisons de l’attaque violente du nouveau parti contre Rome furent les suivantes :

Dès que la maison des Habsbourg se fut résolue définitivement à faire de l’Autriche un État slave, elle recourue à tous les moyens qui lui paraissaient pouvoir servir à ce but. Les institutions religieuses furent engagées, sans le moindre scrupule, au service de la nouvelle « raison d’État » par cette dynastie sans conscience.

L’utilisation des paroisses tchèques et de leurs curés ne fut qu’un des nombreux moyens d’aboutir à la slavisation de l’Autriche.

Généralement, des prêtres tchèques étaient nommés dans des communes purement allemandes ; ils commençaient, lentement, mais sûrement, à mettre les intérêts du peuple tchèque au-dessus des intérêts des églises, et ils devenaient les cellules génératrices de la dégermanisation.

La réaction du petit clergé allemand devant de pareils procédés fut malheureusement presque nulle. Ce clergé était tout à fait inapte à mener une lutte analogue du côté allemand ; bien plus, il ne pouvait même pas organiser la défense nécessaire contre les attaques adverses. Le germanisme dut ainsi rétrograder lentement, mais sans arrêt, devant cet abus sournois de la religion et faute de toute défense suffisante.

Si les choses se passèrent ainsi pour le menu, il n’en fut guère autrement des grandes questions.

Les efforts anti-allemands des Habsbourg ne trouvèrent point, surtout parmi le clergé supérieur, l’opposition qui s’imposait, et la défense même des intérêts allemands fut complètement négligée.

L’impression générale ne pouvait pas varier : le clergé catholique tel quel causait un brutal préjudice aux droits des Allemands.

Il paraissait donc que l’Église non seulement n’était pas de cœur avec le peuple allemand, mais qu’elle se rangeait de la façon la plus injuste aux côtés de ses adversaires. La raison de tout le mal, d’après Schoenerer, résidait dans le fait que la tête de l’Église catholique ne se trouvait point en Allemagne ; et c’était là une cause suffisante de son attitude hostile aux intérêts de notre nation.

Les problèmes dits culturels, comme cela arrivait alors presque toujours en Autriche, furent relégués à l’arrière-plan. L’attitude du mouvement pangermaniste envers l’Église catholique fut déterminée, bien moins par l’attitude de celle-ci à l’égard de la science, etc., que par sa défense insuffisante des droits allemands et par l’appui continu qu’elle accordait aux exigences et aux prétentions des Slaves.

Georg von Schoenerer n’était pas homme à faire les choses à moitié. Il entreprit la lutte contre l’Église avec la conviction que c’était la seule voie de salut pour le peuple allemand. La campagne du « schisme avec Rome » parut le moyen d’attaque le plus puissant – quoique le plus difficile – pour ruiner la citadelle ennemie. S’il avait réussi, on aurait eu raison de la malencontreuse scission religieuse en Allemagne ; et la force intérieure du Reich et de la nation allemande ne pouvait que gagner énormément à cette victoire.

Mais ni la prémisse ni la conclusion de cette lutte n’étaient justes.

Sans nul doute la force de résistance du clergé catholique allemand était bien inférieure, pour tout ce qui touchait le germanisme, à celle dont faisaient preuve leurs confrères non allemands – principalement les Tchèques.

De même un ignorant, seul, pouvait ne pas voir que l’idée d’une défense active des intérêts allemands ne venait presque jamais au clergé allemand.

Mais quiconque n’était pas complètement aveugle devait aussi convenir qu’une circonstance, dont nous avons tous beaucoup à souffrir, nous Allemands, expliquait cette attitude : il s’agit de notre objectivité vis-à-vis de notre nationalité, tout comme vis-à-vis d’un objet quelconque.

Tandis que le prêtre tchèque adoptait une attitude subjective envers son peuple, et objective seulement envers l’Église, le curé allemand montrait un dévouement subjectif à l’égard de l’Église et restait objectif vis-à-vis de sa nation. C’est un phénomène que nous pouvons observer, pour notre malheur, dans mille autres cas. Il ne s’agit là nullement d’un héritage particulier du catholicisme, mais d’un mal qui, chez nous, ronge en peu de temps toute institution nationale ou même aux buts idéals.

Comparons, par exemple, l’attitude observée par nos fonctionnaires devant les tentatives de régénération nationale, avec celle qu’observerait cette corporation chez un autre peuple. Ou bien croit-on que le corps des officiers, dans un autre pays quelconque, aurait négligé les aspirations de la nation en se retranchant derrière la formule « autorité de l’État », comme on le fait chez nous depuis cinq ans, tout naturellement, et en le jugeant presque particulièrement méritoire ? Les deux confessions n’adoptent-elles pas aujourd’hui dans la question juive un point de vue qui ne correspond ni aux intérêts nationaux, ni aux exigences véritables de la religion ? Que l’on compare donc l’attitude d’un rabbin juif dans toutes les questions intéressant tant soit peu les Juifs en tant que race, avec l’attitude de la plus grande partie de notre clergé, quelle que soit la confession envisagée.

Nous observons ce phénomène partout où il s’agit de la défense d’une idée abstraite.

« Autorité de l’État », « démocratie », « pacifisme », « solidarité internationale », etc., autant de notions qui deviennent chez nous presque toujours, des idées rigides, des dogmes doctrinaires, et tous les jugements sur les nécessités vitales de la nation sont portés exclusivement d’après ces conceptions.

Cette façon néfaste d’envisager tous les problèmes importants d’après une opinion préconçue, tue toute faculté de comprendre subjectivement un phénomène qui objectivement est en opposition avec la doctrine ; cela conduit finalement à un renversement des rôles entre les moyens et les buts. On s’opposera à toute tentative de soulèvement national, s’il nécessite le renversement d’un gouvernement mauvais et nuisible : ce serait un attentat contre « l’autorité de l’État » ; et « l’autorité de l’État », aux yeux d’un de ces fanatiques de l’objectivité, ce n’est pas un moyen, mais un but en soi, qui suffit à remplir toute sa pitoyable vie. On protesterait, par exemple, avec indignation contre une tentative de dictature, même si son auteur était un Frédéric le Grand, et si tous les politiciens du moment n’étaient que des nains incapables ou même des individus peu recommandables ; c’est que, pour un pareil fétichiste des principes, les lois de la démocratie paraissent plus sacrées que le salut de la nation. L’un défendra donc la tyrannie la plus abjecte qui ait jamais ruiné un peuple, parce qu’elle personnifie à ce moment « l’autorité de l’État » ; l’autre va répudier le gouvernement le plus salutaire, parce qu’il ne correspond pas à sa notion de la « démocratie ».

De même, notre pacifiste allemand fera silence sur les violences les plus sanglantes faites à la nation, même si elles viennent de la pire puissance militariste, et même si la résistance est le seul moyen de changer le cours des événements : un tel moyen serait en contradiction avec l’esprit de sa Société de la paix. Le socialiste international allemand peut être solidairement mis à sac par tout le reste du monde, il n’y répond que par une sympathie fraternelle et ne pense pas à la vengeance, ni même à la défense – il est Allemand !

Cela peut être triste ; mais pour changer une chose, il faut d’abord s’en rendre compte.

C’est la même raison qui explique le faible appui qu’une partie du clergé allemand donne aux intérêts nationaux.

Ce n’est ni l’expression d’une mauvaise volonté consciente, ni la conséquence d’ordres « venus d’en haut » ; nous ne voyons, dans ce manque de résolution nationale, que les résultats d’une éducation défectueuse de la jeunesse dans le sens du germanisme, et les résultats de la domination complète d’une idée à laquelle on rend le culte d’une idole.

L’éducation dans le sens de la démocratie, du socialisme international, du pacifisme, etc., est tellement rigide et exclusive, c’est-à-dire, de leur point de vue, tellement subjective, que la vue d’ensemble que l’on a du monde se trouve influencée par cette attitude
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