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Propagande de guerre.


En suivant attentivement tous les événements politiques, je m’étais toujours extraordinairement intéressé à l’activité de la propagande. Je voyais en elle un instrument que précisément les organisations socialistes-marxistes possédaient à fond et savaient employer de main de maître. Par là j’appris de bonne heure que l’emploi judicieux de la propagande constitue véritablement un art qui, pour les partis bourgeois, restait presque inconnu. Seul le mouvement chrétien-social, particulièrement du temps de Lueger, parvint à une certaine virtuosité sur cet instrument et lui dut également beaucoup de ses succès.

Mais c’est seulement, pour la première fois, au cours de la guerre, que je pus me rendre compte à quels prodigieux résultats peut conduire une propagande judicieusement menée. Ici encore, toutefois, il fallait malheureusement tout étudier chez la partie adverse, car l’activité de notre côté restait sous ce rapport plus que modeste. Mais précisément l’absence complète d’une propagande d’envergure du côté allemand devait crûment sauter aux yeux de chaque soldat. Tel fut le motif pour lequel je m’occupai encore plus à fond de cette question.

J’avais d’ailleurs le temps plus que suffisant pour la réflexion ; quant à la réalisation pratique, un exemple ne nous était que trop bien donné par l’ennemi.

Car ce qui était manqué chez nous était exploité par l’adversaire avec une habileté inouïe et un à-propos véritablement génial. Dans cette propagande de guerre ennemie, je me suis énormément instruit. Mais le temps passait sans laisser la moindre trace dans la tête de ceux qui auraient justement dû profiter au plus tôt de ces enseignements ; les uns se croyaient trop fins pour accepter des enseignements d’autrui, les autres manquaient de l’honnête bonne volonté nécessaire.

Somme toute, existait-il chez nous une propagande ?

Je ne puis malheureusement que répondre par la négative. Tout ce qui a été effectivement entrepris dans ce sens était à tel point insuffisant et erroné dès le principe, que c’était tout au moins parfaitement inutile sinon souvent carrément nuisible.

Insuffisante dans la forme, psychologiquement erronée dans le fond, telle devait apparaître la propagande allemande soumise à un examen attentif.

Il semble que, dès cette première question, on ne s’était pas rendu compte de quoi il s’agissait, à savoir : la propagande est-elle un moyen ou un but ?

Elle est un moyen et doit en conséquence être jugée du point de vue du but. De ce fait sa forme doit être judicieusement adaptée pour l’appui au but auquel elle sert. Il est également clair qu’au point de vue de l’intérêt général, il peut y avoir des buts d’importance variable et que, par suite, la valeur intrinsèque d’une propagande peut être diversement appréciée. Mais le but pour lequel on combattait au cours de la guerre était le plus noble et le plus grandiose que l’homme pût imaginer : c’était la liberté et l’indépendance de notre peuple, la sécurité, le pain pour l’avenir et l’honneur de la nation qui, malgré les avis opposés actuellement en cours, existe, ou mieux, devrait exister, car les peuples sans honneur perdent généralement tôt ou tard leur liberté et leur indépendance, ce qui, d’ailleurs, correspond à une justice supérieure, car les générations de vauriens sans honneur ne méritent aucune liberté. Celui qui veut être un lâche esclave ne peut avoir d’honneur, car un tel honneur deviendrait, dans le plus court délai, l’objet du dédain général.

Le peuple allemand combattait pour des conditions humaines d’existence, et le but de la propagande de guerre aurait dû être de soutenir l’esprit guerrier ; le but devait être d’aider à la victoire.

Quand les peuples luttent sur cette planète pour leur existence et que la question d’être ou ne pas être vient se poser, toutes les considérations d’humanité et d’esthétique se réduisent à néant, car toutes ces conceptions ne planent pas dans l’éther, mais proviennent de l’imagination de l’homme et y sont attachées. Son départ de ce monde réduit ces conceptions à néant, car la nature ne les connaît point. Néanmoins, elles ne sont propres qu’à un petit nombre de peuples ou plutôt de races, et cela dans la mesure où elles prennent naissance dans les sentiments de ces derniers. L’humanitarisme et l’esthétique disparaîtraient précisément du monde dans la mesure où disparaîtraient les races qui sont les créatrices et les soutiens de ces conceptions.

C’est pourquoi toutes ces conceptions n’ont qu’une importance secondaire dans une lutte que soutient un peuple pour son existence sur cette terre ; et cependant, elles décident souverainement de la forme du combat aussitôt qu’elles ont pu paralyser la force de conservation d’un peuple engagé dans la lutte. Tel est toujours le seul résultat visible.

En ce qui concerne la question humanitaire, Moltke, déjà, s’est expliqué là-dessus, étant d’avis que, dans la guerre, l’humanité consistait à la mener le plus rapidement possible, et qu’en conséquence, les procédés de lutte les plus brutaux étaient les plus humanitaires. Mais quand on tente d’aborder ce genre de raisonnement avec les radotages d’ordre esthétique et autres, il n’y a réellement qu’une seule réponse à faire : une question aussi brûlante que celle de la lutte pour l’existence exclut toute considération esthétique. Ce qu’il peut y avoir de plus laid dans la vie humaine, c’est le joug de l’esclavage. Ou bien les décadents nuance Schwabing considéreraient-ils le sort actuel de la nation allemande comme « esthétique » ? Il n’y a pas même à discuter là-dessus avec les Juifs, inventeurs modernes de ce genre de parfum de culture. Toute leur existence n’est qu’incarnation de leur reniement de l’esthétique symbolisée par l’image du Seigneur.

Mais puisque ces points de vue de la beauté et de l’humanité sont d’ores et déjà éliminés quand il s’agit du combat, dès lors ils ne peuvent être utilisés pour juger la propagande.

La propagande était, pendant la guerre, un moyen à employer pour atteindre un but : le combat pour l’existence du peuple allemand ; aussi la propagande ne pouvait-elle être considérée qu’en partant de principes valables pour ce but. Les armes les plus cruelles devenaient les plus humaines, car elles étaient la condition d’une victoire plus rapide et aidaient à assurer à la nation la dignité de la liberté.

Telle était l’unique position possible à l’égard de la propagande de guerre dans un pareil combat pour la vie ou la mort.

Si l’on s’en était clairement rendu compte dans les milieux gouvernementaux, on ne serait jamais arrivé à l’incertitude sur la forme et l’emploi de cette arme ; car c’est aussi une arme, réellement terrifiante dans la main de celui qui sait s’en servir.

La seconde question, d’une importance tout à fait décisive, était : À qui doit s’adresser la propagande ? Aux intellectuels ou à la masse moins instruite ?

Elle doit toujours s’adresser uniquement à la masse !

Pour les intellectuels, ou tout au moins pour ceux que trop souvent on appelle ainsi, est destinée non la propagande, mais l’explication scientifique. Quant à la propagande, son contenu est aussi peu de la science qu’une affiche n’est de l’art, dans la forme où elle est présentée. L’art de l’affiche consiste dans l’aptitude du dessinateur à attirer l’attention de la foule par la forme et les couleurs. L’affiche d’une exposition d’art n’a d’autre but que de faire ressortir l’art dans l’exposition ; mieux cela réussit, plus grand est l’art de l’affiche elle-même. De plus l’affiche est destinée à procurer aux masses une idée de la signification de l’exposition, mais nullement à remplacer dans cette exposition le grand art qui est tout autre chose. C’est pourquoi celui qui veut étudier lui-même l’art, doit étudier autre chose que l’affiche, et de plus il ne se satisfait point en parcourant simplement l’exposition. On peut attendre de sa part qu’il se plonge dans un examen approfondi de chacun des objets séparément et ensuite se forme lentement un jugement judicieux.

La situation est la même en ce qui concerne ce que nous désignons aujourd’hui par le mot propagande.

La tâche de la propagande consiste non à instruire scientifiquement l’individu isolé, mais à attirer l’attention des masses sur des faits, événements nécessités, etc., déterminés, et dont on ne peut faire comprendre l’importance aux masses que par ce moyen.

Ici l’art consiste exclusivement à procéder d’une façon tellement supérieure, qu’il en résulte une conviction générale sur la réalité d’un fait, la nécessité d’un événement, le caractère juste d’une nécessité. Comme il ne constitue pas une nécessité par lui-même, que son objet doit consister exactement comme dans le cas de l’affiche, à attirer l’attention de la multitude et non pas à instruire ceux qui ont des connaissances scientifiques ou ceux qui cherchent à s’instruire et à acquérir des connaissances, son action doit toujours faire appel au sentiment et très peu à la raison.

Toute propagande doit être populaire et placer son niveau spirituel dans la limite des facultés d’assimilation du plus borné parmi ceux auxquels elle doit s’adresser. Dans ces conditions, son niveau spirituel doit être situé d’autant plus bas que la masse des hommes à atteindre est plus nombreuse. Mais quand il s’agit, comme dans le cas de la propagande pour tenir la guerre jusqu’au bout, d’attirer un peuple entier dans son champ d’action, on ne sera jamais trop prudent quand il s’agira d’éviter de compter sur de trop hautes qualités intellectuelles.

Plus sa teneur scientifique est modeste, plus elle s’adresse exclusivement aux sens de la foule, plus son succès sera décisif. Ce dernier est la meilleure preuve de la valeur d’une propagande, beaucoup plus que ne le serait l’approbation de quelques cerveaux instruits ou de quelques jeunes esthètes.

L’art de la propagande consiste précisément en ce que, se mettant à la portée des milieux dans lesquels s’exerce l’imagination, ceux de la grande masse dominée par l’instinct, elle trouve, en prenant une forme psychologiquement appropriée, le chemin de son cœur. Que ceci ne soit pas compris par ceux qui chez nous sont censés atteindre le comble de la sagesse, cela démontre seulement leur paresse d’esprit ou leur présomption.

Mais si l’on comprend la nécessité de diriger sur la grande masse les facultés de prosélytisme de la propagande, il en résulte l’enseignement suivant :

Il est absurde de donner à la propagande la diversité d’un enseignement scientifique.

La faculté d’assimilation de la grande masse n’est que très restreinte, son entendement petit, par contre, son manque de mémoire est grand. Donc toute propagande efficace doit se limiter à des points fort peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées aussi longtemps qu’il le faudra, pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l’idée. Si l’on abandonne ce principe et si l’on veut être universel, on amoindrira ses effets, car la multitude ne pourra ni digérer ni retenir ce qu’on lui offrira. Ainsi le succès sera affaibli et finalement annihilé. Ainsi plus le contenu de l’exposé doit être ample, plus est nécessaire la justesse psychologique dans la détermination de la tactique.

Il était, par exemple, complètement absurde de ridiculiser l’adversaire, comme s’y occupait avant tout la propagande des journaux satiriques autrichiens et allemands. Complètement absurde, car la rencontre du lecteur avec l’adversaire au front devait immédiatement faire naître en lui une conviction tout autre ; ainsi le soldat allemand, sous l’impression immédiate de la résistance de l’adversaire, se sentait trompé par ceux qui, jusqu’ici, s’étaient chargés de le renseigner, et au lieu de renforcer son désir de combattre ou même seulement sa résistance, on arrivait au résultat contraire : l’homme s’abandonnait au découragement.

Au contraire, la propagande de guerre des Anglais et des Américains était psychologiquement rationnelle. En même temps qu’elle représentait à leur propre peuple les Allemands comme des barbares et des Huns, elle préparait le soldat isolé à résister aux horreurs de la guerre et l’aidait de la sorte à se préserver contre les désillusions. L’arme terrifiante qui alors était employée contre lui, lui apparaissait plutôt comme la confirmation de l’initiation qu’il avait reçue et renforçait en lui aussi bien la justesse des affirmations de son gouvernement qu’elle augmentait sa rage et sa haine contre l’infâme ennemi. Car la force terrifiante des armes ennemies qu’il apprenait maintenant à connaître par lui-même, lui apparaissait peu à peu comme la démonstration de la brutalité « de Hun » du barbare adversaire, déjà connu de lui, sans qu’il ait été amené à penser un seul moment que ses propres armes pouvaient avoir des effets encore plus terrifiants.

Ainsi le soldat anglais ne pouvait jamais se sentir faussement renseigné chez lui ; ce qui fut malheureusement le cas pour le soldat allemand, à tel point qu’à la fin, il récusait tout renseignement officiel comme « duperie » et bourrage de crâne. Cela venait du fait qu’on croyait pouvoir charger de la propagande le premier âne venu (soi-disant raisonnable) au lieu de comprendre que, pour cette tâche, les plus géniaux connaisseurs de l’âme humaine étaient tout juste suffisants.

Ainsi la propagande allemande présentait-elle un fâcheux exemple d’erreur de la part d’une « élite cultivée », dont le travail produisait des effets exactement contraires à ceux qu’il eût fallu, à cause de l’absence complète de toute considération psychologique judicieuse. Au contraire, il y avait infiniment à apprendre auprès de l’adversaire, pour celui qui cherchait, les yeux non bandés et avec une sensibilité non sclérosée, à s’assimiler la propagande ennemie dont le flot a impétueusement déferlé durant quatre ans et demi.

Ce qui était le plus mal compris était la première de toutes les conditions nécessaires pour n’importe quelle propagande en général : notamment la position systématiquement unilatérale à l’égard de toute question traitée. Sur ce terrain il a été commis de telles erreurs, et cela dès le début de la guerre, que l’on est bien autorisé à douter si de tels non-sens peuvent réellement être attribués à la simple sottise.

Que dirait-on, par exemple, d’une affiche destinée à vanter un savon, et qui en même temps indiquerait que d’autres savons sont « bons » ?

On hocherait simplement la tête.

Il en fut cependant exactement ainsi de notre réclame politique.

Le but de la propagande n’est point, par exemple, de doser le bon droit des divers partis, mais de souligner exclusivement celui du parti que l’on représente. Elle n’a pas non plus à rechercher objectivement la vérité, si celle-ci est favorable aux autres, et à l’exposer aux masses sous couleur d’une équité doctrinaire, mais à poursuivre uniquement celle qui lui est favorable à elle.

C’était une erreur fondamentale de discuter la question de la culpabilité de la guerre, en disant que l’on ne pouvait attribuer à l’Allemagne seule la responsabilité de cette catastrophe, mais d’imputer inlassablement cette culpabilité à l’adversaire.

Et quelle a été la conséquence de cette demi-mesure ?

La grande masse d’un peuple ne se compose pas de diplomates, ni de professeurs de droit public, ni même simplement de gens susceptibles de prononcer un jugement raisonnable, mais d’êtres humains aussi hésitants que disposés au doute et à l’indécision. Aussitôt que notre propre propagande concède à la partie adverse une faible lueur de bon droit, la base se trouve déjà posée pour douter de notre propre bon droit. Alors la masse n’est plus en mesure de discerner où finit le tort de l’adversaire et où commence le nôtre. Elle devient dans ce cas inquiète et méfiante, et cela particulièrement si l’adversaire ne commet précisément pas de pareilles extravagances, mais de son côté met à la charge de l’ennemi tous les torts sans exception. Y a-t-il une plus claire démonstration que le fait que, finalement, notre propre peuple croit plus en la propagande ennemie, qui est conduite d’une façon plus serrée et plus continue, qu’en la nôtre ? Et ceci chez un peuple atteint de la manie de l’objectivité ! Car chacun s’y efforçait de ne point commettre d’injustice envers l’ennemi, même sous la menace de la destruction du peuple et de l’État allemands.

Dans sa grande majorité, le peuple se trouve dans une disposition et un état d’esprit à tel point féminins que ses opinions et ses actes sont déterminés beaucoup plus par l’impression produite sur ses sens que par la pure réflexion.

Cette impression n’est point compliquée, mais très simple et bornée. Ici il n’y a point de nuances, mais seulement la notion positive ou négative d’amour ou de haine, de droit ou de déni de justice, de vérité ou de mensonge ; il n’y a jamais de demi-sentiments. La propagande anglaise particulièrement a compris tout ceci d’une façon véritablement géniale. Là il n’y avait véritablement pas de demi-mesures, qui auraient pu, le cas échéant, faire naître le doute.

Ce qui indiquait la brillante connaissance de l’ennemi de la psychologie des foules, c’est sa propagande d’atrocités, parfaitement adaptée à ces conditions, laquelle assurait d’une façon aussi décisive que géniale les conditions premières pour maintenir le moral sur le front, même si l’ennemi subissait les plus lourdes défaites. C’était aussi la façon dont il savait clouer au pilori le peuple allemand comme seul coupable de la guerre : mensonge qui par l’entêtement absolu, insolent, partial avec lequel il était proclamé, se trouvait à la portée des grandes foules, mues par les sens et toujours portées à l’extrême, et qui, pour cette raison, a été cru.

Le degré d’efficacité de cette propagande se trouve démontré de la façon la plus frappante par le fait qu’après quatre ans, elle a eu ce résultat que l’ennemi a tenu bon, mais, en outre, elle a réussi à mordre sur notre peuple.

On ne peut s’étonner qu’un tel succès ne soit point échu à notre propagande. Elle portait déjà le germe de l’inefficacité dans son ambiguïté intérieure. Enfin il était peu probable, en raison de la nature même de son contenu, qu’elle pût causer dans les masses l’impression nécessaire. Seuls, nos insipides « hommes d’État » ont pu arriver à espérer que l’on pouvait réussir à enivrer des hommes avec cette fade rinçure de pacifisme pour les envoyer à la mort.

Ainsi ce misérable produit s’est trouvé inutile et même nuisible.

Mais tout le génie déployé dans l’organisation d’une propagande n’aboutirait à aucun succès, si l’on ne tenait pas compte d’une façon toujours également rigoureuse d’un principe fondamental. Elle doit se limiter à un petit nombre d’objets, et les répéter constamment. La persévérance, ici comme dans tant d’autres choses au monde, est la première et la plus importante condition du succès.

Justement, sur le terrain de la propagande, on ne doit jamais se laisser conduire par les esthètes ou les gens blasés : pas par les premiers, sinon sa teneur, sa forme et son expression n’exerceront bientôt d’attraction que sur le public des salons littéraires, au lieu de s’exercer sur la masse ; quant aux deuxièmes, on doit s’en garder comme de la peste, car leur incapacité d’éprouver de saines sensations les incite à chercher toujours des stimulants nouveaux. Ces gens sont dégoûtés de tout en peu de temps ; ils désirent le changement et ne savent jamais descendre au niveau des besoins de leurs contemporains encore sains, et ne peuvent même les comprendre. Ils sont toujours les premiers à critiquer la propagande ou plutôt sa teneur, qui leur semble trop vieillie, trop triviale, ayant déjà fait son temps, etc. Il leur faut toujours du nouveau, ils cherchent la variété et deviennent aussi les plus mortels ennemis du succès politique auprès des masses. Car aussitôt que l’organisation et la teneur d’une propagande commencent à s’orienter suivant leurs desiderata, elles perdent toute cohésion et, au contraire, s’éparpillent.

La propagande n’est point faite pour procurer constamment d’intéressants passe-temps à de petits messieurs blasés, mais pour convaincre, et c’est la masse qu’il s’agit de convaincre. Mais celle-ci a toujours besoin, dans sa lourdeur, d’un certain temps pour se trouver prête à prendre connaissance d’une idée, et n’ouvrira sa mémoire qu’après la répétition mille fois renouvelée des notions les plus simples.

Aucune diversité ne doit, en aucun cas, modifier la teneur de ce qui fait l’objet de la propagande, mais doit toujours, en fin de compte, redire la même chose.

Le mot d’ordre peut bien être éclairé de différents côtés, mais le but de tout exposé doit se ramener toujours à la même formule. C’est ainsi seulement que la propagande peut et doit agir avec esprit de suite et cohésion.

Seule, cette grande ligne, dont on ne doit jamais se départir, permet au succès de mûrir grâce à un appui toujours égal et ferme. Alors on pourra constater avec étonnement à quels résultats immenses, à peine concevables, conduit une telle persévérance.

Toute réclame, qu’elle s’opère sur le terrain des affaires ou de la politique, porte le succès dans la durée et le constant esprit de suite de son application.

Ici, également, l’exemple de la propagande ennemie était à prendre comme modèle : limitée à un petit nombre d’objets, exclusivement combinée pour la masse et menée avec une infatigable persévérance. Les idées fondamentales et les formes d’exécution une fois reconnues adéquates, ont été utilisées durant toute la guerre, sans que jamais on ait entrepris d’y apporter la moindre modification. Au début, elle paraissait insensée dans l’audace de ses affirmations ; plus tard, elle fut considérée comme déplaisante ; enfin, on se mit à la croire. Après quatre ans et demi, éclata en Allemagne une révolution dont le mot d’ordre était emprunté à la propagande ennemie.

Mais, en Angleterre, on avait compris autre chose encore, notamment que la possibilité de succès de cette arme spirituelle réside uniquement dans son emploi massif, et que le succès compense abondamment toutes les dépenses faites.

La propagande y était considérée comme une arme de premier ordre, tandis que chez nous elle représentait le dernier morceau de pain de politiciens sans situation ou le bon petit filon dans des rédactions pour de modestes héros.

Son résultat fut, à tout prendre, égal à zéro.

Chapitre VII



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