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a priori, tandis que l’attitude envers le germanisme depuis la jeunesse est uniquement objective.

Pour autant qu’il est Allemand, le pacifiste qui se dévoue subjectivement corps et âme à son idée, recherchera à l’occasion de chaque menace contre son peuple – si injuste et si dangereuse soit-elle – de quel côté se trouve le droit objectif ; il ne se mettra jamais, par pur instinct de conservation, dans les rangs de son troupeau pour combattre avec lui.

C’est encore le cas pour les différentes confessions, comme nous allons le montrer :

Le protestantisme par lui-même défend mieux les intérêts du germanisme, pour autant que cela correspond à son origine et à ses traditions : mais il devient impuissant au moment où cette défense des intérêts nationaux intéresse un domaine étranger au monde de ses idées et de son développement traditionnel, ou qui en est banni pour une raison quelconque.

Le protestantisme agit donc toujours au mieux des intérêts allemands tout autant qu’il est question de moralité ou de développement intellectuel nationaux, ou de la défense de l’esprit allemand, de la langue allemande et aussi de la liberté allemande ; tout cela se confond, en effet, avec les principes mêmes sur lesquels il s’appuie ; mais il combat aussitôt de la façon la plus hostile toute tentative de sauver la nation de l’étreinte de son ennemi le plus mortel, parce que son point de vue sur les Juifs est plus ou moins fixé d’avance dans ses dogmes. Et c’est juste le problème que l’on doit d’abord résoudre, sinon toutes les tentatives ultérieures de régénération ou de relèvement allemands sont et demeurent complètement impossibles et insensées.

Pendant mon séjour à Vienne, j’eus le temps et l’occasion d’analyser aussi cette question sans idée préconçue, et je pus constater dans le train-train quotidien que ce point de vue était mille fois justifié.

Dans ce foyer des nationalités les plus diverses, il ressortait aussitôt de manière évidente que, seul, le pacifiste allemand s’efforçait de considérer les intérêts de sa nation d’un point de vue objectif, tandis que le Juif ne le faisait jamais en ce qui concernait les intérêts du peuple juif ; il ressortait aussi que seul le socialiste allemand est « international » dans un sens qui ne lui permet pas de revendiquer les droits de son propre peuple autrement que par des plaintes et des pleurnichages devant les camarades internationaux ; jamais, au contraire, le Tchèque ni le Polonais ne le font ; bref, je reconnus dès lors que le mal venait moins des doctrines elles-mêmes, que de notre éducation entièrement défectueuse au point de vue de notre propre nationalité, à laquelle nous vouions ainsi un attachement moins exclusif.

Le premier argument théorique de la lutte du mouvement pangermaniste contre le catholicisme en soi se trouve ainsi réfuté.

Qu’on élève le peuple allemand dès sa jeunesse à reconnaître exclusivement les droits de sa propre race ; qu’on n’empoisonne point les cœurs des enfants par notre maudite « objectivité » dans les questions qui ont trait à la défense de notre personnalité ; alors – même dans le cas d’un gouvernement radical – on verra, comme en Irlande, en Pologne ou en France, que le catholique en Allemagne sera aussi toujours un Allemand.

J’en vois la preuve la plus frappante dans cette époque où, pour la dernière fois, notre peuple dut comparaître devant le tribunal de l’histoire pour défendre son existence dans une lutte à mort.

Tant que la direction d’en haut ne vint pas à manquer, le peuple a rempli tout son devoir de la façon la plus entière. Le pasteur protestant comme le curé catholique contribuèrent grandement tous deux au maintien de notre force de résistance, non seulement au front, mais surtout à l’arrière. Dans ces années, et surtout dans le premier enthousiasme, il n’y eut véritablement dans les deux camps qu’un empire allemand unique et sacré ; pour l’existence et l’avenir duquel chacun adressait des prières à son ciel à lui.

Le mouvement pangermaniste aurait dû se poser la question : la conservation de l’élément allemand en Autriche est-elle compatible avec la religion catholique ou non ? Dans le cas d’une réponse affirmative, ce parti politique ne devait point se mêler aux problèmes religieux ou confessionnels ; si la réponse était négative, c’est une réforme religieuse et non un parti politique qui était nécessaire.

Celui qui pense arriver à une réforme religieuse par le détour d’une organisation politique révèle seulement par là qu’il n’a pas la moindre compréhension de l’évolution des conceptions religieuses, ou même des dogmes, et de ce qui la détermine pour les Églises.

C’est le cas de dire qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois. Je considère d’ailleurs que la fondation ou la destruction d’une religion est un geste plus grand et d’une tout autre nature que la fondation ou la destruction d’un État ; je ne parle pas d’un parti.

Qu’on ne dise point que ces attaques ne furent que la riposte aux attaques adverses !

Certes, en tous temps, il se trouve des individus sans conscience qui ne craignent pas d’utiliser la religion comme instrument de leur louche trafic politique (car il ne saurait guère s’agir d’autre chose avec de pareils gaillards) ; mais il est certain aussi que l’on ne peut rendre la religion ou la confession responsables pour les quelques gredins qui en abusent, tout comme ils auraient sûrement abusé de n’importe quelle institution pour assouvir leurs instincts grossiers.

Rien ne saurait mieux convenir à un pareil vaurien parlementaire que de lui donner l’occasion, tout au moins après compte, de justifier sa spéculation politique. Aussitôt qu’on rend la religion ou la confession responsables de sa vilenie individuelle, et qu’on les attaque à grands cris, ce menteur appelle tout le monde à témoin ; et d’attester combien son attitude était justifiée, et que ce n’est qu’à lui et à son éloquence que l’on doit rendre grâce pour le sauvetage de la religion et de l’Église. Le monde, qui est aussi bête qu’il a la mémoire courte, ne reconnaît pas alors le véritable auteur du conflit dans celui qui crie si fort, ou ne s’en souvient plus ; et le gredin, en somme, est arrivé à ses fins.

Un pareil renard rusé sait fort bien que tout cela n’a rien à voir avec la religion ; raison de plus de rire sous cape ; tandis que son adversaire honnête, mais malhabile, perd à ce jeu, quitte un jour à s’en retirer complètement, désespérant de la bonne foi de l’humanité.

Mais, à un autre point de vue encore, il serait injuste de rendre la religion, en tant que religion, ou même l’Église, responsable des fautes de chacun. En comparant la grandeur des organisations religieuses qu’on a devant les yeux avec l’imperfection ordinaire de l’homme en général, on doit reconnaître que la proportion entre les bons et les mauvais est à l’avantage des milieux religieux. On trouve naturellement aussi dans le clergé des gens qui se servent de leur mission sacrée dans l’intérêt de leurs ambitions politiques, des gens qui, dans la lutte politique, oublient d’une façon regrettable qu’ils devraient être les dépositaires d’une vérité supérieure et non les protagonistes du mensonge et de la calomnie ; mais pour un seul de ces indignes, on trouve mille et plus d’honnêtes ecclésiastiques, entièrement fidèles à leur mission, qui émergent comme des îlots au-dessus du marécage de notre époque mensongère et corrompue.

Aussi peu que je condamne et que j’aie le droit de condamner l’Église elle-même, quand un individu corrompu, revêtu de la robe de prêtre, commet un crime crapuleux contre les mœurs, aussi peu j’en ai le droit quand un autre, dans le nombre, souille et trahit sa nationalité, surtout dans une époque où on le voit tous les jours. Et de nos jours surtout, il ne faut pas non plus oublier que, pour un seul de ces Éphialtès, on trouvera des milliers de prêtres dont le cœur saigne des malheurs de leur nation, et qui souhaitent aussi ardemment que les meilleurs de leurs compatriotes l’arrivée du jour où le ciel nous sourira enfin de nouveau.

À celui qui répond qu’il ne s’agit pas ici des petits problèmes du jour, mais bien de questions de principe ou de dogme, il faut nécessairement répondre comme suit :

Si tu te crois élu pour proclamer la vérité, fais-le ; mais aie alors le courage de le faire non pas par le détour d’un parti politique – ce qui est un subterfuge – mais en remplaçant le présent mauvais par ton avenir meilleur.

Si le courage te manque, ou si ce meilleur n’est pas tout à fait clair à toi-même, alors retire ta main ; en aucun cas, n’essaie d’obtenir par la voie détournée d’une organisation politique ce que tu n’oses point revendiquer, la visière relevée.

Les partis politiques n’ont rien à voir avec les questions religieuses pour autant que les répercussions de ces dernières ne vont point contre la vie nationale, et ne minent pas la morale de la race ; de même, on ne doit pas mêler la religion à la lutte des partis politiques.

Quand des dignitaires de l’Église se servent d’institutions ou même de doctrines religieuses pour porter atteinte à leur race, on ne doit jamais les suivre dans cette voie, ni les combattre par les mêmes armes. Les idées et les institutions religieuses de son peuple doivent rester toujours inviolables pour le chef politique ; sinon, qu’il cesse d’être un homme politique et qu’il devienne un réformateur, s’il en a l’étoffe ! Une autre attitude, en Allemagne surtout, doit conduire à une catastrophe.

En étudiant le mouvement pangermaniste et sa lutte contre Rome, je suis arrivé alors, et surtout dans le cours des années suivantes, à la conclusion qui suit : le manque de compréhension que ce mouvement a eu pour la question sociale l’a privé des masses populaires, seules propres à la lutte ; l’entrée au Parlement brisa la puissance de son élan et lui inculqua toutes les faiblesses de cette institution : la lutte contre l’Église catholique le rendit indésirable dans de nombreux milieux, et lui enleva d’innombrables éléments parmi les meilleurs que la nation comptait dans ses rangs. Le résultat pratique du Kulturkampf autrichien fut presque égal à zéro.

On réussit, il est vrai, à arracher à l’Église environ cent mille membres, mais sans qu’elle en ait éprouvé grand dommage. Elle n’eut pas à verser de larmes en voyant partir ces « brebis » perdues : elle ne perdit que ce qui, intérieurement, ne lui appartenait plus entièrement depuis longtemps. Ce fut toute la différence entre cette nouvelle Réforme et celles de jadis : alors, nombre des meilleurs se détournèrent de l’Église par conviction religieuse intime ; maintenant, ce n’étaient que les tièdes qui s’éloignaient, et cela pour des « considérations » d’essence politique.

Mais c’est justement du point de vue politique que ce résultat fut risible et triste en même temps.

Une fois encore, un mouvement politique qui aurait pu sauver la nation allemande, mouvement plein de promesses de succès, avait péri parce qu’il n’avait pas été conduit avec le brutal réalisme nécessaire, parce qu’il s’était égaré dans des domaines où il ne pouvait que se désagréger.

On ne peut douter d’une chose :

Le mouvement pangermaniste n’aurait jamais commis cette erreur s’il n’avait pas aussi mal compris la psychologie des grandes masses. Si ses chefs avaient su que, pour réussir, on ne doit jamais, et ceci par considération purement psychologique, désigner à la masse plusieurs adversaires – ce qui entraîne immédiatement un éparpillement complet des forces combatives – la pointe d’attaque du mouvement pangermaniste aurait été dirigée contre un seul adversaire. Rien n’est aussi dangereux pour un parti politique que de se laisser diriger dans ses décisions par des hâbleurs neurasthéniques qui entreprennent tout et qui n’atteignent jamais leurs buts.

Même si telle ou telle confession donne vraiment prise à la critique, un parti politique ne doit jamais oublier le fait que l’Histoire n’enregistre aucun exemple où un parti purement politique, dans des circonstances analogues, ait pu aboutir à une réforme religieuse. On n’étudie pas l’histoire pour oublier ses leçons au moment même où il s’agit de les appliquer dans la pratique ; ou bien pour penser que leurs vérités séculaires peuvent ne plus être appliquées parce que la situation actuelle est tout autre ; on l’étudie pour en retirer des enseignements pour le présent. Celui qui n’est pas capable de faire cela, ne doit point s’imaginer qu’il est un chef politique ; il n’est en réalité qu’un pitre plat, quoique souvent présomptueux, et toute sa bonne volonté ne peut excuser son incapacité pratique.

En général, l’art de tous les vrais chefs du peuple de tous les temps consiste surtout à concentrer l’attention du peuple sur un seul adversaire, à ne pas la laisser se disperser. Plus cette assertion de la volonté de combat d’un peuple est concentrée, plus grande est la force d’attraction magnétique d’un pareil mouvement, plus massive est sa puissance de choc. L’art de suggérer au peuple que les ennemis les plus différents appartiennent à la même catégorie est d’un grand chef. Au contraire, la conviction que les ennemis sont multiples et variés devient trop facilement, pour des esprits faibles et hésitants, une raison de douter de leur propre cause.

Aussitôt que la masse se voit en lutte contre beaucoup d’ennemis, elle se pose cette question : est-il possible que tous les autres aient vraiment tort et que, seul, notre mouvement soit dans son droit ?

C’est alors que ses forces se paralysent. C’est pour cela qu’il faut toujours mettre dans le même tas une pluralité d’adversaires les plus variés, pour qu’il semble à la masse de nos propres partisans que la lutte est menée contre un seul ennemi. Cela fortifie la foi dans son propre droit et augmente son exaspération contre ceux qui s’y attaquent.

Le mouvement pangermaniste de jadis n’a pas compris cela, ce qui compromit son succès.

Il avait vu juste le but, son vouloir était pur, mais le chemin qu’il choisit était faux. On peut le comparer à l’homme qui, voulant atteindre la cime d’une montagne, ne la perd pas de vue et se met en route plein de résolution et de force, mais qui n’accorde aucune attention au chemin, et qui, fixant de ses regards le but de son ascension, ne voit et n’examine point les possibilités de la montée, et échoue finalement à cause de cela.

On peut observer le contraire en tout chez son grand concurrent, le parti chrétien-social.

Le chemin qu’il prit fut choisi judicieusement, mais ce qui lui manqua, ce fut une claire conception du but. Presque dans tous les domaines où le mouvement pangermaniste commit des fautes, l’action du parti chrétien-social fut efficace et logique.

Il savait l’importance des masses et il le prouva dès le premier jour par le caractère prononcé de sa politique sociale. En s’orientant surtout vers la conquête des artisans, petits ou moyens, il recruta des partisans aussi fidèles que tenaces et prêts aux sacrifices. Il évita toute lutte contre les institutions religieuses, et s’assura par cela l’appui de cette puissante organisation que l’Église est actuellement. Il n’eut en conséquence qu’un seul véritable adversaire. Il reconnut la nécessité d’une propagande grandiose et atteignit à la virtuosité dans l’art d’en imposer aux masses.

S’il ne put cependant atteindre l’objet de ses rêves, le sauvetage de l’Autriche, cela s’explique par la mauvaise voie qu’il choisit, aussi bien que par le manque de clarté de ses buts.

L’antisémitisme du nouveau mouvement se basait sur des conceptions religieuses et non sur les principes racistes. La même raison qui fit commettre cette erreur provoqua aussi une seconde erreur.

Les fondateurs du parti chrétien-social pensaient que si ce parti voulait sauver l’Autriche, il ne pouvait pas s’appuyer sur le principe de la race, parce qu’une dissolution générale de l’État en serait résultée en peu de temps. Surtout la situation à Vienne, à l’avis des chefs du parti, exigeait qu’on laissât de côté tous les éléments de divergences et qu’on soulignât tous les motifs d’union.

Vienne, à cette époque, contenait déjà des fractions ethniques variées, des Tchèques surtout, et, seule, la plus grande tolérance dans toutes les questions de race pouvait encore les empêcher de former un parti franchement anti-allemand. On s’efforça donc de gagner surtout les petits artisans tchèques, très nombreux, par la lutte contre le libéralisme manchestrien ; et on crut trouver un mot d’ordre de combat, unissant par-dessus toutes les divergences nationales l’ancienne Autriche, dans la lutte contre les Juifs sur une base religieuse.

Il est clair qu’une lutte contre les Juifs sur une telle base ne pouvait leur causer que des soucis bien minimes. Dans le pire des cas, une ondée d’eau de baptême pouvait toujours sauver le Juif et son commerce.

Avec des motifs aussi superficiels, on n’arriva jamais à une analyse scientifique sérieuse de tout le problème, ce qui détourna du parti chrétien-social tous ceux qui ne pouvaient pas comprendre ce genre d’antisémitisme. La force d’attraction de cette idée se réduisit à un milieu d’intelligence bornée, parce qu’on ne voulait pas aller, au-delà du simple sentiment, vers une compréhension véritable. Les intellectuels restèrent hostiles par principe. De plus en plus, il apparut qu’il ne s’agissait, dans toute cette affaire, que d’une nouvelle tentative de convertir les Juifs ou bien, que ce n’était que l’expression de l’envie de concurrents. La lutte manqua, de ce chef, de l’empreinte d’une consécration philosophique ; elle sembla à bien des gens – et ce n’étaient pas les moindres – immorale et répréhensible. La conviction qu’il s’agissait ici d’une question vitale pour toute l’humanité, que le sort de tous les peuples non juifs dépendait de sa solution, n’était pas dégagée.

Cette façon de ne faire les choses qu’à moitié réduisit à néant la valeur de l’orientation antisémitique du parti chrétien-social.

Ce ne fut qu’un pseudo-antisémitisme, presque plus dangereux que son contraire ; on s’endormit en sécurité, croyant tenir l’adversaire par les oreilles, tandis qu’en réalité, c’était lui qui vous menait par le nez.

Et le Juif s’habitua bientôt si bien à ce genre d’antisémitisme que sa disparition l’aurait sûrement plus chagriné que son existence ne le gênait.

On avait dû imposer là de lourds sacrifices à l’idée de l’État basé sur la nationalité, mais on en fit de plus lourds encore dans la défense du germanisme.

On n’osait être « nationaliste » si l’on ne voulait pas sentir se dérober le terrain sous ses pieds, même à Vienne. On espérait sauver l’État des Habsbourg en évitant doucement cette question ; et on l’entraîna par là même à sa perte. Le mouvement perdit de cette façon la puissante source d’énergies qui, seule, pouvait fournir à la longue la force motrice nécessaire à un parti politique. Le mouvement chrétien-social devint à cause de cela un parti comme n’importe quel autre.

J’ai observé jadis les deux mouvements de la façon la plus attentive, l’un avec la pulsation même de mon cœur, l’autre par admiration pour cet homme rare qui me paraissait alors déjà l’âpre symbole de tout le peuple allemand d’Autriche.

Quand l’imposante procession funèbre, à la mort du bourgmestre, se mit en mouvement de l’hôtel de ville vers la Ringstrasse, je me trouvais parmi les centaines de milliers de personnes qui assistaient à cette triste cérémonie. À mon émotion intérieure se mêlait le sentiment que toute l’œuvre de cet homme avait été vaine, parce que le sort menait cet État inexorablement à sa perte. Si le Dr Karl Lueger avait vécu en Allemagne, il eût pris rang parmi les premières têtes de notre peuple ; ce fut un malheur pour son œuvre et pour lui-même qu’il vécût dans cet État impossible.

Quand il mourut, de petites flammes jaillissaient déjà plus avidement de mois en mois, sur les Balkans ; le sort eut la clémence de lui épargner la vue de ce qu’il avait encore espéré pouvoir éviter.

Je m’efforçai de trouver les causes de l’impuissance du premier de ces mouvements et de l’insuccès de l’autre, et j’arrivai à la conviction profonde qu’indépendamment de l’impossibilité d’arriver dans la vieille Autriche à un renforcement de l’État, les erreurs des deux partis furent les suivantes :

Le mouvement pangermaniste avait raison dans sa conception de principe d’une régénération allemande, mais il fut malheureux dans le choix des moyens. Il fut nationaliste, mais, hélas ! il ne fut pas assez social pour gagner les masses. Son antisémitisme reposait sur une juste compréhension du problème des races et non sur des conceptions religieuses. Mais sa lutte contre une confession déterminée était une faute de principe et de tactique.

Le mouvement chrétien-social n’avait aucune conception nette sur le but de la régénération allemande, mais il fut intelligent et heureux dans le choix de son chemin comme parti. Il comprit l’importance de la question sociale, mais il se trompa dans sa lutte contre les Juifs et n’eut aucune idée de la puissance de l’idée nationaliste.

Si le parti chrétien-social avait uni, à sa compréhension des masses, une conception plus juste de l’importance du problème des races, comme l’avait le mouvement pangermaniste, s’il était enfin devenu nationaliste lui-même – ou bien, au contraire, si le mouvement pangermaniste, avec sa juste notion du problème juif et de l’importance de l’idée nationaliste, avait adopté la sagesse pratique du parti chrétien-social et surtout son attitude en face du socialisme – alors, nous aurions vu un mouvement qui eût pu, je crois, jouer avec succès son rôle dans les destinées allemandes. S’il n’en advint pas ainsi, la faute en est pour la plus grande part à l’essence de l’État autrichien.

Comme je ne trouvais dans aucun des partis l’incarnation de mes idées, je ne pus me décider à entrer dans l’une des organisations existantes pour combattre dans ses rangs. J’estimais déjà que tous ces mouvements politiques étaient ratés, et qu’ils étaient incapables de mener à bout une régénération nationale du peuple allemand vraiment profonde, et non purement extérieure.

Mon aversion intime envers l’État habsbourgeois augmenta de plus en plus à cette époque.

Plus je commençai à m’occuper des questions de politique étrangère, plus la conviction prenait racine en moi que ce fantôme d’État ne pouvait faire que le malheur des Allemands. Je voyais chaque jour plus clairement que le sort de la nation allemande se déciderait non pas en Autriche, mais dans le Reich lui-même. Non seulement pour des raisons de politique générale, mais aussi de culture dans son ensemble.

L’État autrichien montrait sur le terrain de la culture et de l’art aussi tous les signes de la décrépitude ou du moins de l’insignifiance complète pour la nation allemande. Tel était surtout le cas dans le domaine de l’architecture. L’art nouveau ne pouvait remporter en Autriche de grands triomphes en cette matière, parce que, depuis l’achèvement de la Ringstrasse, on ne trouvait plus à Vienne que des tâches insignifiantes en comparaison des plans qui se développaient en Allemagne.

Je commençai donc à mener une double vie : la raison et la réalité me dictaient de continuer mon apprentissage amer mais fécond en Autriche ; mais le cœur n’y était plus.

Un mécontentement déprimant s’empara de moi après que j’eus reconnu le vide intérieur de cet État et l’impossibilité de le sauver ; mais, en même temps, je pressentais avec certitude que tout ce qu’il ferait, ce serait le malheur du peuple allemand.

J’étais persuadé que cet État devait réduire et entraver tout Allemand véritablement grand, tandis qu’au contraire il devait favoriser toute activité non-allemande.

Le conglomérat de races que montrait la capitale de la monarchie, tout ce mélange ethnique de Tchèques, de Polonais, de Hongrois, de Ruthènes, de Serbes et de Croates, etc., me paraissait répugnant, sans oublier le bacille dissolvant de l’humanité, des Juifs et encore des Juifs.

Cette ville gigantesque me paraissait l’incarnation de l’inceste.

Le langage allemand de ma jeunesse, c’était le dialecte qu’on parle en Basse Bavière : je ne pouvais ni l’oublier ni m’assimiler le jargon viennois. Plus je vivais dans cette ville, plus ma haine devenait vive contre ce mélange de peuples étrangers qui commençait à entamer ce vieux centre de culture allemande.

L’idée qu’on dût prolonger encore les jours de cet État me paraissait franchement ridicule.

L’Autriche, à cette époque, était comme une vieille mosaïque dont le ciment qui tient les pièces ensemble est devenu vieux et fragile ; aussi longtemps qu’on ne touche pas à ce chef-d’œuvre, il vous leurre encore d’un semblant d’existence ; mais sitôt qu’on lui porte un coup, il se brise en mille morceaux. Il ne s’agissait plus que du moment où le coup serait porté.

Mon cœur a toujours battu pour l’empire allemand et non pour la monarchie autrichienne ; l’heure de la dissolution de cet État me paraissait toujours le début de la libération de la nation allemande.

Toutes ces causes provoquèrent en moi le désir toujours plus fervent d’aller là-bas où, depuis ma jeunesse, m’attiraient des rêves secrets et un secret amour.

J’espérais me faire plus tard un nom comme architecte, et pouvoir rendre à ma nation des services sincères dans le cadre – petit ou grand – que le sort me réserverait.

Enfin, je voulais être de ceux qui ont le bonheur de vivre et d’agir à la place d’où doit venir la réalisation du vœu le plus ardent de leur cœur : la réunion de ma patrie bien-aimée à la grande patrie commune, au Reich allemand.

Ceux qui ne comprendront pas la force de ce désir sont encore nombreux aujourd’hui ; mais je m’adresse à ceux à qui le sort a refusé jusqu’à présent ce bonheur, ainsi qu’à ceux qui en ont été cruellement privés ; je m’adresse à tous ceux qui, séparés de la mère-patrie, doivent lutter même pour le trésor sacré de la langue natale, qui sont poursuivis et malmenés pour leur attachement fidèle à la patrie, et qui attendent avec une ferveur douloureuse l’heure qui leur permettra de retourner au cœur de leur mère bien-aimée ; je m’adresse à tous ceux-là, et je sais : ils me comprendront !

Seul celui qui sent dans toutes ses fibres ce que signifie d’être Allemand sans pouvoir appartenir à la chère patrie, pourra mesurer la nostalgie profonde qui brûle en tout temps dans les cœurs des enfants séparés d’elle. Cette nostalgie torture tous ceux qui en sont hantés, elle leur refuse toute joie et tout bonheur jusqu’à ce que s’ouvrent enfin les portes de la patrie, et que le sang commun trouve paix et repos dans l’empire commun.

Vienne fut et resta pour moi l’école la plus dure, mais aussi la plus fructueuse de ma vie. Je suis arrivé dans cette ville encore à demi enfant, et quand je la quittai j’étais un homme taciturne et sérieux. J’y reçus les fondements de ma conception générale de la vie et, en particulier, une méthode d’analyse politique ; je les ai plus tard complétés sous quelques rapports, mais je ne les ai jamais abandonnés. Il est vrai que ce n’est que maintenant que je puis apprécier à sa pleine valeur les leçons de ces années-là.

J’ai décrit cette période avec plus de détails, parce que j’y reçus mes premières leçons de choses dans les questions fondamentales pour le parti qui, après les plus modestes débuts, en cinq ans à peine, commence à devenir un grand mouvement des masses. Je ne sais pas quelle aurait été mon attitude envers les Juifs, envers la Social-Démocratie, même envers tout le marxisme, envers la question sociale, etc., si un capital d’opinions personnelles ne s’était amassé en moi depuis mes jeunes années, en partie sous la pression du destin, en partie grâce à mes études personnelles.

Car, si les malheurs de la patrie ont pu faire réfléchir des milliers et des milliers de gens sur les causes intérieures de son effondrement, cela ne conduit jamais à cette solidité et à cette pénétration profonde, accessibles seulement à ceux qui sont devenus maîtres de leur destin après des années de lutte.

Chapitre IV



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